Retrouver la raison

28 mai 2012

Un article de Jean-Jacques Strélinsky, professeur associé à HEC Montréal, spécialiste en stratégie de l’image, publié dans Le devoir du 28 mai sous le titre « Questions », soulève, à mon sens, des questions pertinentes concernant l’émotivité soulevée par le débat de société suscité par le mouvement étudiant actuel.

Des questions qui nous ramènent aux déclarations de Pierre Falardeau lors de la présentation du manifeste d’appui aux étudiants intitulé « Nous sommes ensemble » qui résumait en ces termes les intentions des artistes : «Ce que font les artistes aujourd'hui, c'est un zoom arrière, cet effet d'éloignement de l'objectif de la caméra qui permet le recul, la perspective, la distance critique. Bref, qui permet de saisir une problématique dans son ensemble. »

Pour illustrer mon propos, j’ai choisi ces quelques extraits de l’article de M. Strélinsky :

« Chacun choisit son camp. Le malaise est palpable. Nous en sommes là. Alors, l’invective et la propagande se sont invitées à la table des agitations quotidiennes, faute de l’existence de vraies tables de négociations. Plus personne ne s’écoute, et tout le monde parle…. Comment peut-on en effet réagir avant d’agir et agir avant de penser ? Il me semble que quelque chose ne tourne pas rond…

Cette crise étudiante se résoudra tôt ou tard, nous le souhaitons tous. Saurons-nous en tirer les leçons ? Saurons-nous comprendre que cette société, que l’on dit autiste, vit davantage dans la virtualité que dans la réalité, et qu’elle a besoin des proximités nécessaires à son épanouissement ? Des proximités physiques et intellectuelles, idéologiques, donc aspirationnelles…

Pour l’instant, ces proximités font cruellement défaut. Paradoxalement, pas chez les jeunes. Chez les élus. Par proximités absentes, je veux lister ces accès aux indispensables courants d’influence et de réflexion. Où sont ces visiteurs du soir qui jadis conseillaient les puissants dans les arcanes du pouvoir, en marge des grandes crises ? Ces gens de savoir philosophique, politique, littéraire, social, économique, et plus véritablement humaniste… Mon point, vous l’aurez compris, n’est surtout pas d’avoir raison. Mais de la retrouver. »

À l’ère des communications ultra-rapides où tous et chacun expriment leur opinion en vrac, sans approfondir leur argumentaire, notre société n’est-elle pas en train de sacrifier la raison sur l’autel de l’émotivité?

À mon avis, nous devons rétablir les ponts qui nous donnent « accès aux indispensables courants d’influence et de réflexion » pour « retrouver la raison » qui nous permettra d’enrichir la qualité de nos argumentations et d’élever le débat au-dessus de l’émotivité.

quebechebdo 28 mai 2012
vigile.net tribune libre 30 mai 2012

Les casseroles au secours de la liberté de parole

26 mai 2012

Après plus de 100 jours de conflit, on ne voit toujours pas de sortie de crise. Pendant que les policiers, soumis aux dispositions de la loi matraque 78, « tapent » sur la jeunesse, un nouveau mouvement s’organise…des citoyens, vieux, jeunes, sans distinction ethnique, ont sorti leurs batteries de cuisine et « tapent » sur les casseroles, une révolte qui n’est pas sans nous rappeler ces mères chiliennes du temps de Pinochet, qui n'en pouvaient plus de voir les leurs torturés à mort.

À partir de maintenant, ce fameux «printemps érable», dont la formule évoquait une certaine sympathie, vient d’être légitimé par l'adoption de la loi 78, sous le bâillon, une loi à prétention légale pour contrôler les étudiants, mais qui vient, à toutes fins pratiques, brimer toute la société civile dans son ensemble.

Devant ce méfait, les Québécois sont sortis massivement dans les rues pour faire entendre leur mécontentement et leur colère devant tout ce fiasco libéral. On est rendu là… Mais on cherche toujours cette sortie de crise. Les initiateurs, les jeunes, veulent la révolution, et dans une société vieillissante, c'est peu probable. Et on ne fait pas une révolution avec un PIB de 300 milliards de dollars. Le gouvernement ne reculera pas, il ne le peut plus, pire, il ne le veut pas. Et le peuple, devant l'amputation de ses droits, ne reculera pas.

Le 23 mai, il y a eu plus de 500 arrestations seulement à Montréal et pourtant, il ne s'agissait pas de lanceurs de roches ou de boules de billard. À mon sens, les forces policières sont dépassées et démunies. Le gouvernement Charest, après avoir tenté de pelleter son problème politique dans les différentes sphères de l'État, et après l'échec même des injonctions, a transféré le résultat de sa politique à la police. Les jeunes matraqués, poivrés, gazés, depuis plus de 100 jours, évoquent des images insoutenables dans le conscient collectif de la population québécoise.

Les casseroles c'est pour ça, c’est pour marteler et faire entendre à ce gouvernement sans scrupule qui maintient obstinément sa ligne préélectorale démagogique que cette folie doit cesser. Loin d’être un appel à la désobéissance civile, le tintamarre des casseroles est un appel « vibrant » à la dignité, à la liberté de parole, à la démocratie, parce que, en vertu de nos Chartres, des citoyens libres et égaux bénéficient encore du droit de sortir dans la rue pour manifester pacifiquement.

Depuis des semaines, toutes les tribunes se sont évertuées à trouver la fameuse « sortie de crise ». Toutes les avenues proposées jusqu’à maintenant sont demeurées lettres mortes. Les couleurs se sont multipliées, à savoir le rouge, le vert, le blanc, le noir, affichant le deuil, et même le bleu, prônant la gratuité scolaire.

Devant les constats d’échec de cet arc-en-ciel, je suis de plus en plus convaincu que nous devons changer le décor politique du Québec. Conséquemment, la seule sortie de crise possible, c'est la dissolution immédiate de ce gouvernement et l'appel à des élections générales, dans les plus brefs délais.

quebechebdo 26 mai 2012
vigile.net tribune libre 26 mai 2012

Au sujet des critiques acerbes envers les baby-boomers

25 mai 2012

J’ai maintenant 65 ans, l’âge vénérable pour retirer légitimement, au même titre que tous les Canadiens de tous revenus confondus, mon régime de sécurité à la vieillesse auquel j’ai contribué pendant 32 ans et qui, de surcroît, vient me ponctionner un revenu substantiel de mon fonds de pension.

Un fonds de pension que je considère avoir mérité amplement par des retenues à la source importantes sur chacune de mes payes pendant toutes ces années. Il en va de même pour les cotisations au Régime des rentes du Québec auquel, là aussi, j’ai largement le droit pour y avoir contribué pendant toute ma carrière.

Et, pendant ce temps, toutes ces sommes, ajoutées aux cotisations de centaines de milliers de baby-boomers, ont contribué à faire fructifier les coffres de l’État qui a pu réinvestir ces argents dans une multitude de programmes sociaux et économiques qui ont permis au Québécois d’atteindre une qualité somme toute respectable.

De plus, je ne peux passer sous silence le fait que moi, comme tous ceux de ma génération, avons travaillé, parfois dans des conditions difficiles, à enrichir le Québec d’une expertise professionnelle de laquelle se sont inspirés bon nombre de nos successeurs.

Pour toutes ces raisons, je me sens profondément outré quand j’entends des commentaires qui tournent autour de la «situation lamentable dans laquelle nous avons laissé l’état de la société».

À mon sens, le mythe du baby-boomer égocentrique frise la démesure. Quiconque qui, comme nous, aurait bénéficié d’un climat favorable à l’emploi comme aux débuts des années ’70 au Québec, aurait agi de la même façon que nous, à savoir qu’il aurait profité de cette largesse que lui offrait les événements circonstanciels, sans pour autant négliger d’apporter sa contribution à l’évolution de la société québécoise.

Aujourd’hui, le contexte a changé…fini le temps où on nous offrait trois emplois au sortir de nos études. Les proportions son inversées, trois candidats postulent pour le même emploi, et j’en suis conscient.

Toutefois, un tel changement de contexte ne doit pas pour autant nous faire sombrer dans une paranoïa maladive envers les baby-boomers qu’on accuse souvent à tort d’être responsables de toutes le dérives de la société québécoise.

Selon mon interprétation, nous aurions avantage à scruter davantage du côté du politique où il m’apparaît évident que la véritable «dérive» origine, en particulier, de cette propension outrancière à favoriser des politique néo-libérales électoralistes au détriment de mesures sociales visant l’équité envers tous les citoyens du Québec.

quebechebdo 25 mai 2012
vigile.net tribune libre 30 mai "Message d'un baby-boomer qui arbore fièrement le carré rouge"

Un dégel indécent

25 mai 2012

Un décret, adopté en sourdine en Chambre le 25 avril 2012, ouvre la voie au dégel de la rémunération des cadres du secteur public, une « brèche » qui pourrait toucher quelque 14 000 gestionnaires de l’État et qui outrepasserait les hausses salariales accordées aux syndiqués du secteur public lors de la signature de leur convention collective signée en juin 2010.

Ce décret exclut par le fait même les cadres de la fonction publique, ceux des réseaux de la santé et des services sociaux, ainsi que ceux de l’éducation de l’application des dispositions de la loi 100, adoptée en mai 2010, laquelle s’inscrivait dans le Plan de retour au déficit zéro du ministre des Finances, Raymond Bachand, et touchait « l’ensemble des ressources humaines du secteur public ».

Une pilule difficile à avaler pour les étudiants lorsque, de l’autre côté de la table, ce même gouvernement tire à boulets rouges sur eux en décrétant un autre « dégel », soit celui des droits de scolarité universitaires.

À mon sens, le dégel de la rémunération des cadres du secteur public, particulièrement dans le contexte tendu que vit le Québec actuellement concernant le conflit étudiant, constitue un geste indécent qui court-circuite outrageusement les principes « d’équité » prônés par le gouvernement Charest lorsqu’il allègue la « juste part » que doivent consentir les étudiants !

vigile.net tribune libre 25 mai 2012
quebechebdo 27 mai 2012

Tenants et aboutissants de la dégénérescence d’un conflit

24 mai 2012

Lors de la présentation de son dernier budget, Raymond Bachand confirmait la décision du gouvernement libéral de hausser les frais de scolarité des études universitaires, alléguant en priorité que les étudiants devaient « faire leur juste » pour régler le « sous-financement » des universités.

La réplique des représentants des associations étudiantes se fit entendre rapidement…elle se manifesta par un « non » catégorique de la part de bon nombre de Cégeps et d’universités du Québec, les étudiants invoquant, entre autres, qu’ils n’avaient pas à assumer cette hausse, compte tenu que des études sérieuses prouvaient que des coupures « dans le gras » des dépenses des universités contribueraient à combler le manque à gagner des directions universitaires.

Dès lors, une muraille se dressait entre le gouvernement Charest et les associations étudiantes. Les carrés rouges émergèrent, suivis des carrés verts qui, pour la plupart contre la hausse des droits de scolarité, revendiquèrent quand même le droit de se présenter à leurs cours.

Pour tenter de résorber une crise qui prenait de plus en plus d’ampleur, le gouvernement renvoya la balle dans la cour du judiciaire qui multiplia les injonctions ordonnant aux manifestants de laisser la porte des locaux de classes ouverte aux étudiants qui désiraient assister à leurs cours tout en prenant en otage les directions et le personnel des établissements scolaires.

Toutefois, loin d’apaiser la tension, cette stratégie gouvernementale envenima le conflit. Des négociations s’ensuivirent entre les représentants étudiants et la ministre Beauchamp qui proposa quelques « pistes de sortie de crise » illusoires, telles que l’étalement de la hausse sur sept ans au lieu de cinq et un réaménagement dans le régime des prêts et bourses.

Avant de démissionner, Mme Beauchamp proposa même la création d’un comité provisoire dans le but de scruter les dépenses des universités, lequel comité comportait une lacune majeure, à savoir qu’il était formé majoritairement de représentants des universités.

Puis, devant la détérioration des interventions policières lors des manifestations étudiantes, lesquelles mettaient en danger la sécurité de leurs enfants, un regroupement imposant de parents portant le carré blanc a réclamé un moratoire sur la hausse des droits de scolarité et la tenue d’États généraux sur l’éducation universitaire au Québec.

Enfin, devant son incapacité évidente à en arriver à la « paix sociale » dont il se prévaut depuis le début du conflit, le gouvernement Charest, via la nouvelle ministre de l’éducation, Michelle Courchesne, fait adopter la loi 78 à la Chambre, une loi bâillon, sabrant littéralement dans les droits fondamentaux reconnus par le Charte des droits du Québec, en particulier le droit à la « libre expression ».

À mon sens, si nous ne voulons pas être confrontés à un éternel cul-de-sac conflictuel, la seule « sortie de crise » possible réside dans un moratoire sur la hausse des droits de scolarité et dans la création immédiate d’une entité « neutre » qui aurait pour mandats de revoir les sources de financement des universités, leur style de gestion et de déterminer la part équitable de chacun des intervenants. Quant à la forme que pourrait prendre cette entité, toutes les avenues sont possibles, que ce soit une commission parlementaire spéciale, des États généraux, un comité provisoire équitablement constitué ou la nomination d’un ou des arbitres indépendants.

Sinon, nous devrons nous résoudre à attendre le prochain scrutin pour exprimer notre désaveu face au gouvernement Charest…à moins que d’ici là, les tribunaux invalident la loi 78 et, dans un tel cas, nous retournerons à la case départ!

quebechebdo 24 mai 2012
vigile.net tribune libre 24 mai 2012

Concilier implication communautaire et engagement social

24 mai 2012

La porte-parole de la Coalition large de l'Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Jeanne Reynolds, a reçu la médaille du lieutenant-gouverneur du Québec pour la jeunesse au cours d'une cérémonie qui s'est déroulée dernièrement à l'Institut de technologie agroalimentaire de Saint-Hyacinthe.

Mme Reynolds a mérité cette distinction en raison de l'excellence de son dossier académique, mais surtout en vertu de son implication communautaire. La jeune femme de 20 ans est notamment très impliquée au sein de la troupe de théâtre de son établissement, le Collège de Valleyfield.

Elle fait également beaucoup de bénévolat, entre autres pour des causes environnementales, pour la collecte de sang d'Héma-Québec et pour la journée portes ouvertes de son établissement.

« Nous, on se fie beaucoup à ce que les institutions nous disent », explique le secrétaire général du bureau du lieutenant-gouverneur, Michel Demers. Le dossier de candidature soumis par le directeur général de l'établissement est éloquent. On y parle d'une jeune intellectuelle engagée au contact de laquelle les autres s'enrichissent. Il est également question de son leadership.

M. Demers précise que la loi 78 n'était toujours pas adoptée lorsque Mme Reynolds a été honorée. La CLASSE n'avait donc pas encore incité la population à désobéir à la loi. Quoiqu’il en soit, le secrétaire du bureau du lieutenant-gouverneur renchérit en indiquant que les récents développements n'enlèvent rien aux mérites de Mme Reynolds.

À titre d’information, la médaille du lieutenant-gouverneur pour la jeunesse est décernée à deux élèves par école secondaire et établissement de niveau collégial, et six par université, sur recommandation du directeur général de l'institution. Elle est décernée à des résidents québécois de 29 ans ou moins inscrits à l'école secondaire, au cégep, dans un centre de formation professionnelle ou à l'université. Le lauréat doit se conformer aux exigences de son programme d'étude et « avoir fait preuve de dépassement de soi et d'abnégation par son implication tangible au sein de son milieu scolaire ou communautaire ».

À preuve que l’implication communautaire et l’engagement social ne sont pas inconciliables!

quebechebdo 24 mai 2012
vigile.net tribune libre 25 mai 2012 "Jeanne Reynolds honorée"

Loi 78 – Un rejet sans équivoque

23 mai 2012

Plus de 200 000 mille personnes ont bravé la loi 78 le 22 mai en envahissant littéralement les rues de Montréal, retournant sans équivoque au gouvernement par la force du nombre l’absurde de sa stratégie répressive prônée depuis le début du conflit étudiant.

Depuis plus de 100 jours, les étudiants persistent pour orienter le débat public vers une conception du rapport au savoir du monde, diamétralement opposée aux politiques néolibérales actuelles. Ces jeunes nous donnent un exemple courageux de résistance aux politiques de Charest par leur combativité, leur ténacité et leur solidarité.

Si nous abandonnons les étudiants aux matraquages policiers et aux lois bâillons, nous aurons confirmé qu’il s’agissait uniquement d’une lutte corporatiste ou d’un conflit de générations.

Or, l’ampleur du mouvement étudiant a pris des proportions telles qu’il confirme hors de tout doute qu’il s’agit d’une revendication qui concerne toute la société et son avenir. Nous choisissons aujourd’hui le visage du Québec de demain. Désirons-nous une collection d’individus-entrepreneurs en perpétuelle guerre concurrentielle, ou une société rassemblée autour de valeurs humanistes et de justice sociale?

Si nous souhaitons empêcher la barbarie néolibérale de s’enraciner dangereusement dans les mœurs politiques québécoises, nous devons nous engager résolument auprès des étudiants et dénoncer haut et fort la loi 78, véritable entorse au droit fondamental de la libre expression! 

quebechebdo 23 mai 2012
cyberpresse.ca 24 mai 2012 (Après la loi 78…) "Un rejet sans équivoque"

Regards d’un sage en cette période trouble

21 mai 2012

En cette période trouble que vit le Québec, particulièrement depuis le début du conflit étudiant, j’ai senti le besoin de faire un temps d’arrêt et de me retourner vers les regards d’un sage dont la vente du livre « Le Prophète » a atteint des sommets phénoménaux, à savoir Khalil Gibran.

« Le Prophète » est un livre du poète libanais Khalil Gibran (1883-1931) publié en 1923 en anglais et qui est devenu un immense succès international traduit dans plus de quarante langues. L’ouvrage combine les sources orientales et occidentales du mysticisme et présente sous une forme poétique questions et réponses sur les thèmes les plus divers posées à un sage qui s’apprête à quitter la ville d’Orphalese où il habitait.

Aux grandes questions de la vie, celui-ci livre au peuple qui l'a accueilli pendant douze ans des réponses simples et pénétrantes. Des thèmes universels sont abordés, mais le fil conducteur reste l'amour. À côté des grandes questions de la vie pratique, comme le mariage ou les enfants, le lecteur découvre la connaissance de soi et la religion, conçue ici comme universelle. Ainsi, ce qui fait le succès du Prophète est son universalisme, apte à en faire le livre de chevet de tout un chacun, emportant l'adhésion par de grandes valeurs comme la liberté, l'amour, le respect de l'autre. En cela, le Prophète est un écrit totalement humaniste.

De ces « grandes questions de la vie », j’ai tenté d’en retenir quelques unes dont le contenu pourrait nous servir de guides dans nos réflexions sur le débat social que les étudiants ont suscité au Québec.

« …Parlez-nous des enfants. Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour, mais non point vos pensées, car ils ont leur propre pensée…Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous. Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier. Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches, sont projetés… »

« …Mais qu’en est-il de nos Lois, Maître? Et il répondit : Vous vous complaisez à établir des lois, mais vous vous complaisez davantage à les violer. Tels des enfants qui jouent au bord de l’océan et qui construisent avec persévérance des tours de sable qu’ils détruisent en riant. Mais durant que vous construisez vos tours de sable, l’océan apporte davantage de sable au rivage. Et lorsque vous les détruisez, l’océan rit avec vous. En réalité, l’océan rit toujours avec le simple…Peuple d’Orphalese, vous pouvez voiler le tambour et vous pouvez délier les cordes de la lyre, mais qui pourra interdire à l’alouette de chanter? »

« …Parlez-nous d’enseignement. Et il dit : Aucun homme ne peut rien vous révéler sinon ce qui repose déjà à demi endormi dans l’aube de votre connaissance. Le maître qui marche à l’ombre du temple, parmi ses disciples, ne donne pas de sa sagesse mais plutôt de sa foi et de son amour. S’il est vraiment sage, il ne vous invite pas à entrer dans la maison de sa sagesse, mais vous conduit plutôt au seuil de votre propre esprit…Car la vision d’un homme ne prête pas ses ailes à un autre homme… »

« Je voudrais que vous vous rappeliez ceci en vous souvenant de moi : Ce qui semble le plus faible et le plus égaré en vous est le plus fort et le plus déterminé. N’est-ce pas votre souffle qui a érigé et endurci la structure de vos os? Et n’est-ce pas un rêve qu’aucun d’entre vous ne se souvient d’avoir rêvé, qui a bâti votre cité et façonné tout ce qui s’y trouve? Si seulement vous pouviez voir les marées de ce souffle, vous cesseriez de voir rien d’autre, et si vous pouviez entendre les murmures du rêve, vous n’entendriez aucun son. »

quebechebdo 21 mai 2012

Le conflit étudiant traverse l’Atlantique

19 mai 2012

Le conflit étudiant québécois s’est transporté de façon symbolique jeudi le 18 mai sur le tapis rouge de Cannes alors que toute l’équipe du film Laurence Anyways, le jeune Xavier Dolan en tête, a arboré le carré rouge lors de la mythique montée des marches. Avec 200 photographes de la presse internationale en première ligne, ce bout de tissu risque maintenant de connaître une résonance planétaire.

Le cinéaste de 23 ans a vendu la mèche quelques heures auparavant aux trois journalistes québécois venus à sa rencontre : « J’ai envoyé quelqu’un faire le tour de la ville pour me trouver de la feutrine rouge. Je tiens à afficher mes couleurs parce que j’ai peur de ce qui arrive à la jeunesse du Québec, avec ce régime autoritariste. Le conflit a pris des proportions incroyables. Ce n’est pas le Québec que je connais. Je suis actuellement partagé entre la première de mon film et le sort de la jeunesse à laquelle j’appartiens. »

Dans la voie de centaines d’artistes qui lancent un appel à la mobilisation, tels « Les Artistes pour la paix » qui se joindront aux manifestants le mardi 22 mai à Montréal, Xavier Dolan, une des têtes d’affiche les plus courues dans le monde cinématographique actuel, contribue grandement à étendre outre-frontière un mouvement qui a atteint les proportions d’un débat de société qui ne fera que prendre de l’ampleur à travers un porte-voix aussi célèbre que le jeune cinéaste québécois.

Par ailleurs, la loi spéciale 78 du gouvernement Charest a eu des échos dans le monde entier à la suite de sa promulgation. À cet effet, le quotidien Le Monde recueille actuellement les témoignages de Québécois au coeur du conflit.

« Vous vivez au Québec, racontez-nous comment est perçu le mouvement de grève au sein de la population. Avez-vous été affecté par le mouvement ? La restriction du droit de manifester est-elle une mesure plébiscitée par les Québécois ? Une sélection de vos témoignages sera publiée sur Le Monde.fr », pouvait-on lire hier sur le site Internet du prestigieux journal français. Le Monde demande aux Québécois de témoigner en 1500 caractères.

Jeudi le 17 mai, le New York Times, qui suit la crise de près, a aussi fait état de la loi discutée à l’Assemblée nationale ces dernières heures. L’article du Times a notamment été repris dans l’International Herald Tribune, un journal anglophone publiée en France.

Des dépêches des agences de presse Reuters, Associated Press et Agence France-Presse ont aussi été publiées sur des dizaines de sites Web, dont ceux du Point, de la BBC et du Daily Mirror de Londres. On y rapporte autant la loi annoncée par Jean Charest que la réaction des représentants des associations étudiantes, largement cités.

Les remous du conflit étudiant qui dure depuis plus de trois mois sont suivis particulièrement de près en France. Le 17 mai, un article du quotidien Libération analysait le « printemps érable sans fin ». Qualifiant la mobilisation étudiante de « sans précédent dans l’histoire du Québec », le quotidien écrivait que 150 000 étudiants québécois en grève équivaudraient à l’échelle de la France, à « un million de jeunes qui refuseraient de rejoindre les bancs de la fac ».

Des réactions et des commentaires inspirants qui ne peuvent qu’encourager les étudiants québécois à poursuivre dans l’élan qu’ils on su insuffler à la nécessaire défense de la libre et entière expression sur cette terre du Québec vers laquelle les yeux sont dorénavant tournés de l’autre côté de l’Atlantique.

vigile.net tribune libre 19 mai 2012
quebechebdo 20 mai 2012

Semer la confusion

19 mai 2012

Avant même que soit adopté le projet de loi 78, plusieurs experts, quoique prudents sur sa « légalité », remettaient sérieusement en doute sa « légitimité ».

Une chose est sure…l’unanimité se crée autour du fait que la loi spéciale 78 est une offensive majeure contre la liberté d’expression, d’association, de conscience et de manifestation. Bref, c’est une attaque contre les libertés fondamentales des Québécois.

Avant son adoption, on a entendu, entre autres, le Barreau du Québec estimer que « ce projet de loi, s’il est adopté, porte des atteintes aux droits constitutionnels et fondamentaux des citoyens. L’ampleur de ces limitations aux libertés fondamentales n’est pas justifiée pour atteindre les objectifs visés par le gouvernement ».

Et son bâtonnier d’ajouter que « plusieurs dispositions du projet de loi portent atteinte au principe de la primauté du droit, laquelle exige, dans un effort de proportionnalité, que l’on n’écarte les règles du droit commun qu’en présence d’une justification convaincante. Je crains toutefois que ce projet de loi ne permette pas d’atteindre ces objectifs et porte atteinte à nos droits fondamentaux ».

Toutefois, en attendant les décisions sur la « légitimité » de la loi spéciale 78, les manifestants pourraient toujours semer la confusion au sein des forces policières relativement à l’article 16 de la loi, à savoir qu’une « personne, un organisme ou un groupement qui organise une manifestation de 25 personnes ou plus (la ministre Couchesne ayant accepté le compromis « honorable » de faire passer le nombre initial de 10 à 25) qui se tiendra dans un lieu accessible au public doit, au moins huit heures avant le début de celle-ci, fournir par écrit au corps de police desservant le territoire où la manifestation aura lieu les renseignements suivants : 1) date, heure, durée, lieu et itinéraire ; 2) moyens de transport utilisés. »

Tout en demeurant conformes au libellé de cet article, il serait intéressant de prendre le gouvernement Charest à son propre jeu. Comme tout rassemblement de 25 personnes et plus doit être rapporté à la police 8 heures à l’avance, je suggère de faire le plus grand nombre de manifestations de 25 personnes au même moment. Ceci aurait pour effet de déranger considérablement le corps policier, respecterait les nouvelles « règles » et pourrait donner beaucoup de visibilité. De plus, comme on doit envoyer les tracés et les horaires 8 heures à l’avance, je propose de les faire parvenir simultanément pour toutes le manifestations, soit par exemple, à 11h55 pour des manifestations qui doivent se dérouler à 20h. Évidemment, des tracés allant dans toutes les directions et partant de points différents ne pourraient qu’amplifier l’effet de confusion.

Quoique tout à fait conscient qu’un telle stratégie est loin de régler les effets dévastateurs de cette loi « bâillon » sur les droits fondamentaux des Québécois, elle aurait tout au moins comme effet de déstabiliser les forces policières et de permettre la tenue démocratique de certaines manifestations dans le respect de la liberté d’expression !

vigile.net tribune libre 19 mai 2012