Regards d’un sage en cette période trouble

En cette période trouble que vit le Québec, particulièrement depuis le début du conflit étudiant, j’ai senti le besoin de faire un temps d’arrêt et de me retourner vers les regards d’un sage dont la vente du livre « Le Prophète » a atteint des sommets phénoménaux, à savoir Khalil Gibran.

« Le Prophète » est un livre du poète libanais Khalil Gibran (1883-1931) publié en 1923 en anglais et qui est devenu un immense succès international traduit dans plus de quarante langues. L’ouvrage combine les sources orientales et occidentales du mysticisme et présente sous une forme poétique questions et réponses sur les thèmes les plus divers posées à un sage qui s’apprête à quitter la ville d’Orphalese où il habitait.

Aux grandes questions de la vie, celui-ci livre au peuple qui l'a accueilli pendant douze ans des réponses simples et pénétrantes. Des thèmes universels sont abordés, mais le fil conducteur reste l'amour. À côté des grandes questions de la vie pratique, comme le mariage ou les enfants, le lecteur découvre la connaissance de soi et la religion, conçue ici comme universelle. Ainsi, ce qui fait le succès du Prophète est son universalisme, apte à en faire le livre de chevet de tout un chacun, emportant l'adhésion par de grandes valeurs comme la liberté, l'amour, le respect de l'autre. En cela, le Prophète est un écrit totalement humaniste.

De ces « grandes questions de la vie », j’ai tenté d’en retenir quelques unes dont le contenu pourrait nous servir de guides dans nos réflexions sur le débat social que les étudiants ont suscité au Québec.

« …Parlez-nous des enfants. Et il dit : Vos enfants ne sont pas vos enfants. Ils viennent à travers vous mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour, mais non point vos pensées, car ils ont leur propre pensée…Vous pouvez vous efforcer d’être comme eux, mais ne tentez pas de les faire comme vous. Car la vie ne va pas en arrière, ni ne s’attarde avec hier. Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches, sont projetés… »

« …Mais qu’en est-il de nos Lois, Maître? Et il répondit : Vous vous complaisez à établir des lois, mais vous vous complaisez davantage à les violer. Tels des enfants qui jouent au bord de l’océan et qui construisent avec persévérance des tours de sable qu’ils détruisent en riant. Mais durant que vous construisez vos tours de sable, l’océan apporte davantage de sable au rivage. Et lorsque vous les détruisez, l’océan rit avec vous. En réalité, l’océan rit toujours avec le simple…Peuple d’Orphalese, vous pouvez voiler le tambour et vous pouvez délier les cordes de la lyre, mais qui pourra interdire à l’alouette de chanter? »

« …Parlez-nous d’enseignement. Et il dit : Aucun homme ne peut rien vous révéler sinon ce qui repose déjà à demi endormi dans l’aube de votre connaissance. Le maître qui marche à l’ombre du temple, parmi ses disciples, ne donne pas de sa sagesse mais plutôt de sa foi et de son amour. S’il est vraiment sage, il ne vous invite pas à entrer dans la maison de sa sagesse, mais vous conduit plutôt au seuil de votre propre esprit…Car la vision d’un homme ne prête pas ses ailes à un autre homme… »

« Je voudrais que vous vous rappeliez ceci en vous souvenant de moi : Ce qui semble le plus faible et le plus égaré en vous est le plus fort et le plus déterminé. N’est-ce pas votre souffle qui a érigé et endurci la structure de vos os? Et n’est-ce pas un rêve qu’aucun d’entre vous ne se souvient d’avoir rêvé, qui a bâti votre cité et façonné tout ce qui s’y trouve? Si seulement vous pouviez voir les marées de ce souffle, vous cesseriez de voir rien d’autre, et si vous pouviez entendre les murmures du rêve, vous n’entendriez aucun son. »

quebechebdo 21 mai 2012

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour laisser un commentaire.
Accéder à la page de connection.
Créer un compte sur henrimarineau.com.