Retrouver la raison
Un article de Jean-Jacques Strélinsky, professeur associé à HEC Montréal, spécialiste en stratégie de l’image, publié dans Le devoir du 28 mai sous le titre « Questions », soulève, à mon sens, des questions pertinentes concernant l’émotivité soulevée par le débat de société suscité par le mouvement étudiant actuel.
Des questions qui nous ramènent aux déclarations de Pierre Falardeau lors de la présentation du manifeste d’appui aux étudiants intitulé « Nous sommes ensemble » qui résumait en ces termes les intentions des artistes : «Ce que font les artistes aujourd'hui, c'est un zoom arrière, cet effet d'éloignement de l'objectif de la caméra qui permet le recul, la perspective, la distance critique. Bref, qui permet de saisir une problématique dans son ensemble. »
Pour illustrer mon propos, j’ai choisi ces quelques extraits de l’article de M. Strélinsky :
« Chacun choisit son camp. Le malaise est palpable. Nous en sommes là. Alors, l’invective et la propagande se sont invitées à la table des agitations quotidiennes, faute de l’existence de vraies tables de négociations. Plus personne ne s’écoute, et tout le monde parle…. Comment peut-on en effet réagir avant d’agir et agir avant de penser ? Il me semble que quelque chose ne tourne pas rond…
Cette crise étudiante se résoudra tôt ou tard, nous le souhaitons tous. Saurons-nous en tirer les leçons ? Saurons-nous comprendre que cette société, que l’on dit autiste, vit davantage dans la virtualité que dans la réalité, et qu’elle a besoin des proximités nécessaires à son épanouissement ? Des proximités physiques et intellectuelles, idéologiques, donc aspirationnelles…
Pour l’instant, ces proximités font cruellement défaut. Paradoxalement, pas chez les jeunes. Chez les élus. Par proximités absentes, je veux lister ces accès aux indispensables courants d’influence et de réflexion. Où sont ces visiteurs du soir qui jadis conseillaient les puissants dans les arcanes du pouvoir, en marge des grandes crises ? Ces gens de savoir philosophique, politique, littéraire, social, économique, et plus véritablement humaniste… Mon point, vous l’aurez compris, n’est surtout pas d’avoir raison. Mais de la retrouver. »
À l’ère des communications ultra-rapides où tous et chacun expriment leur opinion en vrac, sans approfondir leur argumentaire, notre société n’est-elle pas en train de sacrifier la raison sur l’autel de l’émotivité?
À mon avis, nous devons rétablir les ponts qui nous donnent « accès aux indispensables courants d’influence et de réflexion » pour « retrouver la raison » qui nous permettra d’enrichir la qualité de nos argumentations et d’élever le débat au-dessus de l’émotivité.
quebechebdo 28 mai 2012
vigile.net tribune libre 30 mai 2012
Henri Marineau

