La rançon du mépris

27 janvier 2015

À n’en pas douter, la coupe déborde entre les omnipraticiens et le ministre de la santé, Gaétan Barrette. Après s’être attaqué aux structures du ministère, le ministre « bulldozer » fonce maintenant tête baissée dans la tâche des médecins de famille.

Et si ce n’était que de cela, on pourrait lui prêter une oreille attentive. Mais non, Gaétan Barrette y va d’affirmations méprisantes et de déclarations  menaçantes qui frisent l’insulte et le chantage.

À mon sens, Gaétan Barrette a atteint le seuil de l’indécence dans ses « négociations » avec les omnipraticiens. Il m’apparaît évident qu’il a perdu toute crédibilité pour mener à terme une entente négociée avec les médecins de famille.

En conséquence, une seule voie s’impose : le dossier doit être confié illico entre les mains du premier ministre, à défaut de quoi le ministre Barrette récoltera la rançon du mépris pour le plus grand désarroi des bénéficiaires du système de santé qui sont déjà assez échaudés depuis des décennies.

quebechebdo 27 janvier 2015

L’oral et l’écrit doivent faire « bon ménage »

27 janvier 2015

J’ai lu avec beaucoup d’intérêt l’article de Jean-Benoît Nadeau publié dans Le Devoir du 26 janvier sous le titre La langue française est-elle malade de ses scribes?, et je n’ai pu m’empêcher de constater qu’au 21ième siècle nous vivons encore la querelle des anciens et des modernes.

Pour corroborer son argumentaire, l’auteur s’inspire du livre d’Alain Borer, De quel amour blessée : réflexions sur la langue française. D’entrée de jeu, je vous propose un extrait de l’article de M Nadeau :  « Depuis longtemps, je crois que l’une des principales maladies de la langue française, en tant que langue internationale, est justement le crédit que l’on accorde à ses plus mauvais avocats qui prêchent l’antienne du génie, de la pureté, de l’universalité de la langue au mépris de l’usage, du plus grand nombre et de leur époque. Ce livre d’Alain Borer est une métastase de cette tumeur qui ronge la langue française au coeur… Son insistance à dire et à redire que l’on ne parle le français que si l’on se conforme à l’écrit et son rejet de toute oralité est bien la preuve que Borer n’aime pas que la langue vive libre du carcan qu’il veut lui mettre. »

À mon sens, nous assistons là à un discours usé qui remet en opposition, et cela depuis des siècles, les puristes à outrance de la langue et les tenants inconditionnels d’une langue « vive ». Comme dans tout phénomène sociologique, la langue doit évoluer tout en gardant bien présentes ses racines. C’est ainsi que j’enseignais à mes élèves ce que j’appelais le « français international », à savoir un français compris par tous les parlants francophones de la planète.

En réalité, n’est-ce pas pour que nous puissions communiquer que la langue existe ? Et pour ce faire, l’oral et l’écrit doivent faire « bon ménage ». Sinon nous assisterons à un divorce linguistique fatal et à une « batardisation » du langage. Je terminerai par cet extrait de Jean-Benoît Nadeau qui souligne, à juste titre, l’importance de garder le juste milieu : « J’ai beaucoup écrit là-dessus par le passé, mais le purisme, en soi, est légitime. Sauf quand il se drape dans le manteau du chauvinisme le plus primaire ».

vigile.net tribune libre 26 janvier 2015

Laureen sort de l’ombre

26 janvier 2015

La première dame du 24 Sussex, Laureen Harper, celle que plusieurs analystes de la scène politique qualifient déjà d’« arme secrète » des conservateurs en 2015, multiplient les présences sur Twitter et Facebook par les temps qui courent.

C’est sans compter sur sa participation au dernier épisode de 24/Sept, une capsule vidéo produite par le Bureau du premier ministre sur une base hebdomadaire au cours de laquelle l’intervieweuse a soumis la candidate à 24 questions en rafale, une stratégie dont l’objectif vise surtout à humaniser les politiciens.

Eh bien, si Mme Harper espère faire ressortir le caractère « humain » de son mari, lui dont la froideur n’a d’égale que son intransigeance, il va lui falloir davantage que ces simples petites capsules partisanes pour convaincre son auditoire du côté « bon gars » de Stephen Harper…Je vous souhaite bonne chance Mme Harper

quebechebdo 26 janvier 2015
Le Journal de Québec 27 janvier 2015
Le Soleil 1er février 2015 "Mme Harper sort de l'ombre"

Faire du Québec un pays…et après?

25 janvier 2015

Depuis qu’il a annoncé sa candidature à la chefferie du PQ, Pierre Karl Péladeau s’est montré très réservé sur ses idées concrètes pour « faire du Québec un pays » tel qu’il le dit à la fin de chacune de ses interventions publiques.

La campagne officielle commencera dans quelques jours et quatre mois séparent cette campagne du congrès à la chefferie. Personne ne pourra douter que l’avance remarquable dont bénéficie PKP dans les sondages émane en grande partie de sa notoriété et de son « success story » dans Quebecor quoique, pour être honnête, son père soit passé avant lui.

Sans vouloir rien enlever au charisme de PKP et à ses convictions indépendantistes, j’ai bien hâte de savoir, comme bien d’autres, les avenues qu’il se propose d’explorer pour atteindre son objectif. Pour l’instant, je demeure une patte en l’air…Reste à espérer que, derrière l’image, le contenu réussira à mobiliser la base militante du parti et les indécis!…

quebechebdo 25 janvier 2015
 

L’envers de la médaille

25 janvier 2015

En se retirant de la course à la chefferie du PQ, Jean-François Lisée demeure fidèle au fait qu’il affectionne particulièrement les coups d’éclat. À titre d’exemples récents, on se rappelle les malaises qu’il avait créés chez les péquistes en s’opposant ouvertement à Pierre Karl Péladeau à propos de ses actifs dans Québecor, et en déclarant qu’il aurait voté contre le projet initial de la charte des valeurs.

Cette fois-ci, il estime que Pierre Karl Péladeau a déjà remporté la victoire et déclare se retirer afin de ne pas nuire à la « force » et la « cohésion » du PQ puisque « le but de l’exercice, c’est de faire l’indépendance du Québec »…Un argumentaire tout en son honneur, me direz-vous!

Toutefois, permettez-moi de lever le voile sur l’envers de la médaille. À mon avis, plusieurs facteurs justifient la décision de Jean-François Lisée. En effet, outre sa lucidité manifeste devant l’avance confortable de PKP dans les sondages, il ne faut pas oublier que le député de Rosemont se retrouvait même derrière ses opposants dans ces sondages. De plus, il semble que son comité de campagne ait éprouvé certaines difficultés à recueillir les 2000 signatures et les 10 000 $ requis par le parti pour devenir officiellement candidat.

Enfin, j’ajouterais un dernier facteur et non le moindre. Connaissant la fierté de Jean-François Lisée, je crois que, pour utiliser le titre d’un de ses livres, il a décidé d’emprunter la « sortie de secours » plutôt que de subir l’humiliation d’un échec cuisant!

quebechebdo 24 janvier 2015 
Le Journal de Québec 25 janvier 2015

La patate chaude

23 janvier 2015

À n’en pas douter, dans le débat en cours sur la laïcité au Québec, le passé de Philippe Couillard en Arabie Saoudite semble le rattraper de plein fouet. À cet effet, le chef intérimaire du PQ, Stéphane Bédard, le soupçonne d’avoir été « imprégné » des valeurs saoudiennes lors de son passage à titre de consultant de l’Arabie Saoudite entre 1992 et 1996 en plus d’avoir siégé au conseil consultatif international créé par le ministre de la Santé saoudien en 2009.

Sans tomber dans la petite politique, les réponses évasives du premier ministre à ces propos et surtout sa lenteur à agir dans le dossier de la laïcité au Québec laissent à penser qu’il y a fond de vérité dans les allégations de ses détracteurs. Conséquemment, Philippe Couillard devra, dans les meilleurs délais, se débarrasser de cette patate chaude avant de se brûler les mains…Cessez de tourner en rond, M Couillard, et agissez au lieu de regarder passivement le train passer !  

quebechebdo 23 janvier 2015 

La candidate de la base militante

22 janvier 2015

La position du Syndicat des Métallos en faveur de Martine Ouellet dans la course à la direction du PQ n’a peut-être rien de surprenant, mais les arguments évoqués par son président, Daniel Roy, laissent à réfléchir. Entre autres arguments, M Roy fait allusion à deux facteurs qui m’apparaissent prédominants, à savoir la reconnexion du parti à la classe moyenne et l’expérience militante de Martine Ouellet.

En ce qui a trait au premier facteur, il m’apparaît évident que le PQ, avec l’usure des années de pouvoir à travers lesquelles il a passé, s’est progressivement détaché de son ADN d’origine, soit la classe moyenne. Une réalité qui s’est confirmée avec fracas lors du dernier scrutin général d’avril 2014

Pour ce qui est de son expérience militante, Martine Ouellet a la réputation d’être tenace dans l’exécution des mandats qu’on lui confie. À preuve, ses positions fermes face aux entreprises dans le secteur minier alors qu’elle occupait les postes de ministre des ressources naturelles et ministre responsable du développement nordique entre 2012 et 2014.

En bref, Martine Ouellet n’a peut-être pas le charisme d’un PKP mais elle transporte par ailleurs un bagage bien rempli qui ne peut que contribuer à recentrer le PQ sur une frange de ses militants qui se sont éloignés d’un parti dans lequel ils ne se reconnaissaient plus. Et, en ce sens, elle mérite amplement sa place dans la prochaine course à la chefferie du PQ.

quebechebdo 22 janvier 2015
vigile.net tribune libre 22 janvier 2015

Couper la poire en deux

21 janvier 2015

Dans l’opposition, les libéraux de Philippe Couillard s’étaient engagés, dès la prise du pouvoir, à présenter un projet de loi qui regrouperait la proclamation de la neutralité de l’État et des mesures de lutte contre l’intégrisme religieux. Finalement, neuf mois plus tard, il a choisi de scinder les deux dossiers, alléguant que l’ « amalgame » n’était pas pertinent.

Pour mener à terme son projet sur l’intégrisme, la ministre de l’Immigration Kathleen Weill sera entourée par pas moins de cinq ministres alors que le dossier sur la neutralité de l’État sera piloté par la ministre de la Justice, Stéphanie Vallée, ce qui laisse présager que ce dernier projet de loi aura une portée beaucoup plus restreinte que prévu.

Toutefois, c’est au niveau de la scission des deux projets que le bât blesse à mon sens. En effet, je crois qu’il aurait été beaucoup logique et pertinent de rassembler dans un même puzzle les pièces de ces deux dossiers qui, en réalité, font partie d’un même paysage. Il m’apparaît clair que les paramètres retenus pour encadrer la laïcité de l’État auront des effets directs sur les moyens à privilégier pour tenter de contrer le phénomène de l’intégrisme chez nos jeunes.

Couper la poire en deux dilue dangereusement chacun des deux projets en les isolant alors que, dans les faits, ils représentent un tout homogène qui devrait être contenu dans un seul et même projet de loi pour être plus efficace et plus englobant.

quebechebdo 21 janvier 2015
Le Devoir 22 janvier 2015 "Comment couper la poire en deux"

 

Le partage de la richesse, vous dites?

20 janvier 2015

Le dernier rapport d’Oxfam sur la concentration de la richesse entre les mains des mieux nantis a de quoi nous donner des frissons. En effet, 1 % des personnes les plus fortunées détiennent 48 % du patrimoine mondial et, si la tendance se maintient, ces mêmes individus détiendront 50 % de cette fortune en 2016. Et, la cerise sur le gâteau, les 80 personnes les plus riches de la planète possèdent des richesses qui excèdent celles que l’on a « abandonnées » aux 50 % des plus pauvres, soit 3,5 milliards de personnes. Des chiffres qui sont dévoilés à deux jours du sommet annuel de Davos qui rassemblent les stentors de l’économie mondiale.

Toutefois, qui plus est, ces données révoltantes et scandaleuses sont rendues possibles grâce surtout à l’évasion fiscale habilement utilisée par les multinationales qui, comme par le fruit du hasard, sont les plus gros bailleurs de fonds des partis politiques…Comment voulez-vous, dans ces circonstances, que nos gouvernants s’attaquent sérieusement au partage équitable de la richesse ?  

Pour sa part, à deux ans de son départ de la Maison Blanche, Barack Obama est formel : "Je ne vais pas passer les deux années sur la défensive, je vais jouer l'attaque…La bonne nouvelle est que l'économie a repris de la vigueur. La crise est derrière nous. Maintenant, il faut nous assurer que cela profite à tout le monde". Ce qui signifie, en termes clairs, une baisse d’impôts des classes moyennes qui sera financée par une augmentation des impôts des plus riches…C’est un bon départ mais il y a encore loin de la coupe aux lèvres !

quebechebdo 20 janvier 2015
Le Soleil 22 janvier 2015 "Le partage de la richesse?"

François est-il Charlie?

19 janvier 2015

Au cours de son voyage aux Philippines, le pape François, au sujet des attentats contre Charlie Hebdo, a déclaré ce qui suit : « Chacun a non seulement la liberté, le droit, mais aussi l’obligation de dire ce qu’il pense pour aider au bien commun… Il est légitime d’user de cette liberté, mais sans offenser. » Voilà pour la position officielle de François.

Toutefois, si on lui avait demandé s’il était légitime que des fous d’Allah tuent pour défendre le prophète, je suis convaincu qu’il aurait répondu par la négative. Or, n’est-ce pas cette intégrisme religieux fanatique que condamnent les auteurs de Charlie Hebdo » ? L’hebdomadaire satirique, en agissant de la sorte, « offense-t-il » les djihatistes ou, au contraire, n’utilise-t-il pas son « obligation de dire ce qu’il pense pour aider au bien commun » ?

Dans cette perspective, François ne peut se dissocier des objectifs de Charlie Hebdo qui ne fait que condamner à raison les attitudes barbares d’une frange criminelle de l’islamisme…et, en ce sens, je crois que François est, en partie, Charlie.

quebechebdo 19 janvier 2015
vigile.net tribune libre 19 janvier 2015