Le double discours conservateur

22 mai 2013

En fouillant sur Google dans l’intention d’en connaître davantage sur les comportements autoritaires de Stephen Harper, je suis tombé sur le blogue de Bruno Masse, géographe, activiste et écrivain, paru dans le Huffington Post du 20 mai 2013, et qui réfère, entre autres, aux sept caractéristiques de la pensée des autoritaires de droite selon le professeur de psychologie de l’université du Manitoba, Robert Altermeyer.

Je vous propose certaines réflexions sur une de ces caractéristiques qui m’apparaît percutante chez les conservateurs de Stephen Harper, particulièrement par les temps qui courent, à savoir « le double discours ».

Selon Altermeyer, « les autoritaires de droite ont un esprit hautement compartimenté, signifiant par là qu’ils ont « des idées pauvrement intégrées les unes avec les autres », allant jusqu’à la contradiction. Ces valeurs et ces idées coexistent simultanément et sont évoquées au besoin, selon la situation. C’est cette compartimentation qui permet à plusieurs conservateurs canadiens d’être à la fois contre l’avortement et pour la peine capitale, ainsi qu’en faveur de l’intervention militaire au Moyen-Orient. »

Un double discours qui conduit inévitablement en plein monde de la contradiction, la saga autour de l’affaire Duffy en étant une preuve irréfutable. En effet, croyez-vous qu’il soit imaginable que Stephen Harper, l’homme qui se targue de contrôler tout ce qui émane du Parlement, ait pu ignorer l’arrangement qui se passait au sein de son propre bureau entre son bras droit Nigel Wright et le sénateur Duffy ?

Lors de la dernière réunion hebdomadaire de son caucus, à laquelle les journalistes ont été invités à participer en début de rencontre, Stephen Harper a tenté, selon son habitude, de démontrer sa « bonne foi » dans toute cette affaire :

« De toute évidence, je veux vous parler des événements des derniers jours, a lancé M. Harper. Et je sais que personne ici ne sera surpris d’entendre que je ne suis pas content, que je suis très vexé par la conduite de certains parlementaires et de mon propre bureau. » Il a rappelé que son gouvernement avait été élu en 2006 dans la foulée du scandale des commandites pour faire le ménage, et que ménage il y a eu.

« Le Canada est maintenant l’un des meilleurs systèmes de gouvernance parmi les plus responsables et transparents dans le monde entier. […] Mais c’est quelque chose que nous ne devons jamais tenir pour acquis. » Il a lancé un avertissement : « Quiconque veut utiliser une charge publique pour ses propres bénéfices devrait changer de plans ou encore mieux, quitter cette salle », a-t-il dit en brandissant un doigt accusateur à ses troupes, levées pour l’applaudir et lancer des « bravos ». M. Harper a finalement parlé des événements du Sénat comme d’une « distraction » qui empêchait le gouvernement de gérer l’économie.

Et notre flagorneur national de poursuivre sur ses promesses de transparence et d’intégrité faites durant la campagne de 2006 alors que, durant cette même campagne, le parti conservateur a eu recours au stratagème du in and out afin de pouvoir dépenser au-delà de la limite permise.

C’est aussi le même Harper qui, au début de son premier mandat, a fait adopter une Loi sur la responsabilité pour resserrer les règles de financement des partis politiques, a soumis une quinzaine d’institutions à la Loi sur l’accès à l’information, musclé un peu plus les règles en matière de lobbying et créé le bureau du directeur parlementaire du budget. Néanmoins, depuis lors, on a assisté à une dilapidation outrancière des fonds publics de la part de ministres et de sénateurs en toute impunité sans compter les nombreuses nominations politiques.

Dans cette bouillabaisse de contradictions, Stephen Harper tente maintenant par tous les moyens de garder le contrôle sur les affaires de l’État…Toutefois, à mon avis, les derniers événements entourant l’affaire Duffy risquent de laisser une tache difficilement délogeable au dossier politique du maître du double discours !

vigile.net tribune libre 22 mai 2013



Exit le programme arts et lettres du collégial

22 mai 2013

Le programme collégial « arts et lettres » n’est plus, vive « culture et communication ». Le ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a officiellement approuvé le 18 avril dernier le nouveau programme d’études préuniversitaires qui devra entrer en vigueur dès l’année scolaire 2015-2016 dans tous les cégeps du Québec.

Selon David Descent, conseiller pédagogique au cégep régional de Lanaudière, à Terrebonne, le ministère voulait répondre aux préoccupations des étudiants pour qui le terme « communication » avait davantage de résonance, comparativement au mot « lettres », qui fait un peu « vieilli »…Le ministère s’est aperçu que 45 % des gens allaient dans le profil communication. Il drainait tellement de gens qu’il s’est dit qu’il allait le nommer ainsi », constate M. Descent.

Un tel raisonnement m’apparaît d’un ridicule consommé. Imaginez, on remplace une notion riche d’un contenu pédagogique légendaire par un terme « moderniste » qui fait « in » et qui accroche davantage les étudiants…tout simplement aberrant! On ne peut pas qualifier cette décision du ministre Duchesne de « coup du siècle ». Quant à moi, elle revêt toutes les caractéristiques d’un populisme de bas niveau.

quebechebdo 22 mai 2013

Quand allons-nous tirer enfin des leçons de l’histoire?

20 mai 2013

En cette Journée nationale des patriotes, nous tirerions profit de nous rappeler les grands faits historiques réalisés par nos vaillants aïeux au lieu de perpétuer inlassablement la répétition de l'histoire au détriment des leçons qu'elle devrait nous apprendre. 

La saine gestion par l’État est le plus constant engagement pris par les patriotes qui ont exigé sans relâche tenue d’enquêtes publiques, ce à quoi le gouverneur anglais s’opposait systématiquement, une situation qui n’est pas sans nous rappeler, 175 ans plus tard, l’obstination dont a fait preuve le précédent gouvernement libéral afin de retarder la tenue d’une enquête sur l’industrie de la construction.

Dès 1811, les patriotes obtiennent l’inéligibilité des juges, une mesure fondamentale qui évite que la partisannerie politique n’entrave une justice impartiale. Récemment, l’historien Frédéric Bastien dévoilait que je juge Bora Laskin avait enfreint cette règle en divulguant des informations au gouvernement alors même que la Cour suprême du Canada était saisie en 1981 du cas du rapatriement unilatéral de la constitution. À 175 ans de distance, on est stupéfait de constater que le parti patriote dénonçait exactement la même situation.

Et dire que notre devise est « Je me souviens »! Mais, au fait, de quoi nous souvenons-nous au juste? Qu’attendons-nous pour offrir à nos enfants un cours d’histoire nationale qui relate tout au moins les hauts faits de nos patriotes pour qu’enfin notre jeunesse puisse tirer des leçons de l’histoire?

quebechebdo 20 mai 2013

Une occasion de se souvenir…

20 mai 2013

« Ce jour férié soulignera la lutte des patriotes de 1837-1838 pour la reconnaissance nationale de notre peuple, pour sa liberté politique et pour l’obtention d’un système de gouvernement démocratique »

C’est en ces termes que le Gouvernement du Québec créait en 2002 la Journée nationale des patriotes, le lundi précédant le 25 mai de chaque année. C’est dire combien ce rendez-vous est l’occasion de commémorer la conquête de nos droits civils et de donner corps à la devise du Québec « Je me souviens ».

Cette journée souligne en particulier la tenue, au printemps de 1837, de vastes assemblées publiques, partout au Québec, dénonçant les autorités coloniales et revendiquant la souveraineté du peuple. La lutte patriote fut donc aussi un vaste exercice de prise de parole pour des milliers d’agriculteurs, d’ouvriers et de notables, lésés dans leurs droits civils et nationaux, et qui ont alors senti de leur devoir d’affirmer haut et fort ce qu’ils souhaitaient pour eux et pour leur collectivité.

À l’heure où il est beaucoup question de corruption, d’éthique, du respect des institutions et du désintéressement envers la chose publique, la Journée nationale des patriotes est un moment privilégié pour rappeler la ténacité de Québécois d’hier et d’aujourd’hui dans la défense de leurs droits collectifs dont l’épisode patriote constitue le « jalon essentiel ». La lutte patriote montre également que la défense des droits démocratiques est parfaitement compatible avec la promotion d’une identité culturelle distincte en Amérique.

La Journée nationale des patriotes, c’est aussi la fête de toute l’histoire du Québec, à l’heure où l’histoire nationale occupe de moins en moins de place à l’école et est menacée d’être dépouillée sauvagement par notre premier ministre canadian qui, du haut de son ROC, s’évertue à ramener sur la place publique des vestiges monarchiques et ancestraux qui n’ont aucun lien avec notre histoire.

À mon sens, on ne bâtit pas un pays sans que soit bien ancrés dans les mémoires les principaux faits historiques qui ont contribué à perpétuer sa langue et sa culture. En ce sens, je me réjouis de la plateforme électorale du Parti québécois dont l’engagement est clair et succinct : « Renforcer l’enseignement et la recherche de l’histoire à tous les niveaux, de l’école primaire à l’université, en privilégiant la connaissance de l’histoire nationale du Québec et de ses institutions. » Reste à voir si les gens du ministère de l’Éducation, en particulier la ministre Malavoy, « se souviendront » quand viendra le temps de préciser le contenu d’un nouveau cours d’histoire nationale.

Michel Chartrand, le patriote

En exergue, dans l’avant-propos de la biographie de Michel Chartrand rédigée par Fernand Foisy sous le titre « Michel Chartrand – La colère du juste (1968-2003) », apparaît la phrase suivante : « On va se battre avec tous les contestataires, tous les protestataires et tous les révolutionnaires » Michel Chartrand, 1er mai 1969.

Bien que nous ne puissions pas affirmer que Michel Chartrand ait sacrifié sa vie pour les canadiens-français à l’image des patriotes de 1837-1838, nous pouvons déclarer hors de tout doute qu’il l’a vouée corps et âme à la défense des droits des travailleurs québécois.

Michel Chartrand incarnait parfaitement l’expression : « The medium is the message ». Dans son cas, le « médium » prenait plus souvent d’importance que le message proprement dit, c’est-à-dire que l’intensité du personnage transcendait son message.

Comme l’exprime à raison Fernand Foisy, « Michel Chartrand est et restera le symbole d’un peuple qui n’a jamais accepté de fermer sa gueule… ».

vigile.net tribune libre 20 mai 2013
quebechebdo 20 mai 2013 "Journée nationale des patriotes – Une occasion de se souvenir"



Michel Chartrand, le patriote

19 mai 2013

En exergue, dans l’avant-propos de la biographie de Michel Chartrand rédigée par Fernand Foisy sous le titre « Michel Chartrand – La colère du juste (1968-2003) », apparaît la phrase suivante : « On va se battre avec tous les contestataires, tous les protestataires et tous les révolutionnaires » Michel Chartrand, 1er mai 1969.

Bien que nous ne puissions pas affirmer que Michel Chartrand ait sacrifié sa vie pour les canadiens-français à l’image des patriotes de 1837-1838, nous pouvons déclarer hors de tout doute qu’il l’a vouée corps et âme à la défense des droits des travailleurs québécois.

Michel Chartrand incarnait parfaitement l'expression : « The medium is the message ». Dans son cas, le « médium » prenait plus souvent d'importance que le message proprement dit, c'est-à-dire que l’intensité du  personnage transcendait son message.

Comme l’exprime à raison Fernand Foisy, « Michel Chartrand est et restera le symbole d'un peuple qui n'a jamais accepté de fermer sa gueule… ».

quebechebdo 19 mai 2013
vigile.net tribune libre 20 mai 2013

L’argent empoché par le sénateur Duffy

18 mai 2013

Depuis les tout débuts du règne pour le moins austère des conservateurs de Stephen Harper au pouvoir à Ottawa, on ne compte plus les lois qui viennent en aide aux victimes d’actes criminels. Toutefois, lorsque les gestes reprochés touchent à des membres du parti, il semble que monsieur Harper soit enclin à faire preuve d’une clémence « exemplaire ».

La saga du sénateur de l’Île-du-Prince-Édouard, Mike Duffy, qui aurait bénéficié d’une double source de paiements alors qu’il faisait campagne pendant l’élection de 2011, en offre une nouvelle démonstration. En effet, avant l’affaire Duffy, il y a eu les cas Peter Penashue, Bev Oda, Peter MacKay, Tony Clement etc…et, à chaque fois, Harper s’est empressé de prendre leur défense et a refusé de condamner leurs gestes contraires à l’éthique, à la loi électorale ou aux lignes directrices en matière de dépenses ministérielles.

Si Mike Duffy a dû rembourser 90 172,24 $ au Sénat, c’est carrément parce qu’il a floué les contribuables, un geste qui aurait dû en soi lui valoir une sanction immédiate de son chef. Mais voilà, ce gouvernement, qui se prétend grand défenseur des fonds publics, de l’éthique et de la transparence, n’a pas seulement pris la défense de Duffy, il a cherché à lui trouver une sortie de secours par la voie du chef de cabinet du premier ministre et vieil ami de Duffy qui lui a tout bonnement donné les 90 000 $ dont il avait besoin.

Une attitude désinvolte qui soulève de nombreuses interrogations, comme par exemple, pourquoi le sénateur a-t-il indiqué qu’il avait remboursé lui-même les 90 000 $ au Sénat ? Pourquoi le chef de cabinet de Stephen Harper, Nigel Wright, a-t-il personnellement donné cet argent à Mike Duffy au mépris apparent des règles éthiques en vigueur ? Pourquoi le premier ministre a-t-il défendu M. Duffy si longtemps, son bureau allant même jusqu’à saluer le « leadership » du sénateur ? Comment Stephen Harper pouvait-il ne pas être au courant de l’arrangement entre Duffy et Wright ?

Les conservateurs ont toujours allégué le respect des victimes pour justifier les sentences sévères inscrites dans leurs projets de loi. Dans les cas de MM. Duffy et Compagnie, les victimes sont faciles à trouver. Ce sont les contribuables qui ont un moyen efficace de se faire respecter, à savoir exercer leur droit de vote lors du prochain appel aux urnes.

Le PM s’en va jouer la grande séduction à New York

Stephen Harper, ce même premier ministre qui préfère inaugurer un Tim Horton’s plutôt que de se présenter à l’ONU, doit se rendre à New York cette semaine pour jouer la grande séduction aux Américains dans le dossier de l’oléoduc Keystone XL, une visite perçue par plusieurs analystes politiques comme un aveu des inquiétudes grandissantes du gouvernement canadien quant à l’approbation du tunnel à bitume qu’Ottawa souhaite brancher sur le pétrole de l’Alberta. Pour que Stephen Harper porte lui-même le dossier devant le Conseil des relations extérieures des États-Unis, c’est que l’heure est grave…Toutefois, malgré toute la mièvrerie dont le PM canadian peut faire preuve, je doute fort qu’il puisse influencer de quelque manière que ce soit l’agenda de Barack Obama !

vigile.net tribune libre 18 mai 2013
quebechebdo 21 mai 2013 "L'affaire Duffy" (version abrégée)
cyberpresse.ca 25 mai 2013 "L'affaire Duffy" (version abrégée)



Des funérailles décentes grâce à Gilles Kègle

18 mai 2013

On est souvent porté à regarder dans les pays en voie de développement lorsqu’il s’agit de pauvreté et de misère. Pourtant, ici même au Québec, plus précisément dans le quartier Saint-Roch à Québec, 23 personnes, dont les corps n’ont pas été réclamés dans les six derniers mois ou dont les proches n’avaient pas les moyens d’offrir une sépulture, ont eu droit à des funérailles décentes grâce au dévouement indéfectible de l’infirmier de la rue, Gilles Kègle.

De plus, grâce à la générosité d’une maison funéraire, Gilles Kègle a reçu un lot au cimetière il y a quelques années pour y faire reposer les cendres de ceux qu’ils refusent d’abandonner jusqu’à la fin.

Gilles Kègle, un personnage authentique dont les mérites n’ont d’égale que la générosité sans bornes dont il fait preuve depuis des années auprès des démunis laissés pour compte, tels des animaux abandonnés.

quebechebdo 18 mai 2013

Un des effets pervers du néolibéralisme

17 mai 2013

Un article de Pauline Gravel publié dans Le Devoir du 11 mai sous le titre « Plaidoyer en faveur de l’enseignement des langues anciennes » a soudainement éveillé en moi des souvenirs encore frais de mes huit années de cours classique pendant lesquelles j’ai baigné dans notre langue d’origine lointaine qu’est la latin.

Puis, avec les années, j’ai pu me rendre compte à quel point ce « bain » de connaissances du latin avait pu jouer autant sur ma connaissance du français au niveau linguistique que sur mes capacités d’analyse et de synthèse, deux éléments essentiels à la formation de l’esprit critique et de la résolution de problème.

Mais revenons à l’article de Mme Gravel et regardons les raisons qui, selon Thierry Petit, professeur au Département d’histoire de l’Université Laval, ont conduit à la disparition de l’enseignement du latin : « L’esprit antiélitiste et anticlérical qui a animé la société québécoise à la suite de la Révolution tranquille a bien sûr contribué à cette disparition. Mais la vague de néolibéralisme, qui sévit dans le domaine des études secondaires et qui atteint maintenant le monde universitaire, n’a rien fait pour y remédier. Les temps sont désormais à l’utilitaire et à la rentabilité. Leurs adeptes entendent faire des jeunes générations des outils productifs efficaces, dans une société où l’économie a pris le pas sur toute autre considération. Au nom de ce nouveau Moloch, les disciplines non directement rentables sont vouées à disparaître ».

À mon sens, M. Petit touche au « nerf de la guerre » en attribuant la disparition du latin, voire même « les disciplines non directement rentables » au néo-libéralisme qui privilégie « l’utilitaire et la rentabilité » et « [fait] des jeunes générations des outils productifs efficaces ».

Selon Geneviève Issalys, une ancienne diplômée de l’Université Laval en grec ancien et en latin qui a enseigné le latin au secondaire avant de devenir consultante en éthique professionnelle dans les domaines éducatif et social, elle utilise tous les jours les concepts qu’elle a acquis durant ses études de grec ancien et de latin. « Ces concepts, affirme-t-elle, nous confèrent une compréhension du monde et une absence de certitude qui nous aident à réfléchir, à délibérer, et qui procurent une rhétorique qui est essentielle pour faire valoir nos idées ».

Au risque de paraître pour un dinosaure d’une époque préhistorique [ce qui en soi ne me déplaît nullement compte tenu des avantages que me procure aujourd’hui mon séjour dans cette époque lointaine], je suis convaincu q’une école secondaire actuelle qui aurait la témérité d’offrir dans son curriculum l’enseignement du latin verrait sa clientèle augmenter de façon significative et, qui plus est, attirerait dans son sillon d’autres directions d’école.

Pour connaître d’autres arguments relatifs à l’importance du latin dans la formation de notre jeunesse, je vous invite à lire l’opinion de Christian Rioux parue dans Le Devoir du 17 mai sous le titre « Vive le latin » dont voici un extrait :

« Comme le soulignent nos « rêveurs » de l’Université Laval, l’enseignement du latin aurait plusieurs vertus, surtout dans un pays où les programmes de français ont si radicalement expulsé la littérature. La première consisterait à renouer avec les racines gréco-latines de notre civilisation. À lire les programmes actuels d’histoire ainsi que d’éthique et de culture religieuse, on a l’impression que les Amérindiens et l’animisme ont eu plus d’influence sur la culture québécoise que la grande tradition gréco-latine. Ce qui est risible. À feuilleter certains manuels, on croirait même qu’un nouveau clergé, guère plus éclairé que l’ancien, a mis les humanités à l’index au profit de la pensée cool et jetable.

L’autre grande qualité de l’enseignement des langues mortes, c’est de forcer les élèves à l’un des exercices les plus formateurs qui soit : la traduction. Depuis que l’enseignement des langues vivantes est axé sur l’oral, la traduction est pratiquement disparue des écoles. Or, il n’y a rien de plus formateur que de s’interroger, pour traduire la pensée d’un auteur, sur le sens exact d’un mot, son étymologie et sa place dans la phrase. Cette discipline est le fondement même de tout travail sur la langue et, par voie de conséquence, sur les idées. À plus forte raison dans un pays où tant de nos élites parlent deux langues secondes. »

quebechebdo 15 mai 2013 "Les effets pervers du néolibéralisme" (version abrégée)
vigile.net tribune libre 17 mai 2013

Coderre le chef d’orchestre

17 mai 2013

Il est de notoriété publique que le député libéral fédéral de Bourassa, Denis Coderre, ne fait jamais les choses comme les autres.

Eh bien, après des mois de spéculations soigneusement entretenues par le principal intéressé, sa réputation s’est poursuivie le 16 mai lorsqu’il a annoncé officiellement sa candidature à la mairie de Montréal sous les huées d’une quarantaine de manifestants militant pour le logement social et contre le règlement P-6, deux manifestants masqués plantés derrière lui. Et tout ça après qu’il ait confirmé sa décision en «primeur» à 10h35 sur ses comptes Twitter et Facebook.

«Contrairement à ce que plusieurs pensent, Montréal n’a pas besoin d’un «sauveur», elle a besoin d’un leader, d’un rassembleur compétent et inclusif, d’un chef d’orchestre ! Je serai ce chef d’orchestre», a-t-il lancé dans son allocution.

En tête des sept thèmes de sa campagne, trônent l’honnêteté, la gouvernance et la cohérence. Parlant d’honnêteté, que faisait l’ancien ministre libéral fédéral au moment du scandale des commandites ? Une question à laquelle il risque d’avoir à répondre s’il désire établir sa crédibilité comme «chef d’orchestre»!

quebechebdo 16 mai 2013
Le Devoir 18 mai 2013 "Le chef d'orchestre"

L’obsession du déficit zéro

16 mai 2013

Comme s’il n’en avait pas assez d’être pris dans le carcan d’un gouvernement minoritaire, le gouvernement Marois s’en est doté lui-même d’un autre, à savoir l’obsession du déficit zéro. Le résultat…des ministres qui ressortent bredouille du bureau du ministre Marceau, Martine Ouellet étant le plus bel exemple concernant les redevances minières.

Dans son édition du vendredi 19 avril, La Presse rapportait que, lors d’une discussion avec plusieurs leaders du monde des affaires du Québec, Pauline Marois considérait l’idée de « reporter d’un an l’atteinte du déficit zéro ». L’article du quotidien relatait aussi que ces gens d’affaires affichaient une certaine compréhension devant ce changement d’orientation, les gestionnaires sachant mieux que quiconque qu’une stratégie doit s’adapter continuellement au contexte économique changeant.

Pourquoi en serait-il autrement pour le gouvernement du Québec ? Quelle rationalité explique que l’échéancier du plan de retour à l’équilibre budgétaire déterminé en 2009 devrait rester inchangé, alors que la reprise de l’économie québécoise et mondiale est beaucoup plus lente que prévu ? Lors de l’élaboration du plan, Nicolas Marceau tablait sur une croissance du PIB en 2013 de 4,2 % pour le Québec et de plus de 4,5 % pour les États-Unis. Or, les résultats actuels s’avèrent inférieurs aux prévisions de près d’un point de pourcentage. En réalité, personne n’avait prédit l’enlisement économique actuel de l’Europe pas davantage que la paralysie de la politique américaine qui a poussé le gouvernement des États-Unis dans le « précipice fiscal »..

Compte tenu d’une économie plus faible que prévu, le gouvernement se retrouve privé des revenus suffisants pour stimuler la croissance. En conséquence, le gouvernement Marois pourrait ajuster la trajectoire de son plan de retour à l’équilibre budgétaire. Aux dires de la plupart des économistes, un léger déficit pour l’année 2013-2014 ne remettrait aucunement en cause la solidité financière du Québec. À preuve, même le Conseil du patronat critique le « saupoudrage des réductions budgétaires » et appelle à une plus vaste réflexion sur les services publics et leur financement.

Je veux bien comprendre que le statut minoritaire du gouvernement peut le contraindre à la prudence dans la gestion de certains dossiers. Toutefois, il m’apparaît inconcevable qu’une telle obsession du déficit zéro pousse le ministre Marceau à exiger des autres ministres du cabinet Marois qu’ils se serrent la ceinture, occasionnant par là les reculs que nous connaissons envers les promesses électorales du PQ.

Une stratégie aussi démesurément rigoureuse risque de nuire considérablement au climat économique du Québec. À mon sens, il est grand temps d’arrêter de nous demander où le couperet tombera la prochaine fois et d’utiliser nos leviers économiques pour stimuler notre croissance…et cela peut se concrétiser même par un gouvernement minoritaire.

Enfin, pour ajouter à mon argumentaire, je vous suggère de lire le premier de deux articles de Jacques Parizeau sur la dette du Québec, paru dans Le Devoir du 16 mai sous le titre « Les finances publiques du Québec, un désastre ? – Ne surdramatisons pas notre endettement », le second étant publié le 17 mai sur les revenus et dépenses du gouvernement.

vigile.net tribune libre 16 mai 2013