Le message derrière le hijab

15 octobre 2013

Compte tenu que les femmes ne représentent que 15 des 93 personnes ayant reçu à ce jour le prix Nobel de la paix, la plus prestigieuse récompense à l’échelle mondiale pour la défense de la paix et de la justice sociale, et que l’âge moyen des lauréats est de 62 ans, il semblait au départ bien peu probable de voir la candidature de cette adolescente de 16 ans retenue par le jury.

Il me semble pertinent de se rappeler que la candidature de Malala Yousafzai s’appuyait essentiellement sur sa lutte acharnée pour le droit des jeunes filles à l’éducation alors que, ce qui semble paradoxal, elle a mené son combat vêtue du hijab, un choix lourd de conséquence à une époque où l’Occident en général et le Québec en particulier dans le débat actuel sur les signes religieux ostentatoires, sont imprégnés de l’idée selon laquelle les musulmanes sont opprimées, contraintes au silence et dépourvues de moyens d’action.

Alors, à quoi pourrait-on attribuer cette vive admiration suscitée par la lutte de Malala Yousafzai dans tant de pays occidentaux ? Que pourrait révéler cet engouement au sujet de la compulsion tenace de l’Occident à sauver les femmes des sociétés musulmanes et des pays en développement dans un contexte où la protection du droit à l’éducation des filles continue de servir de justification à des guerres impérialistes ?

À mon sens, nous devons retenir deux éléments-clés du combat de l’adolescente, à savoir la contradiction entre l’islam et la violente misogynie des fondamentalistes radicaux et le fait de nier que l’éducation aux filles va à l’encontre des préceptes musulmans, établissant de la sorte une distinction très nette entre les talibans et la religion dont ils prétendent être les tributaires.

Par ailleurs, en exhortant le monde à envoyer dans les régions en difficulté des livres et des stylos, et non pas des chars d’assaut, le message antimilitaire de Malala est apparu audacieux, mais n’a toutefois pas collé à la peau du personnage public de la militante, constamment dépeinte comme «la jeune Pakistanaise qui a défié les talibans», image qui, par contre, en a fait la «cause célèbre» de l’heure en Occident tout en devenant l’incarnation même des valeurs fondamentales des démocraties libérales industrialisées.

En conclusion, même si Malala ne s’est pas mérité le prix Nobel, on peut espérer que les retombées médiatiques suscitées par sa candidature retiendront le message central derrière le hijab, à savoir son combat pour le droit des jeunes filles à l’éducation.

quebechebdo 15 octobre 2013

Garder le pied sur le frein

14 octobre 2013

À contre-courant au sujet des rumeurs d’élections le 9 décembre 2013 au Québec, le président du Nouveau Mouvement pour le Québec, Pierre Curzi, se montre prudent et invite la première ministre à « garder le pied sur le frein ».

Entre autres arguments évoqués par Pierre Curzi, je retiens particulièrement le fait que les élus auraient la possibilité de poursuivre certains débats de fond à l’Assemblée nationale, tels ceux sur la Charte des valeurs et sur le plan de développement économique du gouvernement péquiste.

Selon M. Curzi, il serait « intéressant » de voir jusqu’à quel point le Parti libéral « s’opposerait à un plan de développement économique alors qu’il ne jure que par l’économie » ainsi que de constater les alliances éventuelles entre le Parti québécois et la Coalition avenir Québec par rapport au projet de Charte des valeurs québécoises.

Pierre Curzi estime que, si Pauline Marois fait preuve de retenue et ne cherche pas à obtenir rapidement un nouveau mandat, les discussions entre les députés sur ce dernier enjeu pourront vraisemblablement connaître leur dénouement dans une enceinte adéquate, à savoir l’Assemblée nationale.

Pour illustrer son point de vue, le président du Nouveau Mouvement pour le Québec allègue qu’un vote des députés sur la Charte plutôt que d’en faire un des thèmes majeurs d’une campagne électorale, serait préférable compte tenu qu’une campagne électorale risque de polariser, voire même de diviser l’électorat alors qu’un débat qui se rendrait au bout du processus parlementaire, conduirait, selon lui, à un vote majoritaire qui serait davantage le reflet d’un consensus social.

Par ailleurs, Pierre Curzi rejette l’argument à l’effet que les troupes péquistes pourraient se voir pénalisées à l’occasion de la présentation du prochain budget si Pauline Marois faisait preuve de retenue. À cet effet, même si l’ancien député de Borduas reconnaît que « c’est généralement ce qui se passe quand un gouvernement est minoritaire », il ajoute du même souffle que « pour renverser le gouvernement, il faudrait que le Parti libéral soit bien convaincu qu’il ne sera pas minoritaire et que la Coalition Avenir Québec ne disparaîtra pas de la carte électorale ».

En résumé, quoique la tentation de déclencher des élections puisse « paraître attrayante » dans le contexte actuel, je serais porté à me ranger du côté de l’argumentaire de Pierre Curzi, à savoir qu’un véritable débat à l’Assemblée nationale sur ces deux enjeux majeurs doit se tenir si nous espérons que les règles parlementaires soient démocratiquement appliquées.

D’autre part, il ne faudrait pas perdre de vue que le dernier sondage place encore le PLQ en tête des intentions de vote des Québécois, ce qui, à n’en pas douter, représente une raison de plus à Pauline Marois pour « garder le pied sur le frein ! »

vigile.net tribune libre 14 octobre 2013
quebechebdo 14 octobre 2013

Exit le fédéralisme

13 octobre 2013

Les réflexions qui suivent démontrent à quel point le fédéralisme canadien incarne un obstacle majeur à l’affranchissement de la société québécoise, embrigadée dans un carcan qui finira par l’étouffer si elle ne décide pas à l’expulser de ses frontières.

« Le Canada est une illusion institutionnalisée contre laquelle le Québécois, perplexe, s’élève d’une manière incertaine. » Pierre Vadeboncoeur

« Bien que le Québec soit une province faisant partie de la Confédération nationale, il est plus qu’une province, en ce sens qu’il est la patrie d’un peuple : il constitue très nettement une nation dans une nation. » Lester B. Pearson

« La Confédération sera la tombe de la race française et la ruine du Bas-Canada. » Wilfrid Laurier

« Si l’on considère la présence du Québec au sein de la Confédération comme un obstacle, nous sommes prêts à nous retirer. » Maurice Duplessis

« Le fédéralisme le plus dangereux pour le Québec est moins celui qu’on leur a imposé dans le passé que celui qu’on est en train de mettre en place. » Claude Morin

« Le Canada est bien décidé à assujettir le Québec de façon définitive. Il ne nous reconnaîtra jamais la mesure d’autonomie à laquelle aspire légitimement notre peuple. » Claude Masse

« [L’indépendance] est le contraire politique de l’autonomie, même si, sur un plan historique, on peut la considérer comme son prolongement. Il n’y a rien de commun entre un séparatiste et un autonomiste : l’un veut la sécession du Québec, l’autre veut sa participation, plus ou moins intégrée, à la Confédération. » Hubert Aquin

« Dans ce domaine comme dans bien d’autres, l’indépendance permet tout ce que la Confédération permet, tandis que la Confédération interdit bien des choses que l’indépendance rendrait possibles. » André d’Allemagne

« Quand est-ce que le Canada a renforcé le Québec ? L’entretenir lui a toujours mieux convenu. » Gérald Larose

quebechebdo 13 octobre 2013 

Paul Desmarais – RIP!

12 octobre 2013

Adulé des uns, honni des autres, Paul Desmarais ne laissait personne indifférent. Depuis son décès, les innombrables commentaires en font foi. Ne devient pas milliardaire qui le veut et, à cet effet, les spéculations de magouillage, qu’elles soient fondées ou non, sont lancées sur certaines tribunes d’opinion…Soit!

C’est le pape François qui déclarait dans l’avion à son retour du Brésil à l’occasion des Journées mondiales de la jeunesse : « Qui suis-je pour juger les gays? »…À quoi nous sert d’accuser Paul Desmarais de tous les torts puisque plus rien ne peut être retenu contre lui et qu’il n’est plus là pour se défendre? Enfin, qui sommes-nous pour le juger post mortem?

La mort de Paul Desmarais, comme celle de tous les êtres humains, est une réalité qui nous échappe et, comme disait ma mère, la mort représente la seule justice sur cette terre puisque nous mourrons tous…même les riches! 

quebechebdo 12 octobre 2013
Le Journal de Québec 13 octobre 2013 "RIP"

Lever le voile sur l’immigration

12 octobre 2013

Ci-joint une entrevue réalisée par Benoît Dutrizac avec Me André Sirois, vice-président du Barreau des organisations gouvernementales le 8 octobre 2013…des révélations chocs sur l’immigration de "substitution", le sentiment d’"envahissement" des Québécois, le Québec "terre d’accueil" pour intégristes, la "naïveté" légendaire et reconnue des Québécois, etc…

http://www.985fm.ca/audioplayer.php…

vigile.net tribune libre 12 octobre 2013

Commentaire:

"M.Marineau,

Juste un petit mot pour vous remercier d'avoir mis mon entrevue avec M. Dutrizac sur le site de Vigile.net. Je suis très flatté et très touché. Je le suis d'autant plus que je suis un grand admirateur de Vigile.net, et de vos textes en particulier, que je lis souvent et qui me permet de garder un meilleur contact avec le Québec. 

Je dois dire que j'ai été très agréablement surpris de voir l'ampleur des réactions à cette entrevue, presque toutes favorables, et même très favorables. C'est dire qu'il y a là, autour de l'immigration incontrôlée ou trop contrôlée contre l'intérêt des Québécois, un malaise et un début de prise de conscience et c'est bien ce que je voulais souligner. Pour tout vous dire, je suis fermement convaincu que l'immigration est utilisée par le fédéral comme cheval de Troie pour faire disparaître les Québécois et finir le travail d'extermination souhaitée par Lord Durham.

Il faut continuer d'en parler et tenter de réagir.

André Sirois" 

 

Une défense scandaleuse

12 octobre 2013

Le père Lavoie était quelqu'un avec qui il avait une bonne relation…Je ne suis pas en train de dire que c'était facile d'agir, mais il n'y avait pas d'incapacité d'agir», plaide le psychiatre des Rédemptoristes, Gérard Leblanc, en relation avec les agressions sexuelles du père Raymond-Marie Lavoie envers Frank Tremblay.

«Est-ce que vous soulevez ça pour que le juge conclut que Frank Tremblay se laissait volontairement agresser, qu'il avait une part de responsabilité dans les abus?», a demandé Me Serge Létourneau, représentant les 70 victimes inscrites au recours collectif.

À mon sens, Gérard Leblanc a présenté une défense scandaleuse en tentant de jeter une part des responsabilités sur Frank Tremblay dans les sévices sexuels auxquels il a été soumis par le père Lavoie, une interprétation des faits qui tente d’atténuer bassement toute l’influence perverse qu’un manipulateur de conscience tel que Raymond-Marie Lavoie pouvait exercer sur ses victimes! 

quebechebdo 12 octobre 2013

Mélanie Joly prend du galon

11 octobre 2013

Même si Mélanie Joly ne deviendra pas mairesse de Montréal le 3 novembre prochain, l’aplomb et la répartie manifestés lors du débat à RDI le 9 octobre témoignent d’un vent de fraîcheur bénéfique dans une campagne ennuagée par les deux « ténors » de la course à la mairie, à savoir Denis Coderre et Marcel Côté.

Pour ceux qui cherchaient de la substance et des idées de la part de Mélanie Joly, ce débat leur a permis de constater que la jeune candidate de 34 ans en avaient, que ce soit en matière d’environnement, de transport et de vie familiale sur l’île, de sécurisation des corridors scolaires et des pistes cyclables, d’atténuation de la circulation dans les zones résidentielles, de protection des vues sur les cours d’eau qui ceinturent Montréal ou de piétonisation de la rue Sainte-Catherine entre Atwater et Bleury.

Par ailleurs, malgré l’absence de véritables échanges, Mme Joly s’est montrée alerte en certaines occasions en y allant de quelques flèches bien aiguisées envers ses adversaires qui ont eu l’heur d’animer un débat plutôt terne. Enfin, Mélanie Joly aura démontré que la vigueur de la jeunesse a maintenant acquis ses lettres de noblesse dans la jungle politique montréalaise…et je ne peux qu’applaudir à une telle percée!

quebechebdo 11 octobre 2013

L’image au détriment du contenu

11 octobre 2013

À la suite du débat télévisé sur RDI dans le cadre d’une émission spéciale portant sur la course à la mairie de Montréal où participaient les quatre candidats en lice le 9 octobre, il est ressorti clairement que le favori du dernier sondage, Denis Coderre, qui obtient 39 % des intentions de vote, va se contenter de maintenir le cap sur sa destination sans causer de vague sur son parcours.

Dans ce décor de grand calme imposé par l’expérience et la notoriété enveloppées d’une vacuité idéologique effarante de l’ex-député libéral fédéral en quête de pouvoir, le grand perdant est sans nul doute Richard Bergeron qui risque de récolter le sort peu enviable de former l’opposition officielle à la mairie et ce, malgré sa présence à l’Hôtel de Ville depuis 2005.

Et pourtant, le plus surprenant dans tout ça, c’est que Richard Bergeron est l’homme de contenu, de substance, celui qui a su imposer les thèmes centraux de cette campagne, à savoir, l’intégrité et la lutte contre la corruption, le transport collectif, l’exode des familles montréalaises, l’accès aux berges et au fleuve, la plupart de ces idées étant reprises par les autres candidats. Néanmoins, Richard Bergeron et son parti Projet Montréal continuent de plafonner depuis des années à 25 % dans les intentions de vote.

Alors, qu’est-ce qui peut expliquer un tel engouement pour le candidat Coderre au détriment de Bergeron? À mon sens, la réponse réside dans le fait que les Montréalais semblent préférer jeter leur dévolu sur l’image davantage que sur les enjeux et le contenu des idées.

On peut aussi se demander si Denis Coderre ne profite pas de la division du vote envers les deux autres candidats. En effet, il n’en demeure pas moins que 61% de la population sondée ne souhaite pas voir Denis Coderre devenir maire de Montréal. Que serait devenue une course à deux entre Coderre et Bergeron?

Enfin, une chose est sûre, ne nous attendons à aucune déclaration de la part de Denis Coderre qui viendrait jeter de l’ombre sur son aura, il en fera et en dira le moins possible, il ne lancera pas de grandes promesses ou d’idées neuves et originales, il évitera les débats chocs, considérant le fait que le rusé politicien n’a rien à gagner de ce côté et qu’il ne pourrait que se faire du tort s’il s’exposait à la critique et aux questions des journalistes et commentateurs en quête d’audace et de renouveau dans un programme qui n’en contient pas.

quebechebdo 11 octobre 2013

Le remède imaginaire

10 octobre 2013

Les études des démographes disponibles pour le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni et d’autres pays européens montrent sans l’ombre d’un doute que l’immigration n’a qu’un impact marginal sur la structure par âge de la population de la société d’accueil. En outre, dans la recherche économique européenne et nord-américaine, on a depuis longtemps constaté que les difficultés d’intégration économique des immigrants compromettaient sérieusement la possibilité que l’immigration ait un impact favorable sur l’économie et les finances publiques.

Le Remède imaginaire se concentre sur les aspects économiques et démographiques de l’immigration, qui ont été largement négligés dans le débat public. Les auteurs ont la conviction que le public et les décideurs entretiennent une idée fausse de l’effet de l’immigration sur l’économie et la démographie québécoises, qui empêche d’évaluer de façon objective la politique québécoise d’immigration, tout en créant des attentes qui, un jour ou l’autre, seront forcément déçues.

Le remède imaginaire, pourquoi l’immigration ne sauvera pas le Québec, Benoît Dubreuil et Guillaume Marois, Boréal, 2011

Benoît Dubreuil est philosophe. Il est notamment l’auteur de Human Evolution and the Origin of Hierarchies (Cambridge University Press). Guillaume Marois est démographe. Il a notamment présenté des arguments scientifiques à la consultation publique sur les niveaux d’immigration pour la période 2008-2010 orchestrée par le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles.

http://www.pouruneécolelibre.com/2011/01/pour-une-fois-tout-le-monde-ou-presque.html

vigile.net tribune libre 10 octobre 2013
quebechebdo 10 octobre 2013 

Rencontre avec Gabriel Nadeau-Dubois

10 octobre 2013

Dans les événements qui ont entouré le printemps érable 2012 au Québec, Gabriel Nadeau-Dubois, ex-porte-parole de la CLASSE, a été certes une figure dominante fort médiatisée. À ce propos, l’ancien leader étudiant a accordé une entrevue au Journal Métro dans le cadre de la parution de son livre « Tenir tête » qui sera lancé le 10 octobre. Voici quelques extraits de cette rencontre que j’ai jugés pertinents de vous proposer :

Vous dites appartenir à une tendance politique à laquelle certains étudiants ont reproché son pragmatisme et son souci de l’image. Qu’est-ce qui vous a sensibilisé à l’importance de l’image?

Durant la grève, j’étais conscient que lorsque je me présentais devant les médias, les gens qui m’écoutaient, chez eux, partaient déjà avec toute une série de préjugés. La moindre des choses était de m’assurer qu’aucun obstacle esthétique ou d’image ne viennent perturber mes interventions. Le fond devait l’emporter sur la forme.

Lors d’un discours qui allait déterminer la suite des choses au Cégep de Valleyfield, vous avez avoué aux militants que vous aviez peur de la grève.

Le but était d’être le plus honnête possible et de dire aux autres étudiants que lorsqu’on rentre dans ce moment politique-là, on ne peut pas savoir d’avance comment les choses vont se dérouler. L’idée était de faire comprendre que c’était notre seule chance de renverser la vapeur, sinon la hausse passait.

On pourrait brosser un parallèle avec un célèbre discours de Pierre Bourgault, qui allait dans ce sens en parlant de l’indépendance du Québec. Bourgault, à qui on vous a souvent comparé, est-il votre modèle?

Bourgault est l’une de mes inspirations politiques. Ce que je retiens surtout de lui, c’est son courage politique et sa volonté de prendre les gens au sérieux. De ne pas leur mentir en leur disant que le changement social, que ce soit pour réaliser l’indépendance ou obtenir davantage de justice, ce n’est pas toujours facile et qu’il faut faire des sacrifices. Collectivement cependant, nous sommes capables de faire des choses.

De quel milieu socioculturel êtes-vous issu?

J’ai été élevé dans un milieu très politisé. Mon père était organisateur communautaire et il a été très engagé dans le milieu syndical pendant longtemps. Ma mère est avocate spécialisée dans le droit du travail. Elle défend les travailleuses et travailleurs victimes d’accidents.

Qui sont vos héros, vos modèles?

Bourgault est une de mes inspirations politiques. Et puis, des gens comme Michel Chartrand, des femmes comme Madeleine Parent… Des militantes et des militants qui ont donné leur vie pour une cause et dont l’âge n’a jamais atténué les convictions.

Où vous voyez-vous dans 20 ans?

Très bonne question. Je l’ignore. L’enseignement est quelque chose qui pourrait m’intéresser.

Si vous dites que vous ne ferez pas de politique, personne ne vous croira.

J’ai déjà été approché, mais je ne suis pas intéressé pour le moment. Je ne crois pas qu’être connu soit une raison suffisante pour être un bon candidat et, a fortiori, pour être un bon politicien. Je ne dis pas que je n’en ferai jamais ,mais ce n’est pas dans mes priorités de l’heure.

Outre les quolibets lancés sur les réseaux sociaux et dans les médias, on a appris à un moment, à travers un témoignage de l’intérieur, que les policiers de la SQ vous haïssaient viscéralement. Comment avez-vous composé, humainement, avec cette haine?

Je n’aurais pas répondu la même chose il y a un an mais, maintenant, j’en suis venu à accepter que cela fait partie des risques que l’on prend. C’est sûr que, sur le coup, c’était difficile et ce n’est pas vrai que l’on peut ignorer. Je n’ai jamais été capable de le faire. Je lisais les bêtises écrites à mon sujet. Ça frappe toujours au visage, mais en même temps nous étions très bien entourés. Il y avait dans ce mouvement une cohésion, une solidarité et un immense sentiment d’appartenance, et cela me rendait plus fort. Pour chaque bêtise que je lisais, chaque lettre de menace que je recevais, des automobilistes me klaxonnaient dans la rue, des passants me tapaient sur l’épaule et d’autres m’encourageaient à poursuivre.

Pensez-vous que la police au Québec défend des intérêts politiques?

Il ne faut pas tomber dans la théorie du complot et dire qu’il y aurait eu des ordres directement donnés par des politiciens aux policiers. Par contre, je crois qu’il y a une culture policière qui est problématique au Québec et notamment au SPVM. Il y règne une culture répressive qui doit changer. On le voit dans les cas de profilage racial, social et également lors des interventions de contrôle des foules, c’est assez clair. Ce qui confirme cela, c’est non seulement la brutalité concrète envers les étudiants, mais aussi le climat psychologique et verbal dans lequel ces choses se sont produites.

Vous dites avoir reçu des menaces de la part de la SQ!

Un jour, par l’intermédiaire de mon attaché de presse, la SQ m’appelle pour me dire : «Tu as reçu des lettres de menaces. Cette fois-ci, c’est très sérieux, il faut que tu te présentes à notre quartier général. Il faut qu’on te protège, car ta sécurité est en danger.» Nous avons donc filé vers la SQ dès la fin de l’entrevue à Radio-Canada. Nous sommes montés, et on m’a isolé de mes deux compagnons. Ensuite, on m’a emmené dans une salle d’interrogatoire, puis on a commencé à m’interroger en me disant : «Depuis les événements des derniers jours, le ministre Dupuis nous a demandé de nous impliquer dans le dossier, non seulement en matière de contrôle des foules, mais aussi de renseignements et d’information, et c’est dans ce cadre-là qu’on te rencontre aujourd’hui.» Cela a duré près d’une heure vingt. Je le raconte en détail dans le livre.

Vous êtes-vous senti menacé à ce moment-là?

Au départ, j’étais convaincu que j’allais là pour ma propre sécurité. Ça n’a pas pris beaucoup de temps avant que je réalise que c’était seulement une excuse. Alors, oui, à ce moment-là, je me suis senti menacé. Cela dit, ces menaces étaient moindres que la brutalité réelle qu’on trouvait dans les rues. Si je raconte cette anecdote, c’est pour montrer que de la SQ au SPVM il y avait, de manière synchronisée, une culture répressive.

Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur vous-même et sur le Québec?

Sur le Québec, des dizaines de choses, mais pour résumer, ça m’a donné beaucoup d’espoir. Notamment avec le mouvement des casseroles. Le Québec a repris confiance en lui. Des centaines de milliers de personnes avaient soudainement une meilleure vision d’elles-mêmes et une meilleure vision du Québec que devenir des «bons gérants de dépanneurs» ou «on va avoir un équilibre budgétaire et c’est ça notre projet de société». On a vu des gens qui avaient des projets, des valeurs de justice sociale, d’écologie et de démocratie. Et ça, pour moi, c’était très réconfortant.

quebechebdo 10 octobre 2013