Le message derrière le hijab

Compte tenu que les femmes ne représentent que 15 des 93 personnes ayant reçu à ce jour le prix Nobel de la paix, la plus prestigieuse récompense à l’échelle mondiale pour la défense de la paix et de la justice sociale, et que l’âge moyen des lauréats est de 62 ans, il semblait au départ bien peu probable de voir la candidature de cette adolescente de 16 ans retenue par le jury.

Il me semble pertinent de se rappeler que la candidature de Malala Yousafzai s’appuyait essentiellement sur sa lutte acharnée pour le droit des jeunes filles à l’éducation alors que, ce qui semble paradoxal, elle a mené son combat vêtue du hijab, un choix lourd de conséquence à une époque où l’Occident en général et le Québec en particulier dans le débat actuel sur les signes religieux ostentatoires, sont imprégnés de l’idée selon laquelle les musulmanes sont opprimées, contraintes au silence et dépourvues de moyens d’action.

Alors, à quoi pourrait-on attribuer cette vive admiration suscitée par la lutte de Malala Yousafzai dans tant de pays occidentaux ? Que pourrait révéler cet engouement au sujet de la compulsion tenace de l’Occident à sauver les femmes des sociétés musulmanes et des pays en développement dans un contexte où la protection du droit à l’éducation des filles continue de servir de justification à des guerres impérialistes ?

À mon sens, nous devons retenir deux éléments-clés du combat de l’adolescente, à savoir la contradiction entre l’islam et la violente misogynie des fondamentalistes radicaux et le fait de nier que l’éducation aux filles va à l’encontre des préceptes musulmans, établissant de la sorte une distinction très nette entre les talibans et la religion dont ils prétendent être les tributaires.

Par ailleurs, en exhortant le monde à envoyer dans les régions en difficulté des livres et des stylos, et non pas des chars d’assaut, le message antimilitaire de Malala est apparu audacieux, mais n’a toutefois pas collé à la peau du personnage public de la militante, constamment dépeinte comme «la jeune Pakistanaise qui a défié les talibans», image qui, par contre, en a fait la «cause célèbre» de l’heure en Occident tout en devenant l’incarnation même des valeurs fondamentales des démocraties libérales industrialisées.

En conclusion, même si Malala ne s’est pas mérité le prix Nobel, on peut espérer que les retombées médiatiques suscitées par sa candidature retiendront le message central derrière le hijab, à savoir son combat pour le droit des jeunes filles à l’éducation.

quebechebdo 15 octobre 2013

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