Pauline Marois a-t-elle été consultée?

13 juin 2011

La lettre à Jacques Parizeau

Dans tout le débat qui a entouré la présentation du projet de loi privé 204 au sein du caucus péquiste sans qu’il ait été consulté sur l’opportunité d’être déposé à l’assemblée nationale, je crois qu’il est important de se demander si les douze « jeunes » députés péquistes ont consulté leur chef avant de rendre publique leur lettre à Jacques Parizeau.

Si tel est le cas, je considère qu’encore une fois, Mme Marois s’est mis les pieds dans les plats en cautionnant une invitation « politiquement correcte » à Jacques Parizeau à s’éclipser du débat sur la souveraineté du Québec. D’abord parce que Pauline Marois devrait savoir qu’on ne demande pas à M. Parizeau de se fermer lorsqu’il a le goût de parler, ensuite, parce qu’il est même inopportun de le faire, compte tenu de la notoriété et de la crédibilité du personnage.

En effet, s’il existe une situation où Pauline Marois aurait dû s’objecter, c’est cette sortie de ces douze députés qui ne fait qu’envenimer davantage le climat au sein des troupes péquistes. Une scène qui donne l’impression d’une dernière cène où le maître donne sa bénédiction à ses douze apôtres sur leurs intentions de renier les enseignements de Moïse!

Pas très reluisant pour Pauline Marois comme performance au cours de son « dernier acte » qui pourrait peut-être annoncer la tombée du rideau sur sa carrière politique…à moins que les douze lascars aient décidé de publier cette lettre sans en avoir informé leur chef, ce qui dénoterait là par ailleurs une mauvaise interprétation de son rôle principal au cours de l’acte final!

vigile.net tribune libre 12 juin 2011    

Dernier acte

12 juin 2011

Lettre ouverte à Pauline Marois

Madame Marois,

Permettez-moi d’abord de vous citer un extrait de l’allocution que vous avez prononcée au Salon rouge de l’Assemblée nationale lors de votre assermentation à titre de députée de Charlevoix le 12 octobre 2007 :   « Ceux et celles qui me connaissent le savent bien et pourront vous le dire, je suis une femme d’écoute, une femme de parole et une femme d’action, une femme qui n’a jamais eu peur non plus de livrer les batailles qui s’imposaient pour faire avancer le Québec. »
Mon intention n’est pas de revenir sur les motifs qui ont conduit les quatre députés péquistes à démissionner ni sur les événements qui ont entouré le dépôt du projet de loi privé 204, même si les derniers sondages, espérons-le, circonstanciels selon vos dires, laissent voir tout au moins une sentiment de mécontentement vis-à-vis les dernières décisions du PQ.
Je voudrais surtout aborder ce qui me semble représenter le déclencheur de cette démobilisation contagieuse de certains militants de longue date du parti, soit le plan de gouvernance. S’il incarne la « bataille » que vous nous invitez à livrer, je vous avoue que très peu de militants rejoindront les rangs de votre armée, placée devant une stratégie mendiante de pouvoirs auprès d’Ottawa, émanant des relents nauséabonds de conditions gagnantes et des odeurs d’étapisme brûlé…en fait, rien pour apaiser l’appétit vorace des indépendantistes à la diète depuis 1995!
Par ailleurs, j’ai lu la plupart de vos allocutions prononcées lors des congrès auxquels vous êtes intervenue à titre de chef du PQ. À part les attaques répétées contre Jean Charest et vos élans oratoires faisant appel au sentiment patriotique des délégués, vous mentionnez très rarement des propositions concrètes pour promouvoir la cause de l’indépendance du Québec!
Eh bien, Mme Marois, si vous êtes « une femme d’écoute et une femme d’action », je vous incite fortement à « écouter » les sympathisants du Parti québécois et à « agir » dans le sens de leurs demandes! Pour tout dire, si vous êtes « une femme qui n’a jamais eu peur de livrer les batailles qui s’imposaient pour faire avancer le Québec », il est impérieux que vous passiez des paroles aux actes!

vigile.net tribune libre 11 juin 2011
quebechebdo 13 juin 2011 (Lettre ouverte à Mme Pauline Marois)
        

Un couple politiquement correct

11 juin 2011

J’ai toujours respecté Jacques Parizeau pour ses convictions et admiré pour sa détermination. Certains de mes articles d’ailleurs parus sur cette tribune en font foi et mon opinion à cet égard persiste encore aujourd’hui. Quant à Lisette Lapointe, pour le meilleur et pour le pire, elle est la conjointe de M. Parizeau et elle doit vivre avec cette réalité, telle qu’exprimée par Denise Bombardier dans Le Devoir d’aujourd’hui, le 11 juin :
« Lisette Lapointe, femme de Jacques Parizeau qu’elle a épousé non seulement par amour, mais parce qu’ils défendent la même cause, celle de l’indépendance avant tout. »
Ceci étant dit, j’aimerais revenir sur les circonstances qui ont entouré la démission de Lisette Lapointe du caucus du PQ. La députée de Crémazie évoque d’abord l’attitude outrancière de Mme Marois, générant un climat irrespirable. De plus, aux dires de Mme Lapointe, le plan de gouvernance de la chef du PQ nous conduit vers un autre beau risque inutile.
En ce qui a trait à Pauline Marois, elle avance que Lisette Lapointe n’a jamais digéré la décision des délégués au congrès d’avril 2011 concernant la création d’une commission permanente de préparation à la souveraineté « enrobée gentiment d’une proposition acceptant de parachever les études sur la souveraineté, de préciser les projets et d’en assumer la diffusion dans le public », comme je le mentionnais dans mon article publié sur cette tribune le 18 avril sous le titre « Une bien maigre semence » Et je concluais ainsi: « Enfin, attendons la riposte de Jacques Parizeau à cet effet…c’est à suivre! »
Et bien voilà, nous y sommes! Mon propos n’est pas ici de chercher à démontrer qui de Pauline Marois ou de Lisette Lapointe dit la vérité sur les motifs de la démission de Mme Lapointe mais plutôt de projeter l’éclairage sur la similitude des points de vue entre Jacques Parizeau et sa conjointe, autant sur les plans de la proposition Crémazie que sur le caractère obsolète du plan de gouvernance, deux irritants majeurs qui semblent hanter Jacques Parizeau et Lisette Lapointe!
Dans ces circonstances, je ne vois pas d’autres alternatives pour le tandem Parizeau/Lapointe que de poursuivre sa route dans la voie d’une contribution essentielle à l’alimentation du débat sur l’accession à l’indépendance du Québec, le premier, en tant que politicien aguerri et adulé pour ses observations parfois dérangeantes, mais souvent pertinentes, la deuxième, à titre de députée souverainiste indépendante convaincue.

vigile.net tribune libre 11 juin 2011   

Éliminer la partisanerie sectaire

10 juin 2011

On dit souvent que derrière tout incident bouleversant émerge une leçon susceptible d’améliorer le cours des événements à venir. Les dernières démissions au sein du caucus péquiste font ressortir, entre autres, un malaise profond concernant la « vieille » façon de faire de la politique, soit de placer trop souvent les intérêts partisans et opportuns avant les intérêts des citoyens. Selon Louise Beaudoin et Pierre Curzi, la partisanerie excessive dont font preuve les formations politiques est à l’origine du profond désabusement des citoyens à l’égard des politiciens.
Toutefois, si nous nous référons à la définition de la partisanerie au sens propre, nous y découvrons qu’elle est le fait de prendre parti pour quelqu’un, un système, une doctrine ou une théorie et d’en assumer la promotion et la défense dans le respect des opinions des autres. En ce sens, la non-partisanerie est l’absence de convictions et de repères historiques et idéologiques.
Là où le bât blesse, c’est lorsque que la partisanerie dérape vers un parti pris sectaire, porteur d’une intolérance et d’une étroitesse d’esprit qui refusent d’admettre les opinions différentes. Cette partisanerie « excessive » engendre alors des attaques personnelles pernicieuses, créant un climat malsain qui transforme le Parlement en perpétuel vaudeville. À cet effet, Louise Beaudoin, dans son allocution annonçant sa récente démission, traduit assez bien le malaise engendré par cette forme de partisanerie qu’elle ressent depuis son retour à la politique active en 2008 :
« J’ai commencé à m’interroger sur la partisanerie qui souvent rend aveugle, qui nous force à toujours être dans la certitude, jamais dans le doute, sur le ton guerrier que l’on se croit obligés d’employer. Ce sont des maux dont la politique est en train de mourir. »
Et Pierre Curzi, visiblement déçu de son plongeon en politique il y a quatre ans, d’ajouter :
« On se rend compte que les partis politiques s’éloignent de plus en plus de ce que les gens disent et souhaitent. Les gens demandent qu’on ait une liberté de parole, qu’on affirme des principes et qu’on respecte ces principes. »
De telles déclarations ouvrent nécessairement la voie à une nouvelle façon de faire de la politique pour autant que les politiciens désirent réparer cette fracture qui sépare le citoyen des élus, à commencer par des changements d’attitudes. À titre d’exemples, Louise Beaudoin propose de ne plus voir ses adversaires comme des ennemis, de mettre fin à la langue de bois, d’accorder plus de latitude aux députés, en particulier par une discipline de parti mois systématique et moins contraignante.
Cependant, au-delà de ces changements d’attitudes essentiels à tout effort de faire de la politique autrement, les politiciens devront un jour s’attaquer sérieusement à notre culture politique, la base de l’ensemble des valeurs, traditions et stratégies liées à la manière d’exercer et de contrebalancer le pouvoir, laquelle culture politique est héritière de nos nombreuses années d’un parlementarisme empoussiéré. Pour rafraîchir un peu cette image grisâtre de notre culture politique, je vous suggère de consulter l’ambitieuse mission que se donnée 400 jeunes de 20 à 35 ans provenant de toutes les régions du Québec pour en arriver à présenter leur mémoire le 8 juin à la suite de la réflexion menée par Génération d’idées et dans lequel ces jeunes nous présentent des pistes de solutions pour refaire le Québec à leur image…et qui pourraient peut-être aussi alimenter notre réflexion sur les modifications à apporter pour moderniser notre culture politique désuète.
www.generationdidees.ca

vigile.net tribune libre 10 juin 2011    

« Cloclo » est parti

9 juin 2011

En apprenant le décès de Claude Léveillée, j’ai ressenti un grand vide comme si je venais de perdre un être cher! Puis, de magnifiques souvenirs sont remontés dans ma mémoire, tels son admirable talent de chansonnier, de parolier et de musicien. Toutefois, un personnage est venu prendre une place particulière dans mon album-souvenirs, c’est Cloclo, ce clown sympathique qui a habité l’imaginaire des enfants dans le cadre de l’émission « Domino » diffusée sur les ondes de la télévision de Radio-Canada  de 1957 à 1962.
Parlant de ce personnage, Léveillée a déjà dit qu’il faisait chanter les enfants en s’accompagnant sur un piano, décoré d’accessoires variés, tels une poire à bicyclette, des fleurs ou des cages à souris. Un détail peu connu de la carrière du célèbre chansonnier, il a écrit des centaines de chansons pour les enfants. Il avait même conservé le costume et les bottines de Cloclo, et son nez, qu’il arborait encore pour faire rigoler ses amis, était demeuré à sa portée dans sa chambre.
Cloclo est parti et, avec lui, l’imaginaire débordant de Claude Léveillée. Grand merci à toi, Claude!

vigile.net tribune libre 9 juin 2011
Le Devoir 10 juin 2011
quebechebdo 10 juin 2011
cyberpresse.ca 14 juin 2011

 

Arrive maintenant le temps d’un nouveau défi

9 juin 2011

En ces temps sombres où le rêve de l’accession au pays du Québec semble vouloir s’éclipser derrière une nébulosité stagnante, je vous offre ce petit poème puisé dans mes souvenirs en guise d’espoir d’un temps plus clément.

Il fut un temps pas si lointain
Où des hommes et des femmes d’ici ont rêvé d’un pays
Il fut un temps pas si lointain
Où des hommes et des femmes d’ici se sont donné un défi

Mais ce temps, cet implacable temps
A semé les graines perverses des ambitions
Au détriment des profondes convictions
De nos vaillants défricheurs d’antan

Puis, avec le temps vint un temps
De piétinement sur le sol de nos aïeux
Un temps nuageux où s’assombrirent les cieux
Jusqu’à ce que le torrent inonde les champs

Cependant le temps, tolérant et patient
A attendu patiemment le retour des paysans
Qui, vaillamment, à nouveau, ont remis
Le cap sur la création d’un pays

Il fut un temps pas si lointain
Où des hommes et des femmes d’ici ont rêvé d’un pays
Arrive maintenant le temps d’un nouveau défi
Où des hommes et des femmes d’ici se donneront la main
Pour réaliser enfin
Ce grand et beau pays

vigile.net tribune libre 9 juin 2011      

La descente aux enfers

8 juin 2011

Le 16 avril 2011, lors du 16ième congrès du Parti québécois, Pauline Marois obtient un vote de confiance de 93,08% de la part des quelque 1700 participants.
« Nous nous dirigeons vers une victoire, une victoire qui pourra avoir des conséquences absolument formidables pour le Québec, lance-t-elle, émue, sur la scène du congrès. Ma victoire, c’est votre victoire. C’est la victoire d’un parti uni, d’un parti solidaire, d’un parti qui a le goût de proposer au peuple du Québec que nous nous donnions un pays. »
Moins de soixante jours plus tard, le parti « uni et solidaire » vit l’une des pires crises de son histoire. Trois de ses ténors, Louise Beaudoin, Lisette Lapointe et Pierre Curzi quittent le bercail le 6 juin, suivis du député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Haussant, le lendemain, ce dernier montant d’un cran sa critique envers son chef en lui suggérant de « penser à la souveraineté d’abord » et de démissionner, alléguant que « la souveraineté va se faire avec quelqu’un d’autre. »
Bien sûr, la question fondamentale réside dans les raisons qui ont conduit à une telle descente aux enfers dans un laps de temps aussi court. En ce qui a trait aux événements qui ont entouré le projet de loi privé 204, tous conviennent, y compris les quatre démissionnaires, qu’ils ne peuvent représenter un dossier assez important pour causer un tel cataclysme. Ces événements auront contribué tout au plus de prétexte pour faire déborder le vase qui déjà avait atteint son niveau de tolérance maximum avant que la saga sur l’amphithéâtre n’occupe toute la scène politique québécoise.
Si on se fie aux déclarations des députés démissionnaires, il semblerait que le nerf de la guerre se situe au niveau du style de leadership de Pauline Marois, jugé trop directif par certains députés du caucus péquiste. Reliée à cette attitude, ressort la ligne de parti, critiquée pour son caractère sclérosant, muselant les députés dans leurs opinions et leurs convictions jusque dans leurs votes à l’Assemblée nationale. À cette critique, Pauline Marois rétorque qu’elle écoute les membres de son caucus mais qu’en bout de ligne, quelqu’un doit prendre la décision, en l’occurrence, la chef du parti, conseillée par ses proches collaborateurs.
À mon sens, le nœud du problème réside dans ce dilemme entre le processus de consultation et le processus de décision, une démarche qui demande du tact de la part du leader et de la maturité de la part de ceux qui doivent se rallier à une décision vis-à-vis de laquelle ils sont en désaccord. Toutefois, cette démarche de consultation demeure essentielle dans tout organisme qui respecte les principes de base de la démocratie. Quant à la sacro- sainte ligne de parti, elle ne devrait, en aucun temps, brimer la liberté de parole des députés, encore moins leur vote au moment de la présentation d’un projet de loi à l’ANQ.
Je ne connais pas les qualités personnelles de Mme Marois pas plus que ses défauts. Toutefois, il me semble évident qu’elle possède une force de caractère remarquable et une détermination manifeste…une détermination qui pourrait être associée parfois à de l’entêtement. Néanmoins, pour avoir reçu un vote de confiance aussi élevé de la part des participants au congrès du 16 avril 2011, j’imagine qu’elle possède aussi le leadership nécessaire pour conduire ses troupes à la victoire lors des prochaines élections. Compte tenu de ces atouts indispensables à tout chef de parti politique, saura-t-elle rallier ses ouailles et surtout, pourra-t-elle conduire le peuple québécois à son indépendance ? En dernière heure, nous apprenons que Mme Marois fait amende honorable en s’excusant de ne pas avoir consulté son caucus sur le projet de loi privé 204…trop peu, trop tard? Des questions qui demeurent pour l’instant sans réponses!

vigile.net tribune libre 8 juin 2011
cyberpresse.ca 13 juin 2011                       


  

Menace d’implosion au PQ

7 juin 2011

Examinons d’abord la version « officielle » qui, aux yeux du commun des mortels, auraient conduit aux démissions fracassantes des trois députés péquistes le 6 juin 2011, avant qu’ils ne fassent leur déclaration.
Le projet de loi privé 204, déposé par la députée Agnès Maltais, appuyée par Pauline Marois, a suivi la voie d’une commission parlementaire tant souhaitée par les tenants d’une consultation populaire sur les détails de l’entente et ce, sans qu’aucune anomalie ne soit ressortie sur les détails de l’entente. Toutefois, comme le député de Québec solidaire, Amir Khadir, a déjà annoncé qu’il votera contre le projet de loi qui doit recevoir l’unanimité des voix, il devra prendre le chemin d’une loi omnibus pour être accepté à la majorité simple des membres présents. Par ailleurs, la Cour supérieure du Québec ne s’est pas encore prononcée sur la requête en nullité déposée par Denis de Belleval concernant l’entente intervenue entre la Ville de Québec et Quebecor sur la gestion du nouvel amphithéâtre de la Capitale nationale.Toujours selon la version « officielle », dans ce branle-bas de combat , la grogne s’installe dans les officines du PQ. Puis, coup de théâtre! Trois ténors de la députation péquiste démissionnent. Les scénarios les plus noirs évoquent même une menace d’implosion au sein du PQ.
Imaginez…un parti solidement implanté au Québec risque de s’effondrer, de se désagréger pour des motifs qui ne sont encore que des allégations! Trois politiciens chevronnés claquent la porte pour des raisons de principes démocratiques après qu’une commission parlementaire leur ait permis de s’exprimer au sujet d’un projet de loi accepté par la majorité des députés de leur parti…au grand plaisir des amis d’en face, tous partis confondus. En un mot, la baraque menace de sauter pour un projet d’amphithéâtre. Voilà pour l’avant.
Puis, subitement, le chat sort du sac à la lumière des déclarations des trois députés péquistes démissionnaires! Le projet de loi privé 204 n’est que « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase », selon les dires de Lisette Lapointe. Le style de leadership de Pauline Marois est remis en question. Bref, il y a du linge sale à laver et « l’atmosphère est devenue irrespirable », toujours selon Mme Lapointe! Et pourtant, malgré cette « implosion appréhendée », et Louise Beaudoin et Lisette Lapointe ont toutes les deux confirmé le choix de certains de leurs collègues, en ces termes, dans une entrevue accordée sur RDI le 6 juin :
« Certains de mes collègues vont mener le combat vers l’intérieur…je choisis de le faire de l’extérieur. » (Louise Beaudoin)
« Les collègues qui sont restés à l’intérieur vont brasser la cage. » (Lisette Lapointe)
Alors, pourquoi déserter la maison au lieu d’y rester pour faire le lavage en famille? Le salut dans la fuite n’a jamais profité à personne. À mon sens, pendant que le torchon brûle, une question essentielle doit faire partie des réflexions des trois démissionnaires, et ils doivent rapidement lui apporter une réponse: l’enjeu en vaut-il la chandelle? Voilà pour l’après.

vigile.net tribune libre 7 juin 2011   

L’énigme Khadir (prise 2)

6 juin 2011

D’entrée de jeu, je vous cite un extrait d’un article du journal français Libération en date du 3 juillet 2008 :
« Peut-on être de gauche en Amérique du Nord, à la fois immigrant et souverainiste québécois, de tradition musulmane et militant de la cause féministe? Médecin d'origine iranienne, activiste de longue date, Amir Khadir est tout cela à la fois. S'il n'est pas l'unique politicien québécois issu de l'immigration dans la province, il est sans doute le seul à réunir toutes ces caractéristiques…. » (1)
Rien pour résoudre l’énigme Khadir, vous allez me dire…non, mais peut-être des éléments qui peuvent expliquer les paradoxes dans lesquels semblent baigner parfois le député de QS. Entre autres, l’appui d’un chef de parti souverainiste au NPD lors des dernières élections fédérales, invoquant le vote « utile » pour justifier ses calculs politiques au détriment de ses convictions.
On pourrait citer aussi sa démarche en dents de scie dans le dossier de l’amphithéâtre de Québec, s’objectant d’abord au dépôt du projet de loi 204 pour ensuite l’accepter, alléguant qu’une commission parlementaire permettrait à tous les intervenants de s’exprimer sur le sujet, y compris lui, et qu’une fois les audiences terminées sans qu’aucune anomalie sur l’entente entre la Ville de Québec et Quebecor ne soit ressortie, il persiste à dire qu’il votera contre l’entente, et cela, avant même que la Cour supérieure ne donne son verdict concernant la contestation de Denis de Belleval.
Et, pour ajouter un peu de piquant à l’énigme qui entoure le personnage, je crois opportun de vous rapporter certains faits historiques qui se dégagent du même article cité plus haut :
« En 1995, le Parti québécois (PQ) digère très mal l'échec du référendum d'indépendance. Son rêve lui échappe à 1 % des voix près. Il vire alors à droite, adoptant une stratégie néolibérale. Les déçus, parmi lesquels Amir Khadir, fondent alors le Rassemblement pour une alternative politique (RAP), avec le but de créer une force à la gauche du PQ. En 2002, l'initiative débouche sur la formation de l'Union des forces progressistes (UFP), un parti qui rassemble tous les groupuscules de gauche, y compris le Parti communiste. »(1)
Considérant d'une part, que QS est nés de la fusion de l'UFP et d'Opition citoyenne, et que d'autre part, l'une des raisons d’être de sa formation était de « créer une force à la gauche du PQ », je ne crois pas qu’il soit dans les intentions d’Amir Khadir de conclure quelque alliance avec le PQ alors que plusieurs intervenants persistent à croire à cette possible coalition.
Enfin, une chose est certaine, on ne peut l’accuser d’utiliser la langue de bois, souvent reprochée aux politiciens comme porteuse d’un discours creux. Pourtant, aux qualificatifs élusif et de nébuleux attribués aux utilisateurs de la langue de bois, sont souvent substitués ceux de despotes et de manipulateurs aux politiciens ayant leur franc parler. Porteur d’un discours ouvert, empreint d’une dialectique implacable, et sans détour, recourant même souvent à l’insulte envers ses adversaires, Amir Khadir subit néanmoins souvent les doléances de plusieurs de ses auditeurs tout en en ralliant un bon nombre. À preuve que l’énigme Khadir est loin d’être résolue!
 
(1)   http://www.quebecsolidaire.net/actualite-nationale/portrait-damir-dans-liberation 

vigile.net tribune libre 6 mai 2011

Une alliance PQ-QS…un mariage de raison?

2 juin 2011

Depuis quelques mois, nombreux sont les commentaires préconisant une alliance entre le Parti québécois et Québec solidaire. Au fil de ces lectures, je me suis demandé quels étaient les tenants et aboutissants d’une telle démarche. Aussi, avec toute modestie, je vous livre en vrac le fruit de ma réflexion.
D’abord, force nous est de constater la montée en flèche de la popularité de QS, un parti qui n’a que cinq ans d’existence puisqu’il a été créé en février 2006 de la fusion d’Option citoyenne et de l’Union des forces progressistes qui avaient respectivement vu le jour en 2004 et en 2002. Dès sa création, le parti se définit comme étant écologiste, de gauche, démocrate, féministe, alter-mondialiste, et d’un Québec pluriel, souverain et solidaire.
Par ailleurs, il ne fait aucun doute à mes yeux que l’élection d’Amir Khadir et sa présence à l’Assemblée nationale ont contribué grandement à mettre QS sur l’écran radar de la scène politique québécoise. En effet, il faut reconnaître que le député de Mercier possède le talent pour susciter les débats sur des sujets d’actualité en plus d’avoir le verve pour les alimenter.
De l’autre côté, le PQ, souffrant d’une existence de plus de quarante ans, démontre depuis quelques années des signes évidents de vieillissement qui laissent souvent des relents amers dans les convictions profondes de ses sympathisants. De là à zieuter du côté d’un parti jeune et vigoureux, il faut reconnaître que la tentation est attirante!
Toutefois, avant de contracter une alliance avec ce nouveau parti, les péquistes, à mon sens, auraient avantage à se poser quelques questions. À titre d’exemples, QS ne repose-t-il pas actuellement sur les épaules d’un seul homme? Si oui, n’y-a-t-il pas un danger qu’il ne soit qu’un feu de paille advenant le retrait d’Amir Khadir de la scène politique? Le PQ, quant à lui, ne devrait-il pas, enfin, reprendre le leadership de l’accession à l’indépendance, en tant que premier parti souverainiste créé au Québec? Avant d’envisager une alliance avec QS, un parti qui n’a que cinq ans d’expérience sur la scène politique québécoise, le PQ ne devrait-il pas lui laisser le temps de faire ses armes sans pour autant le renier? Les deux partis n’auraient-ils pas avantage à cheminer parallèlement et ainsi garder toute la latitude nécessaire pour faire avancer le débat sur l’indépendance plutôt que de vivre une cohabitation qui risque d’avoir des conséquences sclérosantes? Enfin, une alliance PQ-QS ne représente-t-elle pas un mariage de raison qui risque de dégénérer en chicanes de couple compte tenu de la grande différence d’âge entre les deux conjoints?

vigile.net tribune libre 2 juin 2011