Le fer de lance

22 septembre 2011

Parlant de la culture, Andrée Ferretti, dans son article publié sur cette tribune le 21 septembre sous le titre « Côteau rouge », conclut ainsi son billet :

« Au Québec, elle est plus que jamais le fer de lance de notre combat pour l’affirmation de notre existence distincte qui s’exprimera pleinement et irréversiblement dans un pays indépendant. »

Depuis des décennies, particulièrement depuis la deuxième moitié du 20ième siècle, c’est par légions que nos artistes ont porté le flambeau de notre fierté nationale. Les génies créateurs québécois sont réputés à travers le monde.

C’est pourquoi, à mon sens, il est essentiel que la culture joue un rôle de premier plan dans le discours politique.

Il est inconcevable que nous puissions envisager bâtir un pays sans le rattacher résolument au monde artistique, ce monde où l’imaginaire collectif prend toute son énergie. Dans le but de nous ressourcer aux racines qui nous abreuvent, je vous propose cette chanson de Claude Gauthier, écrite en 1972, sous le titre « Le plus beau voyage » :

J’ai refait le plus beau voyage
De mon enfance à aujourd’hui
Sans un adieu, sans un bagage
Sans un regret ou nostalgie

J’ai revu mes appartenances
Mes trente-trois ans et la vie
Et c’est de toutes mes partances
Le plus heureux flash de ma vie

Je suis de lacs et de rivières
Je suis de gibier, de poissons
Je suis de roche et de poussière
Je ne suis pas des grandes moissons

Je suis de sucre et d’eau d’érable
De Pater Noster, de Credo
Je suis de dix enfants à table
Je suis de janvier sous zéro

Je suis d’Amérique et de France
Je suis de chômage et d’exil
Je suis d’octobre et d’espérance
Je suis une race en péril

Je suis prévu pour l’an deux mille
Je suis notre libération
Comme des millions de gens fragiles
À des promesses d’élections

Je suis l’énergie qui s’empile
D’Ungava à Manicouagan
Je suis Québec mort ou vivant
Je suis Québec mort ou vivant

vigile.net tribune libre 22 septembre



Échange entre deux vieux amis

22 septembre 2011

Depuis un certain temps, déferle sur le Québec un vent de consultation citoyenne visant la contribution de la population aux différents débats sociaux et politiques qui ont cours depuis quelques années.

Dans le but d’alimenter cette réflexion, j’ai imaginé un échange entre deux citoyens ordinaires, soit Paul, menuisier, et Robert, commis dans une grande chaîne d’alimentation, deux vieux amis qui se rencontrent régulièrement depuis plusieurs années au bar de la place pour « mettre les pendules à l’heure! ».

Une fois les nouvelles sur la famille, le travail et la santé épuisées, les deux compères tombent sur un de leurs sujets préférés…la politique :

« Dis donc, Paul, qu’est-ce que tu en penses de cette idée de créer un nouveau parti indépendantiste?

-Moi, je trouve que c’est une bonne idée…et toi?

-T’as pas peur que ça divise le vote souverainiste?

-Peut-être, mais au point où en sont les choses, je ne pense pas que les souverainistes seraient davantage divisés!

-Qu’est-ce que tu veux dire?

-Je veux dire qu’avec un PQ qui refuse de parler d’indépendance, il n’y a pas d’autre choix que de chercher d’autres solutions!

-Et si Pauline Marois changeait son fusil d’épaule et commençait à parler davantage d’indépendance!

-Tu y crois, toi?

-Pourquoi pas?

-À mon avis, Pauline Marois n’a vraiment jamais voulu faire l’indépendance…J’ai l’impression qu’elle recherche plutôt le pouvoir!

-Peut-être, mais tu ne crois qu’il faut obtenir d’abord le pouvoir pour accéder à l’indépendance?

-Ça, c’est ce qu’elle dit!

-Tu n’es pas d’accord avec ça?

-Pas sûr…J’ai entendu, l’autre jour, un commentaire de quelqu’un à la télévision qui parlait d’une idée de redonner le pouvoir aux citoyens!

-Ah oui, c’est intéressant!…Et après?

-J’avoue que je n’ai pas trop compris ce qu’il disait, mais ça avait l’air intéressant!…En tout cas, je vais essayer d’en savoir un peu plus là-dessus et on s’en reparle!

-Entièrement d’accord…de mon côté, je m’informe aussi! »

quebechebdo 22 septembre 2011

La dernière carte

21 septembre 2011

Le dernier sondage CROP-Le Soleil-La Presse accorde 18% des intentions de vote au PQ, 10% en faveur de Pauline Marois comme meilleur premier ministre, 36% au soutien au camp du Oui dans un éventuel référendum sur l’indépendance du Québec, et ce, malgré un taux d’insatisfaction de 66% (plutôt ou très insatisfait) à l’égard du gouvernement Charest.

Des chiffres, disons-le, plutôt inquiétants pour le PQ-Marois qui vit, depuis quelques mois, des crises internes qui l’ont gravement affecté autant dans la crédibilité et la ferveur de la base de ses militants que dans la faveur populaire des Québécois.

Mince consolation pour Mme Marois, la moitié des personnes interrogées par CROP, soit 500, l’ont été les 14 et 15 septembre, donc avant que Jean Charest n’ait admis n’avoir pas pris connaissance du rapport Duchesneau. Toutefois, depuis lors, le premier ministre, fidèle à ses qualités de rusé politicien, a admis que, après avoir lu le dit rapport, ses conclusions méritent un suivi et qu’il serait prêt à entendre M. Duchesneau en commission parlementaire, moyennant « certaines balises » !

À partir de maintenant, la main appartient à Pauline Marois qui dispose encore d’une carte dans son jeu, soit celle de réussir, à partir des divulgations accablantes du rapport Duchesneau concernant la collusion et la corruption dans l’industrie de la construction, à gagner le pari de la création d’une commission d’enquête publique sur la construction.

C’est la dernière carte de Pauline Marois et elle n’a pas d’autre choix que de l’abattre avec vigueur et conviction sur la table. Si elle réussit son pari, elle marquera des points….si elle échoue, elle devra quitter la table immédiatement et laisser sa place à un meilleur joueur !

vigile.net tribune libre 21 septembre 2011
quebechebdo 21 septembre 2011 (version abrégée)



La politique de l’autruche

20 septembre 2011

En annonçant une deuxième coupure en cinq mois dans les goussets des Cégeps, portant la facture totale à plus de 60 millions $, le Conseil du trésor sème l’indignation auprès de la Fédération étudiante collégiale du Québec.

Et, pour ajouter l’odieux à l’insolence, la présidente du Conseil du trésor, Michelle Courchesne, allègue que ces coupures seraient, entre autres, causées par une augmentation des coûts aux Transports.

Par ailleurs, la divulgation des conclusions du rapport Duchesneau révèlent, notamment, que la collusion et la corruption dans les travaux publics représentent « un fléau qui nous prive de millions de dollars par année ».

Pourtant, face à des révélations aussi troublantes, le gouvernement Charest persiste à jouer la politique de l’autruche et à se mettre la tête dans le sable en persistant dans son intention de ne pas créer une commission d’enquête publique sur la construction.

Une attitude de déni qui conduit à des aberrations scandaleuses qui influencent la qualité des services offerts aux cégépiens, lesquels sont en train de vivre un des effets pervers de la politique de l’autruche !

vigile.net tribune libre 20 septembre 2011
quebechebdo 30 septembre 2011


 

Le nécessaire retour aux sources

20 septembre 2011

En cette période troublante où tous et chacun, pour la plupart de bonne foi, tirent la couverture de l’indépendance chacun de leur côté, il m’a semblé opportun de me tourner vers celles et ceux qui nous ont quittés et qui ont laissé leur marque au sein de la société québécoise.

Je suis donc allé rejoindre ceux qu’on appelle « nos grands disparus » de l’année 2010 et, le premier nom de cette longue liste était celui de Michel Chartrand dont l’hommage débutait par ces mots :

« Syndicaliste, socialiste, nationaliste, en un sens politicien, père, mari, homme de coeur et de convictions, homme du peuple, défenseur acharné des travailleurs. »

Parmi les nombreux témoignages qui ont suivi le décès de Michel Chartrand le 14 avril 2010, j’ai retenu celui de Fernand Foisy, son biographe et ami :

« M. Foisy estime que Michel Chartrand et sa femme Simone ont « payé de leur personne » leur engagement, eux qui avaient « choisi leur clan ». Le biographe du syndicaliste affirme d’ailleurs que ce dernier est mort sans fortune personnelle. Il précise qu’il n’avait pas de caisse de retraite, vivant seulement de ce qu’il recevait de la Régie des rentes du Québec et de sa pension de vieillesse d’Ottawa. « S’il avait voulu se ranger du côté de ceux qui nous gouvernent, la dictature économique, il compterait parmi les milliardaires ».

De ces deux témoignages, un mot ressort clairement, c’est le terme « convictions »…ce mot dont la portée n’a d’égale que sa grandeur, ce mot qui semble, par les temps qui courent, avoir été relégué dans les greniers des antiquités.

En effet, j’ai beau écouter les commentaires des politiciens qui se lancent dans de grandes déclarations concernant leur opinion sur la scène politique québécoise actuelle, je ne sens rien de convaincant, rien d’engageant, que des paroles vides et des vœux pieux… rien des envolées oratoires d’un Michel Chartrand, le nationaliste et l’homme de convictions.

Tant et aussi longtemps qu’une telle femme ou un tel homme ne s’engagera pas à choisir avec conviction le clan du peuple québécois, tant et aussi longtemps que nos politiciens continueront de « se ranger du côté de ceux qui nous gouvernent, la dictature économique », le Québec continuera de croupir sous la mollesse de ses dirigeants.

En ce sens, il m’apparaît essentiel, particulièrement dans des épisodes marquées par des tiraillements profonds au sein de la classe politique, de se rappeler la vigueur de ceux et celles qui avaient le don de nous mobiliser et, par conséquent, d’effectuer ce nécessaire retour aux sources !

vigile.net tribune libre 20 septembre 2011



Un p’tit plaisir à l’occasion?

20 septembre 2011

Ça y est, c’est parti…Les défenseurs acharnés de la bonne bouffe veulent mettre de l’ordre dans les restaurants de nos arénas!

Dorénavant, finies les frites dans nos activités de loisirs…quand nous assisterons à un match de hockey, nous prendrons une salade et une eau minérale entre la première et la deuxième période! Et, pour nous gâter un peu, nous nous délecterons d’un savoureux yogourt aux fraises entre la deuxième et la troisième période! Et, bientôt, dans les salles de cinéma, le pop corn sera servi nature!

Comme il arrive fréquemment dans notre belle société où il suffit que quelques voix s’élèvent et donnent l’impression qu’elles ont redécouvert la roue, cette fois-ci, c’est la « malbouffe » qui est malmenée!

Pourtant, à partir du moment où des mets « équilibrés » font partie du menu dans tous les centres de loisirs et les restaurants attenants aux salles de cinéma, se pourrait-il que le consommateur puisse aussi avoir la possibilité de se permettre un p’tit plaisir à l’occasion?

quebechebdo 20 septembre 2011
Le Soleil 21 septembre 2011

 

Option nationale/Jean-Martin Aussant va de l’avant

19 septembre 2011

C’est maintenant officiel…le député indépendant de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, va de l’avant en créant un nouveau parti souverainiste au Québec sous le nom d’ « Option nationale ». Au fil des consultations qu’il a effectuées tout au cours de l’été, M. Aussant en arrive à la conclusion qu’un nouveau parti souverainiste s’impose. Pour prouver cette affirmation, le député démissionnaire du PQ invoque les « peut-être » et les « on verra » des deux autres partis souverainistes existants à l’Assemblée nationale, soit le Parti québécois et Québec solidaire, leur reprochant ainsi de ne « rien faire pour faire avancer rapidement la cause souverainiste. »

Dans un article que je publiais sur cette tribune le 4 août 2011 sous le titre « Questions à Jean-Martin Aussant », une des interrogations était la suivante :

« Comment réagissez-vous à l’assertion selon laquelle la création d’un nouveau parti indépendantiste risque de diviser le vote et, conséquemment, de nuire à la cause ? »

Dans sa conférence de presse de ce matin, M. Aussant répond en partie à cette question en affirmant que « le vote souverainiste est déjà divisé parce qu’il n’y a pas de véhicule qui offre un message clair en faveur de l’option. »

Toutefois, à mon sens, la question cruciale est la suivante :

« Considérant le climat politique actuel envers la cause indépendantiste, comment comptez-vous rallier les options diverses sur la table ? »

Quoique M. Aussant ait ouvert quelques portes ce matin en insistant sur l’importance pour le Québec de rapatrier tous les pouvoirs en matière d’impôts et de contrôler tous ses outils de développement, il devra, selon moi, au cours des prochaines semaines, approfondir ses arguments s’il désire convaincre l’électorat québécois des bienfaits de l’indépendance.

Enfin, une dernière question reste en suspense, à savoir si Jean-Martin Aussant possède les qualités essentielles à un leader politique pouvant créer le mouvement nécessaire pour entraîner avec lui des sympathisants à la cause souverainiste. En attendant, une chose est certaine, selon ses propres mots, « la motivation est là ! »

vigile.net tribune libre 19 septembre 2011



Un Grand prix…décerné hors d’ondes

19 septembre 2011

Une œuvre colossale représentant 450 heures de diffusion sur les ondes, s’étalant sur une période de 25 ans, plus de 35 000 pages de textes articulés et percutants. Une carrière éblouissante qui méritait amplement à Victor-Lévy Beaulieu d’être désigné à titre de récipiendaire du Grand prix de l’Académie du cinéma et de la télévision par les organisateurs du 26ième gala des Gémeaux.

Toutefois, là où le bât blesse gravement, c’est que ces mêmes organisateurs ont pris la décision de remettre ce Grand prix hors d’ondes, soit en avant-première qui n’est diffusée que sur le Web…en fait, de « mettre en lumière » le talent débordant d’un de nos plus grands écrivains québécois « derrière les projecteurs » !

Dans ces circonstances plus que déplorables, j’appuie entièrement la décision de VLB de ne pas se présenter au gala pour recevoir son prix en personne.

Toutefois, dans une lettre adressée aux médias, l’auteur de nombreux téléromans, dont L’Héritage qui, au cours de sa troisième année, a atteint des pointes de plus de 2 millions de téléspectateurs, a tenu à remercier les comédiens et réalisateurs qui l’ont appuyé tout au cours de ces années.

Cependant, c’est au public que Victor-Lévy Beaulieu démontre le plus de louanges :

« Cet honneur, pour moi, représente la reconnaissance de l’intelligence du public qui, contrairement à ce que bien des gens croyaient, a suivi mes téléromans de façon passionnée…Cela me fait dire que, souvent, on méprise le public en ne le pensant pas capable d’absorber des choses beaucoup plus difficiles que ce que l’on voit généralement, et surtout depuis quelques années, à la télévision. »

Enfin, Victor-Lévy Beaulieu interprète la décision de lui remettre le Grand Prix de l’Académie du cinéma et de la télévision hors d’ondes comme « un symptôme qui illustre combien la littérature se marginalise au sein d’une culture qui se veut de plus en plus populiste ! »

vigile.net tribune libre 19 septembre 2011
quebechebdo 19 septembre 2011 (version abrégée)



Une main de fer dans un gant de velours

18 septembre 2011

"Il enveloppait ce métier et ceux et celles qui s'y consacrent avec affection, exigence et humanité. Il avait horreur de la médiocrité et de l'improvisation."

Ainsi s’exprimait Jean-Louis Roy, ex-directeur du Devoir, dans un article paru dans la chronique « Opinion » du Devoir en date du 17 septembre sous le titre « Michel Roy, un être d’exception »

Telles sont, à mon sens, les qualités essentielles des femmes et des hommes qui se distinguent dans leur profession…des êtres humains qui manifestent le courage de leurs convictions dans le respect de celles des autres!

Michel Roy passera à l'histoire journalistique comme ayant incarné sans aucun doute l'un de ceux-là.

quebechebdo 18 septembre 2011 

L’image du sauveur

17 septembre 2011

Les derniers sondages laissent voir que la CAQ de François Legault a le vent dans les voiles ! Pourtant, lorsque l’on prend le temps de lire sa plate-forme sur les quatre volets, soit l’éducation, la santé, la langue et la culture et l’économie, rien là-dedans n’apporte d’éléments vraiment nouveaux si ce n’est, au contraire, des propositions rétrogrades aux chapitres de l’éducation et de la santé.

Face à ces constats, je ne vois pas d’autres hypothèses que François Legault profite d’un vent de changement, voire une tornade, qui a pris son essor avec la vague orange du 2 mai et qui continue sa route, depuis lors, sur tous les chemins de la politique québécoise, y compris sur celui des mouvements indépendantistes.

Dans ce contexte, François Legault, quoique en réalité un vieux routier des coulisses politiques, présente l’image du sauveur, profitant, grâce à son expérience et à son flair, de ce climat d’instabilité qui s’est installé sur le Québec, particulièrement depuis la déconfiture du Bloc et l’effet de déstabilisation créé par l’élection massive de la députation néodémocrate au Québec.

Enfin, M. Legault tire aussi profit de toute la neutralité vouée à la non-partisanerie, compte tenu qu’il n’est pas encore officiellement sur la scène politique et qu’il n’a pas, par conséquent à affronter les critiques des médias et de l’électorat.

À mon avis, lorsque François Legault montera véritablement sur la scène politique québécoise, il devra démontrer à la population du Québec qu’il a autre chose à lui offrir que l’image du sauveur !

vigile.net tribune libre 17 septembre 2011
quebechebdo 17 septembre 2011 "Un simulacre de changement"