La belle-mère

6 juin 2015

Lorsque Jacques Parizeau s’est retiré de la politique active en octobre 1995, plusieurs ont cru que sa retraite allait le cantonner dans ses quartiers et lui permettre de décanter de la scène politique. Mal leur en prit…

Il fallait mal connaître l’indépendantiste dans l’âme pour penser qu’il deviendrait tout à coup insensible aux tergiversations dans lesquelles se sont embourbés les premiers ministres qui lui ont succédé par rapport à l’article numéro un du PQ. La « belle-mère » ne laisserait sûrement pas son leitmotiv sur l’indépendance du Québec s’affadir au point où il serait relégué en douce dans le placard.

J’ai toujours ressenti une certaine frilosité par rapport à l’appellation de « belle-mère » qui incarne un personnage dérangeant, une connotation péjorative qui décrit une personne qui ne se mêle pas de ses affaires. À ce sujet, c’est Jacques Parizeau qui, aux lendemains du référendum de 1995, déclarait que ce n’était pas parce qu’il avait perdu le référendum qu’il allait cesser de penser…

Et grand bien lui fasse puisque, dans l’hypothèse où Monsieur se serait tu, je me demande sérieusement si un candidat de la trempe de Pierre Karl Péladeau, pour qui, à l’exemple de Jacques Parizeau, l’indépendance du Québec incarne la raison d’être de sa venue en politique, se serait lancé dans un tel défi!

quebechebdo 6 juin 2015
vigile.net tribune libre 6 juin 2015
 

Quel diable a piqué ces vandales?

5 juin 2015

Je dois l’avouer, je ne suis pas allé souvent au cimetière. Mais ce matin, par une pluie torrentielle, une voix me suppliait d’y aller pour m’assurer que l’épitaphe de mes parents était toujours debout. Je leur devais cela.

Comme tout le monde, j’avais appris que des vandales sans scrupule ni respect pour cet espace sacré avaient saccagé quelque deux cents épitaphes. En me rendant au cimetière, j’étais anxieux. « Comment vais-je réagir si, par malheur, je retrouve l’épitaphe de mes parents à terre? »

J’entre au cimetière et me stationne dans l’allée où mes parents sont enterrés. Je jette un coup d’œil aux alentours. Tout semble normal. Je retrouve finalement l’épitaphe à force de chercher les noms de mes parents presque effacés. Je suis soulagé.

Toutefois, mes pensées se retournent vers ceux qui ont été moins chanceux que moi et qui vivent un tel cauchemar… « Mais quel diable a piqué ces vandales? », se disent-ils probablement, le cœur en chamaille!

quebechebdo 5 juin 2015

Le Sénat dans tous ses états

5 juin 2015

Si on se fie aux premières informations du rapport du vérificateur général sur les dépenses au Sénat qui ont filtré jusqu’à maintenant, il semblerait que plusieurs sénateurs, dont certains parmi les plus influents, ont puisé généreusement et indument dans les goussets du Sénat pour éponger leurs dépenses personnelles.

À cet effet, le président de la Chambre haute Leo Housakos, le leader du gouvernement au Sénat Claude Carignan, le leader de l’opposition James Cowan ainsi que le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu ont déjà confirmé  qu’ils faisaient partie des sénateurs nommés dans le rapport du vérificateur général Michael Ferguson, attendu le 9 juin. Et comme on pouvait s’y attendre, chacun d’eux a nié ces allégations, chacun y allant d’une preuve attestant la légitimité des dépenses que leur reproche M Ferguson.

Pour sa part, le député néo-démocrate Alexandre Boulerice, dont le parti prône l’abolition du Sénat, a déclaré : « Quand l’arbre est trop malade, il faut l’arracher ». Peut-être que l’institution du Sénat n’est pas à abattre, mais, à mes yeux, elle aurait tout au moins besoin d’un solide émondage !

quebechebdo 5 juin 2015
 

Le post mortem de Monsieur Parizeau

4 juin 2015

Aux dires du chef du Parti québécois, Pierre Karl Péladeau, les hommages qui entourent le décès de l’ancien premier ministre Jacques Parizeau feront progresser les appuis au projet d’indépendance du Québec. Et il ajoute que le rappel des réalisations de M. Parizeau aura un impact favorable sur l’opinion publique.

Toutefois, pour être honnête, il convient de signaler que les grandes réalisations de Monsieur, que ce soit la Caisse de dépôt et de placement ou la Société générale de financement ou la création du Régime d’épargne-action, l’ont été à l’intérieur du contexte fédéral. Un argument que les tenants du fédéralisme auront tôt fait de saisir au bond.

Quoiqu’il soit un peu tôt pour dresser le post-mortem de Monsieur Parizeau, je crois que ce sont ses convictions indéfectibles envers le projet de souveraineté du Québec que retiendront davantage les Québécois, un leitmotiv qui l’a guidé toute sa vie sans déroger d’un iota…Et cela demeurera, à mon sens, un exemple significatif qui pourrait contribuer à insuffler à la cause souverainiste un élan nouveau.

vigile.net tribune libre 4 juin 2015
quebechebdo 4 juin 2015    

Adieu Monsieur le professeur!

3 juin 2015

Un des grands mérites du professeur est de donner confiance à ses élèves en leur insufflant le désir de relever des défis. En écoutant les nombreux témoignages des personnes qui ont côtoyé Jacques Parizeau, un élément est apparu souvent, à savoir l’enseignant ancré en lui.

De François Gendron à Pauline Marois en passant par Louise Beaudoin sans oublier son chef de cabinet, Jean Royer, tous ont fait ressortir les qualités de pédagogue exceptionnelles de Monsieur Parizeau lorsqu’ils se retrouvaient devant des défis qui leur créaient des inquiétudes. Professeur aux HEC, les étudiants assistaient à ses cours même s'ils n'y étaient pas inscrits, tellement on voulait apprendre de lui.

Quand on lui demandait ce qui le dépeignait le mieux, Jacques Parizeau répondait que son penchant pour l’enseignement était sans contredit le talent de pédagogue qu’il avait développé lors de ses passages aux HEC. Monsieur le professeur aura été un de ceux, sinon le plus grand, qui nous aura révélé à tous que nous étions capables comme Québécois de relever les plus grands défis.

Et quand vous avez atteint comme professeur un si haut niveau de performance, c’est que vous avez accompli avec succès votre mission…Adieu Monsieur le professeur!

quebechebdo 3 juin 2015
vigile.net tribune libre 4 juin 2014
 

« Monsieur » n’est plus

2 juin 2015

Avec le décès de Jacques Parizeau, c’est tout un pan de l’histoire du mouvement souverainiste québécois qui disparaît. Et avec lui, la détermination sans borne avec laquelle il a consacré sa vie à la cause souverainiste. À preuve cette citation de celui que l’on surnomma « Monsieur » en 1997, soit deux ans après la défaite crève-cœur du référendum de 1995 : « Parce que c’est certain qu’il y aura une prochaine fois. On n’arrête pas comme ça le désir d’indépendance, lorsque l’idée a progressé avec autant de force au sein d’un peuple, juste en disant que ce peuple-là n’existe pas. »

Moins d’un an avant sa mort, en août 2014 à Montréal, à l’occasion d’un congrès de militants indépendantistes, il répétera que le Parti québécois n’a que lui à blâmer pour ses insuccès dont la cause tient à sa propension à cacher ses motivations. « À force de brouiller les cartes, de toujours passer à côté et de cacher ce qui est l’objectif même du mouvement souverainiste, il ne faut pas s’étonner qu’à un moment donné, tout ça se dissout. »

Jacques Parizeau aura incarné l’homme d’une idée tout au cours de sa vie, à savoir l’accession du Québec à son indépendance. Malheureusement, il n’aura pu assister à la réalisation de son rêve. Toutefois, on peut se consoler qu’il nous ait tracé la voie…Pour cela, « Monsieur », nous vous sommes extrêmement reconnaissants !

En guise de tableau de l’homme, je vous laisse sur ces citations de monsieur Parizeau parues sur le site de vigile.net le 5 novembre 2009 :
« La souveraineté telle que nous la concevons est le contraire du repli sur soi. » – 1994
« La souveraineté du Québec, c’est le prolongement de cette volonté d’ouverture, de participation au concert des nations, aux échanges des idées, des cultures et des produits. » – 1994
« Notre tâche donc est de convaincre ces Québécois qui ont le goût et la volonté de prendre en main leur destinée qu’il n’y a qu’une façon d’être plus autonome, c’est d’être souverain. » – 1994
« Plusieurs d’entre vous seront surpris d’apprendre qu’à ce jour, la Constitution canadienne et les institutions canadiennes refusent de reconnaître l’existence des sept millions de Québécois en tant que nation, en tant que peuple, ou en tant que société distincte. » – 1995 (devant l’Institut France-Amérique)
« Toute l’histoire du Québec, avant même la bataille des plaines d’Abraham, est une quête : celle de la reconnaissance de ce que nous sommes et de l’égalité avec les autres peuples. » – 1995
« La force politique du Québec au sein du Canada s’efface progressivement. Il faut en sortir. » – 1995
« Son intervention dans notre débat est massive, les budgets illimités, les scrupules inexistants. » – 1995 (sur la stratégie du gouvernement fédéral)
« Car si on se dit non, on sera de nouveau condamnés à la stratégie de la survivance, au repli défensif pour tenter de protéger notre langue et notre culture avec les moyens
du bord : ceux d’une province, ceux d’un peuple non reconnu, d’un peuple condamné à être de plus en plus minoritaire, avec tous les risques que comporte le statut minoritaire. » – 1995
« Le camp du Non a réussi à dépenser en une journée presque la somme totale respectée par le camp du Oui pour toute la campagne. Les infractions massives infligées à notre cadre démocratique ne seront pas oubliées. » – 1995
« J’ai changé d’option quand je me suis rendu compte que dressés l’un contre l’autre, le Québec et le Canada se neutralisent, n’arrivent plus à bouger, s’enfoncent dans des conflits souvent dérisoires. Je n’en veux pas à ceux qui ont décidé d’être canadiens. Moi j’ai choisi, comme bien d’autres, d’être québécois. » – 1996
« Est québécois qui veut l’être. » – 1996
« Bien des années plus tard, en voyant avec quelle facilité la Slovaquie se sépare paisiblement de la République tchèque avec un simple vote de son parlement, j’aurai comme un coup de coeur. » – 1997
« Je demeure convaincu que le seul critère important quant à l’orientation du vote sur la souveraineté, c’est la langue. Ce n’est pas ni la race, ni la couleur ; c’est la langue. Je connais beaucoup de souverainistes d’origine haïtienne alors que je n’en connais aucun chez les Jamaïcains… » – 1997
« On a trop souvent reproché à la France de nous avoir abandonnés. C’est oublier les difficultés de l’époque qui contraignaient la France à s’occuper d’affaires plus immédiates. C’est oublier surtout la volonté du conquérant britannique de briser tous les liens qui pouvaient exister entre la France et son ancienne terre d’Amérique. »
« La société britannique fonctionne naturellement en anglais et d’aucune façon on ne s’imaginerait un instant qu’elle soit raciste ou xénophobe. [...] Je sais que les adversaires de l’idée de souveraineté nous disent "Vouloir fonctionner en français dans cette société, cela a des relents, peut-être de racisme ou de xénophobie". Il faut répondre : non, non, c’est la normalité des choses. »
« Qu’est-ce qu’un Québécois ? Un Québécois, c’est quelqu’un qui habituellement habite au Québec, accepte les règles de vie de cette société, de plus en plus aime ces règles, veut être québécois, accepte de l’être, indépendamment de ses origines. Est-ce que j’ai dit les règles ? Je pourrais dire les valeurs. »

vigile.nert tribune libre 2 juin 2015
quebechebdo 2 juin 2015 (version abrégée)
Le Soleil 3 juin 2015 (version abrégée)

 

La jasette entre Couillard et François

1 juin 2015

La rencontre de 45 secondes entre le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, et le pape François ne passera sûrement pas à l’histoire. À ce sujet, je me rallie d’emblée avec l’ex-chef du protocole du Québec entre 1975 et 1979, Jacques Vallée, qui qualifie cette rencontre de « véritable rupture » dans les relations diplomatiques entre le Québec et le Vatican et de «ratatinement» de la diplomatie québécoise ou encore de l’extinction de la voix propre du Québec sur la scène internationale.

Toutefois, il ne faut pas se surprendre de la démarche de Philippe Couillard pour qui les relations diplomatiques et internationales ne représentent que des séances de charme auprès des dignitaires, organisées dans le but d’obtenir une faveur spéciale, à savoir, dans le cas présent, de remettre à toute vitesse au souverain pontife une lettre d’invitation aux festivités entourant le 375e anniversaire de la Ville de Montréal.

Et voilà, le tour est joué, la jasette a atteint son but…et tant pis pour le protocole traditionnel attaché à la rencontre d’un chef d’État avec le pape!

quebechebdo 1er juin 2015

Coderre s’en va-t-en guerre

31 mai 2015

À l’instar de son homonyme à Québec, Régis Labeaume, pour le nouvel amphithéâtre,  on ne peut pas reprocher au  maire de Montréal, Denis Coderre, de manquer d’ambition dans le dossier de la construction d’un nouveau stade de baseball au centre-ville de Montréal. Un projet lié étroitement au retour d’une équipe de baseball majeur dans la Métropole.

Bien que Denis Coderre se dise satisfait de sa rencontre « charme » avec le commissaire du baseball majeur, Rob Manfred, on doit admettre qu’il y a loin de la coupe aux lèvres et que le maire devra surmonter bien des obstacles avant de parvenir à ses fins, le premier étant le financement de la construction d’un nouveau stade estimée à 500 M$ selon une étude menée en 2013, étude qui établissait à 335 M$ la contribution qui devrait venir de l’État…Et, vous en conviendrez, ce n’est sûrement pas en contexte d’austérité que le gouvernement Couillard sautera à pieds joint dans ce projet.

Le second obstacle, et non le moindre, concerne l’ « engouement » des Montréalais pour le baseball si l’on considère que les assistances moyennes ont chuté à quelque 9000 spectateurs à la dernière année de l’équipe à Montréal en 2004 par rapport à 28 000 lors des meilleures années des Expos en 1982 et 1983.

En bref, Denis Coderre devra fourbir des armes plus vindicatives que le pistolet à eau dont il dispose présentement s’il désire gagner sa guerre!

quebechebdo 31 mai 2015
Le Journal de Québec 1er juin 2015
 

Haro sur la gomme à effacer!

30 mai 2015

On lit parfois dans les médias des résultats d’études aberrants qui nous scient les deux jambes tellement les allégations tendent vers des conclusions qui sortent carrément des contes des Mille et une nuits. À cet effet, je vous propose la dernière « trouvaille » d’un spécialiste en science cognitive, Guy Claxton, qui propose de bannir la gomme à effacer des salles de classe, prétextant que le dit instrument inciterait les enfants à avoir honte de leurs erreurs.

Et, de poursuivre notre spécialiste, « les gommes à effacer sont une manière de prétendre que nous ne faisons jamais d’erreurs, que nous réussissons toujours tout du premier coup ». En conséquence, affirme notre scientifique, « il vaut mieux montrer aux jeunes dès l’école primaire à accepter leurs erreurs puisque dans la vie tout le monde en fait ».

Eh bien M Claxton, avec un tel raisonnement, les élèves pourront dorénavant répéter sans cesse leurs erreurs même s’ils en ont pris conscience sous prétexte qu’ils ne doivent pas en avoir honte…Et pourtant, dans mon livre à moi, je préfère de beaucoup un jeune qui efface son erreur, et je ne vois rien de « honteux » à cela mais, tout au contraire, j’y perçois plutôt un apprentissage positif.

quebechebdo 30 mai 2015
 

La petite politique de Legault

29 mai 2015

Lors de la campagne électorale de 2012, Jean Charest avait lancé l’idée que le PQ nuisait aux chances du retour des Nordiques à Québec, une allégation que François Legault avait qualifiée de « désespérée ». Mais que s’est-il donc passé depuis lors pour qu’aujourd’hui le chef de la CAQ affirme que les propriétaires de la Ligue nationale de hockey seront réfractaires à accorder une franchise à un homme d'affaires qui dirige un parti indépendantiste, en la personne de Pierre Karl Péladeau?

Pourtant, M Legault, à titre de rappel, les Nordiques ont rejoint la LNH en 1979, alors que René Lévesque était au pouvoir et à quelques mois du premier référendum sur l'indépendance du Québec. Et si cela peut vous « sécuriser », je vous rappelle que, lorsque Pierre Karl Péladeau s'est lancé en politique, en mars 2014, le commissaire adjoint de la LNH, Bill Daly, a affirmé que les allégeances politiques de l'homme d'affaires n'auraient pas d'impact sur un éventuel processus d'expansion à Québec.

Votre argumentaire ne tient pas la route, M Legault, je vous conseille de ranger votre épouvantail dans le placard et de cesser de prendre les électeurs de Québec pour des idiots en étalant votre petite politique de bas étage sur la voie publique…et toute cette comédie, comme « par hasard », nous est présentée à la veille des élections partielles dans Chauveau et Jean-Talon!

quebechebdo 29 mai 2015