Jean-François Roberge, le fossoyeur

31 janvier 2026

En abolissant le Programme de l'expérience québécoise (PEQ) en cours de route, le gouvernement Legault, via son ministre de l’Immigration, Jean-François Roberge, crée une déstabilisation et une incertitude chroniques auprès de milliers de travailleurs temporaires et d'étudiants étrangers, entraînant des craintes de départs forcés vers leur pays d’origine. Et cela après que, pour la plupart d’entre eux, le ministre ait entrepris des démarches pour les inviter au Québec.

Or c’est un ministre au visage stoïque de marbre que j’ai vu et entendu sur mon petit écran sur les ondes de RDI le 28 janvier dans le cadre d’une entrevue accordée à Patrice Roy, esquissant même parfois un petit sourire narquois au moment où l’animateur insistait sur le désarroi vécu par ces immigrants floués sans réserve par le ministre.

Et pourtant, la solution à ce bouleversement éhonté de la vie de ces laissés- pour- compte de la part de Jean-François Roberge est à sa portée, à savoir leur octroyer une clause grand-père leur permettant d’obtenir leur statut de résident permanent.

Allez, M. Roberge, il est temps que le fossoyeur fasse émerger un peu d’humanité et permette à ces travailleurs qualifiés et étudiants parlant français d’apporter leur contribution à la société québécoise dans un contexte de pénurie de main d’oeuvre, particulièrement dans le domaine de la santé. Il en est de votre crédibilité et de votre imputabilité ministérielle.

vigile.quebec tribune libre 30 janvier 2026

Le projet de Constitution de Jolin-Barrette va-t-il avorter?

31 janvier 2026

Dans un récent sondage Léger publié en octobre 2025, 77 % de la population québécoise se disait en faveur de la protection de l’avortement par le biais d’une loi. C’est d’ailleurs ce que propose le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, en incluant, dans le projet de loi 1, Loi constitutionnelle de 2025 sur le Québec, l’article 29 qui prévoit que l’État protège la liberté des femmes d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse.

Or l’article 29 du projet du ministre, quoique positif au premier abord, comporte des risques. En vertu de quelle prémisse l‘inscription du droit à l’avortement dans un projet de Constitution québécoise pourrait-il amenuiser ce droit au lieu de le renforcer? Depuis l’annonce de cette mesure, de nombreux groupes féministes pro-choix, le Barreau du Québec et le Collège des médecins se sont levés pour demander le retrait de cet article et exhorter le gouvernement à ne pas légiférer sur l’avortement. Pourquoi? Parce qu’au Canada, nous avons le privilège de vivre dans un pays où l’avortement a été décriminalisé. Cela signifie qu’aucune loi n’encadre actuellement le droit à l’avortement. Les tenants du retrait du droit à l’avortement de la Constitution jugent que la démarche du ministre va fragiliser « un droit actuellement bien protégé » et offrir « un levier aux mouvements anti-choix ».

Une crainte légitime? Je me réserve le droit d’entendre les commentaires qui seront émis lors de la période des consultations sur le projet de loi 1 avant de prendre position sur la question. Entre temps, j’ose croire que le ministre Jolin-Barrette a retourné la problématique sur toutes ses coutures avant d’inscrire le droit à l’avortement dans son projet de Constitution. Enfin dans le cas d’une séparation avec Ottawa, il faudrait que le droit à l’avortement soit intégré de facto à la Constitution du Québec pour en garantir la légitimité.

vigile,quebec tribune libre 30 janvier 2026

Sessions d’examens, un temps d’évaluation nécessaire

30 janvier 2026

On apprend dans l’édition du 27 janvier du Devoir que les sessions d’examens « maison » tendent à disparaître dans plusieurs centres de services scolaire, lesquels alléguant, en guise de justification, le temps supplémentaire accordé ainsi à l’apprentissage des élèves, seules les sessions d’examens ministériels de fin d’année demeurant obligatoires.

À mon sens, un tel scénario comporte des dangers pouvant nuire concrètement à l’évaluation des apprentissages des élèves, un vecteur primordial contribuant à permettre aux enseignants de disposer des données essentielles pour ajuster leur enseignement au niveau d’apprentissage de leurs élèves.

Dans cette foulée, le temps « sauvé » en lien avec l’abolition des sessions d’examens m’apparaît purement mathématique et déconnecté de la réalité attribuable à la valeur pédagogique véhiculée par les évaluations. En somme, il est utopique d’imaginer que l’ajout de contenus fera des élèves mieux instruits s’il n’est pas appuyé de périodes d’évaluations sommatives ponctuelles au cours de l’année scolaire.

Par ailleurs, d’autres écoles ont adopté une stratégie mitoyenne en plaçant à l’horaire des examens en matinée et la prestation de cours réguliers en après-midi faisant fi de la sorte du stress des élèves causé par l’examen en soi et, du même coup, de leur degré d’attention diminué eu égard à l’ajout de nouveaux contenus liés aux cours réguliers de l’après-midi.

Autre impact de la disparition des sessions d’examens, les évaluations qui durent l’équivalent de deux périodes de cours qui prêtent flanc aux possibles tricheries de la part des élèves pendant le laps de temps où ils se retrouvent en pause entre les temps d’arrêt imposés par les horaires des élèves.

Enfin un dernier danger et non le moindre, le retrait des sessions d’examens échelonnées sur toute l’année scolaire affectera inévitablement leur capacité d’adaptation aux examens ministériels, lesquels comportent, pour la plupart, un temps d’études considérable auquel les élèves n’auront pas été soumis au cours de l’année scolaire et, par conséquent, seront confrontés à des problèmes d’assimilation de contenus difficiles, voire impossibles, pour certains élèves, à maîtriser.

vigile.quebec tribune libre 29 janvier 2026

Le « pragmatisme vert » de Bernard Drainville

28 janvier 2026

«Lâchez-moi avec les GES!», s’était exclamé Bernard Drainville, en conférence de presse durant la campagne électorale de 2022, en répondant à une question à propos du troisième lien reliant Québec et Lévis. Or le même Bernard Drainville, le 22 janvier 2026, maintenant ministre de l’Environnement, annonce le report de cinq ans de la cible de réduction des gaz à effet de serre (GES), fixant l'objectif de -37,5 % à 2035 au lieu de 2030, une décision qualifiée par le ministre de « pragmatisme vert » visant à protéger l'économie. Et c’est toujours ce même Bernard Drainville qui annonce en grandes pompes le 24 janvier qu’il sera candidat à la direction de la Coalition avenir Québec (CAQ) et, par conséquent, au poste de premier ministre du Québec jusqu’au scrutin d’octobre 2026.

C’est bien connu des analystes politiques, l’économie et l’environnement ne font pas toujours bon ménage, et le candidat à la direction de la CAQ semble privilégier nettement le volet économique au volet environnemental. D’ailleurs, à cet effet, lors du dernier remaniement ministériel de François Legault, les rumeurs circulaient dans les officines du parti à l’effet que Drainville convoitait le ministère de l’Économie, lequel a finalement été octroyé à sa rivale à la direction de la CAQ, Christine Fréchette.

Dans l’hypothèse où Bernard Drainville remportait l’investiture à la chefferie de la CAQ, les défenseurs de l’environnement devront surveiller étroitement l’impact de ses décisions à caractère économique sur les conséquences désastreuses des changements climatiques, son « pragmatisme vert » risquant de bifurquer subrepticement sur la voie économique perçue davantage pragmatique par le commun des mortels que la lutte contre les effets insidieux des gaz à effet de serre sur la protection de notre planète.

vigile.quebec tribune libre 27 janvier 2026

 

 

L’art de jeter le bébé avec l’eau du bain

26 janvier 2026

Adopté en avril 2025 dans la foulée de la loi visant à renforcer la protection des élèves, le code d’éthique impose aux centres de services scolaires ainsi qu’aux écoles privées une série de règles à suivre « selon la forme prescrite par le ministre ». Selon ce code d’éthique, les membres du personnel doivent maintenir « une distance professionnelle avec tout élève» en raison de leur «situation d’autorité». Ils doivent ainsi éviter «toute situation susceptible de générer de l’ambiguïté» dans leurs «rapports avec l’élève», et ainsi «refuser toute invitation ou participation à une activité ou à un événement à l’extérieur du cadre scolaire», peut-on y lire.

Or une enseignante d’expérience a reçu un avis disciplinaire provenant de sa direction parce qu’elle a annoncé son intention d’organiser un souper à la fin de l’année avec ses élèves et leurs parents pour souligner la fin de leur primaire comme elle le fait depuis déjà plusieurs années, une initiative qui contrevient, peut-on lire dans l’avis, au code d’éthique imposé au personnel scolaire.

En vertu de quel principe une activité sociale regroupant une enseignante, ses élèves et leurs parents s’ingère-t-elle dans l’obligation de « distance professionnelle» entre l’enseignante et ses élèves en raison de sa « situation d’autorité », les parents étant de surcroît présents à l’activité? Ne s’agit-il pas là d’un code d’éthique qui va au-delà du gros bon sens? Où est passée l’école « milieu de vie » qui faisait jadis l’apanage d’une école dans la continuité de la société?

Somme toute, il m’apparaît tout à fait hors propos de confondre éthique et socialisation entre l’enseignant et ses élèves, une contorsion malveillante qui ne peut que cantonner l’école dans son rôle éducationnel et en oublier son rôle communicationnel essentiel entre l’enseignant et les élèves qui lui sont confiés.

vigile.quebec tribune libre 25 janvier 2026

L’histoire des Plaines d’Abraham selon Carney

25 janvier 2026
Si Mark Carney avait l’intention de lancer un appel à l’unité nationale sur les Plaines d’Abraham à Québec, encore eût-il fallu que ses références à l’histoire soient fondées, ce qui, de toute évidence, est à tout le moins idéalisé.
Primo en référence aux Plaines d’Abraham, Carney parle de coopération et de partenariat alors que l’histoire révèle que c’est le site où notre peuple a été conquis par la force. Deuzio les Plaines d’Abraham sont un lieu de conquête et de résistance et non pas de coopération. Tertio le Québec n’a jamais choisi d’entrer dans le Canada. Nous avons été soumis à des décisions imposées par des élites avec la force et la violence. Parler de « choix » aujourd’hui efface cette réalité. Et quarto la douceur et la coopération vantées par Carney tiennent de la pure fabulation alors que, dans les faits, nous avons dû lutter pour chaque droit, chaque espace de liberté, chaque usage du français si bien que rien ne nous a été donné, et que tout a été conquis par la force de notre mobilisation.
Le peuple du Québec connaît son histoire et il continuera de la défendre ad vitam aeternam. De facto, M. Carney, je vous invite à lire [ou relire] les événements relatant l’histoire des Plaines d’Abraham à Québec au lieu d’élaborer sans scrupule une mise en scène irréaliste cherchant à allumer l’unité nationale… à tout prix!

Le Soleil (version numérique) 25 janvier 2026
vigile.quebec tribune libre 25 janvier 2026

Carney exclu du Conseil de paix

23 janvier 2026

Visiblement, Donald Trump n’a pas apprécié l’allocution de Mark Carney prononcée au Forum économique mondial à Davos. À preuve le retrait de l’invitation du président au premier ministre canadien de faire partie de son « Conseil de paix ». « Veuillez considérer la présente lettre comme une notification du retrait par le Conseil de paix de son invitation à participer à ce qui sera le Conseil de dirigeants le plus prestigieux jamais réuni », a écrit le président américain sur son réseau Truth Social.

Or en réalité, le Conseil de paix du président américain est ni pus ni moins qu’une organisation accordant une large place aux partenaires historiques des États-Unis au Moyen-Orient, aux alliés idéologiques de Donald Trump et aux pays désireux d'attirer l'attention du président américain. En somme, l’exclusion de Mark Carney de ce Conseil de paix bidon à la tête duquel siège en roi et maître Donald Trump n’est qu’un coup d’épée dans l’eau.

vigile.quebec tribune libre 23 janvier 2026

Allocution de Mark Carney à Davos

23 janvier 2026

Pour être bien honnête, je dois admettre que la relation diplomatique aplaventriste de Mark Carney envers Donald Trump m’a excédé énormément dès les premiers jours où les deux hommes d’État se sont rencontrés. Or son allocution au Forum économique mondial à Davos m’a agréablement surpris. Enfin me suis-je dit, notre premier ministre se tient debout et appelle un chat un chat.

Finies les pirouettes acrobatiques par peur des doléances malveillantes, voire incriminantes du président américain. « Aujourd'hui, je vais parler d'une rupture dans l'ordre mondial, de la fin d'une fiction agréable et du début d'une dure réalité, où la géopolitique, où la grande puissance principale, la géopolitique, n'est soumise à aucune limite, à aucune contrainte », a lancé le premier ministre canadien d’entrée de jeu.

La table était mise pour le grand retour au respect du droit international, de l’ordre mondial et de la souveraineté territoriale. « Si vous n'êtes pas à la table, vous êtes au menu » a argué Mark Carney soulignant de facto que les nations qui ne participent pas activement aux décisions mondiales deviennent des pions ou des victimes des grandes puissances. Or « …chaque jour nous rappelle que nous vivons à l'ère de la rivalité entre grandes puissances, que l'ordre établi fondé sur des règles s'estompe, que les forts peuvent faire ce qu'ils peuvent et que les faibles doivent subir ce qu'ils doivent », a poursuivi M. Carney du même souffle.

En revanche j’ajouterais un bémol à tout ce flux de bonnes intentions. Maintenant que Mark Carney a placé ses pièces sur l’échiquier, il doit mettre de l’avant son plan de match et, pour l’instant, à ce chapitre, les Canadiens demeurent encore sur leur appétit. En termes clairs, les bottines doivent suivre les babines s’il ne veut pas que son appel à la mobilisation contre les visées expansionnistes de Trump ne soit déplorablement perçu que comme un futile cri dans le désert.

vigile.quebec tribune libre 23 janvier 2026

Le double défi de PSPP

22 janvier 2026

Advenant la victoire du Parti québécois au scrutin d’octobre 2026, son chef, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), sera confronté à un double défi, soit de réaliser l’indépendance du Québec par voie de référendum au cours de son mandat, et d’être confronté à la mégalomanie chronique de son voisin du Sud, Donald Trump, eu égard à ses visées d’annexer le Canada comme 51e État des États-Unis. En revanche, le deuxième mandat de Trump prendra fin en 2029, ce qui ne laisse qu’un seule année à PSSP pour naviguer sans l’omniprésence du président dans la géo-politique québécoise, soit jusqu’à la fin de son mandat en 2030.

D’ici là, il reste trois ans à Donald Trump pour multiplier ses déclarations sur ses intentions de s’approprier le Canada et, pendant cette période, PSPP devra rassembler ses forces pour la victoire du « oui » dans un contexte où les défenseurs du fédéralisme useront de toutes les stratégies imaginables pour mettre en exergue la souveraineté du Canada.

Dans ce contexte explosif, il faudra surveiller de près la stratégie de Trump au cours des prochaines semaines eu égard à ses velléités d’acheter le Groenland, et le cas échéant, ses déclarations pointant l’annexion du Canada. À ce sujet, j’émets certaines réserves à l’effet que cette potentielle annexion se réalise avant le prochain scrutin provincial et, de ce fait, selon les tendances sur les intentions de vote des Québécois, les sondages laissent présager l’élection d’un gouvernement péquiste en octobre 2026.

Somme toute, quel que soit le scénario envisagé, il est clair que PSPP, advenant sa victoire à l’automne 2026, devra user de finesse dans ses approches avec Donald Trump qui, jusqu’à maintenant, ne s’est jamais prononcé sur l’éventualité d’un Québec souverain. Dans un contexte aussi explosif, je suis d’avis que PSPP devrait attendre le départ de Trump de la Maison-Blanche et tenir le référendum sur l’indépendance du Québec dans la dernière année de son mandat, soit en 2030.

vigile.quebec tibune libre 22 janvier 2026

Chantage puéril de Trump

21 janvier 2026

Remettant en cause la souveraineté du Danemark sur le Groenland, dans un message adressé à son président, Jonas Gahr Store, Donald Trump y va d’une déclaration dont voici le début : « Étant donné que votre pays a décidé de ne pas m'attribuer le prix Nobel de la paix pour avoir mis fin à huit guerres, je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix ». (…) Un peu comme la mère qui apostrophe son enfant en ces termes : « Si tu ne manges pas ta viande, tu n’auras pas de dessert! ». Un chantage puéril qui illustre encore une fois toute la dynamique qui incarne l’éternel enfant qui survit dans l’inconscient de Donald Trump. Et dire que cet olibrius aspire se hisser parmi les grands de ce monde aux côtés de Vladimir Poutine et de Xi Jingping. De quoi craindre le pire pour la survie de l’ordre mondial sur notre planète.

vigile.quebec tribune libre 21 janvier 2026