Passer des paroles aux actes

22 octobre 2012

Depuis l’arrivée du gouvernement péquiste au pouvoir, de nombreux analystes politiques font référence à la "discipline" dont devrait faire preuve Pauline Marois auprès de ses ministres, et à la raison pour laquelle la première ministre aurait avantage à agir de la sorte, à savoir la "majorité des voix" nécessaires pour faire cheminer les dossiers mis de l’avant au cours des premières semaines du mandat de son gouvernement.

En d’autres termes, le gouvernement, aux dires de ces journalistes, doit ranger dans le placard l’affirmation de ses intentions et en sortir la langue de bois, si chère à nos politiciens carriéristes.

À mon sens, même si quelques impairs se sont produits dans certains dossiers et que le gouvernement a dû reculer sur d’autres, je préfère de loin des politiciens qui affirment, parfois maladroitement, leurs convictions ouvertement à des politicailleux verbeux qui s’évertuent à peser des œufs de mouches et les refiler à la presse qui s’empresse d’en faire ses choux gras.

Toutefois, le gouvernement actuel, quoiqu’il ait manifesté rapidement ses intentions sur des dossiers majeurs, tels l’application de la loi 101 dans les garderies et des propositions intéressantes dans le débat entre les écoles privées et les écoles publiques, devra monter d’un cran son discours au lieu de tergiverser et laisser planer un doute malsain qui risque de faire reculer les débats sur ces dossiers au lieu de les faire cheminer vers leur fin.

À cet effet, l’éditorial de Josée Boileau, publié dans le Devoir du 22 octobre sous le titre "Gouvernement marois – Assumer ses idées", résume fort bien mon propos, et je cite :

"L’application de la loi 101 aux services de garde vient de prendre le chemin des oubliettes. Enfin, on ne sait trop, car même si la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane de Courcy, a rectifié les déclarations de sa collègue Nicole Léger, ministre de la Famille, il n’est pas exclu que le sujet revienne dans l’arène publique. "C’est ni oui ni non", a répondu Mme de Courcy quant à une possible expansion de la loi… Nous voilà donc, comme pour l’école privée, comme pour la taxe santé, laissés une patte en l’air, comme s’il s’agissait de points de détail alors que ce sont des choix de société fondamentaux qui sont ici posés. On les gaspille à les effleurer, suscitant l’impatience des uns, tuant l’espérance des autres".

Et Josée Boileau de conclure : "Mais qui se préoccupe de telles incohérences ? Les libéraux, affairistes, n’avaient pas cette hauteur de vues. Le gouvernement Marois, lui, lance des idées qu’il retire dès que la vague arrive. Qu’en déduire ? Qu’on n’assumera jamais les grands défis qui se posent au Québec ?"  

En termes clairs, le gouvernement, s’il désire se démarquer des pratiques rétrogrades de nos politiciens biaisés dans le néo-libéralisme, se doit de passer des paroles aux actes et cesser de "susciter l’impatience des uns et de tuer l’espérance des autres".

vigile.net tribune libre 22 octobre 2012
quebechebdo 21 octobre 2012 (version abrégée) "Une politique ouverte plutôt que la langue de bois"

Le gouvernement joue-t-il à qui perd gagne?

20 octobre 2012

Un extrait de la chronique de Michel David, parue dans Le Devoir du 20 octobre sous le titre «La méthode Charest», m’a conduit à une réflexion que je me permets de vous soumettre en espérant qu’elle apportera son fruit de commentaires:

«Il ne sert à rien aux ministres péquistes de réfléchir tout haut à ce qu’ils feraient s’ils faisaient partie d’un gouvernement majoritaire, qu’il s’agisse du financement des écoles privées ou encore de l’extension de la loi 101 aux garderies. Pourquoi payer inutilement un prix politique pour des batailles impossibles à gagner? Vaut-il vraiment la peine de faire un baroud d’honneur sur la question du cégep? Pour le moment, l’objectif devrait plutôt être de faire en sorte de s’assurer une majorité qui permettra éventuellement d’y revenir dans des conditions gagnantes.»

À la lecture de l’argumentaire de Michel David et des questions qu’il soulève, je me suis demandé si le gouvernement, derrière son attitude de «réfléchir tout haut à ce qu’ils feraient s’ils faisaient partie d’un gouvernement majoritaire», n’avait pas élaboré une stratégie du «qui perd gagne».

Selon le Wiktionnaire, l’expression «jouer à qui perd gagne» se définit ainsi: «Jouer à un jeu où l’on convient que celui qui perdra selon les règles ordinaires gagnera la partie». «Au sens figuré, se dit lorsqu’un désavantage apparent procure un avantage réel».

Si tel était le cas, cela expliquerait «pourquoi payer inutilement un prix politique pour des batailles impossibles à gagner»…et pourquoi le gouvernement actuel affirme au grand jour ses intentions dans certains dossiers, quitte à ce qu’elles subissent les critiques de l’opposition, voire même un retour en élections qui lui procurerait la majorité nécessaire pour mettre de l’avant ses mesures dans des conditions gagnantes.

En réalité, toujours selon cette même hypothèse, le gouvernement est peut-être en train de jeter ses cartes sur la table de façon à se préparer à jouer la véritable partie qui se jouera en position de statut majoritaire!…

En terminant, je voudrais dissiper toute forme de sarcasme dans la question que je vous propose pour commentaires. Au contraire, malgré la naïveté qu’elle pourrait soulever, soyez assurés qu’elle est fondamentalement honnête et, qui plus est, qu’elle fait appel à une possible stratégie de la part du gouvernement que je considérerais tout à fait appropriée dans les circonstances d’un gouvernement minoritaire.

quebechebdo 20 octobre 2012 

La démission de Véronique Hivon…une sage décision

19 octobre 2012

Après les reculs du gouvernement sur la taxe santé et l’abolition du libre choix de la langue pour les parents immigrants des enfants qui fréquentent les garderies du Québec, la ministre déléguée à la Santé publique et à la Protection de la jeunesse, Véronique Hivon, a annoncé sa démission le 18 octobre.

Par ailleurs, cette fois, nous n’avons pas affaire à recul stratégique du gouvernement péquiste, puisque Mme Hivon, ayant appris récemment qu'elle était enceinte à 42 ans, se retire du conseil des ministres pour augmenter ses chances de mener sa grossesse à terme compte tenu que ses médecins l'ont informée que sa grossesse était à risque et qu'elle devait ralentir considérablement ses activités.

Aux yeux de Véronique Hivon, c'était la décision «la plus sage, d'un point de vue personnel» et la plus avisée pour le fonctionnement du gouvernement. Élue en 2008, Mme Hivon, avocate de formation, demeurera cependant députée de Joliette.

Une sage décision de la part de Véronique Hivon à qui je souhaite sincèrement qu’elle puisse donner naissance à un enfant en santé pour le plus grand bien de son épanouissement personnel qu’elle situe, à n’en pas douter, bien au-dessus de ses ambitions professionnelles.

quebechebdo 19 octobre 2012

Je salue l’intention du gouvernement d’abolir le libre choix aux immigrants dans les garderies

18 octobre 2012

Dans son projet de loi visant à renforcer la Charte de la langue française qui doit être déposé dès la rentrée parlementaire de l’automne, je salue l’intention du gouvernement d’abolir le libre-choix laissé actuellement aux immigrants, en élargissant l’application de la loi 101 aux services de garde. En conséquence, dans un tel scénario, leurs enfants âgés de 0 à 5 ans et fréquentant un service de garde devront donc s’initier très tôt au français, accélérant ainsi le processus d’intégration de la famille à la majorité francophone.

Rappelons que, depuis son adoption en 1977, la loi 101 visait uniquement l’intégration des enfants d’immigrants en âge de fréquenter l’école primaire et secondaire. On savait déjà que le gouvernement Marois voulait en étendre l’application aux adolescents et jeunes adultes du cégep. À l’heure actuelle, le réseau des garderies, en croissance exponentielle, n’est régi par aucune norme linguistique.

Même si la plateforme électorale du Parti québécois n’abordait pas la question de la langue des services de garde, le projet d’intervenir en cette matière apparaît en toutes lettres dans le programme du parti, qui prévoit imposer à ces établissements d’accueillir les petits enfants en français et d’interagir en français avec eux.

Statistiquement, le Québec accueille quelque 50 000 immigrants, dont 38 % ne savent pas un mot de français à leur arrivée à Montréal. Le Québec compte environ un millier de Centres de la petite enfance au Québec, et 600 garderies privées subventionnées, sans compter les autres formules, à savoir les garderies en milieu familial, les garderies privées non subventionnées, les haltes-garderies et les garderies en milieu de travail.

À mon sens, il m’apparaît tout à fait juste et raisonnable qu’une politique efficace sur l’apprentissage de la langue officielle au Québec vise d’abord les enfants des immigrants. À cet effet, il est reconnu depuis longtemps par tous les spécialistes de l’apprentissage d’une langue que les enfants en bas âge sont les mieux préparés pour recevoir adéquatement les rudiments de cette langue et l’appliquer correctement.

Bien sûr, il est à prévoir qu’une telle mesure subira les tollés des « vierges offensées » sur le libre choix en matière linguistique ou les écorchures à quelques articles de la Charte des droits et libertés. Toutefois, face à un tel branle-bas de combat prévisible, le gouvernement pourra toujours consulter les principaux intéressés, à savoir les parents immigrants des enfants touchés par cette mesure, et je crois qu’il pourra trouver un appui auprès d’eux…une réaction qui contribuerait à faire taire « les mauvaises langues » en plus d’ajouter un poids politique de taille à ses intentions.

vigile.net tribune libre 18 octobre 2012
quebechebdo 18 octobre 2012 (version modifiée) "Une décision juste et raisonnable"

Commentaire:

"En dernière heure…nous apprenons que le gouvernement fait volte-face dans ses intentions d'abolir le libre choix de la langue aux immigrants dans les garderies du Québec. Une autre intention louable qui "fond comme neige au soleil" avant même que la neige ne se mette à tomber…Avouons que tout ça ne fait pas très sérieux!"

Henri Marineau
quebechebdo 18 octobre 2012

 

 

Pourquoi pas le compromis?

17 octobre 2012

La réaction musclée la Fédération des travailleurs et des travailleuses du Québec (FTQ) au Saguenay-Lac-Saint-Jean via son porte-parole régional, Jean-Marc Crevier, concernant la décision de la Ville de Québec de construire le nouvel amphithéâtre en acier au détriment de l’industrie du bois mérite, à mon sens, qu’on s’y arrête.

«Aujourd’hui, lance M. Crevier, les travailleurs ne demandent pas la charité. Ils veulent simplement que le savoir-faire, qui a été développé à bout de bras pendant la pire crise de l’histoire, puisse faire ses preuves». En conséquence, comme il n’y a pas d’urgence à débuter la construction du nouvel amphithéâtre à court terme, la Fédération juge qu’il n’est pas trop tard pour retarder le processus d’appel d’offres afin de permettre à l’industrie du bois d’annoncer ses couleurs.

Toutefois, au lieu d’enclencher une saga avec l’industrie de l’acier et en arriver à ressortir avec «le gros bout du bâton», je crois que l’industrie du bois retirerait beaucoup plus d’avantages à négocier avec tous les intervenants impliqués dans ce dossier et trouver un compromis acceptable pour toutes les parties.

quebechebdo 17 octobre 2012

Pauline Marois…recto verso

17 octobre 2012

Depuis la nomination de Pauline Marois comme chef du Parti québécois, nombreux ont été les événements qui ont bousculé son parcours, en passant par un vote de confiance à 93% de la part des délégués lors du dernier congrès par la désertion de quelques députés vedettes du PQ depuis lors. Toutefois, je dois lui reconnaître une détermination exceptionnelle qui a contribué, à mon sens, à la maintenir à la tête du PQ et, plus encore, à prendre le pouvoir lors des élections du 4 septembre 2012.

De plus, considérant sa rapidité à respecter certaines de ces promesses électorales telles que le fermeture de Gentilly 2, la suspension de l’implantation de l’anglais intensif obligatoire en sixième année, son intention d’ajouter davantage de contenu sur notre histoire nationale dans le cours d’histoire au secondaire, et sa performance remarquée lors de sa visite en France, tout en lui « pardonnant » son recul sur l’abolition de la taxe santé qui, en soit, est politiquement acceptable, et son manque de leadership au Sommet de Kinshasa sur la place de l’Afrique au conseil de sécurité des Nations unies, je me dois de lui octroyer en toute honnêteté une bonne note à son bulletin de première étape.

Néanmoins, le verso de la médaille laisse planer dans mon esprit certains doutes quant à ses intentions véritables de faire du Québec une nation, compte tenu de mes perceptions à l’égard du cheminement de la carrière de Pauline Marois, au cours duquel ses ambitions personnelles de devenir la première femme première ministre du Québec m’ont toujours donné l’impression qu’elles avaient préséance sur ses convictions souverainistes.

Toutefois, au-delà des perceptions, là où je n’ai aucun doute sur ses chances de permettre au Québec d’accéder à son indépendance [si jamais cela est son intention !…], c’est sur son plan de gouvernance souverainiste qui ressemble comme deux gouttes d’eau aux tristes épisodes de l’étapisme de Claude Morin et aux sempiternelles conditions gagnantes de Lucien Bouchard qui nous ont conduits là où nous en sommes aujourd’hui.

En attendant, Pauline Marois pourra toujours invoquer que son parti se retrouve en position de statut minoritaire et qu’elle ne peut envisager, pour l’instant, compte tenu de cette situation, la tenue d’un référendum sur le statut politique du Québec, il n’en demeure pas moins que je me garde de sérieuses réserves sur ses véritables intentions.

En termes clairs, quel côté de la personnalité politique de Pauline Marois imprimera sa marque dans le paysage politique du Québec…le recto ou le verso ? Pour l’instant, en ce qui me concerne, je demeure fort perplexe !

vigile.net tribune libre 17 octobre 2012
quebechebdo 18 octobre 2012 

Le 16 octobre 1970…un triste anniversaire

16 octobre 2012

Suite à l'enlèvement de l'attaché commercial de Grande-Bretagne James Richard Cross par une cellule armée du Front de libération du Québec le 5 octobre 1970, à la lecture du Manifeste du FLQ à la télévision de Radio-Canada le 8 octobre, à l'enlèvement du ministre du Travail Pierre Laporte par une autre cellule felquiste le 10 octobre, la déclaration de la Loi sur les mesures de guerre entre en vigueur le 16 octobre à 4 heures du matin, à la demande du Gouvernement du Québec et de l'administration municipale de Montréal.

C’est l’État de siège, l’habeas corpus est suspendu, l’armée canadienne prend le contrôle complet du Québec, procède à 457 arrestations de citoyens considérés suspects, particulièrement des comédiens, chanteurs, poètes, écrivains, journalistes et syndicalistes, et s’installe en permanence pour assurer la protection des quartiers riches et des édifices gouvernementaux.

Aux termes de la Loi sur les mesures de guerre, le gouvernement fédéral déclare un état d' «insurrection appréhendée». En application des règlements d'état d'urgence, le FLQ est frappé d'interdiction, les libertés normales sont suspendues, puis des arrestations et des détentions sans mise en accusation sont autorisées.

Dans son discours prononcé à la télévision de Radio-Canada, Pierre Elliott Trudeau explique les raisons pour lesquelles il applique la Loi sur les mesures de guerre en affirmant solennellement qu'il ne cèdera pas aux demandes des ravisseurs de Pierre Laporte et de James Cross. Il estime qu'il est du devoir du gouvernement de s'y opposer. Il détaille ensuite les nouveaux pouvoirs accordés à la police et annonce également que les Forces armées canadiennes prêteront main-forte aux forces de l'ordre du Québec.

Voici un extrait révélateur du message à la nation prononcé par Pierre-Elliot Trudeau en ce 16 octobre 1970:

«Ce qui s'est produit à Montréal, au cours des deux dernières semaines, n'est pas sans précédent. Cela est arrivé ailleurs dans le monde à plusieurs reprises, et pourrait se produire dans d'autres régions du pays. Mais les Canadiens ont toujours cru que de tels événements ne pourraient survenir ici; c'est pourquoi nous en sommes si bouleversés. Notre présomption était peut-être naïve, mais elle s'expliquait aisément, parce que la démocratie est solidement enracinée chez nous, et parce que nous avons toujours attaché le plus grand prix à la liberté individuelle. En dépit de ce climat – et peut-être en partie à cause de lui – voici qu'il suffit de quelques exaltés pour nous révéler à quel point peut être fragile une société démocratique lorsque la démocratie n'est pas préparée à se défendre, et combien peut être vulnérable au chantage un peuple foncièrement humain et tolérant.»

Deux éléments essentiels doivent retenir notre attention dans cet extrait: d’abord, la référence de Trudeau à la fragilité de notre système démocratique alors qu’il vient de bafouer les règles élémentaires de la démocratie par l’imposition de sa Loi sur les mesures de guerre qui vient suspendre les libertés individuelles et emprisonner par centaines des citoyens sans mandat, sans accusation et sans la moindre explication, ensuite le côté flagorneur du politicien chevronné lorsqu’il fait « habilement » allusion à un «peuple foncièrement humain et tolérant».

Suspendre d’un trait de plume les libertés conquises au long des siècles n’arrive généralement pas dans nos démocraties, et si cela arrive, c’est que le gouvernement en place en a convaincu l’opinion publique de façon claire et irréfutable. Les gouvernements aiment bien que leurs gouvernés oublient, cela leur donne carte blanche pour les années à venir. C’est pour cette raison que j’ai cru bon vous rappeler ce triste anniversaire… pour ne pas oublier…jamais!

quebechebdo 16 octobre 2012
vigile.net tribune libre 16 octobre 2012

Une occasion ratée pour le Québec de s’affirmer au Sommet de Kinshasa

15 octobre 2012

Alors que le gouvernement de Stephen Harper se désengage de l’Afrique francophone en réduisant de 10 % les budgets de l’ACDI et le nombre de pays africains parmi les pays recevant une aide prioritaire, Pauline Marois, dès son arrivée à Kinshasa, a déclaré vouloir occuper la place laissée vacante par le gouvernement canadien : « Le fait que le gouvernement fédéral tende à se replier en Afrique ouvre un espace que nous pourrions occuper…si le Canada y est moins, on y sera plus ».

Par ailleurs, avant son départ pour Kinshasa, Pauline Marois avait affirmé qu’elle était « sympathique à l’idée » d’un siège permanent pour l’Afrique au conseil de sécurité des Nations unies, tout en ajoutant qu’elle voulait faire de ce continent « un élément important de la politique internationale du Québec » mais qu’elle n’avait pas l’intention de « faire d’esclandre sur cette question ».

Dans les faits, la première ministre du Québec, loin de faire des esclandres, a préféré se taire et laisser intervenir Ottawa sur un enjeu pourtant important du 14e Sommet de la Francophonie, a savoir la place de l’Afrique au sein du conseil de sécurité des Nations unies. Ottawa s’est opposé à ce que la Francophonie plaide pour attribuer au continent africain un siège permanent et Harper a eu gain de cause.

En effet, dans la déclaration finale du Sommet, la Francophonie ne recommande pas que l’Afrique obtienne un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies tout en proclamant du même souffle que « l’indispensable réforme du Conseil de sécurité des Nations unies doit donner aux pays africains toute leur place » et que les membres « prennent note » du consensus africain sur l’obtention d’un siège permanent.

Selon le ministre des Relations internationales du Québec, Jean-François Lisée, même si « la position canadienne était froide pour dire le moins sur les sièges permanents, les pays africains ont accepté une formulation qui était plus large pour éviter un « clash » avec le Canada. Nous n’avons pas voulu aller plus loin que ce que nos collègues africains désiraient faire eux-mêmes ». À mon sens, en se faisant aussi « discret », le Québec venait de rater une occasion de s’affirmer comme nation francophone et de se démarquer face à la position « radicale » de Stephen Harper alors que la Francophonie est l’une des rares instances internationales où le Québec peut parler de sa propre voix.

Par ailleurs, aux lendemains de Kinshasa, dès le 15 octobre, Pauline Marois aura une rencontre très attendue avec le président français François Hollande à l’Élysée et trois autres au plus tard le 17 octobre avec le chef de son gouvernement, Jean-Marc Ayrault, et les présidents des deux Chambres, le Sénat et l’Assemblée nationale, les représentants d’un pays qui s’étaient montrés, soit dit en passant, favorables avec l’idée d’accepter l’Afrique au sein du conseil de sécurité des Nations unies.

La mission de Pauline Marois en France sera essentiellement politique et consistera à convaincre François Hollande de renouer avec la politique de « non-ingérence, non-indifférence » abandonnée par Nicolas Sarkozy tout en souhaitant, de surcroît, que « la France accompagnera le Québec quel que soit le chemin qu’il choisira ». Quant aux dirigeants français en place, ils seront confrontés au double défi de plaire à Québec sans déplaire à Ottawa, en d’autres termes, de rassurer les souverainistes sans inquiéter les fédéralistes.

Les espoirs du gouvernement souverainiste québécois de prendre sa place sur la scène internationale comme représentant d’un peuple visant à accéder à son statut de nation francophone se tournent maintenant du côté de l’appui politique de la France…tout un défi pour la première ministre du Québec ! Une histoire à suivre…

vigile.net tribune libre 15 octobre 2012
quebechebdo 15 octobre 2012

Le salut dans la fuite

15 octobre 2012

Réaction à la chronique de Mylène Moisan parue dans Le Soleil du 15 octobre 2012, sous le titre « De l’importance d’y croire ».

Joëlle Tshernish a été retrouvée morte dans un stationnement du quartier Saint-Roch à Québec le 11 octobre. Elle avait 31 ans…elle incarne la triste histoire de nombreux jeunes souffrant d’un cancer de l’âme contre lequel la seule issue réside dans la cocaïne.

La chroniqueuse Mylène Moisan, en fouillant pour en connaître davantage sur la vie de Joëlle, a aperçu son nom sur un site réalisé par et pour les sans-abri, Homeless Nation, sur lequel elle a découvert un témoignage vidéo filmé en 2006 où Joëlle nous raconte ses espoirs et ses désillusions face à ses projets de vie.

À cette époque, Joëlle allait plutôt bien…vers la fin de l’entrevue, l’homme qui réalisait l’entrevue lui demande si elle a quelque chose à dire au restant des Canadiens qui vivent dans la rue : « Merde, je souhaite que vous en sortirez comme moi. J’en suis sortie de la marde ».

Malheureusement, son « démon » est revenu la hanter et la cocaïne a repris le dessus. À chaque fois que je suis confronté à des récits comme celui de Joëlle pour qui le salut dans la fuite devient son mode de vie, j’en ressors toujours à la fois consterné et frustré… consterné devant le désarroi de ces jeunes, et frustré, devant notre impuissance à leur venir en aide!

quebechebdo 15 octobre 2012

Une proposition intéressante de la ministre qui sort des sentiers battus

14 octobre 2012

La ministre de l’Éducation, Marie Malavoy, vient de lancer un ultimatum aux écoles privées :« Si vous acceptez tout le monde, vous êtes financés. Si vous voulez faire votre sélection, vous ne l’êtes plus. »

En manifestant une telle intention, Mme Malavoy se démarque de façon intéressante en sortant des sentiers battus qui préconisent l’abolition pure et simple du financement des écoles privées, laquelle piste de solution a toujours abouti à un cul-de-sac, les arguments « économiques » d’une telle mesure étant contrecarrés par les tenants de l’école privée qui allèguent, à raison, que cette hypothèse ne ferait qu’augmenter la contribution de l’État dans le réseau de l’éducation.

Pour avoir œuvré toute ma carrière en éducation dans le réseau privé et cela, pendant quelques années à des postes de direction, j’ai toujours répondu avec prudence et honnêteté aux questions des parents qui s’interrogeaient sur le choix à faire concernant l’admission de leur enfant au secondaire en leur répondant qu’il n’existait pas d’ « école-miracle » pour leur enfant et qu’il y avait de « bonnes » écoles, autant dans le secteur privé que dans le secteur public et, qu’à ce titre, ils devaient opter pour celle qui correspondait le plus à leurs valeurs et aux besoins de leur enfant.

C’est dans cette ligne de pensée que je rejoins l’argumentaire de la ministre de l’Éducation lorsqu’elle souhaite que les écoles privées acceptent tous les profils d’élèves dans leur rang et que, de cette façon, le réseau d’éducation québécois puisse être qualifié d’équitable et enfin sortir de cercle vicieux qui le gruge depuis des décennies.

Toutefois, pour parvenir à cet objectif louable, encore faudrait-il que les ressources humaines et matérielles nécessaires pour répondre, entre autres, aux problèmes liés aux élèves en difficulté, puissent être dégagées et ce, dans les deux réseaux.

S’il y a un mot que j’ai entendu des centaines de fois dans mes conversations avec des parents ou des intervenants en éducation de quelque milieu que ce soit, c’est le mot « encadrement » et, en toute honnêteté, bien plus souvent que l’ « excellence » attribuée très souvent [et trop souvent à mon avis] aux écoles privées.

À cet effet, je vous laisse sur cette piste de réflexion soulevée par Josée Boileau dans la conclusion de son éditorial paru dans Le Devoir du 13 octobre 2012 sous le titre « Écoles privées, écoles publiques – Bien plus que l’argent » :

« Mais plus encore, il y a la motivation des parents. Les enquêtes le démontrent, ils ne sont pas en quête d’excellence quand ils visent le privé, mais d’encadrement. Pour leurs enfants ils veulent des devoirs, beaucoup !, des profs disponibles après les classes, des heures de dîner sous surveillance… Le privé le leur garantit, pas le public, très loin de ce genre de préoccupations. C’est de cela qu’il faudrait oser parler, pour nous sortir de la litanie de l’école des riches ou des beautés du libre-choix. »

vigile.net tribune libre 14 octobre 2012
quebechebdo 14 octobre 2012 "Écoles privées, écoles publiques – Sortir du cercle vicieux"