De l’Église à l’État

26 février 2014

Je reviens d’un voyage de repos au cours duquel j’avais glissé dans mes bagages l’entretien accordé par le pape François à Antonio Spadaro, s,j., publié chez Flammarion en 2013 sous le titre «L’Église que j’espère».

À maintes occasions au cours de cet entretien, le pape François réfère au «peuple de Dieu» comme étant le centre d’attraction vers lequel doit tendre toute l’action œcuménique de l’Église.

À titre d’exemple, au chapitre 2 «Sentir avec l’Église», le pape s’exprime en ces termes : «L’appartenance à un peuple a une forte valeur théologique : Dieu dans l’histoire du salut a sauvé un peuple. Il n’y a pas d’identité pleine et entière sans appartenance à un peuple. Personne ne se sauve tout seul, en individu isolé, mais Dieu nous attire en considérant la trame complexe des relations interpersonnelles qui se réalisent dans la communauté humaine».

Sans entrer des les bondieuseries faciles, personne ne pourra nier que, depuis le début de son pontificat, François a pris résolument la décision de remettre l’Église aux mains de son peuple en se mettant résolument à l’écoute de ses besoins et de ses aspirations, et, en ce sens, l’analogie avec un État centré sur les besoins et aspirations du peuple qui le compose prend toute sa signification.

Une analogie que le pape François reprend à son compte avec davantage d’acuité dans ces paroles fort révélatrices de la conscience moderne de Jorge Mario Bergoglio : «…être citoyen veut dire être convoqué par un choix, être appelé à une lutte, à la lutte pour appartenir à une société et à un peuple…La laïcité de l’État, l’autonomie réciproque de l’Église et de l’État, leurs relations horizontales et paritaires garantissent la citoyenneté comme une œuvre collective en construction constante…»

Enfin, dans un chapitre intitulé «François ou le génie de la magnanimité», Antonio Spadaro touche du doigt ce qui, à mon sens, définit clairement le discours du pape François : «À mesure que j’avançais dans l’entretien avec le pape François s’ancrait dans mon esprit la conviction que nous allions enfin sortir de la stupide et assommante querelle herméneutique que se livrent les tenants de la continuité et ceux de la rupture…Enfin un regard pour envisager l’avenir autrement qu’à travers la lamentation! Enfin une parole de joyeuse espérance…ne nous obligerait plus à choisir entre l’optimisme des imbéciles et le pessimisme des déprimés!»

Cette Église sclérosée que décrie François n’a-t-elle pas des similitudes avec cet État du Québec, laissé à lui-même depuis des décennies par des dirigeants isolés dans des tours d’ivoire? Ne serait-il pas temps pour le Québec d’«envisager l’avenir autrement qu’à travers la lamentation»? En somme, de l’Église qu’espère le pape François à l’État que souhaitent les Québécois, ne pourrait-on pas y voir une analogie éclairante qui guiderait nos dirigeants vers les aspirations de leurs commettants?

quebechebdo 26 février 2014
vigile.net tribune libre 26 février 2014 "Un exemple pour le Québec"

La CAQ attaque

11 février 2014

Avant même le début des hostilités « officielles », la guerre est ouverte entre le PQ et la CAQ de François Legault qui vient de lancer une vaste offensive publicitaire sous le thème « À quand une charte qui défend les contribuables? », une attaque en règle contre le projet de loi 60 du gouvernement.

Souvenons-nous que les derniers sondages ont révélé, à la fin janvier, que le projet de charte de la laïcité avait eu pour effet de propulser le PQ en tête des intentions de vote et que la CAQ avait dégringolé de 16 % dans les intentions de vote des Québécois qui se disaient favorables à 51 % à l'encadrement du port des signes religieux ostentatoires à tout le personnel de l'État.

Dans un tel contexte, il n’est pas du tout surprenant que le capitaine de la CAQ tente de ramener le bateau sur la voie maritime de l’économie, le nerf de la guerre d’une bonne partie de l’électorat québécois, particulièrement celui de la Capitale nationale et de Chaudière-Appalaches où les caquistes détiennent déjà huit circonscriptions dont quatre qui ont été raflées en septembre 2012, seuls la péquiste Agnès Maltais et les libéraux Yves Bolduc et Sam Hamad ayant survécu à la « vague caquiste ».

On dit souvent qu’en affaires la saine compétition est à l’avantage des consommateurs qui ont à faire des choix sur les objets de consommation qu’ils convoitent. À cet effet, la politique ne fait pas exception. Conséquemment, la stratégie du PQ, tout en conservant le cap sur l’indépendance du Québec comme il vient de le démontrer ouvertement dans sa dernière campagne de promotion, se doit de contre-attaquer la CAQ sur son terrain à défaut de quoi, il risque de perdre des joueurs pour qui la fibre souverainiste est plutôt tiède.

Concrètement, cela implique que le gouvernement Marois doit lancer l’offensive économique à la fois « contre » l’option fédéraliste avilissante de la CAQ et « pour » l’option souverainiste libératrice du PQ. En bref, contre-attaquer sur les deux terrains.

La contre-attaque du PQ représente, à mon avis, la meilleure stratégie pour espérer gagner le combat qui va s’amorcer bientôt dans l’arène politique du Québec. Le gouvernement ne peut se permettre de laisser les caquistes et les libéraux s’emparer de l’espace économique sans s’empresser de prendre illico sa place dans le débat.

En se gagnant la faveur populaire avec le projet de charte des valeurs, le gouvernement a répondu sans équivoque aux désirs d’affirmation nationale d’une majorité de Québécois…L’équipe de Pauline Marois doit maintenant se tourner aussi vers les poches des contribuables!

quebechebdo 10 février 2014
vigile.net tribune libre 11 février 2014 (version modifiée) 

Si les athlètes québécois…

10 février 2014

« Mon pays, c’est l’hiver… », chante Vigneault depuis des décennies. Dès la première journée de compétition à Sotchi, les sœurs Justine et Chloé Dufour-Lapointe l’ont démontré admirablement au reste du monde en gravissant les deux premières marches du podium dans l’épreuve de ski acrobatique de bosses.

Sur les 221 athlètes représentant le Canada répartis dans 14 disciplines, le Québec se classe troisième derrière l’Ontario et l’Alberta avec 41 participants, soit 19 % de la délégation canadienne.

Et, parmi ces athlètes, plusieurs d’entre eux courent la chance de se mériter une médaille, dont Érik Guay, Jean-Philippe Le Guellec, Alex Harvey, Alex Bilodeau, Marc-Antoine Gagnon, Dominique Maltais, Charles Hamelin et Marianne St-Gelais, sans compter les performances remarquables de Maxime Parrot et de Sébastien Toutant en bosses lors de la première journée de compétition.

Sans présumer de la performance de ces athlètes à Sotchi, il est fort à parier qu’ils se classeront parmi les meilleurs dans leur discipline et, qui sait, qu’ils graviront les marches du podium…

Si vous ajoutez à ces athlètes les noms des Québécois qui font partie des équipes de hockey masculine et féminine, et qui pourraient former avec d’autres joueurs de talent des équipes fort représentatives du Québec, imaginez la performance du Québec au sommaire des médailles si ces athlètes québécois représentaient « leur pays » à ces jeux olympiques d’hiver !

Des athlètes d’ici qui deviendraient des ambassadeurs de ce pays du Québec dont l’hospitalité légendaire a toujours contribué à rassembler dans son giron « tous les hommes de la terre »

« De mon grand pays solitaire
Je crie avant que de me taire
A tous les hommes de la terre
Ma maison c´est votre maison
Entre mes quatre murs de glace
Je mets mon temps et mon espace
A préparer le feu, la place
Pour les humains de l´horizon
Et les humains sont de ma race »

vigile.net tribune libre 9 février 2014
quebechebdo 9 février 2014


 

Le quitte ou double de Legault…le culot de Couillard

8 février 2014

Les rumeurs d’élections hâtives se faisant de plus en plus persistantes, le chef caquiste François Legault, telle une poule à l’épouvante, ne sait plus où donner de la tête. À entendre ses récentes déclarations des derniers jours, on a l’impression que le coq caquiste joue son va-tout politique…Ça passe ou ça casse !

Le dernier tir raté de François Legault visait l’implication du vérificateur général dans le Fonds de solidarité de la FTQ alors que l’ancien ministre péquiste sait fort bien que le v.g. n’en a pas du tout le pouvoir.

Et que dire de son entêtement maladif eu égard à la comparution de Claude Blanchet en commission parlementaire dans une affaire qui ne tient pas la route, un épisode qui n’est pas sans nous rappeler la saga Duchesneau-Boisclair.

Enfin, le comble des incartades loufoques du chef caquetteux réside dans le fait que son parti prône l’atteinte de l’équilibre financier dès l’an prochain et cela, dans un contexte de baisses d’impôt…En clair, la chèvre et le chou !

À mon sens, les derniers sondages désastreux envers la baisse de popularité de la CAQ ont eu l’heur de créer la panique dans le clan des caquetteux, à tel point qu’ils tirent à près sur tout ce qui bouge et qu’on se demande s’il leur restera des munitions pour la campagne électorale.

Du côté des libéraux du chef Couillard, les augures ne sont guère plus positives compte tenu des contorsions malhabiles du chef concernant sa position sur le projet de loi 60, à tel point qu’il faut avoir un esprit bien tortueux pour suivre son raisonnement à cet égard, même s’il a le culot de clamer que la position de son parti est claire…Enfin, on repassera !

Pour ce qui est des élucubrations de Couillard sur le volet économique qu’il veut exploiter dans une prochaine campagne électorale, je doute fort que le successeur de l’autre aura quelque crédibilité, compte tenu du trou béant dans lequel Jean Charest a laissé le Québec après neuf longues et pénibles années à la tête du gouvernement du Québec.

Face à ce portait pour le moins nébuleux, il est fort à parier que Pauline Marois, qui dispose de cartes majeures dans son jeu, telles le projet de loi 60 qui rallie une majorité de Québécois, le projet de loi 52 visant l’aide médicale à mourir qui est prêt à passer aux voix, la loi 14 pour renforcer la Charte de la langue française ou la création de la Banque de développement économique du Québec, déclenchera des élections dans les prochaines semaines, avec ou sans présentation de budget…

quebechebdo 8 février 2014
vigile.net tribune libre 8 février 2014
Le Journal de Québec 9 février 2014

La lumière au bout du tunnel

8 février 2014

Depuis les premiers balbutiements du projet de loi 60, le chef libéral Philippe Couillard ne cesse de clamer sur toutes les tribunes qu’il faudra lui marcher sur le corps avant que les libertés individuelles ne soient bafouées au Québec, alléguant les Chartes des droits et libertés que son parti « a toujours défendues ». C’est faire preuve d’un sacré culot de la part du chef d’un parti aux prises avec les scandales de collusion et de corruption révélées jusqu’à maintenant par la commission Charbonneau.

Quant aux libertés individuelles, le chef semble avoir la mémoire courte si on considère la façon cavalière avec laquelle son prédécesseur a agi lors des manifestations étudiantes du printemps érable.

Pour revenir au projet de loi 60, Philippe Couillard allègue que le Québec ne peut choisir un modèle de diversité qui se distingue de ses voisins en Amérique du Nord, comme le propose le Parti québécois avec la charte des valeurs, sans risquer d’en pâtir sur le plan économique. Et voilà l’artillerie de la peur qui refait surface, cette vétuste machine de guerre qui a fait des ravages dans le passé auprès des Québécois.

À cet effet, le 7 février 2010, Georges-Étienne Cartier publiait sur cette tribune un article sous le titre « Un" Manifeste" pire que futile : malsain ! », inspiré du « Manifeste pour un Québec pluraliste » co-signé par un Collectif. http://www.vigile.net/Un-Manifeste-…

Un « Manifeste » « tantôt visqeux, parsemé de tournures d’une complaisance toute pharisienne…Ce qui fascine, c`est l’horreur manifeste à l`endroit de l’idée même de « discrimination », et la passion fanatique pour l’ « ouverture », le tout géré par un esprit critique si mou et si aléatoire qu’on ne peut que conclure à une évocation purement pro forma. Une telle pusillanimité fait de l’ « ouverture » tant vantée une très réelle béance. Elle révèle surtout, dans le refus dévot de seulement penser « discriminer » un désarroi total face à ce qu`il faut bien reconnaître comme une ahurissante incapacité à distinguer, faire la part des choses, définir les termes et les situations. »

Quatre années ont passé depuis la parution de ce billet…Aujourd’hui, le projet de Charte des valeurs et de laïcité du gouvernement franchit les dernières étapes du processus consultatif et nous sommes en droit de penser qu’il reçoit l’aval d’une majorité de Québécois.

Il m’apparaît clair que les libéraux du chef Couillard se terreront dans « l’horreur manifeste à l`endroit de l`idée même de « discrimination », et la passion fanatique pour l’ « ouverture », le tout géré par un esprit critique si mou et si aléatoire qu’on ne peut que conclure à une évocation purement pro forma. »

Quant aux caquistes de François Legault, ils manifestent une certaine ouverture sur l’interdiction des signes religieux pour une certaine catégorie des travailleurs de l’État. Le gouvernement doit-il concéder un espace public dans ses intentions ? Ou doit-il maintenir sa position en interdisant le port des signes religieux à tous les employés de l’État ?

En ce qui me concerne, il n’y a pas de demi-mesures qui tiennent la route à ce chapitre. À ce sujet, je laisse la parole à M. Cartier dont l’argumentaire de 2010 colle parfaitement à la réalité d’aujourd’hui et nous offre une piste de réflexion intéressante quant au sort que nous désirons réserver à un projet de loi qui, enfin, nous ouvre sur la lumière au bout du tunnel :

« On a , d’une part, l’adhésion à la révélation, intime et à jamais singulièrement propre au système nerveux qui la reçoit, d’une transcendance : c’est là alors un phénomène ineffable ; et dans la mesure où son expression demeure l`objet de pratiques strictement privées, on ne voit pas quel problème il y a à en reconnaître le caractère inviolable tant de droit que, en somme, de fait !…Mais on a d’autre part, toutefois, les manifestations publiques, et donc par nature sociales, de cette foi , c’est-à-dire celles que le croyant prétend non plus seulement proposer avec son accord à une autre personne, mais bien lui opposer , et a fortiori lui imposer : tout cela est de l`ordre de la culture car il s`agit d’actes sociaux qui ont pour prétention de donner ainsi à la liberté d’expression qui protège déjà la foi la force contraignante d`un « droit »

vigile.net tribune libre 7 février 2014


Et si on parlait des athlètes…

7 février 2014

Quoique très sensible aux arguments évoqués par la plupart des médias concernant les dépenses exorbitantes investies dans les installations olympiques, j’aimerais « rêver » encore, avec les athlètes qui participent aux Jeux de Sotchi, qu’ils caressent toujours le grand rêve de Pierre de Coubertin, à savoir de relever « un défi de taille ».

C’est dans cette optique que je regarderai devant mon petit écran ces hommes et ces femmes qui ont dépensé sans compter des milliers d’heures d’entraînement pour tenter de rivaliser avec leurs compétiteurs des autres nations dans une épreuve qui ne durera que quelques minutes!

Et si, de surcroît, certains d’entre eux, « créent des liens », nous pourrons nous réjouir que le rêve de Pierre de Coubertin incarne encore aujourd’hui, malgré tout l’appareillage mis sur pied pour assurer la sécurité, une réalité bien vivante.

quebechebdo 7 février 2014

Des élections le 14 avril?

6 février 2014

Au rythme où se déroulent les déclarations à saveur électorale de le première ministre, les planètes s’alignent de plus en plus pour un scrutin général printanier axé sur l’avenir du Québec. En toile de fond, la charte de la laïcité, et le dépôt du budget.

D’une part, la commission parlementaire sur le projet de loi 60 terminera bientôt ses consultations. Le gouvernement présentera ensuite une version « modifiée » qui devrait rallier les caquistes et être adoptée par l’Assemblée nationale.

D’autre part, le budget Marceau sera rejeté par les libéraux et les caquistes, ce qui occasionnera le déclenchement d’élections générales. À ce sujet, lors de son allocution en Mauricie le 5 février devant quelque 300 partisans, Pauline Marois a été claire : « MM. Legault et Couillard ont déclaré qu’ils étaient prêts à nous précipiter en campagne électorale en votant contre le budget. S’ils ne reculent pas, il reviendra aux électeurs de trancher »

Par ailleurs, l’ampleur du débat suscité par le projet de loi sur la laïcité aura préparé le terrain à la vaste consultation populaire que la première ministre vient de s’engager à mener sur l’avenir du Québec, advenant l’élection d’un gouvernement péquiste majoritaire : « Je vous l’annonce ce soir : au cours du prochain mandat, nous allons recommencer à réfléchir collectivement. En reprenant, à notre façon, la démarche choisie par René Lévesque, toute la population sera invitée à prendre la parole. Dans un prochain mandat, un gouvernement du Parti québécois va présenter un livre blanc sur l’avenir du Québec »

En ce qui a trait à l’équilibre budgétaire reporté en 2015-2016 par le ministre Marceau, la première ministre allègue que la position de Philippe Couillard et de François Legault qui souhaitent l’équilibre budgétaire dès le prochain budget nuira à la croissance économique : « Si on écoutait les chefs de l’opposition, il faudrait hausser les taxes ou faire des compressions très douloureuses de près de 2 milliards de dollars. Des compressions, ça veut dire moins d’activité économique, moins d’emplois et, au bout du compte, moins de revenus pour l’État »

Enfin, une lueur d’espoir qui, je l’espère profondément, ne sera pas qu’une flammèche électoraliste, rejaillit des paroles de Pauline Marois concernant la démarche du Québec vers son indépendance : « Quel statut nous permettra de préserver notre langue sur une période de 10, 20 ou 50 ans ? Celui de province canadienne ou celui de pays ? Pour moi, c’est clair : la seule voie qui assure l’avenir du français, c’est celle d’un pays, d’un pays francophone en Amérique » http://www.ledevoir.com/politique/q…

Devant cette conjoncture que je qualifierais de « favorable » pour le gouvernement, j’ai l’impression que les Québécois pourraient être appelés aux urnes dès le 14 avril…

vigile.net tribune libre 6 février 2014
quebechebdo 6 février 2014


Les empêcheurs de tourner en rond

5 février 2014

Un nouveau tir à l’encontre du projet de loi 60 vient d’être lancé par un avis juridique commandé par la Fédération autonome de l’enseignement http://www.ledevoir.com/societe/edu…

Et, dans la lignée des arguments évoqués par le Barreau du Québec, ce dernier avis juridique reprend essentiellement le même argumentaire, à savoir qu’il porte atteinte à trois droits fondamentaux : la liberté de religion, la liberté d’expression et le droit à l’égalité.

Par ailleurs, un son de cloche différent est déjà parvenu des Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l’État qui avancent que « l’interdiction du port des signes religieux fixée dans le projet de loi 60 est constitutionnelle, se fiant à l’« évolution récente de la jurisprudence ». http://www.ledevoir.com/politique/q…

Dans toute cette saga entourant la légalité du projet de loi 60, le profane que je suis est en train d’en perdre son latin…à tel point que je me suis retourné vers mon arme favorite, à savoir le « gros bon sens »…et voici où il m’a conduit.

Partant du principe que l’État québécois désire enchâsser dans une loi le principe de la laïcité [principe avec lequel « tous » les intervenants semblent en accord], il doit y intégrer à fortiori les dispositions nécessaires pour arriver à ses fins, à défaut de quoi la loi est inapplicable dans les faits.

Alors, en vertu de cette prémisse tout à fait logique, les juristes anti-charte peuvent-ils m’expliquer quelles dispositions ils souhaitent voir apparaître dans ce projet de loi pour y conférer un mode d’application « raisonnable » ?

Comment un État qui s’affirme laïc peut-il concilier les « libertés de religion et d’expression » en tolérant que ses employés puissent arborer sur leur lieu de travail des signes religieux qui s’érigent en porte-à-faux avec les principes mêmes de la laïcité ?

En vertu du principe de la congruence, une loi n’a-t-elle pas besoin de dispositions claires pour être applicable, et si oui, comment y parvenir si les chartes de droits et libertés s’érigent implacablement en murailles devant son applicabilité ?

Poser ces questions nous ramène continuellement devant le problème de la quadrature du cercle…en bref, devant des empêcheurs de tourner en rond qui donnent l’impression que la laïcité de l’État québécois doit s’en tenir à un vœu pieux axé autour d’un « beau principe » inapplicable !

vigile.net tribune libre 5 février 2014
quebechebdo 5 février 2014

Argumentaire hors propos

4 février 2014

Sans grande surprise, la Ligue des droits et libertés, dans son mémoire qu’elle présentera à la commission parlementaire, exige du gouvernement qu’il retire son projet de loi 60 alléguant, entre autres arguments, qu’il risque « de dénaturer la Charte des droits et libertés de la personne ».

À cet effet, la LDL argue « que la Charte des libertés reconnaît l’égalité entre les femmes et les hommes comme étant « un droit et le fondement de la justice, de la liberté et de la paix ».Avec le projet de loi du Parti québécois, la Ligue craint donc que ce droit se transforme en « valeur » et entraîne, par le fait même, la banalisation des droits de la personne qui servent à protéger les minorités contre les décisions arbitraires de la majorité et contre toute forme d’abus de pouvoir. »

La LDL ajoute de plus que le projet de charte de la laïcité « risque d’entraîner la hiérarchisation des droits, alors que les fonctionnaires de l’État qui portent des signes religieux ostentatoires devront choisir entre leur droit au travail et leur liberté de conscience. « Cette hiérarchisation crée un système de discrimination qui affectera particulièrement les femmes portant des signes religieux musulmans. On se retrouve devant deux poids, deux mesures pour la mise en oeuvre du droit des femmes à l’égalité. »
http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/398999/le-projet-de-charte-banalise-les-droits-de-la-personne-dit-la-ligue-des-droits-et-libertes

Dans sa défense, la LDL semble oublier la prémisse essentielle qui a guidé le gouvernement dans l’élaboration de son projet de loi, à savoir la création d’un État laïc, et, qui dit laïc, dit séparation de la religion et de l’État.

Or, le port de signes religieux ostentatoires des immigrants islamistes en milieu de travail au service de l’État québécois s’érige en porte-à-faux avec une laïcité ancrée dans le us et coutumes de l’appareil étatique que le projet du ministre Drainville tente d’établir au Québec.

Conséquemment, l’argumentaire de la LDL s’appuie sur des prémisses hors propos lorsqu’il invoque que « que le projet de charte de la laïcité risque d’entraîner la hiérarchisation des droits, alors que les fonctionnaires de l’État qui portent des signes religieux ostentatoires devront choisir entre leur droit au travail et leur liberté de conscience », à savoir qu’il confond l’objectif de la laïcité de l’État avec la liberté de conscience des immigrants.

D’ailleurs, la LDL, en alléguant qu’« au lieu de mettre de l’énergie sur la création d’une charte des valeurs, la Ligue croit que le gouvernement Marois devrait plutôt se pencher sur les problèmes réels d’atteintes au droit à l’égalité des femmes et des personnes issues de l’immigration », fait la preuve par la négative du problème soulevé dans la communauté musulmane relativement à l’égalité homme-femme.

quebechebdo 4 février 2014

Le projet de loi 60 cité en exemple

3 février 2014

D’entrée de jeu, les faits :

« Selon les informations obtenues par Le Devoir, la situation se serait produite à deux ou trois occasions depuis un an et demi à l’institution saskatchewanaise. « À notre connaissance, sur ce campus nous n’avons eu presque aucune demande de cette nature. Deux ou trois. Ces demandes ont été gérées de manière individuelle par les professeurs dans le contexte de la gestion de leurs cours », a expliqué en entrevue téléphonique le président de l’Université de Regina, Thomas Chase.

Si le président connaît l’existence de ces demandes, il soutient ne pas savoir avec précision comment elles ont été gérées, à part une. « Un [professeur] a simplement dit “non” et la personne qui avait fait la demande a dit “c’est d’accord, j’accepte ce refus”. Sinon, nous n’avons pas de détails particuliers. Il ne semble pas y avoir de problème majeur — ni mineur d’ailleurs — de cette nature sur le campus. »

Le Devoir a été en contact avec un membre de l’Université qui affirme que les demandes de séparation des sexes ont été acceptées par les professeurs. Mis au courant de ce détail, le président n’a pas infirmé ces faits. « S’il y avait quoi que ce soit hors de l’ordinaire, je serais mis au courant. Il semble que cela ait été géré de manière très discrète et de manière acceptable pour les parties impliquées. Mais je fais des conjectures, car aucune plainte, officielle ou officieuse, n’est parvenue à mon bureau. »

Thomas Chase reconnaît que l’université ne possède pas de politique pour gérer ce genre de demandes de ségrégation selon les sexes « simplement parce que le besoin ne s’en est pas fait sentir jusqu’à présent. Si cela devait devenir un problème, évidemment que nous le regarderions ».

Ensuite, un cas précis :

« Début janvier, on a appris qu’un professeur de l’Université York, à Toronto, s’était fait rabrouer par la direction de son établissement parce qu’il avait refusé d’exempter un étudiant qui ne voulait pas participer à un travail de groupe pour ne pas côtoyer de femmes. L’Université, se basant sur un avis de la Commission des droits de la personne de l’Ontario, avait jugé que l’exemption n’entraînerait pas de fardeau démesuré et n’affecterait pas les droits d’autrui dans la mesure où les femmes de la classe n’avaient pas besoin d’être mises au courant de l’exemption.

Le professeur, Paul Grayson, a rendu son histoire publique, et cela a vite fait le tour du pays. Il a déclaré au Devoir que, pour éviter de pareils errements, le Canada devrait s’inspirer de Bernard Drainville et limiter à son tour l’expression du religieux dans la sphère publique. Depuis, M. Grayson dit avoir reçu des centaines de courriels d’appui. Il a indiqué qu’un « petit nombre, mais croissant [de gens qui lui écrivent] commencent à entrevoir les avantages de la loi 60, en particulier parce qu’elle place les droits des femmes au-dessus des droits religieux ». http://www.ledevoir.com/politique/c…

Commentaire de Pierre Cloutier :

« Une fois cette étape franchie, le Barreau estime qu’avant d’imposer des restrictions à la liberté de manifester sa religion, le gouvernement doit démontrer la nécessité de telles mesures eu égard à la "protection de la sécurité, de l’ordre et de la santé publique ou de la morale ou des libertés et droits fondamentaux d’autrui". Le Barreau estime que "vu l’absence de données probantes au soutien des mesures de restriction de la liberté de religion envisagées dans le projet de loi", cette démonstration reste à faire". (Page 8 du mémoire). » http://www.vigile.net/Reponse-a-Hen…

Mon argumentaire :

En tant que citoyen « ordinaire », deux éléments retiennent mon attention dans les commentaires cités ci-dessus. Le premier, souvent souligné par bon nombre de juristes anti-charte, émane du fait que l’interdiction du port de signes religieux ostentatoires en milieu de travail ne repose pas sur la présence de « données probantes au soutien des mesures de restriction de la liberté de religion envisagées dans le projet de loi ».

Pourtant, pas très loin de chez nous, à savoir dans deux universités canadiennes, il semble que les « données probantes » commencent à émerger, certes de façon sporadique, mais tout de même avec acuité quant aux conséquences qu’elles engendrent, en particulier sur la ségrégation pernicieuse entre les hommes et les femmes.

En saine gestion, j’ai toujours cru qu’il était plus facile de gérer un problème en état de contrôle qu’en état de crise. Et, pour ce faire, il est préférable d’installer des « gicleurs » pour prévenir les risques de « propagation d’incendie » au lieu de faire venir les « pompiers » pour tenter d’éteindre le « foyer d’incendie »

Le second élément, et non le moindre, concerne la référence au projet de loi 60 de la part du professeur Paul Greyson dans son argumentaire en faveur d’une mesure législative valable pour contrer le type de problème qu’il soulève concernant son refus d’accepter la demande d’un étudiant d’être exempté d’ « un travail de groupe pour ne pas côtoyer des femmes ».

Deux arguments qui, selon moi, apportent de l’eau au moulin au projet de charte de la laïcité du Québec et qui devrait aussi peser dans la balance des tenants de la sacrosainte « liberté d’expression » au détriment du principe sacré d’égalité entre les hommes et les femmes.

Enfin, je terminerai en vous référant à l’article publié dans Le Devoir du 3 février sur la position des Juristes pour la laïcité et la neutralité religieuse de l’État concernant le projet de loi 60, dont voici un extrait : « En s’assurant que l’État « soit et apparaisse » neutre religieusement — et ainsi représente tous les citoyens —, le projet de loi 60 doit « être vu comme un instrument de prévision et de prévention, et non simplement comme un remède[dans] une société qui se pluralise et se diversifie en accéléré, entre autres en matière religieuse ». http://www.ledevoir.com/politique/q…

vigile.net tribune libre 3 février 2014
quebechebdo 3 février 2014 (version abrégée)
Le Devoir 6 février 2014 (version abrégée)