C’est en vieillissant qu’on apprend à vieillir

16 juin 2025

Vieillir, un mot qui fait peur, un mot qui résonne comme le prélude à la mort. Notre corps subit petit à petit les flétrissures. Notre esprit perd peu à peu de son agilité. Nos souvenirs s’effacent lentement de notre mémoire. L’avenir s’estompe devant l’ampleur du passé. Vieillir, une triste réalité à laquelle personne n’échappe.

Et pourtant, nous sommes-nous déjà arrêtés sur le privilège que la vie nous accorde de traverser le temps contre vents et marées et de pouvoir assister ainsi au spectacle grandiose que notre âge avancé nous réserve? Nous sommes-nous déjà arrêtés sur le chant mélodieux des oiseaux au lever du jour, l’éclatement des premiers bourgeons printaniers, le sourire éclatant d’un enfant qui amorce avec confiance ses premiers pas?

Avec la vieillesse renaît de notre passé ce don de s’émerveiller devant les petites choses de la vie à la manière de l’enfant devant le miracle de l’avion qui survole le ciel. Avec la vieillesse réapparaît cette belle naïveté voilant les méfaits pernicieux des préjugés. Avec la vieillesse, se referme tout doucement le cycle de la vie sur sur l’expérience bénéfique des ans.

Aujourd’hui, à 78 ans, je me suis réconcilié avec la vieillesse. En vieillissant, j’ai appris à vieillir, à être à l’écoute de mon corps et des merveilles de la nature qui m’entourent. J’ai redécouvert toute la plénitude du moment présent. Merci à la vie qui m’a conduit tout doucement jusqu’à la vieillesse, un privilège incommensurable pour lequel je lui suis extrêmement reconnaissant.

vigile.quebec tribune libre 12 juin 2025

La santé au Québec est malade

12 juin 2025

De toute évidence, les services de santé au Québec sont malades : vétusté des hôpitaux et leurs conséquences sur la sécurité des patients et du personnel soignant, pénurie de main d’oeuvre en soins hospitaliers au secteur public, bras de fer entre les associations de médecins et le gouvernement eu égard aux critères de performance, difficultés pour Santé Québec à s’implanter comme un atout dans le système de santé. En termes clairs, ça craque de partout!

Et pourtant, depuis des décennies, les réformes en santé se sont multipliées. Or force est d’admettre que les résultats positifsse font toujours attendre encore aujourd’hui et cela, nonobstant les signatures de conventions collectives entre le gouvernement et les syndicats d’infirmières et d’infirmiers. Dans ces conditions, faut-il se surprendre que les intervenants en santé migrent vers le secteur privé?

Ce tableau peu reluisant a un nom : réduction des dépenses face à un déficit croissant et de plus en plus inquiétant lié, entre autres, à des dépenses faramineuses dans certains dossiers tels l’échec du projet Northvolt, et le dépassement scandaleux des coûts engrangés dans le dossier SAAQclic. Dans cette foulée, il n’en fallait pas davantage pour assister sans coup férir au énième report de la reconstruction de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, un joyau sur la scène internationale médicale pour la qualité de ses soins.

Le système de santé incarne un rouage essentiel pour toute société qui a à coeur une saine condition physique et psychologique de sa population, à défaut de quoi l’État devra assumer son imputabilité dans le chaos qu’il a engendré, et, pour y parvenir, il est primordial que le ministère de la Santé rétablisse la connexion avec les principaux agents d’intervention, à savoir les patients et le personnel hospitalier. Les solutions au maintien de la santé d’un peuple ne se retrouvent pas dans un bureau en haut d’une tour…mais sur la scène des événements là où se joue la nécessaire complicité entre le patient et le médecin.

vigile.queec tribune libre 11 juin 2025
Le Soleil (version numérique) 12 juin 2025

S.O.S. à l’hôpital!

11 juin 2025

Au fil de son histoire débutée en 1954, l’hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR) est devenu, grâce à la clairvoyance de ses bâtisseurs, un des établissements universitaires de soins de santé les plus importants au Québec à offrir tous les soins, de la pédiatrie à la gériatrie, et ce dans une impressionnante gamme de spécialités médicales.

Or aujourd’hui, l’HMR, croulant sous la vétusté, lance un S.O.S. au gouvernement Legault. Depuis des mois, les tuiles s’accumulent, mettant en danger la sécurité du personnel soignant et des patients. La lente agonie d’un joyau des établissements de santé québécois est manifestement amorcée. Cette fois-ci, une panne de courant dans le quartier de l’hôpital a enclenché le système de génératrices. Or, cinq des six ascenseurs du pavillon principal n'ont pas suivi avec le système d'urgence. Par ailleurs, deux fuites d’eau ont forcé le transfert d’au moins six patients au deuxième étage, la conduite d'eau principale ayant défoncé au quatrième étage, et l’eau ayant coulé jusqu’au deuxième. Or le gouvernement reporte depuis 13 ans la reconstruction de l’hôpital, estimée à 5 milliards $, se contentant d’annoncer un investissement de 85 millions $ pour la construction d’un stationnement, la première phase du projet.

Et, pendant ce temps, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, à coups de millions $ injectés en masse salariale, procède à la création de Santé Québec, une superstructure dont la plupart des analystes ont peine à percevoir l’utilité concrète hormis les coupures dans le système de santé. Et, sur un autre front, le bras de fer entre le gouvernement et les représentants des médecins crée un climat de tension contre-productif et néfaste pour la qualité des soins.

À mon avis, il y a quelque chose de scandaleux dans les choix prioritaires du gouvernement en santé, notamment dans son énième report de la reconstruction de l’HMR. Qu’attend le gouvernement pour procéder en urgence à la reconstruction de l’HMR? Le décès d’un parient sur la table d’opération lié à un problème de vétusté des équipements?…

vigile.quebec tribune libre 10 juin 2025

L’école québécoise en mal d’amour

10 juin 2025

Dès son arrivée au pouvoir en 2018, François Legault s’est engagé formellement à faire de l’éducation la priorité de ses priorités. Or depuis ce temps, hormis la création des maternelles 4 ans, les « temples du savoir » ne cessent de se dégénérer: pénurie d’enseignants qualifiés et de personnel spécialisé, écoles en désuétude, expansion des phénomènes de violence entre élèves et entre élèves et personnel enseignant ne sont que quelques manifestations d’une école en mal d’amour au Québec.

Placés devant un scénario aussi démobilisant, les candidats intéressés à une carrière en éducation hésitent à se lancer dans un tel cafouillis. L’attractivité pour la profession d’enseignant est fortement ébranlée si bien que plusieurs enseignants abandonnent le navire après quelques années de vains efforts pour redresser la barre. De surcroît, s’ajoute à ce climat anti-productif, la démission de certains parents envers la préséance de l’éducation de leur(s) enfant(s) aux valeurs inhérentes à leur sain développement en société, notamment le respect envers l’autre. Or le tandem parents-école incarne systématiquement la clef de voûte essentielle au développement sociétal des jeunes sans lequel le personnel scolaire sera appelé à compenser cette lacune au détriment de l’objectif premier de leur profession, à savoir la communication des connaissances.

Par ailleurs, il faut saluer les initiatives du ministère de l’Éducation, via son ministre Bernard Drainville, concernant l’interdiction du cellulaire à l’école, une mesure orientée vers la nécessaire socialisation des jeunes. En ce qui a trait au vouvoiement obligatoire envers le personnel scolaire, j’émets certaines réserves sur le caractère obligatoire de cette directive compte tenu que le véritable respect ne s’impose pas par un règlement mais qu’il s’acquiert par l’exemplarité.

L’éducation constitue la pierre angulaire du sain développement d’une société évoluée. Elle a besoin d’un climat propice à cette évolution sans lequel elle est vouée à l’échec. De ce fait, le rôle de l’État est capital en ce sens qu’il est le catalyseur qui permettra d’offrir les conditions maximales aux divers intervenants pour jouer pleinement leur rôle de communicateur de connaissances et de valeurs inhérentes à l’évolution de toute société dite civilisée. En bref, il est devenu impérieux de redonner à l’école ses lettres de noblesse pour le plus grand épanouissement de nos adultes de demain.

vigile.quebec tribune libre 9 juin 2025

Déboires d’un gouvernement en chute libre

8 juin 2025

De l’avis d’une très grande majorité d’analystes politiques, la session parlementaire qui s’achève a été catastrophique pour le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ), notamment aux chapitres de l’abandon du projet Northvolt, des dépassements de coûts faramineux engendrés dans le fiasco SAAQclic, du cul-de sac dans les négociations du gouvernement avec les fédérations de médecins et de l’inertie de Santé Québec dont plusieurs intervenants se demandent encore l’utilité.

Or toujours selon ces mêmes analystes, seule l’interdiction du cellulaire à l’école et l’obligation du vouvoiement envers le personnel enseignant par les élèves ressort comme une réforme notable. En revanche, dans notre « beau monde » de l’éducation, bon nombre d’élèves sont sous la responsabilité d’enseignants non-qualifiés, et le personnel spécialisé pour venir en aide aux élèves à besoins particuliers manquent à l’appel, une situation qui a pour effet d’alourdir considérablement la tâche des enseignants, voire de la rendre souvent impossible. Enfin l’adoption sous bâillon du projet de la loi 69 conférant des pouvoirs accrus à Hydro-Québec au détriment de la Régie de l’énergie, et le projet de loi 89 visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock­­-out prêtent flanc aux critiques des partis d’opposition eu égard à la centralisation des pouvoirs entre les mains du gouvernement.

Dans ce contexte pour le moins chaotique, le premier ministre François Legault argue qu’il est prêt à solliciter un troisième mandat au scrutin de 2026, arborant le thème « avoir le courage » pour qualifier des décisions audacieuses ou parfois controversées qu'il juge nécessaires pour le bien-être du Québec. Par ailleurs, les derniers sondages sur les intentions de vote des Québécois placent son parti loin derrière le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ).

À mon avis, la CAQ est confrontée aujourd’hui à l’usure du pouvoir en fin de deuxième mandat. Elle doit affronter de forts vents de face qui soufflent violemment dans toutes les directions. François Legault aura beau déployer tous les efforts imaginables pour redresser SON parti et le conduire à la victoire en 2026, la descente aux enfers de la CAQ est à toutes fins pratiques déjà amorcée. Ne reste plus qu’à savoir quelle sera l’ampleur des décombres…

vigile.quebec tribune libre 8 juin 2025

Marc Garneau, le gentleman

6 juin 2025

Depuis l’annonce du décès de Marc Garneau, les témoignages élogieux ne cessent d’occuper la une des médias, notamment les commentaires sur sa propension naturelle au service de l’humanité en général, une qualité qui l’a guidé autant dans sa carrière comme premier Canadien à s’envoler dans l’espace en 1984 qu’à titre d’homme public au sein du Pari libéral du Canada.

En regardant les nombreux reportages diffusés sur la carrière de Marc Garneau sur le petit écran le 4 mai, le ministre des Finances du Canada, François-Philippe Champagne, a décrit son ancien collègue comme un «homme humble, très empathique, authentique». Et M. Champagne d’ajouter, «C’est tout le pays qui perd quelqu’un qui a su inspirer toute une génération, non seulement parce qu’il est né dans l’espace mais aussi par son service public, sa générosité, cette volonté de partager ses connaissances».

En revanche, dans son autobiographie Le plus extraordinaire des voyages, Marc Garneau revient sur sa décision de quitter la politique après avoir perdu son poste de ministre des Affaires étrangères après les élections fédérales de 2021 : «J’ai toujours voulu n’avoir aucun regret à la fin de ma vie professionnelle. Alors ça voulait dire que dans ma vie, il fallait embrasser, jusqu’à un certain point, le risque d’échouer. [...] Parce que je ne voulais pas arriver à l’autre bout en me disant: "Mon Dieu, j’aurais dû faire ça!"»

Par ailleurs, les gens qui l’ont côtoyé tout au long de sa carrière n’ont pas manqué de saluer le gentleman en l’homme tout au cours de sa vie professionnelle, un acolyte respectueux doublé d’un calme olympien devant les écueils qu’il a dû confronter autant comme astronaute que comme politicien.

« Marc a affronté ses derniers jours avec la même force, la même lucidité et la même grâce qui ont toujours caractérisé sa vie. Il est décédé paisiblement, entouré de l’amour de sa famille», a écrit sa conjointe, Pamela Garneau, dans un message publié sur les réseaux sociaux. Merci, M. Garneau, pour votre contribution exceptionnelle au service de la découverte de l’espace et votre engagement politique sans faille au service des citoyens canadiens.

vigile.quebec tribune libre 6 juin 2025

Divorce vitriolique entre Trump et Musk

6 juin 2025

Coup de tonnerre fracassant au-dessus de la Maison-Blanche. Sous l’emprise de vents violents depuis quelques semaines, la relation quasi fusionnelle entre Donald Trump et Elon Musk s’envole en fumée. L’homme le plus riche du monde que le président avait mandaté pour couper des milliards de dollars dans les finances de l’État tire abruptement sa révérence en guise de contestation à l’égard des tarifs démesurés imposés par le président qui conduisent inévitablement, selon lui, à la récession. 

De toute évidence, l’univers des egos des deux personnages ne pouvait plus cohabiter dans un monde qui ne tolère la défaite pour aucune considération. Conséquences immédiates, l’action de Tesla a chuté dramatiquement en bourses et Musk doit changer sa tronçonneuse pour un bazooka alors que du côté de Trump, il se voit amputé de celui qui a investi la « modique somme » de 200 millions $ dans sa campagne électorale et qui exige maintenant ni plus ni moins que sa destitution à titre de président des États-Unis.

Issus tous les deux du monde des affaires dans lequel les transactions font office de lois, il était écrit dans le ciel qu’il s’ennuagerait et que le tonnerre et les éclairs allaient apparaître un jour et balayer d’un trait toute possibilité de compromis dans un contexte de négociation. Le « pont d’or » érigé entre les deux compères était voué d’avance à l’écroulement. Reste à voir qui des deux belligérants s’en tirera avec les honneurs de la guerre. À suivre…

vigile.quebec tribune libre 6 juin 2025

Yoshua Bengio, lanceur d’alerte

6 juin 2025

Le conseiller scientifique de l’Institut québécois d’intelligence artificielle de réputation internationale, Yoshua Bengio, lance un cri d’alarme : « Et si la tendance se maintient, l'IA va vraisemblablement être plus intelligente que nous en ce qui concerne beaucoup de capacités cognitives. C'est urgent qu'on trouve des solutions scientifiques, politiques et réglementaires pour éviter les catastrophes de perte de contrôle ». Plus encore, « les IA semblent agir pour se protéger et éviter d'être débranchées. Elles veulent survivre, finalement, comme nous », ajoute le conseiller scientifique. À cet effet, « il y a une expérience où l'IA joue aux échecs et elle voit qu'elle va perdre. Au lieu d'accepter la défaite, elle décide de tricher en allant jouer dans les fichiers de configuration du jeu », poursuit-il.

À bien des égards, notamment en recherche sur les remèdes pour guérir certaines maladies, l’IA a accompli des avancées extraordinaires, et il faut en prendre note et exploiter ces avenues essentielles sans ménagement. Toutefois, en s’ingérant sans vergogne dans la vie privée des gens, il devient essentiel de mettre un frein à ces pratiques dangereuses. D’où l’initiative de M. Bengio de créer LoiZéro, un organisme à but non lucratif chargé de créer un modèle d'entraînement éthique et sécuritaire, afin d'éviter que cette technologie se retourne contre son initiateur.

À l’image de toute découverte dans quelque domaine que ce soit, l’IA nécessite un encadrement indispensable aux règles éthiques de la société, à défaut de quoi elle risque de dégénérer en un chaos désastreux à l’encontre d’une saine évolution de notre société. En réalité, notre société automatisée est-elle en train d’oublier que c’est le cerveau humain qui l’a conçue?

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2169625/yoshua-bengio-intelligence-artificielle-loizero

vigile.quebec tribune libre 5 juin 2025

Conflit Russie/Ukraine, 139 jours après l’assermentation de Donald Trump

3 juin 2025

Sans grande surprise, la version 2.0 du président américain, Donald Trump, aura échoué son pari de mettre fin au conflit entre la Russie et l’Ukraine « en 24 heures », 139 jours (bien comptés) s’étant déjà écoulés depuis son assermentation le 20 janvier 2025. Pire encore, la relation ne cesse de s’envenimer entre Vladimir Poutine et le maître de la Maison-Blanche.

Dans ce dossier comme dans tous ceux où est impliqué Donald Trump, se profile une série de montagnes russes passant du calme au chaos en l’espace souvent de quelques heures. Ainsi après un appel téléphonique « constructif » de près de deux heures avec Vladimir Poutine, les bombardements meurtriers se sont intensifiés sur l’Ukraine malgré les appels au cessez-le-feu si bien que le président américain a lancé sur son réseau social que Poutine était « devenu complètement fou ».

Depuis le début de son invasion à grande échelle en février 2022, le Kremlin de Vladimir Poutine ne cesse de souffler le chaud et le froid dans ses relations « diplomatiques » avec le président américain. À la suite de l’attaque de 355 drones sur l’Ukraine le 25 mai, Volodymyr Zelensky a dénoncé « l’impunité » russe tandis qu’Emmanuel Macron a appelé Donald Trump à convertir sa colère en actes. Et de surcroît, aux yeux du chancelier allemand Friedrich Merz, le président russe Vladimir Poutine considère les offres de discussions comme une « faiblesse ». 

Donald Trump est issu du monde des affaires dans lequel les transactions font office de loi. Or dans un contexte de négociation exigeant des compromis de la part de chacune des parties, le businessman est catapulté en terrain qui lui est complètement inconnu où les paroles réconciliatrices sont substituées aux tractations de millions de dollars. Dans ce contexte pour le moins antinomique, force est d’admettre que Donald Trump ne peut incarner l’artisan de paix indispensable à la résolution du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Penser le contraire relève tout simplement de l’illusion.

vigile.quebec tribune libre 2 juin 2025

Jacques Parizeau, un nom qui inspire l’amour du Québec

2 juin 2025

Le 1er juin 2015 s’éteignait Jacques Parizeau, le compagnon de vie de Lisette Lapointe avec qui il aura vécu les 23 dernières années de sa vie. Dix ans après son départ, elle publie sa propre biographie De combats et d’amour qui paraîtra cet automne aux Éditions de l’Homme. « En revivant ce moment douloureux, je suis encore profondément remuée par les témoignages de reconnaissance et d’admiration qui ont entouré son départ. Un concert d’éloges, sans la moindre fausse note, comme si les différends passés étaient oubliés pour ne voir que le legs de l’homme d’État », raconte-t-elle.

Avec René Lévesque, Jacques Parizeau incarne sans contredit une icône incontournable dans le paysage souverainiste du Québec. De personnage froid et distant à son arrivée à titre de ministre des Finances lors de son entrée à l’Assemblée nationale, il est rapidement passé à un personnage chaleureux et charismatique particulièrement lorsqu’il entreprit sa croisade menant au référendum de 1995 qu’il perdit de justesse par quelques milliers de voix.

Comme il fallait s’y attendre, le retrait de la politique active de Jacques Parizeau n’allait pas pour autant l’empêcher d’exprimer ses opinions si bien qu’il fut affublé rapidement du sobriquet peu flatteur de « belle-mère ». « Ce n'est pas parce que j'ai été chef du Parti québécois que je suis condamné à ne plus parler… Quelle sorte de société sommes-nous où les gens ne devraient plus parler!», répliquait-il à ses détracteurs. Dans cette foulée, en avril 2015, Jacques Parizeau jette un regard amer sur le Parti québécois (PQ) en comparant son ancienne formation politique à un véritable « champ de ruines », dans une longue entrevue accordée à Radio-Canada. « On a démoli graduellement ce parti-là, et surtout, on lui a fait perdre son âme, on l'a égaré dans des discussions byzantines » argue-t-il. « Les péquistes n'ont pas l'air de croire en eux. Comment voulez-vous que les autres croient en eux? »

Aux yeux de Lisette Lapointe, il n’y a rien de plus beau et de plus précieux que la liberté, rien de plus normal pour un peuple que d’avoir son pays. « Il n’y a rien de plus beau que les commencements », se rappelle-t-elle avec émotion ces mots chargés de fougue prononcés avec vigueur à maintes reprises par son amoureux. Dix ans après sa mort, le nom de Jacques Parizeau inspire encore l’amour du Québec, et il restera gravé indéfiniment dans la mémoire collective des Québécois.

vigile.quebec tribune libre 1er juin 2025