Déclaration anti-productive de PSPP

2 mai 2025

D’entrée de jeu, depuis son élection à la tête du Parti québécois (PQ), j’ai découvert un politicien qui faisait de la politique autrement en la personne de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), notamment en faisant preuve de transparence et de respect envers ses adversaires. Dans cette foulée, sa relation avec le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, s’est toujours traduite dans l’harmonie et la complicité.

Or au lendemain des résultats des élections fédérales du 28 avril qui ont confirmé que le Bloc avait perdu le tiers de ses circonscriptions, le chef du PQ y est allé d’une déclaration que je qualifierais d’anti-productive en invitant le chef du Bloc, déjà ébranlé par les résultats décevants de la veille, à remettre le cap sur ses « racines indépendantistes » en lançant en point de presse que « La stratégie adoptée par le Bloc, qui valide Mark Carney comme collaborateur, comme quelqu’un qui s’apprête à collaborer avec le Québec, fixait des limites à ce que le Parti québécois pouvait faire dans les circonstances ».

À mon avis, PSPP devra réaliser plus tôt que tard que le Bloc n’est pas une succursale du PQ qui n’existe que pour l’appuyer dans sa stratégie indépendantiste. Comme le dit à raison M. Blanchet, « On n’est pas dans le même Parlement, on est dans le Parlement qui va devoir composer avec cette négociation commerciale avec les États-Unis. Évidemment, ça nous met dans des postures différentes. »

En adoptant une attitude transcendante envers le Bloc, PSPP ne fait qu’ébranler la nécessaire complémentarité qui doit exister entre le PQ et le Bloc notamment en matière d’empiétement du fédéral dans les compétences du Québec ou de défense de la gestion de l’offre si chère aux agriculteurs du Québec.

Alors M. St-Pierre Plamondon, je vous conseille fortement de prendre une grande respiration, de faire preuve de convivialité envers votre frère du fédéral et de remiser illico dans le placard votre attitude condescendante contre-productive particulièrement à l’approche d’une campagne référendaire sur la souveraineté du Québec.

vigile.quebec tribune libre 1er mai 2025

Le paradoxe Jagmeet Singh

30 avril 2025

Parmi les quatre chefs de partis qui s’affrontaient lors de la dernière campagne électorale, nul doute que le chef du NPD, Jagmeet Singh, proposait des mesures visant à répondre aux besoins domestiques de « monsieur et madame tout l’monde ». Or dans un contexte où le thème de l’économie suscité par l’imprévisibilité viscérale du président américain, Donald Trum, Jagmeet Singh a été contraint de jouer dans le mauvais scénario.

De facto, le NPD s’est littéralement effondré ne récoltant que 7 sièges comparativement aux 22 circonscriptions qu’il représentait à la dissolution de la Chambre. En conséquence, non seulement le chef du NPD n’a pas été réélu dans sa propre circonscription, mais le parti a perdu de ce fait son statut de parti officiel.

En termes clairs, la peur liée à l’insécurité économique a eu raison de l’appui indéfectible de Jagmeet Singh envers les besoins essentiels des électeurs tels un logement abordable et l’accès à un panier d’épicerie à leur portée. Un constat qui démontre le paradoxe existentiel du chef du NPD appelé à défendre le citoyen ordinaire dans un monde guidé par sa propension indéfectible à son confort matériel en quête d’un insatiable assouvissement.

vigile.quebec tribune libre 30 avril 2025

Le Bloc sauve la face

30 avril 2025

Pendant toute la durée de la campagne électorale, le Bloc québécois a dû naviguer en eaux troubles, ballotté de toutes parts par le raz-de-marée suscité par les libéraux de Mark Carney. En revanche, après les débats des chefs, Yves-François Blanchet a réussi à calmer la tempête en admettant d’une part la victoire probable des libéraux et, d’autre part, en invitant les militants bloquistes à voter pour le Bloc pour créer une opposition forte au PLC et, de ce fait, défendre adéquatement les intérêts du Québec au sein du gouvernement fédéral. Une stratégie qui a eu l’heur tout au moins de stopper l’hémorragie sans toutefois empêcher la perte de 11 sièges en passant de 33 en 2021 à 22 au dernier scrutin soit le tiers des députés bloquistes. Par ailleurs, il n’eût pas fallu que la campagne se prolonge une ou deux autres semaines, car je suis d’avis que l’ombre de Donald Trump commençait à s’estomper et, par ricochet, que la poussée du Bloc aurait continué à progresser davantage.

Toutefois, en guise de prix de consolation, le Bloc pourrait être appelé à exercer la balance du pouvoir du fait que le parti de Mark Carney pourrait avoir à négocier avec les bloquistes pour faire adopter ses lois et rester au pouvoir parce qu’il lui manquerait une dizaine de sièges pour obtenir une majorité. Un pouvoir qu’Yves-François Blanchet à bien l’intention d’utiliser en faveur du Québec à chaque occasion où la situation se présentera.

Au cours des derniers mois, un bon nombre de personnes ont remis en question la pertinence du Bloc québécois, le qualifiant d’inutile. Or à mon sens, tant et aussi longtemps que les Québécois n’auront pas opté démocratiquement en faveur de la souveraineté du Québec, le Bloc demeure et demeurera toujours le meilleur « chien de garde » pour veiller à leurs intérêts de l’autre côté de l’Outaouais.

vigile.quebec tribune libre 30 avril 2025

Campagne dominée par la peur

30 avril 2025

Aussitôt la démission de Justin Trudeau de son poste de premier ministre du Canada confirmée officiellement, le vent tous azimuts en direction de l’ex-gouverneur des banques centrales d’Angleterre et du Canada s’est levé avant même que Mark Carney soit désigné comme premier ministre. Dès lors, le financier est apparu comme le meilleur candidat pour affronter les sautes d’humeur systémiques de son voisin du Sud. Alors les événements se sont bousculés à vitesse grand V, lancement d’une courte campagne électorale de 36 jours suivie de l’appel aux urnes pour le 28 avril.

Dès le début de la campane, il était évident que le spectre de Donald Trump allait occuper une place centrale dans la campagne. Et parallèlement à la peur envahissante envers le Grand Orange s’est déchaînée une déferlante sans précédent envers le PLC si bien qu’en l’espace de quelques jours les libéraux dirigés par Mark Carney ont réalisé une remontée fulgurante de 22 points et ont littéralement fait basculer en leur faveur les intentions de vote au Canada partant de deuxième dans les sondages loin derrière les conservateurs à une confortable avance en tête, avance qui s’est maintenue sans coup férir jusqu’à la toute fin de la campagne.

L’être humain a tendance à fuir la peur comme la peste et recherche intrinsèquement à s’en prémunir. Il est de facto prêt à beaucoup sacrifier pour y arriver jusqu’à s’exiler, dans le cas présent, de son allégeance politique, un sort fatidique qu’ont dû subir les chefs du Bloc et du NPD en assistant contre leur gré à l’exode d’une grande partie de leurs militants vers le giron libéral.

Or sur le plan financier, pour répondre au climat géo-politique instable créé par les tarifs douaniers de Donald Trump, Mark Carney a prévu dans son cadre financier des « investissements ciblés » de 130 milliards de dollars sur quatre ans, notamment au chapitre de la défense avec près de 19 milliards $ de nouveaux investissements, des mesures qui créent un déficit évalué à 62 milliards de dollars pour l’année 2025-2026, une projection déficitaire dans le sillon creusé par son prédécesseur Justin Trudeau.

Enfin, en élisant un gouvernement minoritaire libéral, le peuple a parlé en choisissant Mark Carney comme le meilleur défenseur de la souveraineté canadienne en pleine guerre économique contre les États-Unis. De toute évidence, la politique de la peur des stratèges libéraux a porté fruit auprès d’une majorité de l’électorat canadien. Reste à voir si « la peur est mauvaise conseillère » comme nous dit le vieil adage…ou si le passé de l’ex-banquier sera garant de l’avenir.

vigile.quebec tribune libre 29 avril 2025

Jusqu’où ira l’aberration?

27 avril 2025

Un récent jugement de la Cour supérieure du Québec accorde 12 mois au gouvernement du Québec pour qu’il prépare et adopte « un régime de filiation qui ne comporte pas la limite de deux liens de filiation » ce qui, à ses yeux, contrevient à la Charte canadienne des droits et libertés.

Trois familles sont en cause dans ce jugement : un trio amoureux, formé d’un couple hétérosexuel déjà parent. La femme du couple tombe amoureuse d’une autre femme et un trio amoureux se constitue de facto, la dernière arrivée souhaitant être enceinte, l’homme la féconde et tous forment une famille. Dans le second cas, un couple dont la femme avait subi une chimiothérapie devient d’abord parent grâce à l’apport d’une mère porteuse. Une amie est ensuite mise à contribution pour la naissance d’un autre enfant. Enfin, dans le troisième cas, un couple de lesbiennes a eu recours à un ami gai pour avoir un enfant.

Aux yeux du procureur des familles demanderesses, un enfant a le droit « d’avoir une filiation avec chacun des adultes qui sont ses parents ». Comme l’explique le juge dans sa décision, le Code civil du Québec « n’interdit pas formellement plus de deux liens de filiation », mais  aucune disposition du Code n’y donne explicitement son approbation. « C’est d’ailleurs la conclusion à laquelle arrive la jurisprudence », écrit le juge. En effet, à plusieurs reprises, les tribunaux mentionnent spontanément, quoique dans des contextes différents, qu’un enfant ne peut avoir que deux parents en droit québécois », est-il écrit.

À cet effet, parlons-en des enfants, les grands oubliés dans un système judiciaire qui tend de plus en plus à privilégier le droit des adultes à une pluriparentalité qui leur confère des privilèges parfois en nette contradiction avec ceux des enfants, notamment celui d’avoir un père et une mère biologiques. Combien d’autorités parentales la loi doit-elle accepter comme légales? Devra-t-on classifier le nom des « parents » par lettre alphabétique sur les documents officiels? Enfin plus sérieusement, jusqu’où ira l’aberration avant que ne soit édifié un mur derrière lequel se tapira furtivement toute une génération d’enfants tiraillés et déboussolés?

vigile.quebec tribune libre 27 avril 2025

Les cachotteries de Mark Carney

27 avril 2025

La politique baigne dans un monde où la transparence dans le discours se répercute immanquablement sur la crédibilité des élus et vice versa. L’épineux dossier de SAAQclic ayant entraîné la création d’une Commission d’enquête, entre autres, sur les rôles des ministres des Transports et de la Sécurité publique, en est une représentation flagrante.

Dans cette foulée, les cachotteries de Mark Carney ayant trait au manque de transparence au cours de la campagne électorale ne passent pas inaperçues aux yeux des électeurs canadiens. J’en retiens deux. D’abord, les fonds de Brookfield, dirigés par Mark Carney, ont trouvé refuge dans le paradis fiscal des Bermudes. En bref, celui qui se présente pour gérer l’argent public et gouverner un État a auparavant trempé dans un système qui permettait d’éviter de payer sa quote-part au trésor public et, de facto, faire cavalièrement fi de ses obligations de contribuables.

Deuxièmement, on apprend qu’au cours de l’appel du 28 mars entre Donald Trump et Mark Carney, le président américain a remis sur la table l’idée de faire du Canada le 51e État américain, contrairement à ce que le premier ministre avait affirmé aux journalistes par la suite. En bref, le premier ministre n’a jamais rendu cette information publique. D’autre part, une telle cachotterie remet en question l’appui qui circule depuis le début de la campagne au chef du PLC à l’égard de son leadership pour négocier d’égal à égal avec Donald Trump.

Au moment d’écrire ce billet, tout porte à croire que les libéraux seront reportés au pouvoir le 28 avril. Face à un tel scénario, Mark Carney devra apprendre à se montrer transparent dans ses relations avec la presse, à défaut de quoi les vieilles cachotteries risquent de refaire surface rapidement et de nuire considérablement à sa crédibilité.

vigile.quebec tribune libre 26 avril 2025

Pastilles de couleurs à saveur amère

26 avril 2025

La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) est en négociation avec le gouvernement du Québec depuis août 2024, et rien ne laisse présager un quelconque règlement entre les deux parties. À cet effet, la dernière proposition du gouvernement déposée sur la table fait état d’une catégorisation par couleurs des patients selon la gravité de leur état de santé.

Ainsi la couleur verte serait attribuée aux utilisateurs avec une affection mineure ou qui ont des problèmes épisodiques, la jaune représenterait les patients avec affections mineures chroniques sans impact fonctionnel, l’orange serait associée aux affections modérées nécessitant un suivi régulier et la rouge serait attribuée aux personnes présentant des conditions complexes et des troubles de santé majeurs.

Questionnée pour savoir si elle accepterait de classer ses 500 patients par couleur, la Dre Louise Caron est catégorique : « Jamais! Chacun de mes patients mérite son inscription ». Elle donne l’exemple d’une patiente, jeune professionnelle et mère de trois enfants, qu’elle a reçue à son cabinet dernièrement. « Elle a établi un lien de confiance avec moi », explique la Dre Caron qui dit avoir été en mesure de noter un trouble d’adaptation ou une dépression chez cette patiente. « Si elle n’était pas suivie par un médecin de façon régulière, probablement qu’avec la pression sociale, elle ne serait pas capable d’admettre qu’elle a un problème. Ce sont des gens vulnérables, mais non vulnérables aux yeux de l’INESSS ».

De surcroît, l’omnipraticienne prétend que, si les médecins de famille ne continuent pas de voir régulièrement leurs patients jugés en santé, le système de santé va récolter les complications subséquemment. « Il y a énormément de prévention qu’on fait dans notre bureau », argue la Dre Caron, qui a accepté de prendre en charge environ 500 patients supplémentaires par l'entremise du guichet d’accès à la première ligne (GAP), « mais la durée des interventions est plus courte…Le suivi régulier de nos patients demeure important. C’est vraiment ce qui permet d’éviter une catastrophe », conclut-elle.

Enfin, le patient de couleur verte ne risque-t-il pas de perdre son médecin de famille au détriment d’un patient rouge dans quel cas le problème d’admissibilité à un médecin de famille serait tout simplement déplacé? Une question qui suscite de vives inquiétudes auprès des médecins et des patients…en bonne santé !

vigile.quebec tribune libre 25 avril 2025
Le Soleil (version numérique) 28 avril 2025 

Trump, joueur de yo-yo insatiable

24 avril 2025

Quand j’étais enfant, le printemps marquait le retour aux amusements traditionnels tels les billes, le bolo en bois (jeu paddle ball) et, bien sûr, le yo-yo qui se vendait à différents prix selon le clinquant de sa confection, les plus dispendieux étant ceux ornés de pierres précieuses brillantes et possédant l’extraordinaire propriété de « dormir », c’est-à-dire de tourner sur place au bout de la corde et de remonter à sa position initiale d’un simple petit coup de doigt sur la corde.

Donald Trump incarne à merveille le joueur de yo-yo par excellence. Il lance les tarifs, les laisse « dormir » quelque temps et les retire. Et pendant qu’il s’amuse, les indices boursiers sont aux abois jusqu’au moment où les tarifs sont mis sur pause au grand soulagement des investisseurs ébaubis qui reçoivent cette volte-face du président comme un cadeau du ciel. Bienvenu au royaume du divertissement du Grand Orange!

vigile.quebec tribune libre 24 avril 2025
Le Devoir 25 avril 2025

Révolution tranquille 2.0

24 avril 2025

Dans un article paru dans l’édition numérique du Journal en date du 21 janvier sous le titre « Pour une nouvelle «révolution tranquille en éducation!»: une réforme en profondeur de l’éducation nationale s’impose » (1) et cosigné par dix intervenants en éducation, l’école d’aujourd’hui se voit confrontée à un portrait sombre et déstabilisant.

« Notre projet d’éducation nationale, développé au cours des forums citoyens Parlons éducation (2023) et des consultations subséquentes (2024), nage à contre-courant d’une vague de marchandisation et d’une gestion obtuse, la gestion axée sur les résultats (GAR), qui déferle sur le monde de l’éducation depuis plus de trois décennies. Cette déferlante, soulevée par la réforme des années 90, a balayé, comme un tsunami, les idéaux de la réforme scolaire insufflée par le rapport Parent dans les années 60. Ce tsunami a accentué les inégalités scolaires et fragilisé l’ensemble de notre système éducatif: iniquité scolaire, école à trois vitesses, ségrégation des élèves, évaluation à outrance, surcharge du personnel scolaire, et, non le moindre des problèmes, affaiblissement de la démocratie scolaire », plaident les cosignataires.

Partir du ici et maintenant puis aller de l’avant

Si l’on endosse à la lettre les arguments des auteurs, force est de constater qu’il faut bulldozer la charpente de l’école d’aujourd’hui puis procéder à sa reconstruction. Pour tout dire, les prestations de cours des centaines de milliers d’enseignante et d’enseignants ne sont que poussière? Or nombreux sont ces enseignantes et ces enseignants qui éprouvent une vive satisfaction dans l’exercice de ce qu’ils appellent souvent « le plus beau métier du monde ». Le « tsunami » dont parlent les auteurs balaie-t-il sous le tapis tous les bienfaits des programmes spéciaux en sports-études et en arts-études, notamment leur influence indéniable sur la socialisation et le sens de l’effort chez les jeunes?

Je ne crois pas qu’il faille faire « tabula rasa » et repartir le compteur à zéro dans le monde de l’éducation au Québec pas plus que reléguer aux oubliettes le travail acharné de nos enseignantes et enseignants eu égard à l’ouverture des jeunes Québécois sur le monde. Ceci étant dit, il existe sûrement de la place à l’amélioration de notre système scolaire sans jeter par terre pour autant les colonnes du temple érigé avec audace et conviction depuis maintenant plus de six décennies.

(1) https://www.journaldequebec.com/2025/04/21/pour-une-nouvelle-revolution-tranquille-en-education-une-reforme-en-profondeur-de-leducation-nationale-simpose 

vigile.quebec tribune libre 24 avril 2025

Ingérence de Trump dans la nomination du futur pape?

24 avril 2025

Immigration, guerre dans la bande de Gaza, aide humanitaire internationale, les sujets de discorde entre les États-Unis et le Saint-Siège sont nombreux. Dans cette foulée, selon certaines sources de confiance, la rencontre entre François et le vice-président américain J. D. Vance le jour précédant la mort du pape voilait des intentions destinées à peser de tout leurs poids dans le choix du successeur du Souverain Pontife. Une ingérence qui n’est pas sans nous ramener à l’épineux litige actuellement en cours sur la liberté académique entre l’administration Trump et la prestigieuse université Harvard dans le Massachusetts.

Il est un fait indéniable, la politique interventionniste de Donald Trump dans le processus démocratique qui dicte les grandes orientations des institutions dénote toute la propension viscérale du président à tenter de mettre le grappin sur tout ce qui entre en conflit avec ses propres convictions.

Par ailleurs, le processus de nomination d’un nouveau pape est soumis à un rituel complexe. Par tirage au sort, trois cardinaux sont désignés «scrutateurs», les cardinaux reçoivent des bulletins de papier rectangulaire portant en haut l'inscription «Eligo in Summum Pontificem» («J'élis comme souverain pontife») avec un espace vide en dessous. Les électeurs écrivent à la main le nom de leur candidat, «d'une écriture non reconnaissable», et plient le bulletin de vote deux fois. Une fois tous les bulletins recueillis, un scrutateur agite l'urne pour mélanger les bulletins, les transfère dans un deuxième récipient puis un autre en fait le compte. Une fois élu aux deux tiers des voix, il reste au nouveau pape à répondre à deux questions du cardinal doyen: Acceptez-vous votre élection canonique comme Souverain Pontife ? De quel nom voulez-vous être appelé ? Répondant «oui» à la première, l'élu devient immédiatement pape et évêque de Rome.

Or avant même la mort du pape François, Donald Trump a tout mis en œuvre pour influencer le choix de son successeur. À cet effet, J. D. Vance, vice-président des États-Unis, a récemment rencontré le cardinal Parolin, numéro deux du Saint-Siège. Si cette entrevue avait pour objectif d’apaiser les tensions entre Washington et le Vatican en rappelant l’unité de l’Église, elle visait aussi à peser de tout son poids dans le choix du successeur de François dans un jeu de long terme visant à effacer l’action du pape François en opposant deux idéologies opposées du catholicisme, avec d’un côté, une vision identitaire et radicale prônée par J. D. Vance, et de l’autre, celle du pape François défendant une approche de compassion et d’ouverture.

Devant l’ampleur du mouvement de mobilisation des universités américaines suscitée par la tentative d’ingérence de Donald Trump à l’égard de la liberté d’expression, je serais extrêmement étonné que le Grand orange n’influence de quelque façon le processus sophistiqué de nomination de l’évêque de Rome.

vigile.quebec tribune libre 23 avril 2025