Des négociations chaotiques en perspective

11 juillet 2025

Aussitôt implantée, aussitôt retirée. Sous la pression de Donald Trump, Mark Carney décide de retirer la taxe sur les services numériques qui devait entrer en vigueur le 1er juillet pour relancer les négociations commerciales avec les États-Unis interrompues par le président en guise de représailles contre l’implantation de ces tarifs contre les GAFAM, le premier paiement, soit l’équivalent de 2 milliards de dollars, devant être perçu le 30 juin 2025. Le Canada espérait récolter 7 milliards de dollars sur cinq ans grâce à cette taxe.

Par ailleurs, tout en prenant pour acquis que la reprise des négociations canado-américaines incarnent une dimension géo-politique majeure et que, de ce fait, leur relance est prioritaire, le contexte dans lequel s’amorcent ces négociations est pour le moins fragilisé par l’imprévisibilité viscérale de Donald Trump. En termes clairs, on peut se demander quel sera le prochain irritant qui débouchera sur un arrêt des pourparlers et, le cas échéant, comment réagira le premier ministre Carney?

À ce sujet, d’un côté, l’épineux dossier sur la protection de la gestion de l’offre, si chère au gouvernement Carney vient d’être ajouté à la loi fédérale, rendant de facto ce sujet intouchable lors des négociations du côté canadien. De l’autre, les producteurs agricoles surveillent de près la gestion de l'offre qui est dans la mire de Donald Trump depuis le début de son mandat. Ce dossier pourrait-il devenir un second frein aux négociations avec les USA?

En bref, ces négociations risquent d’être fortement chaotiques. Le « Canada fort » de Mark Carney devra emprunter des sentiers sinueux et raboteux pour se concrétiser. Sa lune de miel avec la majorité des Canadiens saura-t-elle contourner les obstacles qui se retrouveront sur son chemin? À ce sujet, les prochaines semaines seront déterminantes. Reste à voir si Mark Carney réussira à passer de la parole aux actes…

vigile.quebec tribune libre 3 juillet 2025

Le sens de l’effort, vous connaissez?

11 juillet 2025

Vous savez, cette valeur qui nous permet de franchir les obstacles qui se dressent devant nous, ce tremplin qui nous propulse en avant. Dans cette foulée, je vous propose de faire l’effort de lire un petit récit de vie d’un adolescent que nous appellerons François. Et, quant à ceux qui ne veulent pas continuer cette lecture, cessez immédiatement puisque l’exercice ne vous sera d’aucun apport utile.

Transportons-nous donc dans le monde turbulent d’un ado d’aujourd’hui. Depuis le début de l’année scolaire, les résultats de François sont catastrophiques si bien qu’Il songe de plus en plus à décrocher. Et, de surcroît, trois de ses confrères de classe ne cessent de se moquer de lui le traitant de « poche ». Ses parents sont démunis devant la gravité de la situation de leur fils. Ils font alors appel à la direction de l’école qui mandate un enseignant pour rencontrer François.

« Eh bien ,François, tu veux abandonner l’école? », demande l’enseignant à François.
-Oui, monsieur, répond l’ado.
-Et pourquoi?
-Parce que je suis écoeuré.
-Écoeuré de quoi?
-D’être ridiculisé par des élèves au sujet de mes échecs scolaires.
-Bon, je te propose une piste de solution à deux volets, D’un côté, je vais rencontrer les jeunes qui t’intimident et de ton côté, tu vas te mettre au boulot et regagner confiance en toi. Tu es capable, j’en suis certain. »

Or grâce à l’étincelle qu’a allumée en lui l’enseignant, François a réussi à gravir petit à petit les échelons et à terminer son année scolaire sans aucun échec. Une petite victoire qui l’a propulsé dans une carrière en ingénierie dans laquelle il accumule les succès depuis des années et qui démontre toute l’importance de l’effort dans la réalisation de ses rêves.

vigile.quebec tribune libre 6 juillet 2025

Élection partielle dans Arthabaska

11 juillet 2025

En déclenchant une élection partielle dans Arthabaska-L’Érable le 11 août, soit en pleine saison estivale, le premier ministre, François Legault, dont le parti traîne la patte dans les sondages en troisième position à égalité avec le Parti libéral du Québec (PLQ), minimise les effets nocifs éventuels d’une défaite cuisante dans un contexte où le taux de participation risque d’être famélique. De toute évidence, François Legault a l’intention de tourner rapidement la page sur cette partielle et de passer à autre chose, soit au remaniement ministériel prévu à l’automne qui, espère-t-il, relancera la popularité de la Coalition avenir Québec (CAQ) auprès de la population québécoise. Une stratégie électoraliste corroborée d’ailleurs par les chefs du Parti québécois (PQ) et du Parti conservateur du Québec (PCQ) qui déplorent haut et fort le « cynisme » du premier ministre en ordonnant la tenue d'un scrutin en plein été. En bref, le seul intérêt suscité par cette élection demeure qui, du PQ ou du PCQ, raflera les honneurs de la victoire…

vigile.quebec tribune libre 9 juillet 2025

Le transport en commun est-il un service essentiel?

11 juillet 2025

En vertu du Code du travail du Québec, les services essentiels sont ceux dont l'interruption, lors d'une grève, pourrait mettre en danger la santé, la sécurité ou la vie d'une partie de la population. Le Code ne définit pas précisément ce qu'est un service essentiel, mais plutôt des critères pour déterminer si un service est essentiel.  Dans ce contexte, le transport en commun est-il oui ou non un service essentiel?

À mon sens, la réponse à cette question ne peut s’appliquer mutatis mutandis à toutes les catégories d’utilisateurs. À titre d’exemple, la personne âgée peu fortunée utilisant le transport en commun pour se déplacer à un rendez-vous médical et celle qui l’utilise pour se rendre au travail n’ont pas les mêmes droits et, de facto, elles doivent être considérées séparément. En termes clairs, s’il existe une solution alternative au transport en commun, tel le covoiturage, ce dernier n’entre pas dans les critères d’un service essentiel et, dans le cas contraire, la définition de service essentiel devrait s’appliquer.

Dans cette foulée, nonobstant les désagréments causés aux festivaliers du FEQ, la grève des employés d’entretien du RTC et ses répercussions sur le transport en commun ne mettent pas « en danger la santé, la sécurité ou la vie d'une partie de la population » et, de ce fait, elle ne peut entrer dans la catégorie d’un service essentiel, telles la santé et l’éducation qui, de par leur nature, doivent être sans contredit cataloguer comme des services essentiels.

Par ailleurs, la loi 89, « Loi visant à considérer davantage les besoins de la population en cas de grève ou de lock-out », dont l’objectif est de limiter l'impact des conflits de travail sur la population québécoise en modifiant, entre autres, le droit de grève et de lock-out, fait l'objet de vives critiques de la part des syndicats, qui craignent qu'elle ne porte atteinte au droit de grève et à l'équilibre entre les travailleurs et les employeurs. Reste à voir si le ministre du Travail, Jean Boulet, mettra en application son droit de remettre le conflit entre les mains d’un arbitre…

vigile.quebec tribune libre 9 juillet 2025

L’intelligence artificielle, une création avant tout humaine

7 juillet 2025

Au risque de passer pour un dinosaure de la pré-histoire, j’aimerais partager certaines réflexions personnelles sur l’intelligence artificielle (IA). D’entrée de jeu, Le Robert définit l’intelligence comme « l'ensemble des fonctions mentales ayant pour objet la connaissance rationnelle » et le qualificatif « artificiel » comme « ce qui est dû à l'art, qui est fabriqué, fait de toutes pièces; qui imite la nature, qui se substitue à elle; qui n'est pas naturel ». Somme toute, l’IA se substitue à l’intelligence humaine via un processus hors nature.

Perçue de la sorte, je suis plutôt d’avis qu’il faut se garder de considérer l’IA supérieure à celui-là même qui l’a créée, à savoir l’être humain, à défaut de quoi elle projettera à tort une image reflétant sa supériorité existentielle sur l’homme. En termes clairs, toute manifestation de l’IA présuppose l’apport essentiel de l’intelligence humaine pour se manifester concrètement.

En revanche, nonobstant les avancées remarquables dues à l’IA, notamment en recherche sur la connaissance en médecine, en contrepartie, ChatGPT a contribué sans coup férir à l’effervescence du phénomène de plagiat de la part des élèves. Une preuve que tout n’est pas lumineux au royaume de l’IA. C’est sans compter l’imitation de la voix humaine et de la physionomie, un phénomène associé à l’arnaque pernicieuse dans laquelle tombent malheureusement trop de personnes vulnérables.

Somme toute, l’IA demeure d’abord et avant une création humaine et, de ce fait, il m’apparaît impérieux que l’être humain en demeure le maître absolu à partir de son origine jusque dans ses manifestations. Oui à l’évolution tant qu’elle est au service de l’humanité. Sinon, elle doit être freinée illico…

vigile.quebec tribune libre 6 juillet 2025
Le Soleil (versio numérique) 7 juillet 2025

Faire autant avec moins

23 juin 2025

Devant l’ampleur du déficit, le gouvernement entreprend un régime minceur dans tous les ministères y compris celui de l’Éducation. En revanche, le ministre Drainville exhorte les Conseils scolaires et les directions d’écoles à faire tout en leur pouvoir pour ne pas affecter la qualité des services directs aux élèves.

Parmi ce train de mesures décrétées par Bernard Drainville, ce sont les effets collatéraux des coupures au sein des techniciennes en éducation spécialisée (TES), un gain important obtenu lors des dernières négociations, qui causent le plus de tort à l’égard des services aux élèves à besoins particuliers. «Tu coupes une TES, tu ajoutes une prof en burn-out», argue Chantal Poulin, une enseignante au primaire dans une école défavorisée et multiethnique du centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île, à Montréal.

Et, parallèlement à tout ce branle-bas chaotique, des centaines de millions de dollars ont été engloutis en vain dans le projet Northvolt des dépassements faramineux de coûts ressortent quotidiennement de la Commission Gallant dans le dossier SAAQclic, et le gouvernement s’apprête à injecter des milliards $ dans la construction d’un troisième lien entre Québec et Lévis.

Or dès le début de son premier mandat en 2018, François Legault clamait haut et fort que l’éducation serait la priorité de ses priorités. Sept ans plus tard, force est de constater que sa propension viscérale pour les dossiers à vocation économique ont vite pris le dessus de ses priorités au détriment de l’éducation…et de la santé soit dit en passant.

Dans un contexte où l’éducation au Québec chambranle de toutes parts, notamment eu égard à la pénurie de personnel spécialisé telles les TES, il m’apparaît complètement antinomique d’exiger du personnel d’en faire autant avec moins de moyens pour l’appuyer dans sa tâche. De ce fait, M. Drainville, je vous exhorte à permettre tout au moins aux directions d’écoles de puiser dans les surplus réalisés au cours des dernières années. C’est une simple question de saine gestion des deniers publics.

vigile.quebec tribune libre 22 juin 2025
Le Soleil (version numérique) 25 juin 2025

Le chef suprême

22 juin 2025

Depuis son entrée officielle à la Maison Blanche en janvier 2025, il ne se passe pas une journée sans que le président américain, Donald Trump, ne fasse les manchettes à travers le monde. Tous les analystes de la scène politique sont aux abois devant les déclarations imprévisibles du « maître du monde », et tentent de décortiquer les intentions du président derrière ses allures de girouette déstabilisatrices, la dernière en liste ayant trait au communiqué conjoint signé par les membres du G-7 sur l’appel à la paix au Moyen-Orient contredit quelques heures plus tard par une demande à l’Iran de capituler sans condition.

Somme toute, le monde vibre à l’humeur de Donald Trump qui agite son yo-yo de haut en bas tout en le faisant dormir à son gré dans un climat d’incertitude défiant toute logique. La presse s’emballe et en perd tous ses points de repère habituels face au maelstrom qui se dégage de ses élucubrations toutes plus farfelues les unes que les autres, ses jongleries incessantes avec les tarifs douaniers imposés à plusieurs pays créant un climat d’incertitude économique dont lui seul possède le contrôle absolu.

Les analystes auront beau alléguer qu’il ne faut jamais prendre Donald Trump à la lettre à l’égard de ses déclarations, il n’en demeure pas moins qu’ils se montrent toujours prudents sur les véritables intentions qui se cachent derrière ses envolées oratoires. En termes clairs, la presse assiste sans coup férir continuellement au jeu du chat et de la souris dans les méandres de l’imprévisibilité.

En bref, le « chef suprême » règne en maître dans un monde transactionnel qu’il a su exploiter dans une autre vie précédente. En conséquence, que ce soit dans les conflits entre la Russie et l’Ukraine ou entre Israël et Gaza ou entre Nétanyaou et l’Iran, le président de la plus grande puissance internationale s’est investi de tous les pouvoirs politiques inhérents à la domination géo-politique mondiale…Une situation explosive qui risque à moyen terme d’engendrer une escalade sans fin au Moyen-Orient sans compter la crise économique qui menace sérieusement les USA.

vigile.quebec tribune libre 19 juin 2025

Nul n’est prophète en son pays!

19 juin 2025

Les témoignages de déception sont nombreux à l’effet que VLB soit tenu à l’écart de funérailles nationales en dépit d’une carrière littéraire phénoménale qui laissera indéniablement sa marque indélébile dans l’inconscient collectif québécois. M. Legault, vous qui vous targuez haut et fort d’être un fervent lecteur de la littérature québécois, comment pouvez-vous balayer sous le tapis un écrivain aussi prolifique que VLB? En revanche, peut-être VLB préfère-t-il ne pas faire partie du même équipage que l’ex-gérant de Céline Dion en la personne de René Angélil!

vigile.quebec tribune libre le 18 juin 2025

Dans l’bon vieux temps!

19 juin 2025

Au cours de ma carrière en éducation de 1971 à 2003, j’ai été appelé à occuper différentes fonctions notamment en enseignement du français au secondaire, à titre de directeur des élèves de troisième secondaire et de directeur d’école, et jamais ma flamme n’a été menacée de s’éteindre. Bien au contraire, elle s’est accrue au fil des années.

Or aujourd’hui, quelque 30 ans plus tard, le monde de l’éducation chambranle de toutes parts, de l’accroissement du nombre d’élèves à besoins particuliers, à la pénurie d’enseignants qualifiés en passant par le désengagement de bon nombre de parents à l’égard de l’éducation de leurs enfants.

Et le jeune dans tout ça? Qu’en est-il du jeune dans une société qui a perdu ses repères? Où sont passées les valeurs, tels le respect, le sens de l’effort et la nécessaire autorité entre l’enseignant et ses élèves? Et pourtant, l’enfant, à sa naissance, n’est pas différent de celui de mon temps. De toute évidence, c’est la société qui l’accueille en ce monde qui a changé. Pensons, entre autres, à l’enfant qui se retrouve seul à la maison à son retour de l’école et qui n’a d’autre choix que de se réfugier sur son cellulaire, au phénomène croissant de la pluriparentalité qui place le jeune devant la multiplication d’adultes qui en assument la responsabilité ou au fléau grandissant de violence sous toutes ses formes auquel est confronté le jeune quotidiennement sur les réseaux sociaux.

Dans ce contexte aussi chaotique, est-il pensable, nonobstant les changements drastiques de la société au cours des dernières décennies, de se réapproprier certaines valeurs sociétales qui se sont perdues au fil du temps? En somme, est-il imaginable que les parents puissent encore aujourd’hui assurer la nécessaire courroie de transmission entre l’école et eux et que les enseignants soient réinvestis dans leur rôle de communicateurs des connaissances auprès de leurs élèves dans un sain climat d’apprentissage?

« Le passé est garant de l’avenir », nous enseigne un vieux proverbe. Peut-être serait-il pertinent d’en tirer profit et d’y puiser les ressources inépuisables du passé. En réalité, je demeure convaincu que « le bon vieux temps » doit se dépouiller de sa connotation négative et se retrouver à nouveau sur la table à dessin des agents de l’éducation pour le plus grand épanouissement de notre jeunesse d’aujourd’hui.

vigile.quebec tribune libre 18 juin 2025

Recentrer l’école sur sa mission première

17 juin 2025

Dans une société civilisée, on ne frappe pas sur une personne blessée. Or dans le train de mesures mises de l’avant par le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, au cours de la dernière année, force est de constater que la plupart de celles-ci partent d’une démarche répressive et foncièrement centralisatrice alors que l’école a un besoin urgent d’être recentrée hic et nunc sur sa mission première, à savoir incarner un temple du savoir ouvrant la porte à la communication des connaissances à des apprenants.

Dans cette foulée, le vouvoiement obligatoire en classe envers le personnel scolaire, l’interdiction du cellulaire à l’école, l’évaluation des enseignants, l’instauration d’un code d’éthique pour le personnel scolaire, la création d’un institut pour orienter les pratiques pédagogiques, la limitation du droit de grève pour les enseignants n’incarnent que quelques mesures qui mènent à une plus grande homogénéisation dans les écoles, forçant le réseau scolaire à marcher au pas, selon plusieurs analystes en éducation.

En revanche, aucune mesure n’est avancée par le ministre pour s’attaquer au déficit d’attractivité relié à la carrière d’enseignant, à la lourdeur de la tâche du personnel enseignant, au nombre croissant d’enseignants non-qualifiés, à la pénurie de main d’oeuvre du personnel spécialisé pour venir en aide aux élèves à besoins particuliers, à la carence des futurs enseignants reliée à leur méconnaissance du français, à la démission de plusieurs parents devant leur rôle essentiel de courroie de transmission entre l’école et eux, etc…

En somme, le ministre Drainville, alors que l’école souffre d’un mal d’amour criant, frappe sur les moyens au détriment des causes, une stratégie qui ne fait que poser un sparadrap sur la plaie béante dans l’espoir utopique de la guérir. Afin de rendre le réseau scolaire « plus performant », le ministre Drainville agit avec une forme d’autoritarisme et de centralisation anti-productifs. Dans ces circonstances, je suis d’avis que les enseignants, en collaboration avec les parents, tracent le pourtour d’une école co-éducative mettant en priorité le sain épanouissement des jeunes qui lui sont confiés dans un climat propice à l’apprentissage des connaissances.

vigile.quebec tribune libre 16 juin 2025