« Toutes mes excuses, Serge! »

18 juillet 2025

D’entrée de jeu, je dois vous faire un aveu : au risque de passer pour un inculte, je connaissais Serge Fiori pour avoir entendu son nom à l’occasion mais pas davantage. Or dans une salle pleine à craquer de chaleureux fans de Serge Fiori, j’ai vite réalisé toute l’admiration que lui vouait son public.

Des témoignages émouvants se sont succédé en boucle sur l’artiste et sur l’homme telle une symphonie admirablement orchestrée. Je découvrais à chaque prestation une parcelle de la personnalité du grand Serge Fiori. Chaleureux, bon vivant, respectueux, honnête, ardent défenseur de la souveraineté du Québec.

Et que dire de ses chansons dans lesquelles les paroles se marient à la musique avec douceur et légèreté tel un ballon qui s’envole vers les cieux. À ce sujet, je ne peux passer sous silence le refrain de sa chanson Un musicien parmi tant d’autres « Où est allé tout ce monde/ Qui avait quelque chose à raconter/ On a mis quelqu'un au monde/ On devrait peut-être l'écouter », entonnée en choeur par les spectateurs en finale du spectacle.

En somme, il aura fallu qu’un hommage national soit rendu à Serge Fiori pour que je découvre un grand personnage de la chanson québécoise, et la panoplie de vedettes qu’il a inspirées tout au long de sa carrière. Toutes mes excuses, Serge! pour n’avoir pas su reconnaître la magnitude de ton talent de ton vivant. Sois assuré que dorénavant je m’accorderai le plaisir d’écouter religieusement les paroles de tes chansons et de me laisser envoûter par la magnificence de ta musique.

vigile.quebec tribune libre 17 juillet 2025


 

L’art de mettre la charrue avant les boeufs

18 juillet 2025

Il y a environ un mois, le gouvernement Legault décrétait des restrictions budgétaires de l’ordre de 510 millions$ aux centres de services scolaires (CSS). Depuis lors, des manifestations regroupant les CSS, les directions d’écoles, le personnel scolaire et les parents ont permis de recueillir plus de 158 000 signatures réclamant l’annulation de ces compressions.

Or aujourd’hui, le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, fait volte-face en annulant les coupes annoncées le mois dernier, et réinjecte 540 millions$ destinés spécifiquement aux services aux élèves. « Le dernier mois nous a permis de consulter les organismes scolaires et d’être à l’écoute du terrain. On a entendu les préoccupations et les besoins » a déclaré le ministre.

Un scénario qui nous amène à nous poser la question suivante : pourquoi diantre le ministre a-t-il attendu la pression populaire pour consulter les « organismes scolaires » au lieu de décréter ses coupures avant ses consultations? En somme, pourquoi a-t-il choisi de mettre la charrue devant les bœufs?

À mon sens, cette façon de procéder de la part du gouvernement était une grossière erreur, et la population lui a fait savoir clairement. De plus, le gouvernement caquiste, traînant de la patte dans les sondages derrière le PQ et le PLQ depuis plusieurs mois, ne peut se permettre de terminer la session parlementaire sur une note aussi négative.

Le gouvernement devra se ressaisir et retrouver la voie de la saine gestion des deniers publics s’il aspire regagner un tant soit peu la confiance de la population dont la grogne a démontré sans équivoque son insatisfaction à l’égard des coupures en éducation, un dossier que François Legault avait pourtant placé en 2018 comme la priorité de ses priorités.

vigile.quebec tribune libre 17 juillet 2025

Le Québec, champion des grèves au pays

16 juillet 2025

En 2023, selon les données de Statistique Canada, 691 grèves ont été comptabilisées au Québec, un sommet historique fracassant le record précédent de 384 établi en 1974. Et en 2024, ce chiffre a grimpé à 759. Près de 9 grèves sur 10, soit 87% de ces conflits de travail, ont eu lieu dans les secteurs publics, notamment l’éducation, la santé et les services sociaux.

Le Réseau de transport de la Capitale (RTC) et la Société des traversiers sortent tout juste de deux grèves qui ont ciblé spécifiquement le Festival d’été de Québec (FEQ), les représentants syndicaux rétorquant que, pour que les moyens de pression soient efficaces, « il faut que ça fasse mal ». En revanche, de son côté, l’Institut économique de Montréal (IEDM) appelle à une intervention gouvernementale stricte, soulignant que 87% des conflits de travail viennent du secteur public. Quant au projet de loi 89, qui vise à protéger les citoyens en obligeant le maintien de certains services lors de grèves ou de lock-out, l’IEDM argue qu’il ne va pas assez loin du fait qu’il exclut les employés de la fonction publique et de la santé.

À mon sens, il est impérieux de s’en remettre à la définition du Code du travail eu égard aux services essentiels qu’il définit « comme ceux dont l'interruption, lors d'une grève, pourrait mettre en danger la santé, la sécurité ou la vie d'une partie de la population ». Dans cette perspective, nonobstant les doléances des festivaliers du FEQ, les grèves des employés d’entretien du RTC et de la Société des traversiers ne mettent pas « en danger la santé, la sécurité ou la vie d'une partie de la population » et, de ce fait, elles ne peuvent entrer dans la catégorie des services essentiels.

En somme, il est un fait indéniable : le droit de grève est constitutionnel et protégé par les chartes québécoise et canadienne des droits et libertés de la personne. Toutefois, il est aussi un autre fait indéniable : les personnes âgées et vulnérables dont le seul moyen de transport pour se rendre à leur rendez-vous médical est le transport en comme doivent pouvoir s’en prémunir sans préjudice en cas de grève.

Enfin en ce qui a trait au moment « opportun » choisi par les Syndicats pour déclencher une grève, il demeure à leur discrétion. Par ailleurs, si les Syndicats cherchent à s’attirer la sympathie de la population eu égard à leurs revendications, ils risquent fort de recevoir une pléiade de contestations notamment lors d’événements aussi populaires que le FEQ.

Le Soleil (version numérique) 15 juillet 2025
vigile.quebec tribune libre 15 juillet 2025

Climat de tension entre le ministre Drainville et les syndicats

15 juillet 2025

La tension a monté d’un cran entre le ministre de l’Éducation, Bernard Drainvile, et les syndicats d’enseignement. À cet effet, en réaction aux coupures de quelque 570 millions $ du ministre en éducation, la Fédération autonome de l’enseignement (FAE) va jusqu’à demander sa démission à titre de ministre de l’Éducation, alors que, du côté de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), on argue que « la confiance en son leadership est sérieusement entachée ».

« L’orientation que j’ai donnée aux centres de services scolaires, c’est de mieux faire travailler cet argent-là, d’être plus efficace, de respecter les budgets, sans toucher les services aux élèves, ou, en tout cas, sans y toucher le plus possible. Je ne dis pas que ce n’est pas un effort ; c’est un effort que je demande, que nous demandons. Oui, il va y avoir des choix difficiles à faire », a déclaré le ministre.

À la CSQ, le président, Éric Gingras, critique le peu d’empressement du ministre Drainville à défendre l’éducation. « On se demande où est la volonté politique de ce gouvernement de faire de l’éducation une priorité. Où est le ministre de l’Éducation pour défendre son réseau ? Il faut arrêter le niaisage et les esquives sémantiques : persister à dire qu’il ne s’agit pas de compressions budgétaires et que l’on demande seulement de respecter les budgets, c’est prendre le personnel pour des valises. »

De toute évidence, le torchon brûle entre les parties. La confiance doit de toute urgence être rétablie pour le plus grand bien d’un climat favorisant le sain épanouissement des élèves du Québec dont l’avenir est sérieusement compromis par une guerre de tranchée foncièrement contre-productive. Et, pour y parvenir, seule la voie du dialogue pourra conduire à des pistes de solutions appropriées.

M. le ministre, nonobstant le contexte économique chaotique dans le lequel baigne votre ministère, la voie unilatérale ne fera que conduire au fiasco. Aussi est-il primordial d’enclencher le dialogue avec les enseignants dans le but ultime de déboucher sur des solutions acceptables pour les deux parties. C’est une simple question d’efficacité dans tout conflit impliquant les relations de travail avec les syndicats.

vigile.quebec tribune libre 14 juillet 2025

L’enseignement, là où se côtoient beauté et complexité

15 juillet 2025

Pour avoir eu le privilège extraordinaire de faire carrière en éducation, avec le recul, je demeure convaincu, quelque vingt ans plus tard, que l’enseignement demeure, à mes yeux, l’un des plus beaux métiers du monde et, en revanche, l’un des plus complexes.

Nonobstant les quelques cours théoriques en didactique auxquels sont soumis les étudiants en sciences de l’éducation, le véritable test se produit au moment où le professeur en herbe est plongé dans ses stages de formation en compagnie d’un maître de stage. Puis vient le grand saut, celui d’être responsable de la formation d’un groupe d’élèves. Quel beau défi que celui de communiquer des connaissances à des apprenants! Par ailleurs, quel défi apportant son lot de complexité face à des jeunes pour qui le sens de l’effort est devenu, sous l’influence des médias sociaux, une valeur à laquelle ils peinent à adhérer!

D’où l’importance essentielle d’établir la communication avec les élèves en créant une porte d’entrée qui donne accès à leur monde avant de plonger tête baissée dans le contenu du cours. À cet effet, le professeur doit être conscient qu’il n’aura pas l’attention de tous ses élèves au son de la cloche, et qu’il doit leur donner le temps de se brancher sur l’objet de son cours d’autant plus qu’aujourd’hui, fourmillent des cas d’élèves souffrant d’un déficit d’attention.

Enfin, il m’apparaît primordial d’éviter le piège de la « camaraderie » avec les élèves et de jeter les balises de la main de fer dans un gant de velours dans le but d’établir l’essentiel lien d’autorité entre le prof et ses élèves à défaut de quoi le climat d’apprentissage se transformera en cauchemar au grand dam du développement des jeunes.

vigile.quebec tribune libre 14 juillet 2025

Geneviève Guilbault ou l’art du faux-fuyant

14 juillet 2025

Décidément, le fiasco SAAQclic n’en finit plus de susciter des rebondissements tous plus retentissants les uns que les autres, le dernier en liste étant le congédiement du PDG de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ), Éric Ducharme, qui avait pourtant été nommé en avril 2023 pour remettre de l’ordre à la SAAQ, à la suite du scénario catastrophique de la plateforme numérique, court-circuitant de la sorte les résultats de la Commission Gallant prévus pour décembre 2025.

Or comment se fait-il que la ministre des Transports, Geneviève Guilbault, ait attendu plus de deux ans avant de limoger Éric Ducharme alors qu’elle assiste depuis le début de son mandat à des soubresauts budgétaires inquiétants ? À cette question, la ministre rétorque une multitude de situations sur la mauvaise gestion d’Éric Ducharme et que le temps est maintenant approprié pour le congédier.

Par ailleurs, en aucun temps, Geneviève Guilbault n’assume quelque imputabilité eu égard à l’engagement d’Éric Ducharme qui, manifestement, n’a pas répondu au mandat qu’elle lui avait confié sur l’hémorragie des coûts engrangés dans le redressement du fiasco SAAQclic. En revanche, la CAQ chutant dramatiquement dans les sondages, il lui fallait un faux-fuyant crédible la dégageant de toute responsabilité, et elle a opté pour le PDG en qui elle avait pourtant mis toute sa confiance comme étant l’homme de la situation.

Geneviève Guilbault excelle dans l’art de se situer au-dessus de la mêlée lorsque le torchon brûle au sein des ministères qu’elle a occupés, et les Transports ne sont pas différents. Pourtant, il faudra bien qu’un jour elle soit confrontée à la réalité liée à ses responsabilités ministérielles. Or ce jour pourrait bien survenir au moment de sa comparution devant la Commission Gallant. C’est à suivre…

vigile.quebec tribune libre 11 juillet 2025

 

 

La cerise sur le sundae

11 juillet 2025

Au Québec, l’expression « la cerise sur le sundae » signifie dans sa connotation ironique « Ce qui vient ultimement s’ajouter à un ensemble d’éléments négatifs, d’événements fâcheux ». Or dans la foulée des restrictions budgétaires de 570 millions de dollars imposées par l’État au réseau scolaire et cela, sans nuire à la qualité des services aux élèves, Québec en rajoute une couche en enjoignant les centres de service scolaires (CSS) de ne pas adopter un budget déficitaire pour l’année scolaire 2025-2026. En somme, le gouvernement Legault oblige les dirigeants des CSS à présenter un budget équilibré dans un contexte de restrictions. En réalité faire autant tout en disposant de moins. C’est ni plus ni moins de baigner dans l’incongruité de la résolution de la quadrature du cercle. Et dire qu’en prenant le pouvoir en 2018, François Legault a clamé sur tous les toits que l’éducation serait placée au centre des priorités de ses priorités. Il faut croire que les temps ont bien changé au profit de mesures électoralistes tels les milliards $ engagés dans la construction d’un pont-tunnel reliant Québec à Lévis. C’est énormément d’argent des contribuables dont une partie aurait pu être investie dans le réseau scolaire au profit de la formation des adultes de demain. Allez, M. Legault, ne sacrifiez pas l’avenir de notre jeunesse, agissez en gestionnaire responsable en plaçant le réseau scolaire là où il doit trôner, tout en haut de vos priorités.

vigile.quebec tribune libre le 26 juin 2025


 

VLB et Fiori, icônes de la culture québécoise

11 juillet 2025

En l’espace de quinze jours nous ont quittés Victor-Lévy Beaulieu (VLB) et Serge Fiori, deux icônes de la culture québécoise. Leur départ laisse dans le deuil tout un peuple qu’ils ont su galvaniser pendant des décennies, l’un par l’effervescence de son lexique, l’autre par la transcendance de sa musique. Encore une fois, le Québec exhibe à la face du monde l’immensité des talents qui en font la fierté.

Le rayonnement de ces deux géants de la culture québécoise aura marqué à l’encre indélébile l’imaginaire collectif des Québécoises et des Québécois. Leur départ laisse un vide énorme sur la scène culturelle. Toutefois, la magnificence de leur chef d’oeuvre outrepassera les séquelles de leur absence tel un rayon de soleil nous enveloppant de sa chaleur bienfaisante. Merci à vous deux, Victor-Lévy Beaulieu et Serge Fiori, pour votre contribution exceptionnelle à l’héritage culturel du Québec. Votre souvenir restera à jamais gravé dans notre mémoire!

vigile.quebec tribune libre 26 juin 2025

Investissement de 5 % du PIB en dépenses militaires

11 juillet 2025

Pour l’année financière 2024-2025, les dépenses du Canada en matière de défense devraient atteindre 1,37 % de son produit intérieur brut (PIB), ce qui représente une somme de 38,3 milliards de dollars pour 2024. Or les prévisions pour les dépenses en matière de défense sont passées à 53,4 milliards de dollars en 2025, le Canada s’étant engagé à consacrer 2 % de son PIB à la défense d’ici 2032 lors du Sommet de l’OTAN de 2024 à Washington. En revanche, lors du dernier Sommet de l’OTAN à La Haye, la grande majorité des pays membres de l’OTAN, hormis l’Espagne, ont entériné la proposition du président américain, Donald Trump, de majorer à 5% du PIB leur contribution à la défense, un engagement qui aurait pour effet de faire grimper le budget de la défense au Canada à quelque 140 milliards $ d’ici 2035.

Dans ces conditions que l’on peut considérer comme financièrement précaires, le gouvernement canadien a-t-il le moyen de ses ambitions? Et, dans cette foulée, ses ambitions sont-elles légitimes? En bref, le jeu en vaut-il la chandelle? Nonobstant la fragilité du climat géo-politique actuel, est-il pertinent d’engranger des dépenses pharaoniques dans l’armement au même moment où des centaines de milliers de Canadiens peinent à se dénicher un toit pour assurer leur survie? Dans les faits, Mark Carney a-t-il emboîté le pas avec les dirigeants européens pour ne pas déplaire à son homologue américain dans un contexte de négociation déjà fragilisé par les tarifs imposés par le Canada aux géants du web?

Dans un tel contexte, force est d’admettre que la marche entre 1,37 % du PIB et 5% représente un écart considérablement élevé, voire irréaliste. Un saut gigantesque qui risque d’hypothéquer toute une génération de Canadiens au profit d’un éventuel conflit dont on ne voit jusqu’à maintenant aucun signal dans un avenir rapproché. Trump a réussi à créer la panique dans le conflit entre Israël et l’Iran en s’autoproclamant le défenseur suprême de la paix, créant ainsi un climat d’instabilité qui s’est propagé comme une traînée de poudre jusque dans les officines du dernier Sommet de l’OTAN.

Or dans ce chaos géo-politique explosif au Moyen-Orient, le Canada se doit d’agir comme un médiateur favorisant la recherche de la paix entre Israël et l’Iran, une approche qu’a privilégiée de tout temps le Canada dans ses efforts de résolution des conflits mondiaux. Enfin en ce qui a trait à sa contribution en dépenses militaires, Mark Carney devrait s’en tenir à 2% du PIB tel que décidé au Sommet de l’OTAN 2024.

vigile.quebec tribune libre 3 juillet 2025

What does Quebec want?

11 juillet 2025

Pendant que le Parti québécois ( PQ) de Paul St-Pierre Plamondon trône en tète des sondages depuis des mois, le taux de popularité de Mark Carney atteint près de 60% au Québec. Plus encore, s’il y avait des élections fédérales aujourd’hui, 44% des Québécois voteraient pour le Parti libéral (PLC) contre 25% pour le Bloc québécois, un parti souverainiste comme le PQ. En somme, les Québécois souffle allègrement le chaud et le froid sans coup férir, ils placent leur siège dans le sens de l’histoire. Comme le disait narquoisement Yvon Deschamps, les Québécois veulent un « Québec libre dans un Canada uni ». Le nationalisme du gouvernement Legault est miné par l’usure du pouvoir, tant pis pour lui, le PQ s’apprête à reprendre les rennes du pouvoir. L’aura de l’ex-banquier, Mark Carney, brille de tous ses feux, le PLC renaît subitement. Dans ce climat pour le moins instable, il n’est donc pas surprenant que les anglophones, à une époque pas si lointaine, se demandaient à juste titre « what does Quebec want », une question qui colle à la peau des Québécois tel un leitmotiv pernicieux dont ils sont incapables de se défaire.

vigile.quebec tribune libre 3 juillet 2025