Les bien-pensants

7 août 2018

Dans la saga entourant les deux créations de Robert Lepage, SLĀV et Kanata, et qui a conduit à leur annulation, l’antagonisme entre les termes « appropriation culturelle » et « liberté d’expression artistique » a certes joué un rôle dominant.

Toutefois, à mes yeux, le facteur lié au conformisme des bien-pensants est loin d’avoir reçu toute la couverture médiatique à laquelle il avait droit. En effet, l’acharnement quasi systémique des « possesseurs tranquilles de la vérité » a réussi à infiltrer sournoisement les médias qui, eux, ont influé directement sur la pensée populaire.

Pour Robert Lepage en particulier et les créateurs en général, cette saga ne fait qu’encarcaner la liberté d’expression artistique [...].
Une situation dramatique, voire suicidaire, qui risque de créer un exode de nos grands créateurs si le gros bon sens ne remet pas les pendules à l’heure !

Le Devoir 8 août 2018
 

Québec libre

7 août 2018

En 2014, Québec solidaire (QS) a obtenu 15,29 % du vote dans Taschereau et 11,60 % dans Jean-Lesage, terminant 4e dans les deux circonscriptions. À l’époque, Catherine Dorion et Sol Zanetti étaient candidats pour Option nationale (ON), qui a fusionné depuis avec QS. Ils avaient obtenu respectivement 4,21 % et 2,5 % du vote.

En 2018, ils entendent bien faire tourner la vapeur à la faveur d’un slogan sans équivoque, à savoir « Québec libre » qui sera diffusé uniquement dans Taschereau et Jean-Lesage. Aux yeux de Sol Zanetti, « clairement, Taschereau et Jean-Lesage, ce sont les premières circonscriptions qu'on va gagner ici à Québec ». Quant à Catherine Dorion, elle mise sur le fait qu’« il y a eu des moments dans l'histoire du Québec où il y a eu des mouvements sociaux extrêmement forts, dit-elle. Les gens étaient dans la rue. Les gens étaient sur leur milieu de travail et ils luttaient [...] Cet esprit de lutte là, on le fait vivre. »

Le moins qu’on puisse dire, c’est que les deux solidaires affichent clairement leurs convictions souverainistes. Toutefois, le hic, c’est que Québec solidaire (QS) est beaucoup plus frileux que leurs deux aspirants à la conquête de leur comté respectif sur la question de l’indépendance du Québec.

À moins d’un revirement inattendu de QS sur sa position « tiède » sur l’indépendance du Québec, je suis d’avis que Sol Zanetti et Catherine Dorion feront cavalier seuls et risquent de subir le même sort qu’en 2014 alors que, pourtant, ils se présentaient pour Option nationale (ON), un parti qui affichait clairement son option souverainiste avec les résultats qu’on connaît…

En bref, Zanetti et Dorion, malgré leur bonne foi, n'arriveront pas à se défaire de l'image sociale-démocrate de QS qui leur collera à la peau telle une marque ineffaçable,

vigile.net tribune libre 6 août 2018 

Crédibilité et sincérité

5 août 2018

Dans son discours de fermeture du Conseil national du Parti québécois (PQ) tenu en mai dernier, le chef du parti Jean-François Lisée, devant quelque 500 délégués réunis à Drummondville, s’est appuyé sur le thème du « changement crédible et sincère ».
Du même souffle, il s’est moqué des « convictions » de François Legault en écorchant au passage son adversaire de Québec solidaire dans la circonscription de Rosemont en clamant que le chef caquiste « est aussi nul à défendre le Canada que Vincent Marissal à défendre l’indépendance »… Va pour les attaques!

Toutefois, quoique les thèmes « crédibilité » et « sincérité » incarnent des valeurs propices à un bon gouvernement et contrastent, à mon avis, avec le PLQ et la CAQ, Jean-François Lisée devra frapper fort sur les clous de ses deux thèmes s’il aspire remonter dans les sondages qui le classent, jusqu’à maintenant, « bon troisième », loin derrière la CAQ et le PLQ.

En termes clairs, tout est dans le « comment » il arrivera à mettre de la chair autour de l’os, comment le chef du PQ réussira à se gagner l’oreille attentive de l’électorat québécois à partir de thèmes qui, avouons-le, véhiculent des notions abstraites qui risquent de passer pour des vœux pieux si elles ne sont pas accompagnées de mesures concrètes qui remettent sur les rails les services publics, notamment la santé et l’éducation, matraqués par les libéraux.

Jean-François Lisée joue son va-tout dans la campagne qui s’annonce. Son défi est colossal. Nul doute que son intelligence est au rendez-vous. Ne reste que la stratégie à prendre son envol!

vigile.net tribune libre 3 août 2018
 

L’affiche à deux têtes

1 août 2018

Nonobstant la grogne suscitée au Parti libéral du Québec (PLQ) et à la Coalition avenir Québec (CAQ) par l’installation d’affiches représentant les moitiés de tête de François Legault et Philippe Couillard, force est de constater que le message que veut lancer une coalition de syndicats est clair : « Libécaquiste, Caquilibéral, du pareil au même, on mérite mieux ».

Les syndicats soutiennent par cette campagne que la CAQ et le PLQ ne sont pas à la hauteur de ce que méritent les électeurs québécois. Ils affirment que le PLQ a fait reculer la qualité de vie des Québécois ces dernières années et que la CAQ promet de faire pire. Dans cette foulée, les syndicats plaident que le bilan des réformes Barrette-Couillard dans le secteur de la santé est désastreux et ajoutent que les libéraux ont accéléré l'effritement du réseau public d'éducation.

Dans la plupart des municipalités où les affiches ont été installées, les maires ne s’y sont pas objecté. De son côté, dans la Capitale nationale, Régis Labeaume est monté aux barricades et a exigé que les affiches soient enlevées, se repliant derrière un règlement municipal stipulant qu’aucune affiche publicitaire ne sera tolérée avant le début officiel de la campagne électorale.

Depuis les sagas suscitées par les retraits des deux créations de Robert Lepage, SLAV et Kanata, sous les pressions des défenseurs de l’appropriation culturelle, souffle un vent qui balaie sous le tapis toute forme de liberté d’expression, laquelle, dans le cas des pancartes à deux têtes, est brimée cavalièrement…À bas l’autoritarisme et le conformisme des bien-pensants!

vigile.net tribune libre 1er août 2018
 

L’aura de Hivon porte ombrage à Lisée

30 juillet 2018

Dans un passé pas très lointain, soit en mai dernier, le Parti québécois (PQ) tenait son dernier conseil national avant les élections québécoises du 1er octobre. À cette occasion, la toute première vice-chef du PQ, la députée de Joliette Véronique Hivon, en a surpris plusieurs en attaquant à bras raccourcis la Coalition avenir Québec (CAQ).

En guise d’exemples, je vous soumets quelques extraits de son allocution devant les quelque 500 membres réunis à Drummondville : « … Après 15 ans de régime libéral, quelle imposture de faire croire que le changement serait de remplacer des gens qui ont coupé massivement dans les services aux citoyens par des gens qui veulent couper encore plus dans les services aux citoyens », avant d’ajouter : «Quelle imposture de prétendre que le changement serait de remplacer un gouvernement fédéraliste par un autre gouvernement fédéraliste, avec un chef qui a changé d’allégeance et qui se trouve des raisons soudaines pour tenter de justifier sa fierté canadienne, qui se réclame du filet social canadien, alors qu’il souhaite affaiblir le plus bel acquis social des dernières années au Québec, les CPE, et qu’il recrute fièrement dans son équipe le grand adepte de la privatisation Youri Chassin ».

J’ai toujours cru, qu’en tant qu’enseignant, ma plus grande fierté était que certains de mes élèves aient atteint un niveau de performance supérieur au mien. Eh bien je crois qu’il en est ainsi dans le cas de Véronique Hivon et Jean-François Lisée. En effet, on doit reconnaître que les propos caustiques de la vice-chef du PQ ont eu l’heur de fouetter les troupes péquistes réunies dans la salle.

Même s’il est utopique d’envisager un changement de chef au PQ à cette période-ci de la pré-campagne électorale, je suis d’avis que les autorités du PQ de même que leur chef se doivent de multiplier les sorties de la députée de Joliette, notamment dans les comtés où les députés péquistes sont menacés de perdre leur siège.

Enfin, je crois que le chef et la vice-chef du PQ doivent faire cavaliers seuls dans leurs sorties publiques pour éviter que Véronique Hivon ne porte trop ombrage à Lisée…

vigile.net tribune libre 30 juillet 2018 

Omerta à la CAQ

29 juillet 2018

D’entrée de jeu, voici un extrait de la directive envoyée récemment par François Legault à l’ensemble des gens de la Coalition Avenir Québec (CAQ) : « …Rappelons que seuls le chef, les députés, les directeurs et les attachés de presse nationaux peuvent être autorisés à annoncer les prises de position officielles de la CAQ. L’utilisation des médias sociaux par le reste du personnel et des détenteurs de fonctions officielles à la CAQ, elle, doit se limiter à relayer ces messages, sans y ajouter de commentaires. Celles et ceux ayant des idées de commentaires et de lignes à véhiculer sur les réseaux sociaux sont invités à transmettre leurs suggestions à un attaché de presse ».

En termes clairs, les « low profiles » du parti sont muselés jusqu’à nouvel ordre, pas question d’intervenir sur les directives venues d’en haut. En bref, les chances de la CAQ de gagner la prochaine élection dépendent de sa capacité à respecter la loi de l’omerta.

Et dire que ce parti est actuellement en tête dans les derniers sondages sur les intentions de vote des Québécois et pourrait même former un gouvernement majoritaire…Une hypothèse pour le moins inquiétante eu égard à une ligne de parti draconienne qui brime outrancièrement toute forme de liberté d’expression!  

En terminant, je ne peux passer sous silence cet autre extrait de la directive du chef de la CAQ qui relaie dans le placard toute tentative d’intervention de la part de quelque membre du parti : «Les employés du parti et de l’aile parlementaire, de même que tous les détenteurs d’une fonction officielle à la CAQ ou auprès d’un(e) candidat(e) aux élections, doivent éviter d’intervenir sur un blogue, sur un site de nouvelles ou sur toute autre plateforme de médias sociaux comme Twitter et Facebook, sur des sujets politiques ou dans le cadre de débats partisans. Cette directive s’applique également au fait de relayer des articles ou des reportages en lien avec la politique (résultats de sondages, nouvelle candidature, erreur d’un adversaire, etc.) avant qu’un officiel de la CAQ l’ait commenté pour la première fois dans les médias ».

vigile.net tribune libre 27 juillet 2018

Il est où le PQ…?

25 juillet 2018

Nonobstant la campagne publicitaire syndicale anti-CAQ et anti-PLQ qui, par ricochet, favorise le PQ, on ne peut pas dire que le parti de Jean-François Lisée fait la une des manchettes par les temps qui courent, à moins que ce ne soit les journées de canicule qui maintiennent le chef dans une léthargie chronique.

En effet, pendant que Mm Couillard et Legault font les coqs dans leur cantine à hot-dogs tout en distribuant des poignées de mains à leurs admirateurs, vêtus de leur complet de politicien par des journées de 30 degrés, aucun signe de vie ne transpire de la bourgade péquiste.

À ce sujet, la dernière sortie de M. Lisée dont j’ai souvenance réfère à la dernière année où les Bleus de l’équipe de soccer de France avaient remporté la victoire tout comme le PQ lors de la même année, ce qui a fait prédire au chef du PQ que le même scénario se répèterait cette année… Avouons que la comparaison n’a rien pour fouetter les ardeurs des souverainistes!

Même si la campagne électorale officielle n’est pas encore amorcée, il m’apparaîtrait opportun, voire essentielle, que Jean-François Lisée et sa troupe rendent visite aux amateurs québécois des terrasses pour tout au moins donner signe de vie et tenter de remonter tant bien que mal la longue pente qui les maintient loin en troisième position lors des derniers sondages… En attendant, on ne peut que se demander il est où le PQ? 

vigile.net tribune libre 25 juillet 2018

 

À la maison, Harper

23 juillet 2018

Depuis quelque temps, l’ex-premier ministre canadien Stephen Harper refait surface dans les médias. Ainsi en est-il, par exemple, de sa rencontre à la Maison-Blanche, en juillet, avec le conseiller économique Larry Kudlow, sans en avoir avisé le bureau du premier ministre.

Récemment, il a affirmé que Justin Trudeau voulait tirer des bénéfices politiques en tenant tête aux Américains dans les négociations sur l’Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Stephen Harper a fait son temps. Qu’il se retire à la maison et laisse les élus faire le leur. Le temps des belles-mères est révolu!

Le Devoir 23 juillet 2018
 

Trump, la déstabilisation comme mécanisme de contrôle

19 juillet 2018

Ce n’est pas la première fois que le président américain, Donald J. Trump, dit une chose et son contraire en l’espace de 24 heures. Cette fois-ci, le supposé lapsus du président tiendrait à une mauvaise utilisation d’une double négation eu égard à l’intervention de la Russie dans les dernières élections présidentielles. En réalité, au lieu de dire « Je ne vois pas pourquoi ce ne serait pas la Russie » (I don't see any reason why it wouldn't be Russia), il avait plutôt dit « Je ne vois pas pourquoi ce serait la Russie » (I don't see any reason why it would be Russia).

Et voilà, le tour est joué! Encore une fois, M. Trump profite d’une situation déstabilisante pour appuyer Poutine la veille et le démolir le lendemain. Ainsi, la controverse perverse lui donne raison devant les agences de renseignement américaines et, de surcroît, devant Vladimir Poutine qui pourra toujours invoquer la supposée fausse déclaration de Trump.

À mon point de vue, Donald Trump utilise sciemment la controverse comme mécanisme de contrôle de la situation en ce sens qu’en agissant de la sorte, il est le seul à connaître les chemins que prendront ses déclarations, l’imprévisible tenant lieu d’effet surprise auprès des médias qui sont pour le moins continuellement devant l’incertitude.

En bref, nous avons l’impression de jouer au jeu du chat incarné par les médias avec la souris Trump qui se moque du chat en entrant dans un trou pour ressortir d’un autre trou, une course folle dont seule la souris connaît le parcours!

vigile.net tribune libre 17 juillet 2018
 

Appropriation culturelle (prise 2)

18 juillet 2018

Décidément, il semble que tout ce que touche Robert Lepage par les temps qui courent a pour effet d’irriter certaines sensibilités eu égard à l’appropriation culturelle dont ils se disent  « victimes ».  En effet, après la controverse suscitée par le spectacle SLAV et qui a contribué à son annulation, ce sont maintenant les autochtones qui s’érigent en défenseurs de l’appropriation culturelle dans la production Kanata de Robert Lepage, présentée à Paris à partir de décembre.

L’argumentaire des autochtones est le même que ceux des Noirs en ce qui a trait à SLAV, à savoir le manque de comédiens autochtones dans Kanata dénoncé, dans une lettre ouverte, par une vingtaine de signataires qui se disent « saturés d’entendre les autres raconter notre histoire », tout en ajoutant que « ce n’est pas dans nos mentalités et dans notre façon de voir le monde. Ce que nous voulons, c’est que nos talents soient reconnus, qu’ils soient célébrés aujourd’hui et dans le futur ».

En réaction à l’annulation de SLAV, Robert Lepage avait dénoncé un « coup porté à la liberté d’expression artistique ». Cette nouvelle attaque contre une autre de ses productions risque, à coup sûr, de recevoir le même argumentaire, à tel point qu’il est à se demander si un créateur a encore la liberté de choisir lui-même les artistes qui feront partie de la distribution de « son spectacle ».

Même si certains membres de Premières Nations ont été consultés par les promoteurs de cette « histoire du Canada à travers le prisme des rapports entre Blancs et Autochtones », il apparaît évident que le « traité de paix » restera lettre morte au nom de la sacrosainte appropriation culturelle contre laquelle je m'objecte haut et fort lorsqu'elle devient le mot de passe qui ouvre toutes grandes les portes d'une mainmise anti-productive sur la liberté d'expression. 

En dernière heure, nous apprenons que Robert Lepage et la femme de théâtre Ariane Mnouchkine ont invité les opposants à la production Kanata à une rencontre de dialogue… C'est à suivre!  

vigile.net tribune libre 16 juillet 2018