Nationalisme restreint de la CAQ

25 octobre 2018

On ne peut qu’applaudir au penchant nationaliste du nouveau premier ministre François Legault, une attitude nettement différente de celle qu’avait adoptée Philippe Couillard, notamment dans ses convictions multiculturalistes solidement arrimées à celles du gouvernement de Justin Trudeau.

C’est bien connu, les Québécois francophones apprécient que le gouvernement en place défende leurs intérêts. Toutefois, François Legault doit s’attendre à rencontrer des écueils sur son chemin et ce, même dans les juridictions qui lui appartiennent. J’en veux pour preuves la position de la CAQ sur les signes religieux que Justin Trudeau s’est permis de vilipender, sans parler des seuils d’immigration que François Legault s’apprête à diminuer.

Quant au « fédéralisme de coopération », criée haut et fort par Justin Trudeau au cours de la dernière campagne électorale fédérale, je suis plutôt perplexe eu égard aux futures demandes de compromis du gouvernement caquiste avec son vis-à-vis qui trône sur la colline parlementaire à Ottawa.

En résumé, le nationalisme restreint dans lequel devra évoluer la CAQ ne lui laissera que peu de marge de manœuvre, confronté à un adversaire centralisateur qui n’hésite pas à s’ingérer dans les juridictions provinciales sous le sacrosaint couvert de la Charte des droits et libertés… Bienvenu à l’école du pouvoir, M. Legault!

vigile.net tribune libre 24 octobre 2018
 

Abolition des commissions scolaires

23 octobre 2018

L’abolition des élections scolaires, la transformation des commissions scolaires en centres de service aux écoles, des pouvoirs accrus aux conseils d’établissement, aux directions d’écoles et aux enseignants et l’amélioration des services directs aux élèves, sont au cœur du plan de la Coalition avenir Québec (CAQ) intitulé Plan de gouvernance scolaire : remettre l’école entre les mains de sa communauté.

Aux yeux du premier ministre François Legault, les personnes les mieux placées pour connaître les besoins des élèves et donc prendre les décisions qui s’imposent, ce sont ceux qui les côtoient au quotidien, soit les enseignants, les directions d’école, le personnel et les parents, et non pas des commissaires élus par moins de 5% de la population.

Quand je porte attention à chacune des composantes du projet de la CAQ, force m’est de constater que l’objectif de proximité du processus de décision entre les divers intervenants des écoles incarne, à mon sens, la pierre angulaire essentielle qui permettra à l’école de répondre adéquatement et rapidement, délivrée de la lourde bureaucratie des commissions scolaires, aux divers besoins des élèves. La saga sur l’abolition ou non des commissions scolaires dure depuis déjà trop d’années… Place à un changement pragmatique!

Le Soleil 24 octobre 2018

 

Gangrène au sein de l’Église

20 octobre 2018

On ne compte plus le nombre de communautés religieuses, notamment au Québec, d’où émergent des allégations d’abus sexuels chez des jeunes qui, plusieurs années après les sévices sexuels auxquels ils ont été confrontés, osent parler ouvertement des séquelles psychologiques qui les hantent encore aujourd’hui.

Et, devant ce fléau ignoble, l’Église, jusqu’à maintenant, par la voix du pape François, s’est contentée d’offrir ses plates excuses aux victimes sans pour autant que des mesures disciplinaires ne soient prises contre les prêtres pédophiles.

Il aura fallu attendre que les victimes elles-mêmes dénoncent leurs agresseurs pour qu’enfin des poursuites judiciaires soient entreprises contre les communautés religieuses visées par toutes ces allégations d’abus sexuels d’une perversité ignoble et cela, bien souvent au vu et au su des supérieurs de ces communautés.

Il faudra bien qu’un jour le plus haut dignitaire de l’Église se compromette et passe des belles paroles aux actes concrets, à savoir des enquêtes internes au sein du clergé, suivies si nécessaire, d’accusations qui pourraient aller jusqu’à l’excommunication.

La gangrène est en train de ronger sérieusement la crédibilité, voire la survie, d’une Église minée par la pédophilie… Il est plus que temps qu’un « grand ménage » soit entrepris par les hautes autorités ecclésiastiques, le pape et les cardinaux en tête!

vigile.net tribune libre 19 octobre 2018
 

Le « cannarisque »

18 octobre 2018

Des files de plusieurs centaines de personnes ont attendu patiemment l’ouverture de la première succursale québécoise de cannabis (SQDC) pendant des heures lors de la journée « historique » du 17 octobre 2018 marquant le début de la légalisation du pot au Canada qui devient ainsi le second pays au monde, après l’Uruguay, à emboîter le pas dans cette voie.

Or, pendant les deux heures de l’émission spéciale de 24/60 à RDI sur la légalisation du cannabis, j’ai très peu entendu de la part des spécialistes invités quelque commentaire sur les « risques » liés à la légalisation du pot.

Et pourtant, il en existe. À titre d’exemples, on peut citer le risque d’attirer de nouveaux consommateurs, le risque de retourner l’avantage vers le marché noir compte tenu des prix élevés dans une succursale de la SQDC, le risque de banalisation de la consommation du cannabis liée à l’ouverture massive des succursales, les risques liés à la santé suite à l’utilisation abusive du cannabis, et enfin, les risques pour les jeunes consommateurs en bas de l’âge légal de 18 ans d’imiter leurs aînés et de consommer sans aucun sentiment de crainte ni d’appréhension eu égard à leur santé.

La journée du 17 octobre 2018 passera certes à l’histoire… Toutefois, je suis d’avis qu’il faudra patienter quelques années avant de connaître ce que l’histoire en retiendra!

vigile.net tribune libre 17 octobre 2018
 

Le cannabis à rabais

18 octobre 2018

Comme la plupart des lecteurs, en ce mercredi 17 octobre 2018, jour 1 de l’application de la loi sur la légalisation du cannabis au Canada, j’étais curieux de lire dans mon quotidien comment la presse nous présenterait cet événement « historique ».

Après quelques lignes de l’article à la une justifiant les objectifs ayant guidé le gouvernement Trudeau dans l‘élaboration de cette loi, je suis tombé sur un paragraphe ayant trait aux coûts que le consommateur devra payer dans une succursale de la Société québécoise du cannabis (SQDC).

Or, on y apprend que certains produits se vendent au double du prix que le consommateur doit payer sur le marché noir… Stupéfaction! Alors que l’un des buts recherchés par la loi sur la légalisation du cannabis est de contrer sa vente sur le marché noir, ne serait-ce pas normal de penser que le consommateur de 18 ans et plus continuera de se procurer son cannabis « à rabais » auprès de son pusher habituel?

À mon avis, seuls les novices et les gens bien nantis se procureront leur cannabis dans une succursale de la SQDC, les premiers par mesure de sécurité, les seconds parce qu’ils en ont les moyens… En ce qui a trait aux habitués moins fortunés, la vie risque de continuer comme avant !

vigile.net tribune libre 17 octobre 2018
 

Paradoxes à l’OIF

17 octobre 2018

Sans grande surprise, la Rwandaise Louise Mushikiwabo a été désignée secrétaire générale de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) devant Michaëlle Jean. Rappelons que, parmi les missions tracées par le Sommet de la francophonie, l’OIF doit, entre autres, promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique ainsi que la paix, la démocratie et les droits de l’homme.

Or, c’est bien connu sur la scène internationale, les droits de l’homme sont bafoués au Rwanda. À titre d’exemple, il est fréquent que les forces policières s’ingèrent dans le fonctionnement de la Ligue rwandaise des droits de l’homme et arrêtent fréquemment des membres de cette organisation lors des manifestations. Par ailleurs, depuis 2010, le Rwanda a délaissé le français au profit de l'anglais comme langue officielle.

Conséquemment, il m’apparaît clairement paradoxal qu’une Rwandaise dont le pays d’origine contrevient nettement à deux missions essentielles de l’OIF occupe le plus haut siège de l’Organisation… En termes clairs, comment voulez-vous que Mme Mushikiwabo puisse bénéficier de quelque crédibilité lorsqu’elle abordera, par exemple, la promotion de la langue française ou la défense des droits de l’homme?

vigile.net tribune libre 16 octobre 2018
 

Taillefer à l’affût…

16 octobre 2018

Avant la cérémonie d’assermentation des députés libéraux à l’Assemblée nationale, l’ex-président de la campagne électorale des libéraux, Alexandre Taillefer, a ouvert une brèche dans la position des libéraux eu égard aux signes religieux en avançant l’idée d’interdire le port de signes religieux chez les personnes ayant des pouvoirs de coercition, comme le préconisait le rapport Bouchard-Taylor alors que la position des libéraux est d’obliger le « visage découvert » dans les interactions entre les citoyens et les représentants de l’État québécois.

Par ailleurs, lors d’une récente rencontre avec les médias, M. Taillefer n’a pas caché que ses réflexions actuelles n’excluent pas la possibilité de se présenter à la chefferie du Parti libéral du Québec au prochain congrès qui sera appelé à désigner un successeur à Philippe Couillard.

À mon point de vue, Alexandre Taillefer, dont l’ambition personnelle n’a jamais été mise en doute, est à l’affût tel un renard qui attend les circonstances propices pour sauter sur sa proie. C’est son droit.

Toutefois, si sa candidature éventuelle n’obtient pas davantage de succès que la campagne électorale des libéraux dont il était le président, je suis d’avis qu’il risque de revenir bredouille de sa « chasse ».

vigile.net tribune libre 15 octobre 2018
Le Devoir 18 octobre 2018
Le Soleil 22 octobre 2018
 

Le choc des idées

12 octobre 2018

Pendant que j’observais le comportement de Mm Trudeau et Legault au moment de prendre place face à face pour la première fois dans un salon lors de la rencontre des délégués de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) à Erevan, en Arménie, je n’ai pu m’empêcher de penser à quel point leurs idées peuvent être différentes, eu égard notamment au multiculturalisme de M. Trudeau et au nationalisme de M. Legault.

Un choc des idées qui annonce, à mon point de vue, de sérieuses frictions lorsqu’il sera temps d’aborder les mesures qu’entend prendre François Legault concernant les seuils d’accueil des immigrants et le port des signes religieux pour le personnel de l’État en position d’autorité.

Tout un train de mesures qui risquent de faire sourciller un tantinet Trudeau fils, lui qui est tombé dans la soupe au multiculturalisme étant jeune, et dont le père s’est battu bec et ongle pour l’émergence du multiculturalisme au Canada et, par ricochet, la défense des droits des minorités.

Un vieil adage dit que « dans le choc des idées jaillit la lumière » Eh bien, j’ai bien peur que, dans le cas de Mm Legault et Trudeau, le « choc des idées », tout au moins sur les deux sujets précités, ne creuse un fossé profond entre les deux premiers ministres… En bref, un début de relation plutôt tendu qui risque de s’ériger entre Ottawa et Québec alors que des élections fédérales se tiennent dans un an et que, d’autre part, François Legault, lui, arrive à l’Assemblée nationale avec un gouvernement majoritaire.

vigile.net tribune 12 octobre 2018
Le Journal de Québec 15 octobre 2018 (version abrégée)

Vaut meuh en rire…

12 octobre 2018

Dans un contexte où le marché laitier canadien s’apprête à s’ouvrir bien malgré lui aux produits laitiers américains suite à la dernière entente contenue dans l’Accord États-Unis Mexique Canada (AEUMC), les producteurs de lait québécois, dans une publicité vidéo qui ne manque pas d’humour, vantent le lait québécois à leur façon.

Ainsi, la publicité nous présente des vaches qui louent le lait québécois et des consommateurs qui répondent aux inquiétudes de leurs concitoyens sur un ton humoristique, l’humour ayant souvent pour effet d’attirer l’attention de l’auditeur davantage qu’une publicité sérieuse… Les humoristes en connaissent quelque chose!

En bout de ligne, je suis d’avis qu’une telle approche humoristique contribuera à engager un dialogue avec les consommateurs, entendre leurs préoccupations via les services sociaux, et ainsi créer la communication essentielle entre les producteurs laitiers et les consommateurs québécois…

Le Journal de Québec 12 octobre 2018
 

50 ans plus tard…

11 octobre 2018

~Du 11 au 14 octobre 1968, 957 délégués représentant toutes les régions du Québec se rassemblent à l'Université Laval et au Petit Colisée de Québec pour fonder un nouveau parti politique.

Élu à la présidence, René Lévesque prononce un discours au terme de ces assises de fondation. Le président commente le choix du nom de Parti québécois, un beau nom, mais chargé d'une « écrasante responsabilité », qu'il faudra porter avec dignité et travailler à mériter…
Un demi-siècle plus tard, le Parti québécois vit une difficile période d’amertume et de grisaille à la suite de sa déconfiture du 1er octobre 2018, faisant élire un piètre 9 députés.

De son côté, le chef intérimaire désigné du parti, le député de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, affirme que « nous ne renoncerons pas au rêve de jeunesse du Parti québécois » tout en ajoutant du même souffle que « nous avons beaucoup de choses à passer en revue mais que l’histoire se poursuit ».

Cinquante ans après sa fondation, le PQ vit la période la plus creuse de son histoire. Certains analystes prévoient même sa disparition à court terme. De plus, de toute évidence, les 18-34 ans n’étaient pas au rendez-vous le jour du scrutin.

Le PQ peut-il redresser l’échine et retrouver son dynamisme? La réponse appartient à ses dirigeants qui se doivent de remobiliser les quelques 80 000 membres du parti en mettant sur pied des consultations populaires auprès d’eux dans le but d’écouter leurs commentaires et de les intégrer, si nécessaire, dans une plate-forme renouvelée.

C’est René Lévesque qui disait que la durée de vie d’un parti devrait s’échelonner sur une période d’une génération, de deux tout au plus…Le PQ en est-il rendu là?

vigile.net tribune libre 10 octobre 2018