Jusqu’où ira la déroute de la CAQ?

13 septembre 2025

Que ce soit le fracas lié au fiasco SAAQclic, la fin catastrophique du projet Northvolt, le départ précipité du député d’Abitibi-Est, Pierre Dufour, pour avoir menacé de quitter le parti si un élu de sa région n'obtenait pas une place au Conseil des ministres, la décision de la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, de quitter la CAQ pour briguer la mairie de Saguenay, la lenteur de Santé Québec à produire des résultats concrets et significatifs, ou le contexte de restrictions des dépenses lié à un déficit astronomique, à un an du scrutin d’octobre 2026, la forteresse de la CAQ se fissure de partout à la veille d’un remaniement ministériel dont les retombées positives s’annoncent tout au moins incertaines.

En fait, il est bien loin le temps où le chef caquiste voguait sur une vague de sympathie durant la pandémie en 2020. Mais depuis lors, que s’est-il donc passé pour que l’image de François Legault n’exerce plus le charisme qu’il dégageait dans son premier mandat auprès des Québécois? Permettez-moi de risquer quelques éléments de réponses à cette question. À mon avis, le premier ministre s’est éloigné petit à petit de ses engagements, notamment en santé et en éducation, pour se concentrer sur les grands dossiers économiques qui sont vite devenus ses priorités, entre autres, sa rivalité quasi viscérale avec l’Ontario en lien avec le PIB, une guerre de clocher qui ne rejoignait d’aucune façon les besoins des Québécois au quotidien.

Pour ajouter à ce scénario électoraliste, la CAQ a dû faire face à trois élections partielles ravies par le PQ de Paul St-Pierre Plamondon, soit Jean-Talon, Terrebonne et Arthabaska, des résultats crève-coeur qui ont contribué à accroître davantage le désaveu des Québécois envers la CAQ, lequel pourrait s’amplifier avec une quatrième élection partielle dans Chicoutimi avec le départ d’Andrée Laforest. S’ajoute à ces performances faméliques, le sempiternel dossier du troisième lien entre Québec et Lévis qui n’en finit plus d’accoucher, et vous avez la recette idéale pour expliquer la déroute de la CAQ.

Comme tout gouvernement à la fin de son deuxième mandat, la CAQ n’échappe pas à l’usure du pouvoir. Dans un tel contexte, je suis d’avis que les carottes sont cuites dans la marmite caquiste, et que le parti de François Legault subira la pire dégelée de sa courte histoire en octobre 2026.

vigile.quebec tribune libre 8 septembre 2025

 

 

En attente du budget Carney

13 septembre 2025

Le Parti libéral dirigé par Mark Carney remporte le scrutin du 28 mai 2025 avec 169 sièges sur un total de 343 députés à la Chambre des communes du Canada. Or depuis plus de quatre mois, le gouvernement libéral minoritaire de Mark Carney navigue sans budget. Et pourtant, le 9 juin, le premier ministre a annoncé des « investissements » de 9,3 milliards de dollars dans les forces armées canadiennes et de nouveaux équipements dans l’objectif d’atteindre la cible de dépenses militaires de l’OTAN de 2% d’ici avril 2026.

Pour équilibrer tous ces investissements avec moins de revenus, Mark Carney entend s'attaquer en priorité aux dépenses du gouvernement fédéral en citant par exemple que le taux de croissance des dépenses du gouvernement fédéral pendant une décennie a été de plus de 7 % par année. « On doit cesser cette manière de gérer les finances publiques », argue Mark Carney. Quant aux journalistes qui évoquent le mot « austérité » pour décrire cette réduction des dépenses de l'État, M. Carney réplique que son gouvernement va investir simultanément dans l'économie canadienne, et que les deux approches sont réalisables.

En revanche, le gouvernement Carney s’apprête à lancer toute une série de grands projets d’infrastructures destinés à diversifier ses activités en lien notamment avec les ports, les autoroutes, les mines et les pipelines, et, pour y arriver, « notre gouvernement est en voie de débloquer 500 milliards de dollars pour investir dans des infrastructures, entre autres énergétiques et portuaires », avance M. Carney.

Or selon une estimation réalisée cet été par l'institut économique CD Howe, le prochain déficit budgétaire fédéral devrait osciller autour de 92 milliards de dollars, soit 30 milliards de plus que les 62 milliards de déficit de l'exercice financier 2023-2024. En évoquant avec certitude qu’austérité et investissement peuvent aller de pair, Mark Carney propose aux Canadiens, en l’absence des montants encourus pour leurs frais de subsistance, ni plus ni moins de s’empiffrer tout en suivant une diète sévère…

vigile.quebec tribune libre 9 septembre 2025

Des prêts pardonnables…impardonnables

13 septembre 2025

D’entrée de jeu, un « prêt pardonnable » est un prêt, avec ou sans intérêt, dont une portion ou la totalité dans certains cas n’a pas à être remboursée si l’entreprise bénéficiaire atteint les objectifs convenus avec le gouvernement. Une fois pardonnée, la totalité ou une portion d’un tel prêt se transforme donc en subvention. Or le programme de « prêts pardonnables » lancé en 2020 par le gouvernement Legault, pour venir en aide aux entreprises, a surtout profité aux entreprises étrangères. En effet, depuis sa création, Québec a versé 1,43 milliard de dollars sous cette formule, dont près des deux tiers, soit 894,6 millions ont été octroyés à des sociétés étrangères ou à leurs filiales locales.

Nonobstant le mutisme autour duquel gravitent les critères d’obtention d’un tel prêt, les données recueillies démontrent que, depuis cinq, le plus grand bénéficiaire de ce programme aura été, et de loin, le chantier maritime Davie Infrastructure, une propriété de la britannique Maritime Industries Limited, qui a profité en 2023 d’un prêt pardonnable de 325 M$ dans le cadre d’une contribution de Québec totalisant 519,2 M$. En revanche, il est impossible de connaître dans quelle proportion, ni sur quelle base, Davie remboursera ou non le «prêt pardonnable» qui lui a été octroyé. D’où la question soulevée à maintes reprises: ne devrait-on pas plutôt parler de «subvention conditionnelle»?

Parmi les autres grands bénéficiaires de ces «prêts pardonnables», on retrouve la société Volta Energy, une propriété coréenne établie au Luxembourg, spécialisée dans la fabrication de feuilles de cuivre pour batteries de véhicules électriques. Ultium Cam à Bécancour, une copropriété de l’américaine General Motors (GM), la sud-coréenne Posco, la française Alstom Transport Pocatière, la pharmaceutique espagnole Grifols et la danoise LM Wind Power.

De toute évidence, «le gouvernement aurait vraiment avantage à être plus transparent avec ses critères d’octroi de ces aides», estime le professeur de l’UQTR, Frédéric Laurin, spécialisé en économie régionale à l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) à défaut de quoi les « prêts pardonnables » risquent d’entraîner des prêts impardonnables subventionnés par les contribuables québécois.

vigile.quebec tribune libre 10 septembre 2025

Remaniement ministériel, survol

13 septembre 2025

Depuis trois mois, le premier ministre François Legault nous annonce un remaniement ministériel, son premier depuis 2021, qui doit insuffler à la CAQ un élan nouveau et ressusciter la confiance de la population envers son parti qui ne récolte aujourd’hui, selon un récent sondage Pallas Data/L'actualité/Qc125, qu’un maigre 11% des intentions de vote, soit le pire score de sa courte histoire.

Le mercredi 10 septembre 14h, le voile se lève enfin sur le résultat final de ce remaniement ministériel qui avait déjà préalablement été considérablement ébruité. François Bonnardel, fier et fidèle soldat de la première cohorte caquiste, est expulsé du cabinet et devient par le fait même l’agneau sacrifié dans l’épineux dossier SAAQclic. De son côté, Geneviève Guilbault est rescapée du chaos et devient ministre des Affaires municipales à la veille d’une campagne électorale municipale qui risque d’aboutir à la réélection du maire de Québec, Bruno Marchand, avec qui la nouvelle ministre a vécu précédemment des situations conflictuelles notamment sur le chaotique dossier du tramway.

Bernard Drainville hérite du ministère de l’Environnement non sans nous rappeler sa sortie remarquée sur sa défense en faveur du troisième lien alors qu'il avait lancé: «Lâchez-moi avec les GES ». De surcroît, il reçoit comme mandat d’épurer les règles administratives ayant trait aux dossiers environnementaux pour libérer plus d’espace aux dossiers économiques. Sonia Lebel passe à l’Éducation où elle retrouvera les mêmes enseignants qu’elle a affrontés lors de la dernière négociation à titre de responsable du Conseil du trésor. En revanche, France-Élaine Duranceau, reconnue pour son franc parler et sa froideur, est nommée au Conseil du Trésor, un poste qui devrait lui seoir parfaitement.

Par ailleurs, le nouveau cabinet sera composé de 29 ministres, soit un de plus que le précédent. Parmi ceux-ci, 13 gardent le même poste, 11 changent de ministère et 5 font leur entrée au Saint des saints, soit 17% du conseil des ministres, une situation qui peut tout au moins laisser perplexe sur le renouveau promis par le premier ministre.

Enfin dans un contexte où le fondateur de la CAQ, selon un récent sondage de la firme Angus Reid, est de loin le premier ministre le plus impopulaire parmi ses homologues provinciaux, le défi est immense, notamment eu égard à la situation lourdement déficitaire des finances de l’État qui doit gérer dans un climat d’austérité. Quoi qu’il en soit, François Legault a l’intention de se battre jusqu’au bout pour sauver son « bébé » en replongeant son caucus dans son ADN de départ, soit la priorité sur l’économie, l’efficacité, la sécurité et l’identité, le plus redoutable adversaire qui se dresse devant lui étant le court laps de temps avant le déclenchement de la prochaine campagne électorale.

vigile.quebec tribune libre le 11 septembre 2025

Les conditions gagnantes

6 septembre 2025

Depuis des décennies, Lucien Bouchard nous rabâche les oreilles avec les mots qui sont devenus son leitmotiv, « les conditions gagnantes », attendre les conditions gagnantes avant de consulter la population du Québec par référendum sur son accession à l’indépendance. Mais dans les faits, quelles sont ces conditions gagnantes? Aux yeux de Lucien Bouchard,

les « conditions gagnantes » font référence à l'absence de conditions favorables pour un éventuel référendum sur la souveraineté du Québec, lequel serait déclenché lorsque le Québec aurait atteint ses objectifs de rétablissement économique, notamment le « déficit zéro », un objectif économique prioritaire de Lucien Bouchard, sa réalisation étant considérée comme une condition gagnante pour l'avenir politique du Québec. 

Dans cette foulée, lors d’une récente entrevue radiophonique, l’ex-premier ministre péquiste a invité Paul St-Pierre Plamondon à revoir son engagement de tenir un référendum dans le premier mandat d’un gouvernement du PQ. « Il n’y a pas beaucoup de partis, de formations politiques québécoises, qui ont été élus avec l’engagement de faire un référendum. Parce que ça devient un enjeu électoral », a soutenu M. Bouchard tout en ajoutant du même souffle le caractère « dramatique » d’une troisième défaite.

Dans les circonstance où le gouvernement du Québec prévoit un déficit de 7,3 milliards de dollars pour l'exercice financier 2024-2025, il devient utopique d’espérer atteindre le déficit zéro dans un avenir rapproché, tout au moins dans un contexte politique où le gouvernement du Québec se retrouve souvent empêtré dans les restrictions imposées par le gouvernement fédéral dans ses propres juridictions.

Enfin par delà les conditions gagnantes qui s’érigent tel un épouvantail référendaire, il m’apparaîtrait pertinent, voire essentiel de se tourner avec confiance et lucidité vers la pensée de Sénèque, philosophe de l'école stoïcienne, dramaturge et homme d'État romain du premier siècle : « Ce n'est pas parce que nous avons peur que nous n’osons pas, c'est parce que nous n'osons pas que nous avons peur ».

vigile.quebec tribune libre 5 septembre 2025

RIP Northvolt

6 septembre 2025

Le torchon brûle dans les hautes sphères du gouvernement Legault. En effet, le jour même où le premier ministre témoignait devant la commission Gallant sur le fiasco SAAQclic, la ministre de l’Économie, Christine Fréchette, mettait fin au projet d’usine de batteries de 7G$ de Northvolt, lequel devait être «le plus grand investissement privé de l’histoire récente du Québec», selon le premier ministre François Legault lors de la signature du contrat avec la firme suédoise.

«Non seulement c’est un gâchis, mais un gâchis évitable», argue Nicolas Gagnon, directeur Québec de la Fédération canadienne des contribuables (FCC). «Cette catastrophe est un énième rappel que l’argent des contribuables ne devrait jamais servir à financer des entreprises, peu importe leur niveau de développement et les projections qu’elles font miroiter», plaide-t-il. Montant de la facture? 510 millions $ de fonds publics, soit 240 millions $ pour l’achat du terrain et un investissement de 270 millions $ dans la maison mère en Suède.

Et pourtant, dès le départ des négociations entre Northvolt et le gouvernement du Québec, la firme suédoise montrait des signes de fragilité financière, la compagnie suédoise faisant face à une grave crise financière la conduisant à déclarer faillite en Suède en mars 2025 en raison de multiples dettes.

François Legault n’a jamais caché sa propension viscérale pour les projets à saveur économique. De ce fait, il a tendance à s’emballer devant les opportunités de rendement suscité par les projets supposément porteurs de richesses financières pour les Québécois et d’emplois bien rémunérés dans l’échelle sociale.

Or à l’aube du déclenchement d’une campagne électorale à l’automne 2026, les tuiles ne cessent de s’accumuler sur le parcours cahoteux du gouvernement Legault. Conséquemment, je suis d’avis que les militants caquistes vont tourner le dos au parti et cela, peu importe le remaniement ministériel annoncé. Car c’est bien connu, on ne fait pas du neuf avec du vieux…

vigile.quebec tribune libre 5 septembre 2025

Commission Gallant, gouvernance de l’État mise à mal

6 septembre 2025

Les témoignages d’Éric Caire, de François Bonardel et de Geneviève Guilbault devant la commission Gallant ont démontré hors de tout doute à quel point la gouvernance de l’État de la part du gouvernement Legault a été sérieusement malmenée eu égard au chaos suscité par la saga du dossier SAAQclic, révélant notamment des manques flagrants de communication entre les fonctionnaires et le cabinet des ministres. Ou l’information aux ministres ne se rendaient pas à leur cabinet ou ils ne jugeaient pas opportun de les révéler au grand jour, arguant, dans la foulée des membres du CA de la SAAQ, qu’il était « normal » qu’un projet d’une telle ampleur subisse des dépassements de coûts en cours de réalisation.

Par ailleurs, la comparution de l’ex-président du Conseil du Trésor de 2018 à 2020, Christian Dubé n’a rien révélé sinon qu’à son arrivée en poste, le projet CASA/SAAQclic ne figurait pas dans le cahier de breffage. Pour sa part, la présidente du Conseil du trésor actuelle, Sonia LeBel, aurait été informée dès 2020 que le projet SAAQclic ne livrerait pas d’économies pour l’État comme prévu en raison d’un report important tout en arguant que les pleins pouvoirs de surveillance relevaient de son collègue responsable du Numérique, Éric Caire, et qu’elle ne connaissait pas les coûts du projet ni les économies attendues. Enfin tout au long de son témoignage, la présidente du Conseil du trésor s’est déresponsabilisée du fiasco, tout en se défendant d’avoir été «passive» en plaidant que son rôle se limitait à une vue d’ensemble et «globale» des programmes.

Le témoignage du premier ministre, François Legault, était bien sûr fort attendu. D’entrée de jeu, le premier ministre s’est dissocié de toute imputabilité en lien avec le chaos SAAQclic n’étant informé des coûts et dépassements de 500 millions qu’au moment du rapport de la vérificatrice générale en février 2025, écorchant au passage le gouvernement Couillard pour son laxisme lors de la signature du contrat en 2017 eu égard à son silence sur les pénalités encourues dans le cas de dépassements de coûts, ce que M. Legault a qualifié de « pas normal ». L’interrogatoire s’est ensuite étendue sur les distinctions à apporter entre le contrat de 458 millions$ et le projet de 682 millions$, ce qui vient contrecarrer à raison une augmentation des coûts de 224 millions. Enfin François Legault a admis que les premiers imputables dans ce dossier étaient les ministres des Transports (sans les nommer), François Bonardel et Geneviève Guilbault, pour ne pas s’être informés suffisamment de la situation financière du projet, et ne pas l’avoir informé de ce fiasco à la SAAQ, une société d’État dont ils sont ou étaient responsables.

Tout au long de cette saga, le commissaire et les procureurs ont tenté d’obtenir ce que les témoins savaient qu’ils n’ont pas révélé et ce qu’ils ignoraient ce qu’on ne leur a pas révélé. Or un dénominateur commun a prédominé au fur et à mesure des témoignages des ministres ayant été appelés à témoigner à la commission, à savoir l’opacité des communications entre les fonctionnaires et les ministres ou clairement une absence de communication entre les différents intervenants sur l’état des dossiers, notamment sur les coûts de dépassements et les reports des échéances. En termes clairs, il ressort des travaux de cette commission jusqu’à maintenant que la gouvernance de l’État dans le dossier SAAQclic a été durement mise à mal. Des solutions de redressement doivent être mises de l’avant dans les meilleurs délais à l’égard des sociétés d’État. Il en va de la crédibilité et de l’imputabilité de ce gouvernement durement entachées par son laxisme, voire sa nonchalance dans le suivi du chaos SAAQclic.

vigile.quebec tribune libre 4 septembre 2025

Enseignement du français ancré dans la culture québécoise

1 septembre 2025

Je ne peux qu’applaudir au nouveau programme de français présenté par le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, au primaire et au secondaire. Ce programme marque un tournant important dans l'enseignement de la langue au Québec en prenant soin de la rendre vivante et attrayante tout en puisant dans la richesse de la culture québécoise. Je salue aussi l’approche préconisée dans le programme, à savoir une approche basée sur la lecture et l’écriture qui sont présentées comme la courroie de transmission de l’apprentissage du français.

Toutefois je mets en garde le ministère contre certains facteurs d’ordre financier qui pourraient mettre à mal la démarche pédagogique, notamment l’achat de livres devenu nécessaire par l’obligation de lire dix volumes par année, et les sommes nécessaires à la réalisation d’activités culturelles dans un contexte de restrictions budgétaires.

En ce qui a trait à l’écriture systématique d’un court texte quotidiennement, nonobstant l’intention louable du ministre, je suis d’avis qu’un tel type d’exercice devrait être suivi obligatoirement d’une rétroaction de la part de l’enseignant à défaut de quoi l’apprentissage de la langue écrite raterait complètement sa cible eu égard aux règles grammaticales et syntaxiques inhérentes à la langue française.

Le nouveau programme recommande aussi de favoriser la communication orale, laquelle est indissociable de la communication écrite. À ce sujet, je verrais d’un bon œil l’extension de cette mesure à toutes les disciplines, la langue française constituant la trame de fond commune dans l’ensemble du curriculum de l’élève
Enfin le cas des élèves à besoins particuliers est absent du contenu du nouveau programme. De ce fait, il m’apparaît opportun de s’interroger sur les effets collatéraux auxquels ils seront soumis, notamment dans un contexte de pénurie de main d’oeuvre au sein du personnel spécialisé, une lacune qui persiste à contribuer grandement à la lourdeur de la tâche des enseignants.

vigile.quebec tribune libre 31 août 2025

Des balises pour encadrer la laïcité

31 août 2025

La séparation de l’Église et de l’État a dû passer de nombreux écueils au Québec avant que pointent les premières lueurs d’une ébauche de laïcité. Aussi aura-t-il fallu attendre le 16 juin 2019 pour que soit adoptée par le Parlement du Québec la Loi 21 dite la «  Loi sur la laïcité de l'État ». Par ailleurs aujourd’hui, cette loi fait l'objet de contestations judiciaires devant la Cour suprême du Canada, les opposants invoquant des atteintes à la Charte canadienne des droits et libertés, le gouvernement, pour sa part, affirmant que la loi assure la neutralité de l'État et l'égalité de tous ses citoyens. 

Or dans la foulée de ce débat, un comité d’experts mené par Christiane Pelchat, ex-présidente du Conseil du statut de la femme et Guillaume Rousseau, professeur à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, formule, dans un rapport, 50 recommandations visant à renforcer la laïcité au Québec en balisant les principes qui régissent la Loi 21. Inspirés par le chaos vécu à l’école Bedford, notamment l’entrisme religieux qui proliférait depuis des années, les coprésidents recommandent entre autres d’étendre l’interdiction des signes religieux au personnel des centres de la petite enfance et des garderies subventionnées, comme c’est déjà le cas pour les enseignants et les employés de l’État en position d’autorité. Dans ce mouvement, les éducatrices et autres membres du personnel devraient également garder le visage découvert en tout temps.

Au cours de leurs travaux, les deux experts ont été informés de plusieurs cas où la religion est venue interférer avec le caractère laïc de la société québécoise. À titre d’exemples, de plus en plus d’enfants jeûnent à l’école durant le ramadan, au cégep, des professeurs doivent enseigner à des étudiantes au visage couvert, des enfants sont retirés des classes lors des cours de sexualité, la pression est forte, dans les cégeps et les universités, pour convertir des locaux en salles de prières, le grand nombre d’absents lors de congés religieux crée de nombreux conflits d’horaire, etc.

La Loi 21 détermine les principes dans lesquels doit évoluer la laïcité québécoise. Le temps est maintenant venu d’y ajouter des balises claires lui permettant de parvenir à ses fins. En somme, les recommandations des deux coprésidents du comité spécial viennent apporter de l’eau au moulin en ciblant concrètement les pans de société touchés par des comportements réfractaires à une laïcité assumée… C’est une simple question de gros bon sens.

vigile.quebec tribune libre 29 août 2025

Devoirs à la maison au primaire, pour ou contre?

29 août 2025

De plus en plus de voix s’élèvent parmi les enseignants du primaire pour abolir les devoirs à la maison. Les motifs évoqués? La fatigue du jeune après une journée soumis à de nouveaux apprentissages durant la journée de classe, l’incompréhension des jeunes eu égard aux exercices proposés et, ce qui n’est pas banal, la méconnaissance des nouvelles terminologies dans certaines matières de la part des parents, notamment en français.

Dans ces conditions, de plus en plus d’enseignants planifient quotidiennement une séance d’exercices d’une trentaine de minutes en classe au début de la journée, lesquels sont immédiatement corrigés par l’enseignant en présence des élèves qui peuvent lui poser des questions sur place le cas échéant. Parallèlement à cette stratégie pédagogique, plusieurs enseignants utilisent les leçons qui permettent de réviser des notions vues en classe tels l’orthographe de certains mots ou les tables de multiplication sans que cet exercice ne mène à un travail écrit.

Par ailleurs, certains enseignants poussent encore plus loin la collaboration des parents en leur faisant parvenir par le biais de leur enfant un plan de cours hebdomadaire des notions abordées en classe durant la semaine à venir. Enfin je verrais d’un bon œil un enseignant donner un devoir le jeudi à remettre le lundi suivant, une solution qui permettrait d’éviter la course quotidienne effrénée reliée aux devoirs et à laquelle sont soumis les jeunes…et leurs parents.

Somme toute, pour quelles raisons des enfants, ayant passé des heures en silence sur un banc d’école, devraient-ils être contraints de prolonger leur temps d’apprentissage à la maison? Et de surcroît, pourquoi demander à des enfants ce dont sont exemptés la plupart des parents?

vigile.quebec tribune libre 27 août 2025