Deux langues officielles, vous dites?

2 juin 2021

Décidément, ce n’est pas pour demain que les communications provenant du fédéral se feront systématiquement dans les deux langues officielles, À titre de preuve, le rapport annuel du Commissaire aux langues officielles constate que pour l’année 2020-2021, le gouvernement fédéral a fracassé à nouveau son record du nombre de plaintes pour non-respect de la Loi sur les langues officielles, soit 1870 plaintes, une hausse significative par rapport à l’année précédente,soit1361 plaintes, et plus de trois fois plus de plaintes qu’en 2011-2012, soit 518.

Soyons clairs, le bilinguisme tel que pratiqué à Ottawa est une utopie, et il apparaît clairement que la situation ne tend pas à s’améliorer. Dans les faits, il semble s’être immiscé au cours des dernières décennies une culture de travail favorisant l’anglais chez les fonctionnaires, ce qui a eu pour conséquence de nuire à la prestation de services essentiels en français, notamment dans les communications d’urgence.

Aux yeux du Commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, « c’est la dualité linguistique de notre pays qui ne peut s’exprimer ou s’épanouir dans la fonction publique, ce qui a indéniablement un effet sur la qualité du service offert au public. La source du problème vient, selon moi, du manque de leadership en langues officielles au sein de nos institutions fédérales ».

La refonte promise de la Loi sur les langues officielles ne s’est toujours pas concrétisée par un projet de loi du gouvernement Trudeau, mais un « document de réforme » a été déposé par la ministre Mélanie Joly. Nonobstant les belles intentions qui se dégageront de cette loi sur la refonte des langues officielles, je demeure sceptique sur les moyens concrets qui seront proposés pour pallier la maltraitance du français au sein de certaines institutions fédérales… Une histoire à suivre!

quebechebdo tribune libre 2 juin 2021
vigile.quebec tribune libre 2 juin 2021
Le Soleil 5 juin 2021

Les enfants martyrs de Kamloops

31 mai 2021

Encore une fois, une nation autochtone est éprouvée par un événement horrible dont les gestes meurtriers dépassent l’entendement humain : la découverte macabre de 215 dépouilles d’enfants enterrés, dont certains avaient à peine trois ans. sur le site d’un ancien pensionnat autochtone.dans la communauté de Kamloops en Colombie-Britannique.

L’ancien pensionnat de Kamloops, dont la gestion avait été confiée à l’Église catholique au nom du gouvernement canadien, était autrefois l’un des plus imposants pensionnats parmi les 139 établissements du genre mis en place dans le pays à la fin du XIXe siècle. Il avait ouvert ses portes en 1890 et avait accueilli jusqu’à 500 élèves dans les années 1950, lesquels ont été coupés de leur famille, de leur langue et de leur culture, plusieurs d’entre eux ayant été soumis à de mauvais traitements ou à des abus sexuels.

À cet effet, la Commission de vérité et réconciliation du Canada a recensé au moins 51 enfants morts au pensionnat autochtone de Kamloops entre les années 1914 et 1963. Dans son rapport final, publié en 2015, la commission écrit que d’après des responsables en poste en 1918, les enfants du pensionnat n’étaient pas adéquatement nourris, ce qui entraînait leur malnutrition.

Mais d’où provient cette malédiction qui plane au-dessus des nations autochtones au Canada? Pourquoi sont-elles considérées et traitées comme des peuples de « second ordre »? Comment se fait-il qu’il soit répandu que rien de ce qui est autochtone n’a de valeur pour quiconque?

La découverte des enfants martyrs de Kamloops nous replace devant la macabre réalité d’une nation dont les droits reconnus par l’ONU ont constamment été bafoués… même le droit à la vie. Un bien triste constat!

vigile.quebec tribune libre 31 mai 2021
Le Soleil (version internet) 1er juin 2021
Le Devoir 2 juin 2021

Je suis une langue fière

30 mai 2021

À l’occasion du dépôt du projet de loi 96 modifiant la loi101, j’ai cru pertinent de vous proposer la lecture d’un petit poème que j’ai composé sur notre langue par un soir d’hiver…

Certains me disent belle

Mais je ne suis pas de celles

Qui se nourrissent de miel

Ou d’une pincée de sel

J’ai traversé les mers

Pour m’établir ici

Dans ce vaste pays

De froids et longs hivers

J’y ai vite pris racine

Je me suis senti chez moi

J’ai lacé mes bottines

Et suis parti au bois

M’attendait au retour

Une langue étrangère

Empiétant sans détour

Sur les droits de mes terres

Je ne suis pas guerrière

Mais je ne suis pas de celles

Qui se nourrissent de miel

Je suis une langue fière

J’ai traversé les mers

Pour m’établir ici

Au pourtour des rivières

Où m’accueille ce pays

Je suis ici chez moi

Je suis revenu du bois

Je remets mes bottines

Et reprends mes racines

vigile.net tribune libre 29 mai 2021

Catherine Raîche, les deux mains sur le ballon

30 mai 2021

Une Montréalaise de 32 ans, Catherine Raîche, atteint les plus hauts sommets de l’organisation d’une équipe de football américain, les Eagles de Philadelphie, en étant nommée vice-présidente aux opérations football de l’équipe.

Dans un communiqué de presse, la direction des Eagles a annoncé que Mme Raîche «sera impliquée dans tous les aspects des opérations football et du personnel des joueurs, soit le recrutement professionnel et collégial, la gestion des contrats, le développement des joueurs et du personnel et la recherche football.»

La diplômée en droit de l’Université de Sherbrooke et titulaire d’une maîtrise en fiscalité travaille dans le monde du football depuis 2015. C’est Jim Popp, alors DG des Alouettes, qui l’avait engagée comme stagiaire non rémunérée. Elle a ensuite occupé le poste de coordonnatrice de l’administration football chez les Alouettes, avant d’être nommée en janvier 2017 adjointe au directeur général.

En obtenant un poste aussi prestigieux, Catherine Raîche fait un pas de plus vers son rêve de devenir directrice générale d’une équipe de la NFL, rêve dont elle ne s’est jamais cachée. En entrevue en décembre 2020, elle s’exprimait ainsi: «Si on attend toujours de voir quelqu’un qui nous ressemble faire quelque chose, c’est peut-être pour ça que ça fait 30 ans qu’il n’y en a pas, de femme DG, dans la ligue.»

Le Soleil (version internet) 29 mai 2021
vigile.quebec tribune libre le 31 mai 2021

Une erreur de « sémantique »

28 mai 2021

La saga des tests sur la qualité de l’air dans les écoles a atteint un nouveau sommet. En effet, le ministère de l’Éducation a tenté d’influencer le ministère de la Santé pour qu’il laisse croire que la santé publique avait validé les tests de qualité de l’air à l’école, alors que c’était faux.

Une série d’échanges de courriels entre le ministère de l’Éducation et celui de la Santé révèlent que le ministère de l’Éducation a demandé une modification à une réponse que s’apprêtait à faire la Santé à Radio-Canada. Il voulait que soit ajouté que le processus de tests semble conforme. Un rappel à l’ordre du ministère de la Santé a été immédiatement signifié au responsable des relations de presse du ministère de l’Éducation, lui-même en communication permanente avec le cabinet du ministre Roberge.

Or, trois semaines plus tard, le cabinet du ministre réaffirme dans les médias que la santé publique a donné son aval au processus de tests de qualité de l’air. Et qui plus est, en plein Salon bleu de l’Assemblée nationale, c’est le ministre Roberge lui-même qui déclare que les protocoles ont été faits en partenariat et sur recommandation de la santé publique et validée par la santé publique.

Selon la version officielle du ministère de l’Éducation, les commentaires de la Santé publique sur le protocole ont été interprétés comme une « validation » Le mot validé» a donc été utilisé par l'ensemble du ministère. Par ailleurs, aux yeux du ministre Jean-François Roberge, il a plaidé l’erreur de « sémantique» et admis qu’il aurait pu être plus précis… Une défense pour le moins insidieuse!

vigile.net tribune libre 27 mai 2021

Le grand virage des forces policières

27 mai 2021

Vingt ans se sont déjà écoulés depuis la parution du dernier rapport sur les forces policières au Québec. Dans ce contexte, il m’apparaît tout à fait pertinent qu’un virage majeur ressorte des 138 recommandations du Comité consultatif sur la réalité policière créé à la demande de la ministre de la Sécurité publique, Geneviève Guilbault.

Comme le souligne les membres du comité, la réalité de la société au chapitre de la criminalité a beaucoup changé, notamment au chapitre de la cybercriminalité et des crimes économiques, un volet actuellement où les intervenants manquent souvent de l’expertise nécessaire pour mener à bien leurs enquêtes. Quant à la proposition d’annexer l’UPAC à cette unité pour faire profiter les autorités de l'expertise de ce groupe en matière de lutte contre la corruption, l’UPAC aura, à mon avis, un travail de cosmétique à réaliser pour restaurer sa crédibilité échaudée dans les scandales de corruption au sein des partis politiques lors de la commission Charbonneau.

Dans un autre chapitre, l'une des principales propositions du rapport consiste à faire passer de 31 à 13 le nombre de corps policiers au Québec, les auteurs arguant que la disparité en ce qui a trait aux services rendus par les différents services de police inquiète plusieurs parties prenantes À cet effet, je suis plutôt d’avis que l’uniformité recherchée peut être atteinte tout en maintenant le même nombre de corps policiers, favorisant de la sorte la spécificité des différentes régions du Québec.

Le Soleil (version internet) 26 mai 2021
vigile.qquebec tribune libre 27 mai 2021

Éducatrices en CPE: des augmentations salariales s’imposent

19 mai 2021


Actuellement en CPE, le salaire d’une éducatrice à l’enfance qualifiée détentrice d’un DEC débute à 18,98 $ de l’heure et plafonne à 25,15 $ après dix ans de service. Par ailleurs, une préposée en CHSLD détentrice d’un DEP gagne 26 $ de l’heure pour répondre aux besoins de base des personnes âgées, et une éducatrice spécialisée détentrice d’un DEC gagne 23,12 $ de l’heure dans un CIUSSS pour des tâches similaires aux éducatrices dans un CPE.


Le rôle des services de garde éducatifs à l’enfance est essentiel pour des milliers de parents désireux de répondre adéquatement aux besoins du travail-famille. À l’heure actuelle, les salaires demeurent un obstacle majeur pour recruter et retenir la main-d’œuvre qui accueille et prend soin de ce que les parents québécois ont de plus précieux, leurs enfants.


Avec l’avancée des connaissances sur le développement de l’enfant ainsi que sur l’importance d’agir tôt pour assurer son plein épanouissement, l’éducatrice à l’enfance d’aujourd’hui doit soutenir et guider le développement des enfants en les accompagnant selon leurs besoins, leur niveau de développement et cela pour favoriser leur développement global, soit physique, cognitif, affectif et langagier.


En ne reconnaissant pas leurs compétences à leur juste valeur, le gouvernement Legault échappe à son rôle de « bon père de famille »r auprès des cellules familiales québécoises. Mais qu’est-ce qu’on attend pour reconnaître enfin le rôle primordial des éducatrices en CPE et leur verser un salaire digne de leur contribution exceptionnelle, voire essentielle à la qualité de vie de milliers de familles québécoises?

vigile.net tribune libre 19 mai 2021

Projet de loi 96: le PQ propose l’artillerie lourde

19 mai 2021


Dans son projet de réforme de la loi 101, le Parti québécois (PQ) propose des mesures qui vont plus loin que la Coalition avenir Québec (CAQ), notamment au chapitre de l’application de la loi 101 dans les cégeps, à savoir qu’il interdira aux francophones et aux allophones de fréquenter un cégep de langue anglaise au Québec. 


Au chapitre de l’immigration, le PQ abaisserait le nombre d’immigrants accueillis annuellement sans toutefois en préciser le nombre , en plus d’’exiger une connaissance préalable du français. Parmi les autres mesures, le PQ propose de créer un bureau de promotion du contenu québécois, qui aurait comme mandat de promouvoir les productions québécoises auprès des géants du web, comme Netflix. 


De plus, les étudiants des cégeps anglophones, y compris ceux qui ont fait leur parcours scolaire en anglais, devront réussir un test de français écrit pour obtenir leur diplôme collégial, une mesure qui vise à s’assurer que les étudiants anglophones seront capables de travailler en français au Québec.


À mes yeux, l’application de la loi 101 au secteur collégial m’apparaît comme un incontournable si le Québec désire véritablement s’attaquer au déclin du français. La proposition de contingentement du nombre d’élèves francophones dans les cégeps anglophones de la CAQ ne fait que privilégier les élèves les plus doués tout en stigmatisant le français comme une langue de second ordre. 


En bref, l’anglicisation galopante du Québec, notamment de la région de Montréal, a besoin d’un électrochoc que seule l’artillerie lourde arrivera à freiner.

vigile.net tribune libre 19 mai 2021

Un pas dans la bonne direction

16 mai 2021

Il était attendu depuis longtemps… Le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette, a finalement déposé son projet de loi 96 qui vise à faire du français « la seule langue officielle et langue commune au Québec ». Un projet de loi volumineux qui vient colmater partiellement les brèches qui avaient été ouvertes petit à petit depuis l’adoption de la loi 101 de Camille Laurin le 26 août 1977.  

La question maintenant demeure entière : le train de mesures proposées dans le projet de loi 96 arrivera-t-il à freiner le déclin du français, notamment dans la région de Montréal? À titre d’exemple, le fait d’avoir substitué l’application de la loi 101 dans les cégeps par un plafonnement à 17,5 % des places totales dans le réseau collégial.ne risque-t-il pas de stigmatiser le français comme une langue de second ordre compte tenu que ce sont les francophones qui ont les meilleures notes qui pourront s’inscrire dans un cégep anglophone?

Par ailleurs, certaines mesures, telles le fait que les entreprises de charte fédérale comme les banques soient soumises à la loi 101, que les villes qui ont un statut bilingue perdent ce privilège si moins de 50 % de leur population n'est pas anglophone et que la francisation des immigrants relève désormais d'un guichet unique représentent, à mes yeux, un pas dans la bonne direction. En revanche, j’aurais souhaité que l'affichage commercial extérieur soit totalement unilingue français plutôt que d’afficher une « nette prédominance » du français.

Enfin, je ne peux que me réjouir de la création d'un ministère de la Langue française qui devrait, en principe, assurer une meilleure gouvernance dans la protection du français et l'application des politiques linguistiques; même satisfaction pour la création d’un poste de commissaire à la langue française pour traiter les plaintes et rendre compte de la situation linguistique au Québec.

vigile.quebec tribune libre 15 mai 2021

Martine est de retour

15 mai 2021

Le moins que l’on puisse dire c’est que Martine Ouellet ne manque ni de résilience ni d’engouement pour la scène politique. L’ex-ministre des Ressources naturelles dans le gouvernement de Pauline Marois et ex-cheffe du Bloc québécois, Martine Ouellet, s’attaque à la tâche ardue de créer un nouveau parti politique qi portera le nom de Climat Québec « Le climat doit devenir le prisme à travers lequel tous les autres enjeux sont évalués », lance Mme Ouellet. «Face à l’urgence climatique, je ne pouvais pas rester les bras croisés».

L’Ingénieure de formation, ayant longtemps occupé un poste de cadre chez Hydro-Québec, se donne le défi de placer les changements climatiques au cœur de ses priorités avec, comme toile de fond, l’indépendance du Québec, la voie qui permettra de disposer de tous les pouvoirs pour créer l’impulsion nécessaire à livrer le combat contre les énergies fossiles et le réchauffement climatique.

En ce qui a trait au fait que la création d’un nouveau parti risque de diviser le vote entre les partis progressistes et environnementalistes, Martine Ouellet rétorque qu’« aux dernières élections, il y a 30 à 35% de la population qui n’est pas allée voter [parce qu’elle] ne se reconnaissait pas dans l’offre politique qui était là»,

En guise de rappel, Martine Ouellet a quitté le Bloc québécois en 2018 après avoir perdu un vote de confiance. Avant cette présence au fédéral, elle a été députée de Vachon, sous la bannière du Parti québécois, devenue indépendante à l’Assemblée nationale. Elle s’est lancée dans la course à la direction du parti à deux reprises, en 2014 et en 2016 sans succès.

Or Martine Ouellet affirme que son retour en politique relève avant tout d’une démarche personnelle. J’ose espérer que cette réflexion l’aura conduite aux motifs de tension qu’elle créait avec ses confrères si elle aspire à rallier de futurs candidats.

quebechebdo tribune libre 15 mai 2021 
vigile.quebec tribune libre 17 mai 2021