Où est passée la société distincte?

31 octobre 2011

Avec les dernières initiatives prônées par le gouvernement Harper, les Québécois sont en train de se faire passer quelques sapins et ce, bien avant la période des Fêtes!

Pensons, entre autres, aux nominations unilingues anglais d’un juge à la Cour suprême et du vérificateur général, à l’imposition d’une approche punitive en matière pénale alors que le Québec se fait le champion de la réhabilitation, à la destruction des dossiers d’enregistrement des armes à feu au moment le Québec s’apprête à mettre sur pied son propre registre et, la cerise sur le gâteau, à la présentation en chambre du projet de Loi sur la représentation équitable qui confère au Québec un « cadeau » de trois sièges supplémentaires!

En réalité, le gouvernement majoritaire de Stephen Harper est en train de passer au tordeur la notion de société distincte dont il s’était porté le porte-étendard en campagne électorale pour le ressortir en vieille guenille écrasée sous le rouleau compresseur d’un Québec comme les autres!

Espérons, tout au moins, que les citrouilles orange représentées par nos élus fédéraux québécois neodémocrates auront le jus nécessaire pour s’objecter à de telles méprisantes manigances des conservateurs envers le Québec!

quebechebdo 31 octobre 2011

Coupable de transparence

30 octobre 2011

Le chef de l’Unité anticollusion (UAC), Jacques Duchesneau, vient d’être congédié par le directeur de l’Unité permanente anticorruption (UPAC), Robert Lafrenière, son supérieur immédiat, qui allègue que M. Duchesneau a mis en doute ses qualifications personnelles et la structure de l’UPAC et ce, après que l’ex-directeur de la police de la Ville de Montréal ait déposé un rapport accablant sur la collusion et la corruption dans l’octroi des contrats entre le ministère des Transports, l’industrie de la construction, certaines firmes de génie-conseil et le milieu interlope.

Pourtant, même si Jacques Duchesneau a déjà affirmé sur plusieurs tribunes qu’à quelques reprises il avait vécu des tentatives de le déloger de l’UAC et, qu’à chaque fois, il avait reçu l’appui du premier ministre, ce dernier a déclaré, suite au congédiement de Duchesneau, qu’il ne commentera pas cette décision de l’UPAC qu’il qualifie d’indépendante et que le gouvernement n’interviendra pas dans sa gestion interne.

On se souviendra qu’entre temps, Jean Charest, devant les pressions qui venaient de toutes parts suite aux révélations troublantes du rapport Duchesneau, a mis sur pied une commission d’enquête qui, faut-il le rappeler, est toujours à l’abri de la Loi sur les commissions d’enquête. En réalité, notre conducteur a toujours les deux mains sur le volant et consentira à le laisser temporairement à France Charbonneau pour autant qu’il demeure le chauffeur désigné !

Revenons maintenant au cas Duchesneau…et posons-nous ces quelques questions : « D’où vient la décision de Robert Lafrenière ? De son bureau ou de celui de Jean Charest ? Assistons-nous vraiment à un verdict de culpabilité pour manque de loyauté de la part de Jacques Duchesneau envers son supérieur, tel qu’allégué par le directeur de l’UPAC ? M. Duchesneau est-il la énième victime qui aura passé dans le tordeur des magouilles de Charest ? Au moment où l’UPAC dit avoir de sérieux problèmes de recrutement, comment se fait-il qu’elle peut se permettre de congédier quelqu’un de la trempe de Jacques Duchesneau, sous prétexte qu’il ait émis certaines réserves sur les qualifications de l’UPAC dans un dossier aussi complexe ?

À mon sens, Charest tient Lafrenière dans sa petite poche, ce qu’il ne pouvait pas faire avec Jacques Duchesneau. En conséquence, le coupable a été condamné officiellement pour manque de loyauté envers son supérieur alors que la version officieuse camoufle sa condamnation derrière des motifs de transparence, soit dans un champ de compétence inconnu du premier ministre!

vigile.net tribune libre 30 octobre 2011
quebechebdo 31 octobre 2011



Le leurre des suppléments pour sportifs

30 octobre 2011

Une croyance populaire circule chez les sportifs à l’effet que l’utilisation de suppléments de protéines, communément appelés la « sauce » chez les jeunes, peut contribuer à augmenter la masse musculaire au détriment d’une saine alimentation.

Toutefois, selon Benoît Lamarche, spécialiste en nutrition sportive à l’Institut des nutraceutiques et des aliments fonctionnels, plusieurs études démontrent qu’après avoir consommé 20 g de protéines après un entraînement, le gain sur la masse musculaire est stoppé. En d’autres termes, sur 90 g de suppléments de protéines, 70 g sont complètement inutiles alors qu’un petit steak contient davantage de protéines utiles.

Et, pour ajouter aux bémols à mettre sur de telles pratiques, plusieurs études tendent à démontrer que ces produits ne sont toujours pas sécuritaires, alléguant même que certaines usines fabriquant ces suppléments pourraient y glisser des stéroïdes, ce qui fait dire à Christiane Ayotte, spécialiste en contrôle du dopage à l’Institut national de recherche scientifique (INRS), que l’utilisation de ces suppléments peut encourager des « conduites dopantes » qui pourraient inciter les jeunes athlètes à consommer des substances interdites, telles les stéroïdes.

En conclusion, les pendules devront être mises à l’heure auprès des parents et des jeunes athlètes pour les sensibiliser au leurre qui se cache derrière l’utilisation des suppléments de protéines.

quebechebdo 30 octobre 2011

Faisons aussi confiance aux Québécois!

29 octobre 2011

À lire certains commentaires sur l’influence dont pourraient jouir certains magnats de la finance sur les médias, j’éprouve beaucoup de difficulté à admettre que l’ensemble de l’électorat québécois puisse faire preuve d’une telle naïveté et qu’il se laisse manipuler allègrement, à outrance et inconsciemment par ces requins de la haute finance.

D’autre part, je m’interroge aussi sur le fait que certains sondages puissent être qualifiés de supercheries puisque commandés par ces mêmes requins alors que d’autres provenant de sources censément plus objectives reçoivent la sanction royale.

Est-il possible d’admettre que, peu importe la question posée par les sondeurs, leur provenance et l’échantillonnage visé, toutes les personnes soumises au sondage ne soient pas influencées par quelque maléfice provenant d’une source roublarde ?

Quoique d’accord avec la prudence suggérée par les tenants de telles thèses, il m’apparaît que la panique dont ils font preuve démontre d’une démesure dont il faudrait se méfier, particulièrement quand il s’agit de l’influence que peuvent exercer ces empires financiers sur les intentions de vote des Québécois quant à leur avenir politique.

Je préfère d’emblée me fier au « gros bon sens » des Québécois plutôt que de succomber à une forme de paternalisme douillet qui risque de nous cantonner dans le carcan du petit peuple né pour un petit pain.

Quant aux empires financiers, il y aura toujours des personnes avisées pour nous mettre en garde contre eux et il est bien qu’il en soit ainsi…En attendant, faisons aussi confiance aux Québécois qui, depuis des siècles, ont su se retrousser les manches et faire face à leur destin malgré ces requins de la finance qui, de toute façon, sont là pour rester, envers et contre tous !

vigile.net tribune libre 29 octobre 2011
quebechebdo 29 octobre 2011



Sortir du cauchemar et retrouver le rêve

29 octobre 2011

Quand je jette un regard rétrospectif sur les chemins tortueux qu’a emprunté le mouvement indépendantiste québécois depuis sa création au milieu des années ’60, j’en arrive parfois à me demander si mon rêve n’est pas en train de se transformer en cauchemar.

Pire encore, lorsque je jette un regard lucide sur les origines de ce mouvement, si l’on fait exception du RIN de Bourgault qui s’affirmait résolument indépendantiste, je dois convenir que l’idée de la souveraineté-association de Lévesque, qui est devenue le leitmotiv du PQ, ne contenait nullement le souffle nécessaire pour nous conduire à notre statut de pays.

Considérant froidement ces faits historiques, sommes-nous en train de nous bercer dans l’illusion entretenue par l’utopie d’une indépendance qui n’existe que dans nos rêves ? Même les résultats serrés du référendum de ’95 démontrent-ils réellement que les Québécois ont failli se donner une nation, compte tenu que la question posée ne donnait pas le mandat clair de procéder unilatéralement à notre indépendance ?

« Acceptez-vous que le Québec devienne souverain, après avoir offert formellement au Canada un nouveau partenariat économique et politique, dans le cadre du projet de loi sur l’avenir du Québec et de l’entente du 12 juin ? »

La réponse à une question aussi alambiquée constitue-t-elle un critère solide pour affirmer que nous sommes devenus « bien près » d’accéder à notre indépendance ? Répondre oui à cette question correspond, à mon sens, à prendre ses rêves pour des réalités !

Selon moi, l’insatisfaction véhiculée actuellement par un bon nombre d’indépendantistes ne fait que révéler un réveil brutal causé par le cauchemar vicieux d’une souveraineté illusoire. En d’autres termes, les dissidents aux tergiversations incessantes des dirigeants du PQ se sont réveillés en transes et ont décidé de transformer leur cauchemar en rêve !

Et, pour réaliser leur rêve, les véritables indépendantistes lancent, de partout, des sonneries d’alarme ! Ils n’ont plus le goût de s’égarer dans les sentiers cauchemardesques de l’illusion ! Il n’en tient qu’à eux, maintenant, de rallier, dans une coalition nationale citoyenne, tous ceux qui veulent participer à leur rêve ! Il n’en tient qu’à nous, sympathisants et militants de la première heure, d’embarquer avec eux !

vigile.net tribune libre 29 octobre 2011

Un géant de la chanson québécoise

28 octobre 2011

À sa première apparition en quarante ans de carrière à la Maison de la chanson du théâtre Petit Champlain, située dans le Vieux-Québec, Richard Séguin, à travers ses histoires de vie, a su conquérir son public, le 26 octobre, dans son spectacle intitulé « De colères et d’espoir ».

À entendre ce géant de la chanson québécoise, ce poète patriote pousser à pleins poumons ses paroles qui viennent nous chercher jusque dans nos tripes, Séguin nous donne l’impression qu’il tient le cœur de sa patrie entre ses mains.

À preuve, cette « Lettre au PM », extraite de son dernier album « Appalaches », qui lance un cri du cœur contre les horreurs de la guerre contre lesquelles le citoyen demeure impuissant parce que « même en démocratie, vous n’voulez d’mon avis », crie le poète au PM.

« Je suis père de famille
Demain ma grande fille
Partira pour la guerre
Tristesse humanitaire

C’est une idéaliste
Et même une pacifiste
Dans son cœur tout se noue
Ses idées sont si floues

Vous dites qu’on est en guerre
Mais jamais sur cette terre
Même en démocratie
Vous n’voulez d’mon avis

Je n’aime pas les fusils
Les morts et les prières
Les tombes que l’on suit
En chantant la patrie

Nous ne sommes pas sur terre
Pour sauter sur des mines
Ces engins de l’enfer
Que fabriquent vos usines

Quand reviendra ma fille
Debout ou en civière
Faudra-t-il qu’on maquille
Nos peurs et nos colères

Je sais qu’il faut se taire
Stratégies de vos guerres
Mais le poids de ma peine
Il brûle dans mes veines

Je sais qu’il faut défendre
L’idée de liberté
Mais vous me faites entendre
Si peu de vérités

Vous jouez sur les mots
Et nous comptons les morts
Vous jouez sur les mots
L’illusion de l’espoir

Je suis père de famille
Demain ma grande fille
Partira pour la guerre
Tristesse humanitaire

C’est une idéaliste
Et même une pacifiste
Dans son cœur tout se noue
Ses idées sont si floues »

Comme Séguin l’a exprimé fort à propos en début de concert, « il ne faut pas confondre nostalgie et histoire » même si plusieurs de ses chansons nous touchent en plein cœur… Au sortir de la salle, nous sommes convaincus que Richard Séguin a choisi sans contredit de nous léguer l’histoire de notre nation en chanson, une nation qui sait « qu’il faut défendre l’idée de liberté » mais qui se retrouve sans cesse confrontée à des politiciens roublards qui font « entendre si peu de vérités ».

vigile.net tribune libre 28 octobre 2011
quebechebdo 28 octobre 2011

Le PQ…un parti moribond

27 octobre 2011

La machine à rumeurs de putsch à l’égard de Pauline Marois et de course à la chefferie du PQ est repartie. À mon sens, la chef du parti québécois y a contribué fortement en maintenant son plan de gouvernance souverainiste rétrograde et avilissant.

Toutefois, force nous est d’admettre que le PQ souffre depuis longtemps d’une aigreur, d’une amertume irritable liée à ses déceptions et ses échecs et vit une rancœur viscérale qui a atteint ses racines profondes, particulièrement depuis l’échec du référendum de 1995.

En plus d’être profondément aigri, le PQ n’a pas su adapter son discours à la nouvelle génération, il s’est laissé allé dans les méandres de la tergiversation et n’a pas su soigner ni entretenir son option fondamentale, à savoir la souveraineté du Québec. Le PQ s’est laissé contaminer par le pouvoir et, petit à petit, il s’est éloigné de sa base, de ses militants.

De porte-étendard de l’élan nationaliste qu’il avait su insuffler sur le Québec à sa création, le PQ est devenu un repaire de carriéristes pour qui la souveraineté de la nation québécoise passe loin derrière leurs intérêts personnels.

Les militants et les sympathisants du PQ, tels des immigrants dans leur propre pays, se cherchent des repères pour se reconnecter avec leurs origines, avec leurs racines qui s’assèchent dans un sol aride, faute de sève souverainiste pour les abreuver.

Face à cet état moribond, le PQ n’a guère d’autre choix que de procéder à une cure de rajeunissement…il doit absolument effectuer un retour aux sources en se ralliant aux forces indépendantistes émergentes au Québec et constituer un pôle d’attraction majeur qui saura mobiliser ceux et celles qui n’attendent que ce souffle de vie pour redonner à ce parti sa véritable raison d’être.

Toutefois, et c’est là mon opinion personnelle partagée par plusieurs, je crois que, pour arriver à réussir cette mobilisation, le PQ devra se donner un nouveau chef, doué d’un charisme rassembleur, imbu de la mission de remettre l’option souverainiste sur ses rails et de la promouvoir en priorité, peu importe les voix discordantes étapistes et à saveur de conditions gagnantes qui pourraient s’élever dans le parti.

À ces conditions, je me rallierai derrière ce parti…mais seulement à ces conditions !

vigile.net tribune libre 27 octobre 2011
cyberpresse.ca 27 octobre 2011 "Vos réactions à la crise au sein du Parti québécois"
quebechebdo 29 octobre 2011



Plus de personnes en prison et plus d’armes en circulation

27 octobre 2011

En agissant main dans la main avec le lobby des armes à feu et en voulant abolir le registre des armes à feu pour satisfaire sa base électorale d’extrême droite, le gouvernement conservateur balaie le fait que ce registre, très utile aux policiers, permet non seulement de mieux planifier les interventions des forces de l’ordre, mais aussi de prévenir des drames familiaux en facilitant la saisie des armes de personnes violentes.

Les conservateurs s’entêtent et déballent une cassette argumentaire qui ne convainc personne. Selon eux, l’enregistrement des armes est un processus coûteux, long et compliqué. Or, la procédure d’enregistrement est d’une grande simplicité :

-remplir le questionnaire qui demande de décrire l’arme selon les critères qui y sont déterminés;
-indiquer où les armes seront entreposées;
-faire valider la description par un vérificateur.

Cette démarche ne comporte aucun frais et le formulaire est très simple, mais surtout, l’enregistrement de l’arme est valide tant et aussi longtemps que le propriétaire conserve l’arme, sans besoin de renouvellement.

Contrairement à ce que prétend le gouvernement Harper, le registre permet de mieux contrôler les armes meurtrières, et ce, à des coûts raisonnables et sans constituer un obstacle aux activités légitimes des chasseurs et tireurs de compétition.

Au lieu d’abolir le registre, le gouvernement fédéral devrait plutôt le maintenir et, de ce fait, assurer la protection des citoyennes et des citoyens, notamment en matière d’entreposage et de marquage des armes à feu.

Plus de personnes en prison et plus d’armes en circulation, telle semble être la devise des conservateurs !

quebechebdo 27 octobre 2011
cyberpresse.ca 27 octobre 2011 "Vos réactions face à l'abolition du registre des armes à feu et à la destruction des données"

Rétablir le lien de confiance

26 octobre 2011

Le projet de loi 33, visant à éliminer le placement syndical dans l’industrie de la construction, soulève la colère de la FTQ et du Conseil provincial des métiers de la construction qui font valoir des problèmes de lien de confiance pour rejeter le projet de loi.

À mon avis, cet argument ne tient pas la route si l’on considère les coutumes arbitraires et discriminatoires érigées en système depuis des décennies dans l’embauche des travailleurs de la construction. En réalité, c’est justement parce que la confiance entre les employeurs et les employés est rabrouée qu’il faut mettre un terme à ce statu quo malsain.

Que l’on laisse à des matamores la latitude d’intimider des travailleurs sur les chantiers de construction en 2011 n’a plus sa place. Un ménage s’impose et, en ce sens, j’appuie la démarche de la ministre du Travail qui a décidé de remettre les pendules à l’heure.

En confiant le système de référence des travailleurs à la Commission de la construction du Québec (CCQ), les syndicats retrouveront le rôle premier qu’ils sont appelés à jouer, soit la défense des intérêts de leurs travailleurs, et contribueront de la sorte à rétablir le lien de confiance avec leurs syndiqués!

quebechebdo 26 octobre 2011
cyberpresse.ca 27 octobre 2011 "Vos réactions à la crise dans la construction"

 

Quelle bouffonnerie!

26 octobre 2011

Les Prix Woodrow-Wilson reconnaissent des chefs de file des secteurs de la politique, des affaires, des sciences, des arts, et autres secteurs, qui ont travaillé sans relâche pour améliorer la qualité de vie de ceux et celles qui les entourent, à l’image du président américain Woodrow Wilson. Depuis qu’ils ont été créés, il y a plus d’une dizaine d’années, les Prix ont été remis à des personnalités, dans de grandes villes d’Amérique du Nord et d’ailleurs dans le monde. Cette année, c’est avec enthousiasme que les membres du conseil d’administration du Wilson Center ont proposé d’accorder le prix pour service public à Jean Charest.

Le prix pour service public est remis à des personnes qui se sont distinguées dans l’exercice de leurs fonctions, dans la vie publique, et qui ont maintenu un engagement sincère à l’égard d’opinions éclairées et d’idées bien mûries. Les récipiendaires de ce prix partagent la conviction indubitable du Président Woodrow Wilson envers le débat public, l’art professoral et la diffusion du savoir, dans leur propre pays et ailleurs dans le monde. Plutôt que de sacrifier leurs politiques et leurs idées à l’opportunisme politique ou professionnel, ces dirigeants ont à cœur d’étudier le contexte historique et de mesurer les répercussions à long terme d’importantes questions de politique publique. Ils encouragent les échanges d’idées francs et ouverts, lesquels constituent la pierre d’assise d’une démocratie vivace.

En lisant ces critères d’attribution en relation avec la remise d’un tel prix à Jean Charest , le documentaire de Pierre Falardeau, intitulé « Le temps des bouffons », présenté en 1985, m’est immédiatement revenu en mémoire.

Nous nous retrouvons au Queen Elizabeth pour le banquet annuel du Beaver Club. À la table d’honneur, avec leur fausse barbe et leur chapeau en carton, les lieutenants gouverneurs des dix provinces, des hommes d’affaires, des juges, des rois nègres à peau blanche qui parlent bilingue.

Pendant que la voix du récitant, celle de Falardeau lui-même, assène des paroles acerbes sur la réalité de tous les points chauds du globe d’hier, d’aujourd’hui, de demain, sur la mort des illusions et la montée du veau d’or, la caméra fixe des visages anodins qui ne disent rien, sinon la satisfaction d’être bien lavés, bien pomponnés, bien blanchis.

Alors que les personnages sont prisonniers d’eux-mêmes, s’enfermant dans leurs évidences et leurs célébrations sans joie, Pierre Falardeau continue de les filmer. Il ne guette pas le regard allumé par l’alcool, le ventre qui s’étale, les joues rebondies ou la défaite du maquillage. Il continue simplement de prendre les visages dans leur banalité.

Et la voix de Falardeau de se faire entendre :

« Sont réunis ici ce soir, dans cette illustre enceinte, des personnalités dont le seul nom évoque assurément la grandeur et l’honorabilité puisque, en fait, à cette table ils sont tous honorables. En titre… Mais rassurez-vous, ce soir, exceptionnellement, ils redeviennent tous humains et les règles du protocole sont dès maintenant abolies…

Des bourgeois pleins de marde d’aujourd’hui déguisés en bourgeois pleins de marde d’ autrefois célèbrent le bon vieux temps. Le bon vieux temps, c’est la Conquête anglaise de 1760 ; par la force des armes, les marchands anglais s’emparent du commerce de la fourrure. Chaque année, les grands boss se réunissent pour fêter leur fortune. Ils mangent, ils boivent, ils chantent…

C’est ça, le Beaver Club au début. Deux cents ans plus tard, leurs descendants, devenus tout à fait respectables, font revivre cette fête par excellence de l’exploitation coloniale…Toute la gang des Canadiens français de service est là, costumée en rois nègres biculturels. Des anciens politiciens devenus hommes d’affaires. Des anciens hommes d’affaires devenus politiciens. Des futurs politiciens encore hommes d’affaires.

Toute la rapace est là : des boss pis des femmes de boss, des barons de la finance, des rois de la pizza congelée, des mafiosos de l’immobilier. Toute la gang des bienfaiteurs de l’humanité. Des charognes à qui on élève des monuments, des profiteurs qui passent pour des philanthropes, des pauvres types amis du régime déguisés en sénateurs séniles, des journalistes rampants habillés en éditorialistes serviles, des avocats véreux, costumés en juges à 100 000$ par année. Toute la gang est là : un beau ramassis d’insignifiants chromés, médaillés, cravatés, vulgaires et grossiers avec leurs costumes chics et leurs bijoux de luxe. Ils puent le parfum cher. Sont riches pis sont beaux, affreusement beaux avec leurs dents affreusement blanches pis leur peau affreusement rose. Et ils fêtent…

C’est toute l’histoire du Québec en raccourci. Toute la réalité du Québec en résumé : claire, nette pour une fois, comme grossie à la loupe. Ce soir, les maîtres fêtent le bon vieux temps. Ils fêtent l’âge d’or et le paradis perdu. Ils crient haut et fort, sans gêne, leur droit au profit, leur droit à l’exploitation, leur droit à la sueur des autres. Ils boivent à leurs succès. Ils chantent que tout va bien, que rien ne doit changer, que c’est pour toujours… toujours aux mêmes, toujours les mêmes…

Quelle boufonnerie ! »

vigil.net tribune libre 26 octobre 2011