Pierre Nadeau, le reporter international

4 septembre 2019

Les témoignages élogieux fusent de toutes les sphères de la société québécoise, en particulier de ses ex-confrères et consoeurs, depuis l’annonce du décès du journaliste Pierre Nadeau.

Parmi ces témoignages, plusieurs font ressortir l’héritage qu’aura légué Pierre Nadeau au monde journalistique. En ce qui me concerne, la qualité de ses reportages internationaux aura été la plus grande contribution de Pierre Nadeau. Parmi ces faits d’armes, soulignons son reportage où il obtient une entrevue avec deux felquistes dans un camp d'entraînement palestinien quelques mois seulement avant la crise d’Octobre au Québec.

De 1973 à 1975, il anime le très populaire magazine Le 60, qui traite de questions internationales et qui l’amène à couvrir, entre autres, la guerre du Vietnam, la guerre du Liban, les jours précédant la chute du président chilien Salvador Allende, la crise à Chypre, la guerre israélo-arabe, les massacres au Burundi et la réalité des Palestiniens en Cisjordanie. Ses deux entrevues avec « Bébé Doc », le président haïtien Jean-Claude Duvalier, ont aussi grandement marqué sa carrière.

En entrevue avec Bernard Derome, il raconte à quel point les images de la famine de 1973 en Éthiopie l'ont ébranlé. «Il y a un plan que je n'oublierai jamais. [...] Il durait peut-être deux minutes. [...] À droite et à gauche, c’était des gens, des femmes et des enfants, qui étaient vraiment en train de mourir de faim. [...] Le regard de ces gens-là était comme une interrogation qui s'adressait directement à la caméra.»

Dans les années ’70, l’information internationale, le parent pauvre de l’information, était pratiquement absente du petit écran au Québec. Pierre Nadeau lui a donné vie, voire ses lettres de noblesse… Pour ce tour de force remarquable qui a ouvert les portes de l’international aux Québécois, merci à vous M. Nadeau!

quebechebdo 4 septembre 2019
Le Devoir 5 septembre 2019


 

Il est minuit moins cinq, M. Legault

1 septembre 2019

Les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple et Microsoft) accaparent chaque jour une portion toujours plus grande des revenus publicitaires autrefois réservés aux médias, et ce, sans verser un sou à aucun producteur de contenu, dont certains, comme les six quotidiens du Groupe Capitales Médias, sont acculés à la faillite.

Or, malgré les appels pressants des divers intervenants à la commission sur l’avenir des médias d’information eu égard à la création d’une taxe pour les géants du Web, le premier ministre du Québec François Legault demeure stoïque, écartant la possibilité de taxer les géants du Web à court terme, affirmant vouloir attendre de voir comment le gouvernement fédéral se comportera dans ce dossier.

Toutefois, Justin Trudeau s’est déjà prononcé en déclarant qu’il préfère attendre le rapport de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévu pour 2020. En termes clairs, François Legault attend la réponse du gouvernement fédéral et Justin Trudeau attend le rapport de l’OCDE…

Et, pendant ce temps-là, le torchon brule chez le Groupe Capitales Médias. Pour employer l’expression percutante de la mairesse de Saguenay Josée Néron : « Mettez vos culottes et agissez! ». Le gouvernement du Québec a toute la latitude voulue pour taxer dès maintenant les voraces géants du Web qui s’en donnent actuellement à cœur joie avec la bénédiction des deux paliers de gouvernements.

quebechebdo 1 septembre 2019

Avortement, l’épine au pied des conservateurs

29 août 2019

N’eût-été de la sortie d’une déclaration d’Andrew Scheer datant de quelques années dans laquelle il se montrait clairement du côté des pro-vie eu égard à l’avortement, les conservateurs n’en seraient pas aujourd’hui à se contorsionner pour se défaire de cette épine au pied. Qu’à cela ne tienne, l’opposition n’allait pas manquer une si belle occasion d’utiliser ce « cadeau du ciel » à des fins partisanes.

À cet effet, lors d’un débat télévisé sur le plateau de l’émission 24/60 sur le réseau RDI le 27 août, le lieutenant politique d’Andrew Scheer pour le Québec, Alain Reyes, n’a jamais répondu à la question d’Anne-Marie Dussault concernant la possibilité qu’un député conservateur d'arrière-ban puisse décider de présenter un projet de loi ou une motion qui touche le droit à l'avortement.

Par ailleurs, en mai dernier, une motion du Bloc québécois stipulant que le corps de la femme n'appartient qu'à elle seule et reconnaît son libre choix en matière d'avortement pour quelque raison que ce soit avait été applaudie par les députés des autres partis qui s'étaient tous levés…à l'exception des conservateurs.

Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’avortement risque de faire l’objet d’une « patate chaude » entre les mains des candidats conservateurs au cours de la campagne électorale, considérant les convictions pro-vie affichées d’Andrew Scheer et la participation confirmée de certains de ses députés à des manifestations antérieures contre l’avortement. À suivre…

quebechebdo 29 août 2019

Appui de PKP au Bloc

27 août 2019

Lors d’un rassemblement de précampagne tenu à Montréal, le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet s’est dit confiant de faire élire un «plancher» de 20 candidats au scrutin du 21 octobre.

Or, outre la présence de l’ex-chef du Bloc Gilles Duceppe, le patron de Québecor et ex-chef du Parti québécois Pierre Karl Péladeau en a profité pour tirer à boulets rouges sur la vente prochaine de Transat à Air Canada, deux jours après que les actionnaires eurent donné leur feu vert. M. Péladeau dit avoir accepté l’invitation du chef du Bloc pour prononcer un discours cette fois-ci, mais ne ferme pas la porte à s’impliquer pour le parti lors de la campagne électorale.

À cet effet, je suis d’avis qu’Yves-François Blanchet devra garder l’œil ouvert eu égard aux apparitions de PKP, un personnage «hors norme» qui a parfois tendance à déborder dans une forme de sensationnalisme qui peut écorcher maladroitement quelque personnage politique, et créer ainsi un malaise dans la stratégie du parti qu’il défend… Pour tout dire, bienvenue, M. Péladeau, mais pesez vos paroles s’il vous plaît!


Le Soleil le 28 août 2019

Gaffe aux GAFAM

27 août 2019

La commission parlementaire de la culture et de l'éducation qui se penche sur l'avenir des médias mis à rude épreuve par la baisse constante des revenus publicitaires accaparés par les géants du web a amorcé ses travaux le lundi 26 août.

Par ailleurs, le Centre d’étude sur les médias a calculé qu’entre 2012 et 2017, les médias ont vu leurs revenus publicitaires diminuer de 29 %, alors qu’ils ont été multipliés par 2,2 sur les plateformes numériques des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft) qui accaparaient, en 2017, 40 % du marché publicitaire.

Or, ces mêmes géants du web n’ont pas été invités par le gouvernement à participer aux travaux de la commission. Et pourtant, ces plateformes numériques sont exemptées des taxes fédérale et provinciale, une situation scandaleuse qui prive le manque à gagner des médias locaux de revenus que le versement des taxes imposées aux GAFAM pourraient compenser tout au moins partiellement.

Dans toute cette histoire, je demeure perplexe quant aux motifs qui justifient l’absence des GAFAM aux travaux de cette commission, et tout aussi perplexe sur l’absence de taxation de la part des deux paliers de gouvernements. Il semble régner un régime de terreur entre les géants du web et les gouvernements qui se plient devant une pratique inacceptable, voire éhontée, au détriment de la défense de nos médias régionaux… L’heure est venue de mettre les GAFAM au pas, c’est une question de justice sociale envers l’ensemble des médias!

vigile.net tribune libre 26 août 2019
quebechebdo 28 août 2019

Feux de forêt en Amazonie

27 août 2019

J’ai suivi avec beaucoup d’intérêt les divers reportages présentés dans les médias eu égard aux centaines de feux forêt qui font rage depuis plusieurs jours dans la forêt amazonienne.

D’abord sous le choc devant l’ampleur de ces incendies, j’ai rapidement changé mon fusil d’épaule lorsque j’ai appris la véritable origine de ces feux de forêt qui sont provoqués sciemment par les agriculteurs dans le but d’agrandir la superficie de leurs terres agricoles cultivées en grande partie pour la production du soja, et pour faciliter l’accès à des terres de pâturage pour leurs vaches et leurs bœufs.

La suite est encore tout aussi surprenante. En effet, les dirigeants du G7 ont laissé tomber une pluie de millions $ inutilement pour éteindre ces feux, quoique conscients qu’ils allaient être rallumés dans les jours qui suivent avec la bénédiction du président brésilien Jair Bolsonaro qui a été élu en grande partie grâce à l’appui de ces mêmes agriculteurs.

En termes clairs, les membres du G7 ont opté pour la façade alléguant « sauver » la forêt amazonienne aux yeux du monde au détriment d’une action commune visant à freiner ces comportements incendiaires de la part des agriculteurs… Quelle farce monumentale!

vigile.net tribune libre 26 août 2019
quebechebdo 27 août 2019
Le Devoir 28 août 2019 "Feux en  Amazonie: une offre de façade"

L’univers de Laurence Vincent Lapointe s’est écroulé

25 août 2019

Titulaire de 13 titres mondiaux, la canoéiste québécoise de 27 ans, Laurence Vincent Lapointe, est suspendue après avoir échoué à un contrôle antidopage. « Mon univers s’est écroulé… Je ne peux tout simplement pas y croire. C’est un cauchemar. Pour moi, c’est comme si tout ce que j’ai mis comme efforts, ça vient juste de tomber en poussières. »

Après avoir entendu son témoignage lors d’une conférence de presse tenue à Montréal, il m’apparaît évident que l’athlète de Trois-Rivières n’a jamais consommé une substance interdite intentionnellement. «Je ne comprends pas comment j’aurais pu décider de tout risquer à un an des Jeux olympiques de Tokyo, tout risquer même dans ma vie, parce que c’est non seulement une carrière d’athlète, mais aussi une vie qui est brisée ».

À partir de maintenant, son sort est entre les mains de son avocat qui s’est dit confiant de prouver l’innocence de sa cliente. C’est à souhaiter vivement pour le plus grand bonheur de Laurence qui a investi toutes ces années de dur labeur pour atteindre la plus haute marche du podium en 2020 au Japon.

quebechebdo 25 août 2019

Santé mentale chez les jeunes

19 août 2019

Entre 2008 et 2018, le nombre de mineurs qui ont consulté pour tentative de suicide ou idées suicidaires a connu une hausse inquiétante, voire dramatique, de 358%. Au CUSM par exemple, la majorité des patients rencontrés sont des adolescents, mais aussi parfois des enfants de moins de 10 ans. Enjeux relationnels, intimidation, maladies psychiatriques: les causes sont multifactorielles.

Alors que les campagnes de sensibilisation ont fait grand bruit dans les dernières années pour encourager les gens, notamment les jeunes, à consulter pour des problèmes de santé mentale, les services ne sont pas au rendez-vous, « C’est un grand paradoxe. Dans les dernières années, on a fait des campagnes incroyables en disant : “Allez consulter!” En revanche, dans le système, on a fait des coupes importantes », dénonce Réal Labelle, psychologue à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Par ailleurs, des études récentes ont démontré que l’influence des médias sociaux et du temps passé devant les écrans peut mener à des idées noires. « On voit un nombre important de jeunes qui ont des taux d’utilisation des écrans et des réseaux sociaux qui dépassent les six à huit heures par jour », constate le Dr Sébastien Collette, psychiatre et chef intérimaire du service d’urgence d »e l’Hôpital Rivière-des-Prairies, à Montréal.

La santé mentale chez les jeunes m’inquiète au plus haut point. Il est plus que temps de changer la tendance qui stigmatise la santé mentale comme le parent pauvre du système de santé, et que les ressources suivent les besoins… Beaucoup trop de jeunes ont le mal de l’âme, à la société de leur redonner espoir en la vie avant qu’il ne soit trop tard!

quebechebdo 19 août 2019 

 

Des corps qui sont là pour exister

18 août 2019

Depuis le début de sa carrière en tant qu’auteur-compositrice-interprète, Safia Nolin ne laisse personne indifférent, autant par sa façon de se vêtir que par sa chevelure en broussaille. Dans mon esprit, il m’apparaît clair que l’artiste désire être acceptée telle qu’elle est, sans jugement ni tabou.

Or, au sujet de son dernier vidéoclip, Lesbian Break-up Song, Safia Nolin lance candidement cette réflexion : « Eh oui, je suis toute nue dans mon clip. On voit mes seins, mes fesses, mon pubis, mon poil. On voit les seins, les fesses, le pubis et le poil d’autres femmes. On voit des corps humains. Ce ne sont pas des corps qui sont là pour être jugés, ou pour être désirables. Ce sont des corps qui sont là pour exister, c’est tout ».

Des « corps qui sont là pour exister », et non pour être « jugés ou pour être désirables ». Tel est le message de Safia Nolin. Exposer la nudité d’un corps « hors norme » sans autre intention que de promouvoir la diversité corporelle dans toute sa candeur, voire dans toute sa beauté, et de faire tomber les tabous.

Enfin, je retiens le commentaire de la photographe Julie Artacho : « C’est comme un “Fuck You” à la société hétéronormative, dans laquelle une femme doit être belle, mais pas trop, montrer son corps mais pas trop de peau non plus. On peut-tu exister sans devoir plaire et être désirable? »

quebechebdo 18 août 2019

 

Un rapport accablant mais…

18 août 2019

Avec le dépôt du rapport du Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique Mario Dion, le spectre de l’affaire SNC-Lavalin est revenu hanter le premier ministre Justin Trudeau. Le commissaire est catégorique : « M. Trudeau s'est prévalu de sa position d'autorité sur Mme Wilson-Raybould pour tenter d'influencer sa décision concernant l'infirmation de la décision de la directrice des poursuites pénales, laquelle avait conclu qu'elle n'inviterait pas SNC-Lavalin à entamer des négociations en vue de conclure un accord de réparation », peut-on lire dans le rapport.

De son côté, Justin Trudeau, devant la presse, a dit accepter le rapport du commissaire et prendre la « pleine responsabilité » de ses erreurs, mais a affirmé être en « désaccord » avec certaines conclusions sans toutefois apporter de précisions sur les dites conclusions. À sa défense, le premier ministre a fait valoir qu’il avait voulu « défendre l’intérêt public », notamment la survie de SNC-Lavalin, les milliers d’emplois mis en danger, les retraités et les actionnaires du fleuron québécois.

Toutefois, là où le bât blesse avec acuité, c’est que le rapport de M. Dion fait état du fait que le premier ministre a enfreint la loi sur les conflits d’intérêts. Or, aucune personne, quelle que soit sa fonction, ni aucune cause, quelque louable qu’elle soit, ne peuvent se situer au-dessus de la loi., le Canada étant un État de droit, un leitmotiv si souvent clamé par Justin Trudeau depuis qu’il occupe le poste de premier ministre.

Enfin, une question se pose : quelles seront les conséquences reliées à la divulgation de ces accusations envers Justin Trudeau sur l’électorat québécois? À mes yeux, les clans sont relativement campés. Conséquemment, je ne crois pas que ce rapport « accablant » puisse jouer un rôle déterminant sur les résultats du vote le 21 octobre…

vigile.net tribune libre 17 août 2019