Pourquoi pas une Commission spéciale sur l’éducation?

24 mars 2012

L’intérêt suscité par les audiences de la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité de même que l’accueil cordial qu’a reçu le contenu de son rapport apporte un baume sur les perceptions souvent négatives d’une partisanerie sclérosante qui enfreint toute discussion objective parlementaire sur un sujet.

Même si le thème de la fin de vie est d’un autre ordre que celui de l’éducation, les deux sujets se rejoignent en ce sens qu’ils constituent des droits fondamentaux.

Dans l’ampleur du débat de société actuellement en cours sur la hausse des droits de scolarité universitaires, nous assistons à un mouvement qui déborde de plus en plus la simple question des droits de scolarité, à savoir le droit à l’accessibilité pour tous les citoyens à des études supérieures.

En plus, d’autres débats récents entourant le monde de l’éducation, tels l’intégration des élèves en difficulté dans les groupes réguliers ou l’enseignement de l’anglais obligatoire à partir de la première année du primaire, demeurent toujours non résolus.

L’impasse actuelle, suscitée par le braquage systématique du gouvernement Charest envers les revendications étudiantes, ne fait qu’alimenter un sentiment de profondes frustrations auprès des étudiants, appuyés de plus en plus par une partie importante de la population, en plus de laisser planer un doute sur les intentions des dirigeants quant à une véritable possibilité d’accessibilité pour tous aux études supérieures.

En ce sens, la conclusion de la lettre de Jana Havrankova, faisant référence à la Commission spéciale sur la question du mourir dans la dignité et publiée dans Le Devoir du 24 mars sous le titre « Merci, les commissaires », ouvre une porte intéressante :

« Par ailleurs, ayant témoigné deux fois devant la Commission et ayant assisté aux témoignages d’autres personnes, j’ai été impressionnée par la qualité d’écoute et les questions pertinentes des députés des quatre formations politiques réunies. J’ai retrouvé confiance en nos élus : ils peuvent collaborer de manière non partisane dans l’intérêt du bien commun. Il serait souhaitable que d’autres commissions de ce type voient le jour. »

En réalité, toutes les tempêtes auxquelles a eu et a encore aujourd’hui à faire face le monde de l’éducation au Québec ne constitueraient-elles pas à elles seules des motifs sérieux pour envisager la création d’une Commission spéciale sur l’éducation ?

vigile.net tribune libre 24 mars 2012
quebechebdo 1 avril 2012 (version abrégée)

Élever le débat au niveau de la nécessaire indépendance du Québec

23 mars 2012

Dans un article publié sur la tribune libre de Vigile en date du 22 mars sous le titre « Vivre dans un Québec de la « Sélection naturelle » et signé par Didier, l’auteur, abordant les revendications des étudiants concernant la hausse des droits des scolarité universitaires annoncée par le gouvernement Charest, s’exprime en ce termes :

« Avez-vous vu une seule pancarte où ce serait marqué : Droit à l’éducation gratuite dans une constitution d’un Québec souverain et indépendant?  

Tout se déroule en effet en dehors de toute revendication qui toucherait l’ensemble de la société québécoise. Chacun tire la couverte de son bord. On ne se met pas ensemble pour ramer dans la même direction. Probablement parce que des décennies de rhétorique néo-libérale nous ont conditionnés dans le chacun pour soi et dans la compétition. »

En plein dans le mille, Didier…À mon sens, les Québécois sont effectivement « conditionnés dans le chacun pour soi » parce que, en réalité, la loi du plus fort a toujours et irrémédiablement eu préséance dans la jungle canadian et dans la « compétition » qu’a engendré nécessairement, au cours des siècles, notre statut minoritaire francophone au sein du Canada.

À vous, chers étudiants, qui êtes de plus en plus nombreux, issus des milieux universitaires, collégiaux et même secondaires, appuyés par un corps professoral de plus en plus diversifié et de parents de plus en plus mobilisés autour de la liberté d’accès à l’éducation pour tous, peu importe le statut social auquel ils appartiennent, je vous lance une invitation à élargir votre contestation au-delà du « chacun pour soi et de la compétition » pour clamer votre « droit à l’éducation gratuite dans une constitution d’un Québec indépendant ».

Enfin, je vous laisse sur cet extrait d’un article écrit par Fabienne Siche, une étudiante immigrante, et paru dans la rubrique « Opinions » du Devoir du 23 mars sous le titre « Question de choix » :

« Je ne cherchais pas à m’installer ici, mais je suis tombée amoureuse du Québec, et que peut-on contre l’amour ? Oui, je suis tombée amoureuse du Québec. De sa fierté. De sa liberté. De sa simplicité. De sa ténacité. De sa sensibilité. De ses racines. De son histoire. De son identité. De sa force d’être une province avec des choix si différents. J’ai observé et j’ai aimé ce que j’ai vu. J’ai appris et j’ai compris pourquoi j’aimais vivre ici…Je ne suis pas certaine d’être courageuse, mais je suis naïve. Je crois encore que la démocratie est un système de gouvernement dans lequel le pouvoir est exercé par l’ensemble des citoyens. Je crois encore que l’éducation n’est pas une marchandise et que chaque être humain devrait pouvoir y avoir accès, peu importe où il vit et d’où il vient. Je crois encore que la qualité et l’éthique d’un professionnel n’ont pas de lien avec le coût financier de son diplôme. Je crois encore que le fait de manifester son désaccord est un droit, et que lorsqu’on n’est pas entendu, il arrive qu’on crie plus fort. »

Voilà un souffle rafraîchissant qui nous invite à « ramer ensemble dans la même direction » et à élever le débat actuel sur la hausse des droits de scolarité au niveau de la nécessaire indépendance du Québec !

vigile.net tribunle libre 23 mars 2012
quebechebdo 23 mars 2012 (version abrégée) "Message aux étudiants contestataires" 

La dignité des travailleurs

22 mars 2012

Aux lendemains du décès de Michel Chartrand en 2010, les reportages, articles et commentaires ont envahi les médias du Québec. De toutes ces réactions, une constante se manifestait : le bouillant militant symbolisait pour des milliers de Québécois le syndicaliste, l'homme qui disait tout haut ce que plusieurs n'osaient même pas penser.

Orateur hors du commun, remarquable de présence et de charisme, Michel Chartrand incarnait une tradition syndicale et socialiste :

«Je suis socialiste, nationaliste et indépendantiste parce que je crois en la démocratie: le gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Je crois à l'égalité de toutes les femmes et de tous les hommes, parce que je crois en la justice, parce que je crois en la liberté à conquérir quotidiennement. Je crois que chacune et chacun doit être en mesure de participer aux décisions et d'assurer des responsabilités à son niveau», avait-il déclaré en entrevue.

Fernand Foisy, compagnon de route de Chartrand pendant plus de 35 ans, a rédigé la biographie du syndicaliste en quatre tomes. Il y décrit le parcours de son héros de 1968 jusqu'à 2003 en se disant témoin privilégié de ces moments passés à ses côtés :

«Autant il peut être difficile, parfois bougon ou colérique, autant sa disponibilité et sa générosité nous font oublier ses travers. Les petites gens, le monde ordinaire ont une admiration secrète pour Michel Chartrand. Je dis «secrète» car ils n'osent pas toujours clamer cette admiration de peur d'endosser ses excès verbaux et son langage sans détour», a-t-il indiqué dans une entrevue accordée à La Presse en 2003.

Michel Chartrand se sera retrouvé au centre d’événements marquants du Québec, telle son arrestation durant la crise d'octobre 1970 en vertu de la Loi sur les mesures de guerre lors de laquelle il a été emprisonné pendant quatre mois. Michel Chartrand a été 60 ans aux mêmes barricades. Père de sept enfants, forgés aux mêmes idéaux par lui bien sûr, mais aussi et peut-être surtout par sa femme Simone, aussi militante que lui, à sa façon, et qui fut la seule qui ait pu lui tenir tête tout en l'épaulant constamment pendant un demi-siècle.

«Par moments, l'implication de mes parents nous rendait la vie difficile, mais cela n'a jamais été lourd à porter. Au contraire, nous avons toujours été très fiers d'eux…Je devais avoir 5 ou 6 ans la première fois que j'ai entendu à Radio-Canada que Maurice Duplessis avait fait emprisonner mon père. Ce n'est jamais facile d'aller voir son père en prison, mais nous, ses enfants, savions pourquoi il était là. Nous savions que c'était une profonde injustice », racontait sa fille Suzanne lors d’une entrevue réalisée après le décès de son père.

La pensée de Michel Chartrand, il était le premier à le reconnaître, ne se distinguait pas par sa subtilité ou sa finesse. Il fut l'homme d'une cause: la dignité des travailleurs. À Anne Richer, qui l'avait interviewé chez lui, à Saint-Marc-sur-Richelieu, quelques années avant sa mort, il avait déclaré que «tout le monde devrait faire de la politique. En démocratie, c'est un devoir. Assumer des responsabilités à son niveau, voir à ce que le monde s'épanouisse. On est nés pour le bonheur, quel que soit notre handicap physique ou mental, quels que soient nos parents ou nos gênes. Et pour le bonheur, il faut un minimum: manger, se faire soigner, s'éduquer. Pis travailler. On s'épanouit par le travail!»

De nos jours, des centaines de milliers de citoyens « indignés » se soulèvent contre les politiques néo-libérales de droite, les étudiants représentant les derniers en liste…Peut-être aurions-nous avantage à nous rappeler les discours sans détour de Michel Chartrand et recommencer à parler de «dignité»!

quebechebdo 22 mars 2012
vigile.net tribune libre 22 mars 2012

Commentaire:

"Monsieur Marineau,

Comme vous avez raison de nous rappeler à la mémoire de Michel Chartrand, spécialement aujourd'hui. Dans toute son humilité et son bouillant caractère, il fut un exceptionnel et un remarquable patriote québécois de son époque.

Michel Chartrand est une légende, un homme d'une implication remarquable pour ses semblables et un homme à qui le peuple français du Québec doit aujourd'hui sa survivance. Ce monsieur m'a fortement influencé dans ma jeunesse et ouvert les yeux sur notre condition réelle au sein d'un Canada qui nous méprise.

Peu de canadiens-français de son époque peuvent égaler le bien que cette homme nous a fait et nous a apporté. Son implication fut telle qu'il a su freiner, par ses déclarations, les magouilles politiques d'un système judiciaire qui pensait pouvoir le faire taire et nous assujettir facilement.

Michel Chatrand fut un exemple de courage, d'honnêteté, de clarté dans ses propos et de justice. Il restera à jamais un géant défenseur des siens qu'il aimait, de vous et de moi, de tout le peuple d'origine française, fondateur et bâtisseur du Québec depuis plus de 400 ans.

Aurons-nous d'autres patriotes semblables à Michel Chartrand, à Pierre Falardeau et à Pierre Bourgault parmi notre nation en voie de devenir de serviles automates anglophones ?

Vous me faites vivre beaucoup d'émotions avec ce rappel. Merci d'honorer la mémoire de Michel Chartrand!"

Réjean Pelletier
vigile.net tribune libre 22 mars 2012  

Labeaume et Laperle attisent-ils le feu?

22 mars 2012

« Ridicule, antédiluvien, syndicat d’Homo sapiens qui dit et fait n’importe quoi, qui ment à plein nez depuis que je suis ici »… tels sont les termes utilisés par Régis Labeaume pour décrire le syndicat des pompiers de la Ville dont il est le premier représentant.

Et, pour ajouter de l’huile sur le feu, Régis Labeaume continue de défendre contre vents et marées l’engagement de Robert Laperle, cet ancien directeur général du Collège de Champigny dont le passage plutôt houleux à la tête de cette institution aurait contribué à la naissance d’un syndicat en réplique à son mode de gestion rigide et à l’ambiance négative qui régnait parmi le personnel depuis son entrée en poste.

Et toute cette saga se produit au moment où la Ville et le syndicat des pompiers sont sans contrat de travail depuis le 31 décembre 2006 et que la facture de frais juridiques encourus par la Ville s’élève à 550 000$ depuis le début de l’arbitrage.

Sans connaître la version du syndicat des pompiers, je dois vous exprimer mon profond désaccord avec les termes utilisés par le maire Labeaume envers les pompiers de « sa ville » et mes doutes sur la pertinence de l’engagement de Richard Laperle compte tenu de ses antécédents qui laissent plutôt présager d’un allumeur que d’un éteignoir de feu!

En termes clairs, le tandem Régis Labeaume et Richard Laperle est-il en train d’attiser le feu au sein du syndicat des pompiers au lieu de contribuer à son extinction?

quebechebdo 22 mars 2012 

Une initiative responsable

21 mars 2012

Dans la foulée des écoles secondaires qui ont emboîté le pas dans le mouvement de contestation étudiante concernant la hausse des droits de scolarité universitaires, la direction du Collège Saint-Charles-Garnier de Québec autorise les élèves de 5e secondaire à prendre part à la manifestation provinciale prévue le 22 mars dans les rues de Montréal.

En effet, devant les demandes croissantes de la part de plusieurs élèves de participer à cette manifestation, le président de l'Association générale des étudiants (AGE), Daniel Béland, en a discuté avec son directeur, Mario Gagnon qui a immédiatement montré une ouverture pour autant que les parents autorisent la participation de leur enfant à la manifestation.

Pour justifier sa décision, M. Gagnon s’appuie sur l'article 3 de la Charte québécoise des droits et libertés qui stipule que «toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, de réunion pacifique et la liberté d'association».

Une initiative responsable qui concrétise les notions enseignées dans certains cours préconisant une éducation à la citoyenneté.

quebechebdo 21 mars 2012 

Une ouverture au dialogue s’impose!

21 mars 2012

Dans l’affrontement que se livrent actuellement dans l’arène les deux adversaires du combat autour de la hausse des droits de scolarité universitaires, s’affrontent dans un coin le gouvernement libéral qui maintient sa position en affirmant que « sa décision est prise » et dans l’autre, les étudiants qui demandent à ce gouvernement le droit de s’asseoir avec lui pour discuter.

En ce qui me concerne, l’attitude intransigeante de fermeture du gouvernement à tout dialogue avec les étudiants ne peut que contribuer à envenimer le climat et à alimenter la colère et la frustration des étudiants, d’un nombre croissant de parents, d’enseignants et de citoyens qui appuient les revendications des centaines de milliers d’étudiants actuellement en grève pour défendre leur cause tout en leur accordant le droit de se faire entendre auprès du gouvernement.

Une ouverture au dialogue s’impose pour le respect de la démocratie dans laquelle nous sommes censés vivre!

quebechebdo 21 mars 2012 

La traversée du désert

20 mars 2012

Les enfants grandissent, les petits-enfants aussi…Puis, un jour, après avoir réussi pendant toute votre vie à vous sentir utiles, vous vivez le vide, vous vous sentez inutiles, vous entrez dans le désert! C’est la triste rançon de la vieillesse…

Dernièrement, il m’est venu l’idée d’écrire ce petit poème pour illustrer cette traversée du désert à partir de la triste descente aux enfers de ma mère:

Il a toujours existé sur cette terre
Des générations généreuses de mères
Pour qui le sentiment d’utilité
Incarnait la fontaine où s’abreuver

Il fut un temps pas lointain où ma mère
Avait érigé tout son univers
Autour du besoin criant de donner
À ses enfants sans jamais demander

Puis emportée dans un destin pervers
A vite basculé tout son univers
Lorsque ses oiseaux ont quitté le nid
Construit au cours de toutes ces décennies

Ce fut alors la descente aux enfers
Son âme s’est réfugiée dans un cancer
Qui l’a aussitôt condamnée aux fers
Et à bout de forces la conduire en terre

Telle est la belle et triste histoire d’une mère
Qui a dû traverser seule le long désert
Et pour qui j’ai écrit ces quelques vers
Enfouis dans l’intimité de ma serre

quebechebdo 20 mars 2012 

Prière de rappeler plus tard

19 mars 2012

Selon certaines sources obtenues par La Presse, la Gendarmerie royale du Canada aurait manifesté son refus de fournir certains documents d’enquête que demandent les procureurs de la Commission Charbonnneau relativement aux résultats de l’opération Colisée, la plus vaste enquête antimafia de l’histoire canadienne et qui révèle les liens évidents entre la mafia et le monde la construction.

Pour justifier son refus de collaborer, la GRC prétendrait qu’à titre d’agence fédérale, elle n’est pas soumise aux pouvoirs d’une commission provinciale et qu’en conséquence, elle contesterait en Cour supérieure l’ordre de la Commission Charbonneau de lui livrer les documents exigés pour faire avancer ses travaux.

Si les sources de La Presse s’avéraient fondées, la GRC bafouerait, à mon sens, la Commission Charbonneau par un refus de collaborer méprisant. En termes clairs, l’agence « fédérale » retournerait l’appel d’une commission « provinciale » en la priant cavalièrement de rappeler plus tard!

quebechebdo 19 mars 2012 

En attendant Bachand

19 mars 2012

Le ministre des Finances Raymond Bachand déposera le 20 mars son budget à l’Assemblée nationale du Québec…Les spéculations concernant son contenu et les demandes de divers organismes vont bon train!

Toutefois, il ne faut pas se faire d’illusions…Ce n’est pas demain que le gouvernement va réclamer leur « juste part » aux riches compagnies qui vont continuer de se camoufler sous les abris fiscaux et engraisser les goussets des caisses électorales des partis tout en grugeant dans les poches des contribuables.

En attendant Bachand, on peut quand même se permettre de rêver puisque le « privilège » du rêve demeure encore un « service gratuit et non-taxé » conféré aux citoyens!

quebechebdo 19 mars 2012 

Hymne au français

18 mars 2012

En furetant sur les articles qui paraissent sur la page d’accueil de la tribune libre de Vigile sous la rubrique « Il y a trois ans », mon regard a été attiré par le titre d’un de ceux-ci, à savoir « Cette langue que j’aime tant ! », écrit par Pétronille Muhawenimana et publié le 17 mars 2009.

En parcourant l’hymne au français de cette femme qui nous raconte le chemin cahoteux qu’elle a dû parcourir du fin fond de son Afrique natale pour y découvrir cette passion grandissante pour cette langue qu’elle aime tant, je n’ai pu que ressentir un sentiment de fierté, particulièrement dans ces trois vers fort éloquents :

"Plus on te rejette, plus je m’accroche… 
À ce Québec qui te fait vivre et t’enrichit, 
À tous ces francophones qui te pratiquent et t’enjolivent."

Aussi ai-je cru opportun de faire resurgir ce poème de la mémoire de Vigile, particulièrement à une période de notre histoire où la langue de chez nous semble souvent bien seule au milieu de son territoire ancestral :

"On te craint pour tes accents,
On te craint pour tes accords,
On te redoute pour tes féminins,
On te déteste pour tes masculins,
Moi je t’adore pour toutes ces singularités.

Je t’ai apprise à l’école dès l’âge de cinq ans,
On m’a punie pour que tu sois mienne dans la cour de l’école,
On m’a frappée pour la maîtrise de ton orthographe,
On m’a terrassée pour l’enrichissement de mon vocabulaire,
Dans tous les cas la douleur a été physique jamais psychologique,
Et au fond de moi-même, tu n’as fait que grandir.

Aujourd’hui, place à la facilité.
On veut t’écrire comme on te prononce,
Sans tes complications plurielles,
Tes « al » tantôt « aux », tantôt « als »,
Tes « eur » tantôt « euse », tantôt « eure » si pas « resse »,
Tes fâcheux accents haïssables,
Tantôt graves, souvent aigus et même circonflexes,
Tes cédilles impensables,
Tes trémas indéfinissables.

Plus on te redoute, plus je te respecte,
Plus on te rejette, plus je m’accroche,
À tes accents, à tes cédilles, à tes trémas,
À tes féminins, tes masculins, tes pluriels, pluriels ;
À cette France qui t’a conçue mais te néglige,
À ce Québec qui te fait vivre et t’enrichit,
À tous ces francophones qui te pratiquent et t’enjolivent.

Dans le fin fond de mon Afrique natale,
J’ai chanté tes chansons sans vraiment en comprendre le sens,
Aujourd’hui tu me nourris et me libères,
Tant au travail qu’à la maison tu es présente,
Aujourd’hui plus qu’hier tu me passionnes,
Et contre vents et marées je chante tes louanges.

Cette langue que j’aime tant fut aussi celle de Molière,
Cette langue que j’aime si bien c’est le Français."

Pétronille Muhawenimana n’a publié qu’un seul article sur cette tribune…dommage ! Son talent pour l’écriture aurait avantage à être exploité davantage. Espérons que cette deuxième publication l’incitera à reprendre la plume !

vigile.net tribune libre 18 mars 2012