Maintenir le débat sur ses rails

6 avril 2012

La sonnette d’alarme de Marie-Andrée Chouinard dans son éditorial du Devoir du 5 avril sous le titre «Grève étudiante- Les nombrils», démontre avec beaucoup de justesse à quel point le gouvernement Charest, par son repli dans «l’antichambre juridique», est acculé au mur devant l’ampleur du débat de société suscité par les manifestations étudiantes.

«Dans l'antichambre juridique, voilà où a mené le refus de discuter du gouvernement, lui qui d'ailleurs s'abrite toujours derrière une fausse ouverture en répétant qu'il est prêt à causer, mais une fois de plus, avec un ordre du jour préétabli. Le dialogue dirigé ne convient guère aux étudiants et la répétition d'un scénario méprisant ne fait que cristalliser leur position…

Alma, Rimouski, Montréal, Québec: toutes furent cette semaine le théâtre d'injonctions ou de mises en demeure ne touchant que l'accessoire, pas le coeur de cette grève, dont le tournant est imminent. À quelques jours d'une date-butoir symbolique au-delà de laquelle la suite des choses sera chaotique et coûteuse, la panique s'installe. Le recours au parquet en signe d'autodéfense (ou autopromotion, c'est selon) en est le signe. Il illustre aussi une certaine indifférence au discours des grévistes, qui sont toujours près de 200 000…»

Au cours des derniers jours et particulièrement depuis le jugement permettant à un étudiant de l’Université Laval d’assister à ses cours, le mouvement étudiant s’est montré respectueux de l’injonction du juge en permettant à cet étudiant le libre accès à son cours…donc en demeurant dans la légalité tout en boycottant leurs propres cours.

À mon sens, le mouvement doit continuer de manifester son désaccord sur la hausse des droits de scolarité décrétée unilatéralement par la gouvernement Charest. Fortes de l’appui d’une partie importante de la population quant à leurs revendications, les manifestations de ces quelque 200 000 étudiants ne peuvent ni ne doivent s’estomper derrière l’écran de fumée projeté par l’appareil judiciaire.

Voilà pourquoi, il est essentiel que les étudiants poursuivent leur marche vers la mise sur pied d’une justice sociale permettant à tous les Québécois l’accessibilité à des études supérieures et, pour ce faire, ils doivent tout mettre en œuvre pour maintenir le débat sur ses rails à l’intérieur de balises légales.

quebechebdo 6 avril 2012

Proposition de dénouement de la crise

6 avril 2012

Compte tenu que le gouvernement, via son ministre des finances et sa ministre de l’éducation, a déposé une offre de règlement de conflit avec les étudiants en proposant des modifications au régime d’attribution des prêts et bourses, les représentants étudiants ne peuvent, s’ils désirent maintenir la faveur d’une partie de la population, que répondre par une fin de non-recevoir sans faire de contre-proposition…telles sont les règles établies dans le processus d’une saine négociation dans lequel ils se sont dits prêts à collaborer.

En termes clairs, une telle attitude de la part des étudiants retournerait contre eux le balancier du « braquage » qui leur servait si bien avant que Line Beauchamp fasse sa proposition publique car, ne l’oublions pas, nous sommes les témoins d’une négociation « à ciel ouvert », au vu et au su de l’ensemble de la population du Québec qui regarde évoluer la situation au quotidien.

Devant un tel constat, la balle est maintenant dans le camp des étudiants…Les représentants étudiants se doivent de présenter une proposition de dénouement de la crise au gouvernement Charest avant que le premier ministre ne profite de cet « entêtement » des étudiants pour déclencher des élections rapidement, alléguant sa « bonne foi » dans ce dossier, au risque d’offrir un enterrement de première classe aux revendications des étudiants.

En conséquence, voici la proposition que je soumets aux représentants étudiants en guise de contre-proposition à Line Beauchamp :

- Le gel temporaire des droits de scolarité pour l’année scolaire 2012-2013.

- L'application des modifications au régime d’attribution des prêts et bourses telles que proposées par la ministre le 5 avril 2012 pour l’année scolaire 2012-2013.

- La création immédiate d’une Commission parlementaire spéciale sur le financement et la gestion des universités.

- La présentation du rapport de cette Commission au plus tard le 1er mai 2013.

En agissant de la sorte, les représentants étudiants démontreront une ouverture face à leurs revendications initiales tout en ouvrant le débat sur la nécessaire discussion qui doit se tenir sur le financement et la gestion des universités, un dossier qui traîne sur les tablettes depuis trop longtemps !

vigile.net tribune libre 5 avril 2012
quebechebdo 7 avril 2012

À la défense des victimes d’agressions sexuelles

5 avril 2012

Dans la foulée du rejet de la poursuite de France Bédard contre l’Archevêché par la Cour supérieure et de nombreux autres cas similaires, le député de Nicolet-Yamaska et chef d’Option nationale Jean-Martin Aussant déposera aujourd’hui le 5 avril à l’Assemblée nationale un projet de loi visant à éliminer la prescription de trois ans prévue par le Code civil du Québec pour déposer une plainte d’agressions sexuelles devant les tribunaux.

Pour sa défense, M. Aussant évoque le fait que les femmes agressées sont souvent prisonnières d’un choc psychologique douloureux à la suite de ces agressions sexuelles, ce qui, selon le député, explique en grande partie un délai qui déborde la prescription légale de trois ans.

Autre argument de taille…comment se fait-il qu’il n’existe aucune prescription pour l’acte criminel alors qu’une poursuite civile en vue d’obtenir une compensation est prescrite par un délai?

J’ose espérer que la présentation de ce projet de loi recevra l’aval de tous les députés de l’Assemblée nationale et qu’il ne sera pas appelé à se retrouver sur les tablettes à cause d’une basse partisanerie à l’endroit de l’ex-député péquiste devenu chef d’un parti indépendantiste!

quebechebdo 5 avril 2012 

Une leçon de science politique

4 avril 2012

Le mouvement de grève, enclenché sur un refus vis-à-vis la hausse des droits de scolarité, revêt de plus en plus les allures d’une revendication qui déborde largement la simple question financière.

Et, phénomène plutôt contradictoire, il m’apparaît que le braquage systématique du gouvernement Charest devant les demandes de dialogue des étudiants a contribué aux effets politisants de l’action initiale des manifestants. Au bout du compte, quand un gouvernement n'a que la police à offrir à sa jeunesse en colère, il y a lieu de s'interroger sérieusement sur la qualité des rapports qu’il entretient avec les citoyens.

Il n’est donc pas surprenant que, depuis le début de cette vague de mobilisation étudiante, on ait pu assister à un déplacement des enjeux. Ainsi, on parle maintenant de plus en plus ouvertement de gratuité scolaire et on dénonce les dépenses scandaleuses des directions universitaires, plus préoccupées de béton et de compétitivité que de formation intellectuelle.

Si plusieurs manifestants avaient des espoirs en déclenchant ce mouvement de contestation, personne ne pouvait prédire le cours qu'il prendrait et la formidable leçon de science politique qu'en tireront autant ses participants que ses sympathisants.

La plus grande leçon que la société québécoise devrait tirer de cette mobilisation est que l'éducation n'est pas une marchandise que l'on débite à la pièce selon la capacité de payer du «client» et que l'on choisit en fonction de sa rentabilité supposée.

quebechebdo 4 avril 2012 

Appel au boycott des cours

3 avril 2012

La contestation d’un étudiant devant les tribunaux concernant la légalité de la grève étudiante suscite un débat juridique qui semble mettre en doute la légalité de la démarche étudiante vers la nécessaire accessibilité de tous les Québécois à des études supérieures.

En effet, selon l’interprétation de certains juges, le recours à la grève revient « exclusivement aux membres d’un syndicat de travailleurs », un groupe formé « en vertu de la Loi sur les syndicats professionnels ». En ce sens, selon leur interprétation, les « membres d’une association étudiante » ne peuvent y recourir, notamment parce que les associations sont constituées « en vertu des lois sur les compagnies » et qu’elles ne sont pas couvertes par le Code du travail.

À mon sens, il existe une voie d’évitement qui peut contrecarrer cette technicalité légale. En effet, les associations étudiantes pourraient se mettre à l’abri des recours juridiques en invoquant le boycott, un mécanisme légal qui se met en place sous la protection des quatre verrous que sont, la juste cause, la prise de conscience de l’opinion, la prise en compte des efforts de privation et de renoncement avec l’existence d’alternatives et la mobilisation de la plus grande part de la société en s’appuyant sur une médiatisation efficace. Contrairement au droit de grève garanti par la constitution et qui s’exerce donc dans le cadre des lois, le boycott ne dispose pas de statut juridique.

Il serait extrêmement déplorable que l’appareil judiciaire, normalement constitué pour rendre justice dans une société, devienne un obstacle à l’application d’une justice élémentaire défendant la cause de milliers d’étudiants qui se battent pour obtenir leurs droits à poursuivre leurs études supérieures.

C’est pourquoi, j’invite les associations étudiantes à rester debout et à continuer leurs manifestations contre la hausse des droits de scolarité. En ce qui a trait à cette guéguerre légale, je les invite, par la même occasion, à cesser « leur grève » et à commencer à « boycotter leurs cours ».

En agissant ainsi, les étudiants se mettront à l’abri des poursuites judiciaires en utilisant un mécanisme légal grâce auquel ils pourront défendre leur « juste cause » tout en « s’appuyant sur une médiatisation efficace »

vigile.net tribune libre 3 avril 2012



Une série de tueries alarmante

3 avril 2012

La dernière fusillade qui s’est produite le 2 avril dans une université chrétienne de la Californie fait grimper à 17 le nombre de tueries dans les écoles américaines depuis 1997 et ce, dans 14 États différents.

Le bilan de ces tragédies…98 jeunes sont décédés sans compter les centaines de blessés dont on ne connaît pas les séquelles. De plus, quatre des responsables de ces fusillades se sont enlevé la vie après leur geste insensé.

Une série de tueries alarmante qui dénote d’un malaise profond dans notre société occidentale qui devra, un jour ou l’autre, se pencher sérieusement sur le cancer de l’âme qui gruge pernicieusement sa jeunesse!

quebechebdo 3 avril 2012
Le Soleil 11 avril 2012 

Si la tendance se maintient…

3 avril 2012

Dans le contexte des incidents révoltants auxquels la loi 101 a eu à faire face au cours des derniers mois, le sondage du Mouvement Montréal français faisant appel au public pour décerner les prix Harfang et Autruche revêt cette année un caractère exceptionnel.

Rappelons que, depuis quelques années, le MMF remet ces prix en vertu des critères suivants :

- Le prix Harfang est décerné pour reconnaître la vigilance éclairée d’un candidat qui fait la défense et la promotion de la langue française. 
- Le prix Autruche est attribué pour dénoncer l’attentisme et l’aveuglement volontaire d’un candidat vis à vis la langue française.

Le Mouvement Montréal français invite le public à faire ses suggestions pour le prix Harfang et le prix Autruche et proposer une personne, un organisme ou une institution, pour chacun de ces prix, selon leur respect de la loi 101 ou, dans le cas contraire, leur irrespect.

Les derniers résultats obtenus sur le site du MMF sont les suivants :

Pour le prix Harfang :

Pierre Curzi (63%) Charles Castonguay (16%) Gilles Proulx (16%) Sophie Durocher (4%) Richard Martineau (2%)

En ce qui a trait au prix Autruche :

Christine Saint-Pierre (51%) Stéphane Gendron, maire de Huntingdon (33%) Kathleen Grant, directrice des communications aux H.E.C., pour son commentaire sur le pâté chinois (11%) André Pratte (5%)

Une tendance qui nous ramène inéluctablement au proverbe latin « Vox populi, vox dei »…En effet, le peuple québécois demeure encore le meilleur juge pour distinguer les autruches des harfangs, à savoir « l’attentisme et l’aveuglement volontaire, de la vigilance éclairée vis-à-vis la langue française » !

En terminant, je vous laisse sur cet extrait d’un article paru dans le Devoir du 2 avril sous le titre « Langue de travail- Québec contribue à angliciser les immigrants francophones »

« Il est reconnu que l’emploi est la clé pour réussir l’intégration d’un immigrant. Bien que la loi 101, adoptée en 1977, fût censée faire du français « la langue normale et habituelle » du travail au Québec, il semble que la clé de l’intégration demeure, 35 ans plus tard, une clé anglaise. »

vigile.net tribune libre 2 avril 2012
quebechebdo 3 avril 2012 (version abrégée)



Trudeau l’emporte…à l’usure

2 avril 2012

Le député libéral fédéral de Papineau Justin Trudeau a remporté son combat de boxe face au sénateur conservateur Patrick Brazeau le 31 mars, l’arbitre mettant fin au duel avant la fin du troisième et dernier round.

Malgré un début en lion, Patrick Brazeau s’est rapidement retrouvé à bout de souffle, ce qui a permis à son adversaire de dominer le reste du combat.

Pour employer une analogie, on pourrait conclure de ce combat que le fils possède l’étoffe de son père lorsque Pierre Elliot Trudeau, lors de son discours mémorable du 14 mai 1980, soit moins d’une semaine avant le référendum, avait porté le dernier «coup» à ses adversaires du «oui» en affirmant «qu’un non, ça veut dire du changement!»…

Dans un cas comme dans l’autre, les Trudeau l’auront emporté…à l’usure!

quebechebdo 2 avril 2012

Jusqu’où se propagera l’hémorragie?

1 avril 2012

Même si le dépôt de son projet de loi 593 a subi une rebuffade cavalière de la part du gouvernement Charest, Pierre Curzi continue de marteler qu’une nouvelle Charte de la langue française est devenue un impératif incontournable, alléguant, entre autres arguments, « les problèmes linguistiques qui s’accumulent ».

Et, à ce sujet, personne, le moindrement lucide, ne peut lui répliquer qu’il a tort…En effet, le français, depuis des mois, ne cessent de faire les manchettes dans des circonstances pitoyables où notre langue nationale est galvaudée lamentablement sur tous les plans, que ce soit aux divers paliers de gouvernements, dans le monde du sport que dans nos institutions de la santé et de l’éducation. À titre d’exemples récents, on peut mentionner dans cette litanie…

- Le détournement de fonds à d’autres fins qu’Ottawa verse à Québec pour la francisation des immigrants de la part du gouvernement Charest,

- La triste nécessité, pour une famille, de payer à ses frais les services d’une traductrice pour que sa mère puisse obtenir des soins en français à l’Hôpital Royal Victoria à Montréal,

- La nomination d’un entraîneur unilingue anglophone à la barre du club de hockey Les Canadiens, en la personne de Randy Cunneyworth,

- La désignation d’un unilingue anglophone, Michael Ferguson, à titre de vérificateur général du Canada,

- La nomination de Michael Moldaver, un autre unilingue anglophone au poste de juge à la Cour suprême,

- Les désignations de commissaires unilingues anglophones au Tribunal de l’immigration de Montréal,

- L’instauration d’un programme de maîtrise uniquement en anglais par l’École des hautes études commerciales (HEC),

- La nomination de Michael Smith comme vice-président aux ressources humaines d’une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec,

- La publication d’un bulletin en anglais de la part du maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, passant par le fait même outre les dispositions de la Charte de la langue française, compte tenu que sa municipalité n’a pas le statut de « bilingue »…

Et la liste d’épicerie ne cesse de s’allonger sans que nos élus, nos « dignes représentants de nos intérêts collectifs » n’aient le courage de poser les gestes qui s’imposent pour contrer cette hémorragie causée par l’effusion d’une anglicisation pernicieuse !

Jusqu’où se propagera l’hémorragie avant que quelqu’un quelque part y mette définitivement fin, pour le plus grand respect de notre identité québécoise et la survie de notre langue nationale ?

vigile.net tribune libre 1 avril 2012
quebechebdo 2 avril 2012

Je suis une langue fière

31 mars 2012

En ces temps troubles où notre langue est menacée de toutes parts jusque dans ses racines les plus profondes, j’ai senti le besoin de lui donner la parole et de lui permettre de se raconter à travers ce petit poème qui est sorti spontanément de mes tripes…

Certains me disent belle
Mais je ne suis pas de celles
Qui se nourrissent de miel
Ou d’une pincée de sel

J’ai traversé les mers
Pour m’établir ici
Dans ce vaste pays
De froids et longs hivers

J’y ai vite pris racine
Je me suis senti chez moi
J’ai lacé mes bottines
Et suis parti au bois

M’attendait au retour
Une langue étrangère
Empiétant sans détour
Sur les droits de mes terres

Je ne suis pas guerrière
Mais je ne suis pas de celles
Qui se nourrissent de miel
Je suis une langue fière

J’ai traversé les mers
Pour m’établir ici
Au pourtour des rivières
Où m’accueille ce pays

Je suis ici chez moi
Je suis revenu du bois
Je remets mes bottines
Et reprends mes racines

quebechebdo 31 mars 2012
vigile.net tribune libre 22 juin 2012