Maltais dans l’eau bouillante

4 avril 2013

Le 2 mars dernier, je publiais sur cette tribune un article intitulé « Une autre promesse du PQ balayée par en arrière » dans lequel je qualifiais les mesures proposées par Agnès Maltais à l’aide sociale de « pilule dorée » en « adoptant la stratégie de donner d’une main parcimonieusement à quelques assistés-sociaux qui auront la chance de se trouver un emploi, tout en amputant de 20% les prestations de la majorité des assistés-sociaux qui demeureront sans emploi ».

Cette fois-ci, c’est au tour de la Commission des droits et libertés de la personne, responsable de la promotion et du respect de la Charte des droits et libertés, d’y aller d’une charge à fond de train contre les mesures proposées par la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale en les qualifiant même de « rétrogrades » en vertu des pactes internationaux auxquels le Québec a adhéré, au point de demander au gouvernement de surseoir aux trois principales recommandations proposées, lesquelles sont au centre des manifestations actuelles et contraires à plusieurs articles de la Charte des droits.

De l’avis de la Commission, « les mesures proposées par le projet de règlement affecteraient les personnes qui sont parmi les plus pauvres de la société et qui ne disposent pas de ce revenu décent susceptible de garantir l’exercice des droits et libertés », ce qui bafoue certains droits fondamentaux tels que, le droit à la vie, à la sûreté et à l’intégrité physique et psychologique (article 1), le droit au respect de la dignité (article 4), le droit d’un enfant à la sécurité, l’attention et la protection (article 39) et le droit à un niveau de vie décent (article 45).

Les dispositions visées par la Commission sont l’abolition du versement automatique d’un supplément de 129 $ par mois pour les personnes de plus de 55 ans, et de 129 $ ou de 221 $ par mois pour les familles ayant à charge un enfant de moins de cinq ans, ces deux situations causant des « contraintes temporaires à l’emploi », la disparition de ces allocations ayant pour effet de placer les ménages visés dans une situation de pauvreté entraînant la violation de la Charte, plaide la Commission qui ajoute que le fait de cibler les familles biparentales avec enfant à charge, tout en préservant les familles monoparentales, sous-entend un motif de discrimination interdite au sens de l’article 10 de la Charte, à savoir le droit à l’égalité. En conséquence, estime la Commission, les dispositions d’une loi ou d’un règlement « qui contreviennent à l’article 10 de la Charte devraient donc être jugées inapplicables en droit ».

En ce qui a trait à la ministre, elle a réagi en disant recevoir l’avis de la Commission, ajoutant qu’il sera analysé « en collaboration avec les avocats du ministère de la Justice responsables du droit public » tout en réaffirmant les objectifs de son projet à savoir de « favoriser la participation au marché du travail ».

À la lumière de ces nouvelles informations provenant de la Commission des droits et libertés, j’ai l’impression que Mme Maltais se trouve plongée dans l’eau bouillante d’une marmite qui annonce une saga judiciaire qui risque d’être longue. En ce qui me concerne, je souhaite que les conclusions aboutissent à un règlement qui respecte les droits fondamentaux reconnus par la Charte des droits et libertés à tous les citoyens du Québec, sans aucune discrimination.

vigile.net tribune libre 4 avril 2013
quebechebdo 5 avril 2013 "Agnès Maltais dans l'eau bouillante"

Où s’en va Option nationale?

3 avril 2013

À la suite du dernier congrès d’Option nationale auquel je n’ai malheureusement pas pu assister, plusieurs commentaires négatifs ont resurgi de différentes tribunes, y compris de celle de Vigile.

À titre d’exemples, j’ai cru opportun de laisser la parole à ceux qui ont participé à ce congrès et qui se sont faits entendre via la tribune libre de Vigile.

« Pour certains membres de la direction, la critique est vue comme une attaque contre le parti ou, pire, vécue comme une attaque personnelle. Comment pouvons-nous laisser l’organisation du parti aux mains de gens qui ont peur de la critique ? Or la critique a un rôle essentiel à jouer dans toute organisation. La critique est une force, car elle est la meilleure façon pour un individu ou une organisation d’éviter de se planter. C’est par ce moyen qu’une personne ou une direction peut être mise en contact avec les problèmes et les réalités du terrain, recevant les mises en garde, les avertissements ou les conseils des gens aguerris qui les entourent. Fermer la porte à la critique, c’est paver la voie aux ratés, aux dysfonctionnements et, dans le cas qui nous occupe, aux frustrations comme celles générées par le dernier Congrès d’ON. » André Lamy, 15 mars 2013, « La critique est une force »

« Certains symptômes constatés par M. Lamy sont évidents et expliquent, en partie, mon départ : lacunes d’organisation, improvisations, sérieuses difficultés de communication, tassage de certains individus, règlements de comptes, manigances de certains membres contre des candidats ou des présidents, décisions sans consultations, mais surtout décisions prises au niveau national à la pertinence extrêmement douteuse… » Commentaire laissé à la suite de l’article de M. Lamy

« Certains ont même exprimé le sentiment d’avoir été floués par la direction du parti qui aurait manœuvré en vue d’empêcher certaines propositions d’être débattues à la plénière, ainsi que d’avoir retardé la publication des candidatures au Conseil national, empêchant des candidats indésirables de se faire connaître. » Denis Monière et André Lamy, 2 avril 2013, « Pour redresser la barre d’Option nationale et construire un parti efficace »

Dans ce dernier article, Mm Monière et Lamy élaborent une liste de propositions fort intéressantes dans le but de « redresser la barre d’Option nationale », entre autres, viser à redonner le parti à ses membres, construire des associations de circonscription et leur donner les moyens d’affirmer la présence d’ON sur le terrain, prendre les mesures nécessaires afin qu’Option nationale se positionne comme une formation politique de premier plan en devenant un parti aux idées claires, notamment, par une réécriture de sa plateforme électorale afin d’en clarifier certains aspects considérés comme flous et contradictoires, enfin mettre fin à l’ambiguïté ayant présidé à sa création, le sabordement annoncé du parti agissant comme une épée de Damoclès et induisant des effets pervers sur la conduite et l’organisation d’Option nationale.

Si on ajoute aux commentaires négatifs cités plus haut les critiques concernant le manque d’organisation reproché aux organisateurs, la distribution du cahier des propositions à peine quarante-huit heures avant l’ouverture du Congrès, les participants n’ayant eu que quelques heures pour lire, étudier et se familiariser avec un ensemble de textes touchant divers aspects fondamentaux, le fait qu’aucune étude préalable des documents en atelier n’avait été prévue, un très grand nombre de propositions s’étant retrouvées en vrac devant l’assemblée plénière, le retard à fournir les noms des candidats au Conseil national et l’absence de présentation des états financiers du parti, il n’est pas étonnant, comme l’expriment Mm Monière et Lamy dans leur article, que ces lacunes « ont eu pour effet de heurter beaucoup de congressistes qui y ont vu une marque d’improvisation, de mauvaise organisation portant atteinte à l’exercice éclairé de leurs droits démocratiques. »

Lorsque j’ai pris la décision d’adhérer à Option nationale, j’ai été inspiré par la transparence de sa plateforme qui ne laisse aucun doute sur ses allégeances souverainistes, mais aussi et surtout, par l’intégrité, l’expertise et les convictions indépendantistes de Jean-Martin Aussant…une opinion que je partage encore aujourd’hui.

Toutefois, les séquelles laissées à la suite du congrès m’apparaissent importantes et devront être réparées dans les plus brefs délais si les onistes souhaitent réellement prendre le plancher des partis d’envergure au Québec en cessant immédiatement, entre autres, leurs petites chicanes de cuisine qui donnent déjà à ce « jeune » parti des allures de « vieux ».

Enfin, leur chef, élu par 97% des membres de son parti, devra sortir de son chapeau le nécessaire leadership qui lui permettra de rallier ses ouailles au bercail, particulièrement les jeunes, un des atouts majeurs entre les mains de JMA, qui ne sont pas réputés pour être très patients envers les petites querelles de famille stériles pas plus qu’envers un parti qui ne tolère pas la critique !

vigile.net tribune libre 3 avril 2013
quebechebdo 4 avril 2013

Les échecs, plus qu’un jeu

3 avril 2013

Les élèves de quatre écoles primaires de la commission scolaire des Navigateurs, sur la Rive-Sud, sont initiés aux échecs de la première à la sixième année… pendant les heures de classe.

Et, probablement dû à l’aspect compétitif de la guerre qui se déroule sur l’échiquier, ce sont les garçons qui sont les plus assidus et les plus motivés. Selon Mme Brigitte Lessard, une ancienne éducatrice en service de garde, passionnée par le damier, les échecs permettent aussi à des enfants qui éprouvent des difficultés à l'école de prendre davantage confiance en eux, surtout lorsqu'ils parviennent à vaincre un compagnon de classe qui réussit mieux qu’eux.

Enfin, une initiative intéressante qui fait appel à la logique et à la concentration à laquelle nous devons applaudir considérant particulièrement l’intérêt qu’elle suscite auprès des garçons, souvent laissés pour compte dans le choix que les écoles leur offrent comme activités …à part les sports.

Peut-être que les « penseurs » de la réforme scolaire pourraient s’en inspirer dans leurs réflexions!

quebechebdo 3 avril 2013
vigile.net tribune libre 13 avril 2013

La face cachée de François

2 avril 2013

À mon sens, l’élection de François, celui que plusieurs surnomment déjà le « pape des pauvres », risque de reléguer dans l’ombre les grands débats auxquels l’Église est confrontée au 21ième siècle, tels la pédophilie, la place de la femme dans l’Église, la contraception, l’avortement ou le célibat des prêtres.

Nul doute qu’un recentrage de la mission de l’Église catholique sur les démunis contribuera à mieux répondre au message d’amour et de charité légué par le Christ lors de son passage sur terre. Toutefois, si nous posons comme hypothèse le retour du Christ sur terre actuellement, quelle serait sa réaction face à l’institutionnalisation de la pauvreté comme elle se produit un peu partout dans le monde, y compris en Argentine, la terre natale de François?

Rappelons-nous les colères de Jésus-Christ contre les pharisiens ou les vendeurs du temple lorsqu’il s’est rebellé contre eux qui prétendaient au pouvoir religieux ou politique en gardant le peuple ignorant et asservi. Si, aujourd’hui, François se montre bienveillant envers les pauvres en allant à leur rencontre, que propose-t-il pour les sortir de leur misère à part la compassion?

quebechebdo 2 avril 2013
vigile.net tribune libre 2 avril 2013 (version modifiée)
cyberpresse.ca 7 avril 2013

Le lapin de Pâques…une belle légende

31 mars 2013

En fouillant dans certains écrits relativement aux différents symboles qui caractérisent la fête de Pâques, je suis tombé sur cette légende qui m'a beaucoup plu et que j'ai eu le goût de vous partager.

Selon la légende, la veille de la fête de Pâques, les lapins pondent des œufs colorés et des œufs en chocolat pour les enfants.

La fable veut qu’une femme sans le sou, qui ne pouvait offrir de chocolat à ses enfants, aurait caché des œufs décorés dans son jardin. À leur réveil, les enfants, apercevant un lapin, crurent que celui-ci avait pondu les œufs.

À partir de ce jour, à Pâques, les enfants fabriquaient un nid qu’ils mettaient dans le jardin en espérant que le lapin de Pâques le remplirait d’œufs de toutes les couleurs durant la nuit.

Joyeuses Pâques à toutes les lectrices et tous les lecteurs de Québec Hebdo!

quebechebedo 31 mars 2013

 

Le mot-caché…souveraineté

30 mars 2013

À part quelques rares déclarations publiques ou quelques envolées oratoires sur la question nationale devant des partisans déjà convaincus, on ne peut pas dire que le mot « souveraineté » fait partie du quotidien de Pauline Marois.

À titre d’exemple, mardi le 26 mars, devant les membres de la Chambre de commerce et d’industrie de la Ville de Québec, un auditoire qui contenait beaucoup de péquistes, la première ministre leur a livré un discours de huit pages sans prononcer une seule fois le mot souveraineté.

Et, pourtant, même si, en général, le discours souverainiste n’obtient pas souvent la cote devant les chambres de commerce, il me semble que, cette-fois-ci, les occasions de mettre l’option en valeur ne manquaient pas. Pauline Marois s’adressait, en effet, à un auditoire très sympathique aux critiques de son gouvernement contre les mesures de Flaherty sur la formation professionnelle et les fonds des travailleurs, deux mesures intrusives qui seraient contrées par un gouvernement souverain.

Et, au même moment où le mot-caché continue de briller par son absence dans la bouche de notre première ministre, le gouvernement du Parti québécois, qui s’était farouchement opposé à la loi 78, trouve opportun de se prononcer en faveur du règlement P6 qui oblige les manifestants à livrer leur itinéraire à l’avance et à se découvrir le visage.

À mon sens, les péquistes sont peut-être en train de faire un compromis de trop en bradant nos libertés d’expression en échange d’un moment de calme. Mais pire encore, en agissant de façon aussi laxiste, ils soufflent sur les braises de la crise, risquant de l’attiser, une conséquence qui, à mon avis, démontrerait l’échec du PQ dans ses négociations avec le étudiants.

En bref, le silence chronique de Pauline Marois sur l’option souverainiste de son parti, allié à des décisions pour le moins contestables de son gouvernement faisant preuve d’un recul par rapport à plusieurs de ses engagements pré-électoraux, n’augurent rien d’emballant ni de mobilisateur pour la promotion de la souveraineté du Québec, un concept qui semble caché derrière les coulisses du pouvoir !

vigile.net tribune libre 30 mars 2013
quebechebdo 1er avril 2013

Rencontre entre Einstein et Chaplin

30 mars 2013

J’ai découvert un jour cette réplique «croustillante» en feuilletant un de mes vieux bouquins :

«Ce que j’admire le plus dans votre art, dit Albert Einstein, c’est son universalité. Vous ne dites pas un mot, et pourtant, le monde entier vous comprend.

- C’est vrai, réplique Chaplin. Mais votre gloire est plus grande encore : le monde entier vous admire, alors que personne ne vous comprend.»

Comme le dit si bien le proverbe, le silence est d’or, la parole est d’argent. Pour le vérifier, rappelez-vous certaines conversations de salon où quelqu’un monopolise la tribune par ses savantes analyses autour de quelques personnes qui n’ont d’autres choix que d’écouter ou, plus souvent qu’autrement, d’avoir l’air d’écouter.

Chaplin, à travers son cinéma muet, esquissait des gestes, des regards, des attitudes qui devenaient compréhensibles devant un public de toute origine linguistique, tandis que Einstein s’évertuait à présenter à ses auditeurs des théories complexes et incompréhensibles dans des mots inconnus de la plupart des profanes.

En conclusion, peut-être aurions-nous avantage à ranger dans le placard nos vieilles rengaines souvent moralisatrices et à écouter les regards qui se dégagent des yeux de notre interlocuteur!

quebechebdo 30 mars 2013
cyberpresse.ca 2 avril 2013

La mauvaise touche

29 mars 2013

À mon sens, l’arrivée des calculatrices dans nos écoles a développé chez les jeunes une paresse intellectuelle perverse qui a pour effet de reléguer aux oubliettes les notions acquises dans le cadre de l’apprentissage des opérations mathématiques, le sens de l’effort étant encore une fois substitué par la tentation de la facilité.

À cet effet, je vais vous raconter une petite anecdote fort révélatrice qui s’est passée, au deuxième cycle du secondaire par une journée où je surveillais les élèves soumis à un examen de mathématiques.

Tout en me promenant dans les allées, je me suis arrêté devant un élève qui prenait sa calculatrice. Je lui ai alors demandé la raison, il m’a répondu qu’il devait vérifier la réponse à une opération qui consistait à multiplier 6X7. Après lui avoir demandé s’il connaissait la réponse, il m’a répondu par l’affirmative mais qu’il ressentait le besoin de s’en assurer.

Toutefois, au lieu de peser sur 6X7, il appuya sur une mauvaise touche, à savoir 5X7, faussant par conséquent la réponse. Plutôt que de se fier à lui, notre élève indiqua 35 comme réponse…Sans dire un mot, j’ai continué ma route tout en me disant que parfois, la calculatrice peut jouer des tours aux élèves au détriment de leurs acquisitions de connaissances auxquelles ils devraient se fier davantage!

Un élément important sur lequel les concepteurs de la réforme scolaire devraient se pencher devant les nombreuses critiques auxquelles elle est confrontée, au même titre que le retour à l’utilisation de la dictée comme processus d’apprentissage de notre langue maternelle.

quebechebdo 29 mars 2013
vigile.net tribune libre 13 avril 2013 

Lettre ouverte aux jeunes du Québec

26 mars 2013

Lorsqu’il m’arrive de parler de la carrière d’enseignant que j’ai exercée, je n’hésite jamais à la qualifier de « plus beau métier du monde ». En effet, le fait de demeurer en contact régulier auprès des jeunes m’a permis de conserver une partie de mon « cœur d’enfant » qui se traduit surtout par la spontanéité qui les caractérise et, en ce sens, je leur suis très reconnaissant pour cet apport inestimable.

Au printemps dernier, nous avons pu assister à une mobilisation sans précédent au Québec autour de jeunes qui ont manifesté dans la rue pour leurs droits en la justice sociale, appuyés en peu de peu de temps de milliers de citoyens de tous âges.

Aujourd’hui, je m’adresse à vous, les jeunes…Vous représentez l’avenir du Québec et ça, personne ne peut vous le revendiquer, c’est votre droit le plus légitime. Toutefois, associés à ce droit, s’accompagnent des devoirs, entre autres, de faire votre place dans les grands débats politico-sociaux, économiques et environnementaux auxquels le Québec est constamment confronté, dû en grande partie au régime politique fédéral de dépendance qui le maintient enfermé dans un carcan avilissant.

C’est Charles Aznavour, cet octogénaire au cœur encore jeune, qui résume assez bien, dans cet extrait de sa chanson intitulée « Sa jeunesse », la force de votre jeunesse et aussi les appels qu’il vous lance dans l’urgence d’agir avant qu’il ne soit trop tard :

« Lorsque l'on voit
Loin devant soi
Rire la vie
Brodée d'espoir
Riche de joies
Et de folies
Il faut boire jusqu'à l'ivresse
Sa jeunesse

Car tous les instants
De nos vingt ans
Nous sont comptés
Et jamais plus
Le temps perdu
Ne nous fait face
Il passe »

Sur un poster posé au mur d’un bureau que j’ai occupé pendant ma carrière, il était écrit : « N’oublie jamais qu’aujourd’hui est le dernier jour du reste de ta vie » Une pensée percutante en soi mais combien révélatrice d’une vérité à laquelle aucun être humain ne peut échapper.

En ce sens, je vous incite fortement, vous les jeunes du pays qui vous appartient, à adopter la philosophie de vie que traduit ce message et à « boire jusqu’à l’ivresse [votre] jeunesse » car « …jamais plus le temps perdu ne nous fait face, il passe »

quebechebdo 26 mars 2013
vigile.net tribune libre 26 mars 2013

L’éternelle jeunesse

24 mars 2013

Les écrits de Gilles Vigneault n’avaient jamais été réunis sous une même bannière. Eh bien, ce sera chose faite avec la publication en quatre volumes de ses œuvres aux Éditions du Boréal, les deux premiers, qui sortent ce printemps, regroupant 352 chansons.

À 84 ans, Vigneault n’a pas envie de faire partie des meubles ni d’adopter une attitude passéiste : « C’est ben beau considérer ce qu’on a fait, mais il faut que ça serve à aller plus loin ». Ce grand « rapaillage » de ses textes de chansons, de sa poésie et de ses contes est pour lui « une occasion de bilan » à laquelle il ne peut pas échapper.

Le pays, la nature, l’amour, le temps qui passe, Vigneault a exploité tous ces thèmes dans ses chansons qui ont traversé le temps sans rien perdre de leur beauté à travers des agencements de mots recherchés et de leur mélodie souvent entraînante qu’on ne peut s’empêcher de fredonner. Mais c’est surtout le désir de raconter des histoires, entre autres, celles des gens de son village, qui l’a mené directement à l’écriture. Au bilan, il est par-dessus tout fier de cette considérable galerie de personnages, de Jos Montferrand à Zidor le prospecteur en passant par Tante Irène et Jos Hébert.

Des personnages qui respirent la soif de vivre, telle qu’exprimée par Vigneault à Jos Montferrand dans cet extrait de la chanson qui porte son nom :

« Le cul s’l’bord du Cap Diamant, les pieds dans l’eau du St-laurent J’ai jasé un p’tit bout d’temps avec l’eau pis le firmament. Là Jos m’a dit : « Mon p’tit garçon, Ah ! si t’apprends bien ta leçon Tu viendras qu’ça sera pas long à faire des pas de cent pieds d’long » J’ai dit : « Jos, faut qu’ça décolle parc’que j’viens d’sortir d’l’école Puis qu’par ici passé vingt ans t’es gréyé pour perdre ton temps, Ah t’es gréyé pour perdre ton temps »

« Faut qu’ça décolle »…Des paroles emplies d’un désir ardent de « faire des pas de cent pieds d’long ». À cet effet, j’aimerais vous citer les paroles de Vigneault sur sa foi inébranlable en notre jeunesse lors d’une rencontre avec une journaliste dans son local de création, à Saint-Placide, près d’Oka :

« La jeunesse, c’est un projet. Je regarde les jeunes du printemps érable, on les voit bouger dans la rue, à la une des journaux et partout ailleurs. Ce sont des projets immenses, j’ai même envie de dire, des projets pleins de projets. Moi, j’ai eu des années de débandade, il y avait trop de choses qui venaient trop vite, il y avait trop d’avenir, trop d’allant, il restait trop de chemin à faire. On avance au début à la course, puis on ralentit le pas et on réalise qu’il est bon de choisir et de faire une chose à la fois. »

Le « chansonnier qui aurait voulu être un poète » espère avoir quelquefois réussi à créer « un petit éclat de miroir à saisir »…eh bien, à mon avis, Vigneault nous a légué beaucoup plus qu’un petit éclat de miroir, c’est toute une mosaïque de poèmes finement ciselés qu’il nous invite, non seulement à contempler mais surtout à en saisir les messages.

vigile.net tribune libre 24 mars 2013
quebechebdo 24 mars 2013 "Vigneault, l'éternelle jeunesse"

Commentaire:

16 juillet 2010 | Nestor Turcotte – Matane |

"Il est grand parce qu'il est humble. Il est le très haut parce qu'il est le très bas. Il est beau parce que c'est beau par en dedans. Il est le géant entre tous parce qu'il se sait petit parmi les siens. Il choisit ses mots pour parler et chante pour les faire danser. Il gesticule pour expliquer et il sourit pour rassurer. Il est debout dans l'azur bleu et il s'élève pour emporter le coeur de chacun par en avant. Il a le regard de jeunesse comme pour faire oublier sa vieillesse. Il embrasse le temps qui passe et il le tire par en avant.

Il est unique. Il est ce qu'il est, sans fard, sans artifice. Il est le
fruit du mûrissement. Du long silence qui trace les chemins non encore empruntés. Il a le coeur à l'ouvrage. Tendu vers on ne sait quel rivage. L'horizon est son terrain d'apprentissage ; la terre, son labour quotidien; le Québec, son pays rêvé. Il ne craint pas de le dire. Il le chante ; il le crie ; il le répète comme un refrain appris sur les vagues de sa terre perdue aux multiples visages. Il est assurance, rocher, phare et guide endiablé. Il est monument vivant, geste mesuré, poésie chantée.

Jeunesse du coeur 

Il vient de la mer. Il vient du large. Il connaît le vent, la tempête, les soucis, les ancrages. Il se sait matelot, conquérant, fils des grands bois, des matins sans nuages comme des bourrasques de vent venues d'un lointain paysage. Il a sur son visage les traits d'un grand sage. Il a dans son regard des attentes encore à l'état sauvage ; il a la jeunesse des coeurs nouveaux, la tendresse de l'enfant qui tend les bras, les flots des mots mesurés et la cadence apprise au contact des grands maîtres maintes fois
fréquentés.

Il chante ses chansons comme des poèmes à réciter et il chante ses poèmes comme des chansons à répéter. Il parle de ses hivers trop longs, des étés trop courts, des soirées à danser à la maison. Il parle des hommes et des femmes de chez lui qu'il nomme par leur nom ; il cause sur les perrons d'église et en fait une chanson. Il est dans le réel. Il a le goût de fonder. Il a, au bout de lui-même, la main tendue de la liberté. Il attend de ceux qui l'écoutent la chaîne de l'amitié. Il attend d'être confirmé.

L'homme est un tout. Il est de la mer, de la terre et du ciel. Il est du dedans et du dehors. Il est en dedans ce que l'on voit dehors. Il est au dehors ce qui est par dedans. C'est pourquoi il est l'homme éternel."

vigile.net tribune libre 24 mars 2013