Parlement de Québec, mardi le 11 avril ’93

22 mars 2013

Lors de ses recherches pour composer son recueil de correspondance amoureuse entre Pauline Julien et Gérald Godin, l’auteure, Pascale Galipeau, a fait « une découverte, quasiment archéologique », à savoir d’autres lettres de Gérald dont elle ignorait l’existence et qui constitue un apport substantiel « par tout le contexte de la Révolution tranquille…un passage bouillonnant de l’histoire du Québec ».

Parmi ces lettres, j’ai pensé vous offrir un extrait de l’une d’elles qui, malgré qu’elle date de 20 ans, serait encore aujourd’hui tout à fait d’actualité, à preuve qu’en politique, les chemins empruntés sont souvent tortueux et cahoteux.

« …Ici, au Parlement, les libéraux vont déposer d’ici quelques jours un projet de loi qui permet l’affichage en anglais. C’est tellement ridicule de rouvrir encore une fois le dossier de la langue que les gens sont désespérés – après 15 ans de la loi 101. Tout le monde a le sentiment de perdre son temps et il n’y a rien de plus corrosif. On piaffe tous d’impatience pour les élections. Ryan et Bourassa se pourlèchent les babines et espèrent récupérer le vote des Anglais. Mais je crois qu’ils se mettent le doigt dans l’œil. Tant que les Québécois ne seront pas plus sur la pente glissante de l’assimilation, les Anglais du Québec vont préférer rester dans leur ghetto, même au point de vue électoral. De plus en plus, nous croyons qu’il faut une élection dans moins d’un an, c’est-à-dire au printemps ’94, pour répéter l’histoire de 1976. Mais seul Bourassa est maître de la situation. Il faudrait envisager la mise en place d’un référendum d’initiative populaire pour que le peuple décide quand il y a des élections au Québec. J’ai l’intention d’en faire une proposition pour la plate-forme électorale du PQ. Il faut renouveler les institutions et les mœurs électorales si l’on veut que la jeune génération s’intéresse à la politique, mais sans se mettre la tête sur le billot non plus. Beau problème de quadrature du cercle. Mais il faut toffer, toffer, toffer et gagner à la prochaine occasion… »

C’est Napoléon Bonaparte qui disait : « Bien analysée, la pensée politique est une fable convenue, imaginée par les gouvernants pour endormir les gouvernés. » À regarder les décennies s’écouler dans notre « merveilleux » monde politique, je serais porté à penser que certains de nos politiciens ont développé des talents d’hypnotiseurs ! D’en haut, j’ai bien l’impression que Gérald Godin doit se dire, qu’avec de tels manipulateurs au pouvoir, ce n’est pas pour demain que les institutions et les mœurs électorales seront renouvelées et que, de la sorte, « la jeune génération s’intéresse à la politique » !

vigile.net tribune libre 22 mars 2013
quebechebo 23 mars 2013

Chapeau à Diane De Courcy

21 mars 2013

Il est plutôt rare que je prenne position pour une mesure défendue par le Parti québécois ! Mais, dans le cas du libre choix scolaire pour les familles des militaires, je dois reconnaître un certain leadership de la ministre responsable de la Charte de la langue française, Diane De Courcy, qui justifie sa volonté de ne plus permettre aux enfants de militaires francophones de fréquenter l’école anglaise, « un passe-droit inacceptable », a déclaré la ministre en commission parlementaire le 20 mars.

D’entrée de jeu, la ministre a d’abord reconnu que le retrait de l’exemption à la loi 101, accordée aux militaires depuis 30 ans, « n’est pas une question de survie de la langue française ». « Il s’agit surtout d’une question d’équité », a-t-elle affirmé. Bon an mal an, 700 enfants de militaires francophones ont recours à cette disposition leur permettant de fréquenter l’école anglaise. Or, cette exemption, qui devait être temporaire, ne l’est plus, plaide le gouvernement, puisque 74 % de ces élèves terminent leurs études secondaires au Québec, selon des chiffres rendus publics mercredi.

Avec le temps, cette exemption s’est aussi transformée en « droit permanent » puisque des militaires peuvent utiliser cette disposition pour acquérir pour leur descendance le droit de fréquenter l’école publique anglaise, que leurs enfants ou petits-enfants soient dans l’armée ou non. Rappelons que la loi 101 prévoit qu’un enfant francophone peut fréquenter l’école anglaise si un de ses parents a été scolarisé dans la langue de Shakespeare. De plus, en vertu de règles adoptées il y a trois ans, un parent peut aussi réclamer le droit permanent pour son enfant de fréquenter le réseau scolaire anglophone après qu’il eut notamment complété trois années de scolarité dans une école anglaise. Depuis octobre 2010, 376 demandes en ce sens ont été déposées au ministère de l’Éducation, qui n’a pas le choix de les accepter en totalité ou presque si la loi ne change pas. « À mes yeux, il s’agit d’une forme d’école passerelle. Avoir un privilège, par le titre ou par le porte-feuille, ne doit pas être accepté », a déclaré Mme De Courcy, avant d’ajouter que les arguments entendus jusqu’à maintenant pour justifier le maintien de l’exemption « ne tiennent pas la route ».

De leur côté, le Parti libéral et la Coalition avenir Québec [faudrait-il s’en étonner ?…] réclament le maintien de l’exemption. Or, est-il utile de le rappeler, le gouvernement péquiste, qui est minoritaire, a besoin de l’appui d’au moins un des deux principaux partis d’opposition pour faire approuver ces modifications à la loi 101. J’espère que cette fois-ci, le gouvernement péquiste ne pliera pas devant l’argument minoritaire de son statut et qu’il maintiendra sa position peu importe les résultats du vote. À suivre…

vigile.net tribune libre 21 mars 2013
quebechebdo 22 mars 2013

La parole aux enseignants

19 mars 2013

La réforme scolaire n'a pratiquement servi à rien, selon 427 enseignants du primaire et du secondaire interrogés dans le cadre d'une recherche menée au début 2012 à l'Université Laval par les chercheurs Jean-François Cardin et Érick Falardeau.

Résultats : une forte majorité d'enseignants ne croient pas que la réforme a permis aux élèves de mieux apprendre (69 %), de mieux réussir (72 %), d'être plus motivés (69 %), plus outillés (58 %), plus disciplinés (88 %) ou plus autonomes (69 %). Pour éviter tout biais négatif, les chercheurs ont même pris la peine de formuler de façon positive les énoncés soumis aux enseignants, qui ont toutefois été loin d'y acquiescer. En ce qui a trait aux enseignants du secondaire, ils sont particulièrement sévères envers la réforme, puisqu'ils sont en désaccord avec les affirmations précédentes dans une proportion qui dépasse souvent les 80 %.

«Ce sont des données très fortes pour nous. La différence avec le secondaire est hyper marquée», souligne M. Falardeau. Les chercheurs n'y voient toutefois rien d'étonnant puisque au départ, le renouveau pédagogique a été davantage conçu pour le primaire, où l'organisation de la classe permet davantage de flexibilité.

En ce qui a trait aux élèves en difficulté, qui étaient au coeur de cette réforme ayant pour objectif de réduire le décrochage scolaire, le verdict des enseignants est tout aussi sévère puisque 81 % d’entre eux ne considèrent pas que les élèves faibles deviennent forts ou s'améliorent depuis l'arrivée de la réforme, et 83 % croient plutôt que les élèves faibles continuent de l'être.

Les enseignants ne croient pas non plus que l'intégration des élèves en difficulté dans les classes régulières a été un succès. Au contraire, 75 % considèrent que cette intégration a fait fuir les élèves plus forts vers le réseau privé ou les programmes d'éducation internationale du réseau public (83 %), alors que 68 % estiment que cette intégration n'a pas permis aux élèves faibles de s'améliorer.

Concernant la maîtrise du français, les réponses ne sont guère plus reluisantes. Les enseignants interrogés considèrent que depuis la réforme, les élèves ne maîtrisent pas mieux la lecture (66 %), l'orthographe et la grammaire (77 %) de même que l'écriture (58 %). Seule note positive au tableau, 61 % des profs estiment que les élèves sont meilleurs en communication orale.

À la lumière des résultats pour le moins « inquiétants » qui ressortent de cette recherche, ajoutés à toutes les données antérieures qui ont été publiées depuis plus des quelque dix années qui ont donné naissance à la réforme scolaire, je me demande sérieusement si les « penseurs » du ministère et la ministre ne devraient pas s’asseoir avec des enseignants qui ont vécu, voire survécu, cette « supposée réforme », qui devait être la panacée aux problèmes de nos élèves, pour remettre les pendules à l’heure, à savoir mettre sur pied une approche pédagogique qui favorise prioritairement l’acquisition des connaissances, objectif qui demeure toujours, à mon sens, le but premier de l’école.

quebechebdo 19 mars 2012
vigile.net tribune libre 19 mars 2013

Commentaire:

"Monsieur Marineau,

J'enseigne le français et la littérature dans un cégep des Basses
Laurentides dont le département de français compte près de 60 professeurs. Nous sommes unanimes, tous âges confondus, à penser comme les enseignants du secondaire dont vous parlez dans Vigile (La parole aux enseignants). Nous constatons le résultat véritablement catastrophique de l'enseignement au secondaire depuis au moins cinq ou six ans : pratiquement aucune connaissance, même minimale, de la littérature; carences nombreuses en syntaxe et en grammaire; vocabulaire limité et, quant à l'expression de concepts, carrément déficient voire nul.  Sous la pression du MELS, nous bricolons cours de rattrapage après cours de mise à niveau, comme si l'on pouvait, en 60 heures, compenser ce qui n'a pas été fait en onze ans d'école.  Bref, le système s'amuse à pelleter par en avant, et encore, à la cuillère.  Encore un pas et il faudra un bac pour pour obtenir l'équivalent d'un DEC.  La situation n'est d'ailleurs pas meilleure en histoire, en géographie et même, paraît-il, en sciences, mais je n'ai pas vérifié quant à ce dernier point.

Forcément, sauf à causer un scandale, nos exigences rétrécissent quelque peu, et même beaucoup, au lavage…  La véritable solution consisterait justement à le provoquer, ce scandale, et ainsi engager un bras de fer avec le MELS, mais la plupart des enseignants et, surtout, les gestionnaires des cégeps, du primaire et du secondaires sont aussi peu contestataires que possible.  S'adresser au public par la voie des journaux? Nous sommes quelques-uns à avoir tenté l'aventure depuis l'adoption de l'approche par compétences (1993) et de la pédagogie du savoir-faire au détriment du savoir d'abord: même le sacro-saint Devoir a presque toujours refusé de publier nos doléances, même documentées, fussent-elles signées par plusieurs dizaines d'enseignants : il ne faut pas mettre en doute la doxa
(idem pour l'actualité économique, militaire et politique internationale)." 

Raymond Poulin
19 mars 2013

Regarder vers l’avenir

18 mars 2013

Aubert Caron-Guillemette avait à peine 15 ans et sa copine Caroline Dubé venait de fêter ses 16 ans lorsque, en 2007, Aubert a appris qu’il était atteint d’une leucémie. À la suite de traitements de chimiothérapie à fortes doses, le malheur a fait que l’adolescent s’est retrouvé paralysé jusqu’au cou : « Je n’étais même pas capable d’écrire, mais heureusement, après six ou sept mois, j’ai retrouvé des sensations jusqu’à mes abdominaux et je peux maintenant utiliser mes bras normalement. »

Le courageux jeune homme a donc poursuivi ses traitements et sa réhabilitation tout en terminant du même coup sa cinquième secondaire, si bien qu’il étudie aujourd’hui en psychologie à l’université Laval alors que Caroline travaille comme designer d’intérieur.

En septembre 2012, lorsque Aubert a obtenu la confirmation que la guérison de sa leucémie était complète, il en profita pour demander à Caroline de devenir sa fiancée. Pour le couple qui vient de terminer une lutte de cinq ans contre la maladie, le mariage revêt un symbole d’une grande intensité. Pour Caroline, le mariage devient « une façon de souligner la fin de ce long périple, une manière de passer à autre chose, de regarder vers l’avenir. »…un avenir que je leur souhaite empli de petits bonheurs qu’ils ont bien mérités! 

quebechebdo 17 mars 2013

Une époque révolue

16 mars 2013

Les familles des militaires demandent de conserver leur libre choix scolaire dans le cadre du projet de loi 14, plusieurs d'entre elles craignant pour l'avenir de leurs enfants le jour où ils seront mutés hors du Québec, d’autant plus que les intéressés connaîtront leur nouvelle affectation d'ici deux semaines, un calendrier serré qui contribue sans doute à exacerber les sentiments de crainte devant l'inconnu.

Quant à la Défense nationale, elle ne fait rien pour atténuer les appréhensions des familles en cause en manifestant un certain malaise devant l'action de ces parents francophones, en refusant, entre autres, de s’ingérer dans le débat linguistique québécois [une attitude de « je m’en lave les mains »], alléguant habilement que ce sont les parents qui détiennent la responsabilité de l’éducation de leurs enfants.

À titre de rappel, ce privilège avait été accordé par René Lévesque et Camille Laurin en 1977, les auteurs de la loi 101 reconnaissant, de façon « politically correct », les devoirs des militaires et les sacrifices imposés à leur famille.

À mon sens, cette époque est révolue. Rappelons d’abord que la Charte des droits de Pierre Elliott Trudeau a contraint les provinces à offrir l'éducation en français partout où le nombre le justifie, une obligation confirmée plus tard par la Cour suprême. Sur les 25 bases de l'armée, de la marine et de l'aviation que compte le pays, 24 disposent maintenant d'un enseignement en français, généralement jusqu'à la fin du secondaire.

Le régime d'avantages sociaux de la Défense nationale prévoit même une indemnité d'études, s'ils doivent envoyer leurs enfants étudier dans une autre localité, et ce, jusqu'à la fin du secondaire. Les militaires reçoivent même l'appui de leur employeur. Chaque famille reçoit avec son avis de déplacement un dossier d'accompagnement donnant les coordonnées des écoles françaises à proximité de sa résidence, lesquelles sont facilement accessibles sur le site Navigateur familial des Forces armées.

En réalité, face à un tel progrès dans les services offerts à ces familles contestataires, l'attitude de certains parents d'ici envoie un très mauvais message aux communautés francophones hors Québec qui se sont battues bec et ongles pour obtenir leurs écoles. Un minimum de respect envers elles s’impose. Qu’y-a-t-il de plus insultant, pour elles, que de voir des Québécois francophones leur passer sous le nez, dans un autobus scolaire, pour se rendre dans une école anglaise alors que la survie de ces communautés dépend très souvent des nouveaux arrivants?

En fait, si le gouvernement accepte l'exception militaire, n’y-a-t-il pas danger de l'étendre aux autres francophones qui seraient appelés à travailler un jour hors du Québec dans quelque profession que ce soit? Il appartient maintenant à nos politiciens de rappeler à TOUS les résidents québécois qu’ils doivent accepter les conséquences de vivre dans un État où le français est la langue officielle.

quebechebdo 16 mars 2013
vigile.net tribune libre 16 mars 2013

François 1er, le pasteur dans un château doré

14 mars 2013

Les cardinaux ont innové dans la continuité : l’Argentin Jorge Mario Bergoglio, 76 ans, devient le premier non-européen à diriger l’Église catholique. Les premiers échos font état d’un Jésuite austère, considéré comme modéré et de tendance réformiste. Conservateur et réformiste, il n’y a qu’au sein de l’Église qu’on retrouve pareil personnage. On le dit timide et à la parole rare, humble et aimant garder un profil bas, ce qui ne laisse pas entrevoir de grandes campagnes de communication du Vatican. Celui qui était jusque-là archevêque de Buenos Aires soutient une doctrine conservatrice en matière d’avortement, d’euthanasie, de contraception, d’ordination des femmes et d’homosexualité.

Toutefois, là où la rupture pourrait être plus frappante, c’est dans son approche aux gens. On le dit très près de la population, en particulier des pauvres. Leur défense a d’ailleurs toujours guidé son action. L’homme a même vendu la limousine qui lui servait pour redonner aux moins fortunés. Depuis, il se déplaçait toujours en transport en commun dans la capitale argentine. On le décrit comme un habile négociateur qui n’hésite pas à s’opposer aux personnalités politiques sur différents sujets.

Lors de sa première allocution devant les milliers de fidèles rassemblés sur la Place Saint-Pierre, il a leur demandé humblement de prier pour lui, des paroles rassembleuses qui ont eu l’heur de susciter un sentiment de proximité avec la foule.

Simple et humble aux dires de tous, il a la réputation de détester les carriéristes de l’Église. Il a durant sa carrière ecclésiastique toujours refusé les promotions offertes, préférant s’occuper de ses ouailles sur le terrain plutôt que de s’exiler à Rome. Évoquant les problèmes financiers du Vatican et les réformes internes nécessaires, un cardinal cité à son sujet mentionnait « que dans quatre ans sous Bergoglio, on ne reconnaîtra plus la Curie ». Ce qui n’est pas peu dire et se veut rafraîchissant.

La grande question réside maintenant dans la difficulté à laquelle sera confronté le pape François, dont le nom, selon certains analystes, se veut un rapprochement avec François d’Assise, à savoir de concilier sa mission de pasteur avec sa vie pontificale à l’intérieur d’un château doré.

Comment l’ex-archevêque de Buenos Aires arrivera-t-il à réformer la Curie romaine devant l’imposant lobby ecclésiastique qui la compose? Mais surtout, comment le « pasteur » parviendra-t-il à descendre de son trône papal et à se rendre dans la rue à la rencontre de ses fidèles? Des défis ardus mais ouvrant des portes intéressantes pour l’avenir d’une Église plus humaine et plus apostolique.

quebechebdo 14 mars 2013
vigile.net tribune libre 14 mars 2013
cyberpresse.ca 15 mars 2013 "Conclave 2013"

L’art de réinventer la roue

11 mars 2013

La réforme scolaire a fait couler beaucoup d’encre au cours des dernières années. Or, contrairement à ce qu’on pourrait croire, le "renouveau pédagogique" n’a pas changé grand-chose dans l’enseignement du français au secondaire, révèle une vaste enquête réalisée dans les écoles du Québec. La traditionnelle dictée et les exercices de grammaire y sont toujours présents.

Voilà l’une des conclusions tirées de l’enquête intitulée "État des lieux de l’enseignement du français", réalisée par Suzanne-G. Chartrand et Marie-Andrée Lord, professeures à la Faculté des sciences de l’éducation de l’Université Laval, en collaboration avec le Conseil supérieur de la langue française.

Selon Mme Chartrand, qui se spécialise en didactique du français, il n’existe "aucune preuve scientifique de l’efficacité de la dictée". Les élèves qui en arrachent en français ne deviendront pas meilleurs en multipliant les dictées. "C’est loin d’être la panacée. Il y a des exercices beaucoup plus utiles… L’important est surtout d’expliquer aux élèves comment se corriger eux-mêmes afin qu’ils apprennent à réfléchir et à comprendre les règles de grammaire, plutôt que de bêtement les mémoriser… On a proposé des changements parce que les résultats escomptés n’étaient pas au rendez-vous", affirme-t-elle, en rappelant les lacunes des élèves en français.

Et maintenant que les changements proposés par la réforme ont été mis à l’épreuve, est-ce que les "résultats escomptés" sont au rendez-vous ? Les résultats mitigés des élèves de cinquième secondaire aux examens de français du ministère me laissent plutôt perplexe.

Pourtant, selon les résultats tirés de l’enquête, 40 % des enseignants déclarent avoir eu recours à la dictée environ une fois par mois. À mon sens, ce faible pourcentage d’enseignants utilisant la "traditionnelle dictée" [une connotation péjorative à peine voilée des auteures] pourrait être en partie responsable de la mauvaise qualité du français de nos élèves québécois, d’autant plus que le programme d’études n’en fait même pas mention.

Au cours de ma carrière de 32 ans dans le monde de l’éducation, dont 27 dans l’enseignement du français au secondaire, j’ai dû passer à travers l’implantation de 4 ou 5 nouveaux programmes et, à chaque fois, à la lecture du contenu de ces programmes, je me demandais s’il n’y avait pas quelque part dans une Tour à Québec, des fonctionnaires qui s’évertuaient à réinventer la roue en tentant, par tous les moyens, de trouver des failles à l’utilisation de la dictée comme mode d’apprentissage de notre langue maternelle.

À mon avis, la dictée, pour autant que le professeur laisse du temps à ses élèves pour se corriger et qu’il insiste sur la "compréhension" des phénomènes grammaticaux "plutôt que de bêtement les mémoriser", demeure un instrument privilégié d’apprentissage du français. Après tout, n’est-ce pas "en forgeant qu’on devient forgeron" de la même manière que c’est en écrivant qu’on apprend à écrire ?

vigile.net tribune libre 11 mars 2013
quebechebdo 11 mars 2013
Le Soleil 17 mars 2013 (version abrégée)

Leclerc de l’Île

10 mars 2013

J’ai toujours considéré Félix Leclerc comme le pionnier de la chanson québécoise en plus d’être devenu un de ses premiers ambassadeurs outre-mer…et ce n’est pas sans raison que le p’tit gars de l’Île d’Orléans m’a autant marqué.

En effet, je me rappelle que dès ma prime jeunesse, lorsque notre famille entreprenions notre périple vers notre chalet dans le comté de Portneuf, les cinq enfants, mon père, ma mère, mon grand-père maternel et deux de mes tantes qui vivaient avec lui, cordés comme des sardines, mon père, profitant d’un rare moment de silence, se mettait à chanter le P’tit bonheur, le trémolo dans la voix, et avec quel envoûtement j’étais fasciné par les paroles de cette chanson et le plaisir que mon père éprouvait à nous la chanter.

Beaucoup plus tard, lorsque, à mon tour, je suis devenu père, il m’arrivait, à l’occasion, de refaire le même scénario lors de certaines randonnées en famille avec mes deux filles qui m’écoutaient religieusement et qui, encore aujourd’hui, se rappellent de ces instants privilégiés.

Or, un jour que je m’étais rendu sur l’Île comme il m’arrive souvent de le faire pour y retrouver le calme qui s’en dégage, assis sur un banc au quai de Sainte-Pétronille, devant la rive sud, le Saint-Laurent nous séparant, la muse me souffla ce petit poème intitulé « Au bout de l’Île » que je vous offre avec simplicité :

Au bout de l’île d’Orléans
Devant le fleuve Saint-Laurent
Tournoyant en reflets d’argent
J’entends le chant des goélands

Sur l’autre rive curieux mariage
De vert côtoyant l’usinage
Le temps sur son infâme passage
Ayant brisé le pâturage

Au loin un paquebot fend l’eau
Du fleuve qui porte sur son dos
La marée noire du cargo
Enfouie dans son lourd tombeau d’eau

Mon regard se porte à nouveau
Sur l’élégant mouvement de l’eau
Je le reçois comme un cadeau
Du matelot venu d’en haut

Par un après-midi d’automne
En revenant par le pont de l’île
Je me suis rappelé Leclerc de l’île
Comme l’homme que toujours on fredonne

De chaque côté du Saint-Laurent
Mon regard se porte à nouveau
Sur l’élégant mouvement de l’eau
En arrière-plan l’île d’Orléans

quebechebdo 10 mars 2013
vigile.net tribune libre 10 mars 2013

Le p’tit gars de La Motte n’occupera pas le siège de Saint-Pierre

8 mars 2013

Il y a quelques jours à peine, le cardinal Marc Ouellet se retrouvait parmi les plus sérieux candidats à prendre la succession de Benoît XVI. Aujourd’hui, il est placé sur la liste noire des soutanes rouges.

Rétablissons d’abord les faits. Le journal britannique The Telegraph affirme que le départ à la retraite du cardinal Keith O’Brien, le plus haut responsable religieux catholique britannique, aurait été soigneusement planifié pour passer sous le tapis les écarts sexuels de Son Éminence d’Écosse. Le grand magicien derrière ce coup de théâtre fomenté il y a cinq mois ne serait nul autre que le cardinal Marc Ouellet. Précisons d’emblée que le journal ne fournit aucune preuve, qu’il suppose d’un bout à l’autre de l’article au sujet du Québécois qui n’y est mentionné qu’une seule fois…une fois de trop !

Qu’il ait trempé ou non dans ce mensonge n’a pas d’importance pour la suite des événements. Dans un calendrier ecclésiastique si court devant mener au couronnement, Marc Ouellet n’aura pas la chance de prouver son innocence. À l’opposé, l’accusation n’aura pas plus de temps pour démontrer sa culpabilité. Mais la simple suspicion, la moindre odeur de possibilité d’implication dans l’affaire disqualifie directement le cardinal québécois. Malheureusement pour ses partisans, l’odyssée papale du cardinal Ouellet vient de prendre fin. La campagne électorale du pré-conclave bat son plein et, tout comme dans nos « bonnes vieilles campagnes électorales », il s’est trouvé des détracteurs pour éliminer de la course le p’tit gars de La Motte.

À sa défense, si l’hypothèse s’avérait fondée, Marc Ouellet n’est pas un simple cardinal, c’est d’abord et avant tout le préfet de la Congrégation pour les évêques et un membre de la Congrégation pour la doctrine de la foi. En termes simplifiés, le Québécois est responsable de chaque diocèse de la planète, il décide de l’ensemble des nominations d’évêques dans le monde.

De plus, amoureux de son Église comme il l’est, dévoué corps et âme comme il l’a toujours été, il ne serait pas surprenant que le cardinal Ouellet ait mis tout en œuvre pour préserver jusqu’à la mort l’aura et l’image de cette institution dont il est un des plus grands représentants. À cet effet, je vous réfère à deux ouvrages écrits par Marc Ouellet qui démontrent à quel point il est empreint viscéralement d’un côté mystique débordant : Marc Ouellet, Dieu plus merveilleux que les rêves, Éditions Anne Sigier, 2004 Marc Ouellet, Divine ressemblance, Éditions Anne Sigier, 2006

Ceci étant dit, une question se pose : l’Église catholique d’aujourd’hui doit-elle désigner un tel type de personnage pour faire face aux problèmes qu’elle vit ? Serait-elle plutôt prête à recevoir un pasteur de terrain qui invite son clergé à sortir de son presbytère et descendre dans la rue pour y rencontrer ses paroissiens ?

Le conclave débutera dans quelques jours. Que faut-il en espérer ? En ce qui me concerne, j’espère qu’un vent de renouveau soufflera sur l’Église et qu’à l’instar de Jean XXIII, ce pape de 78 ans que les experts avaient qualifié « de transition », qui, trois mois seulement après son élection en 1958, annonça la tenue d’un concile qui a remis, pendant plusieurs décennies, l’Église catholique sur ses rails, à savoir sur le terrain des fidèles.

Si la conjoncture mondiale des années ‘50 appelait la tenue d’un concile pour réformer l’Église, cela est tout aussi approprié en ce début de XXIe siècle. Puisse l’élection d’un nouveau pape être l’élément déclencheur d’une réforme en profondeur de cette Église !

vigile.net tribune libre 8 mars 2013
quebechebdo 9 mars 2013

Commentaires:

"Je pense que cette Église, loin des Évangiles et du monde contemporain, doit retrouver la modernité en se dépouillant de toute cette mascarade moyenâgeuse et se donner pour mission, non pas d'enseigner la doctrine catholique, mais de témoigner des évangiles en suivant les consignes données par celui qui en est leur maître, Jésus de Nazareth. Retrouver la foi de l'itinérant qui le mène dans les sentiers où les humbles, les blessés de la vie, les oubliés les y attendent. La véritable église devrait se présenter à l'inverse des paradigmes de nos gouvernements. Les plus élevés dans les fonctions ecclésiales devraient se retrouver au plus bas de l'échelle et les plus petits retrouver une place de choix. Il y aurait moins de candidats pour vouloir occuper les plus hautes fonctions. Les luttes de pouvoir se feraient rares.

Heureusement qu'il y a une Église qui n'attend pas que le Vatican change pour témoigner de sa foi à travers des engagements au service de la justice, de la vérité, de la solidarité et de la compassion.

Merci, M. Marineau, pour ce partage."

Oscar Fortin
vigile.net tribune libre 9 mars 2013

"Monsieur Marineau, Et souhaitons qu'il ne le devienne pas. Le Cardinal Ouellet peut occuper de très ''hautes fonctions'' mais pas celle de chef de l'Eglise. Son passage à Québec nous le démontre. Vous avez raison: remettre l'Eglise ''sur ses rails''. Et, surtout,donner l'exemple car ce que nous lisons et écoutons concernant le Vatican et ses jeux de ''coulisse'' n'est pas très édifiant. Sans parler des scandales, les connus et…les inconnus. Que de sagesse et de lucidité dans votre chronique. Merci! Suzanne Leblond, Québec"

quebechebdo tribune libre 9 mars 2013

Le PQ en mode survie

8 mars 2013

Je commencerai cet article par un extrait de l’opinion de M. Hubert Baril, parue dans le Devoir du 7 mars sous le titre « Le cul-de-sac du Parti québécois » :

« Le Parti québécois repose historiquement sur deux grandes idées : l’indépendance du Québec et la défense ou l’expansion de sa sociale-démocratie. Exception faite de quelques flirts avec le centre, le PQ a toujours été un parti souverainiste de centre gauche. C’est encore ainsi qu’il se définit aujourd’hui. Malheureusement, ces deux projets n’ont plus beaucoup d’attraction auprès de l’électorat. L’appui à la souveraineté stagne sous les 40 % depuis des années. La réalité économique et les finances publiques du Québec rendent impossible une expansion du modèle québécois. Elles forcent même sa révision en profondeur. Les deux grands rêves du PQ sont à bout de souffle… À défaut de proposer un projet qui nous inspire et qui nous dépasse, le parti semble être devenu le dernier refuge des angoisses existentielles du Québec… La réalité est que le Parti québécois tourne en rond parce qu’il n’a nulle part où aller. »

Pourtant, un parti, Option nationale, sous la gouverne d’un homme intègre et convaincu [voire même convaincant], Jean-Martin Aussant, a adopté une plateforme qui nous propose « un projet qui nous inspire et qui nous dépasse », qui nous fera sortir définitivement du « dernier refuge des angoisses existentielles du Québec » et nous ouvrira enfin la voie vers l’accession à notre statut de pays.

À cet effet, je n’ai pas pu trouver meilleur exemple que de vous citer le premier chapitre de la plateforme d’ON qui, avec clarté et diligence, nous présente des moyens concrets et réalistes dont nous devons obligatoirement disposés pour nous défaire du carquois fédéral en enfin prendre notre élan pour aboutir à notre indépendance :

« L’avenir du Québec passe par les Québécois eux-mêmes. Cela implique que nous puissions prendre nous-mêmes toutes les décisions importantes quant à notre développement collectif. Or, nous sommes actuellement soumis à un système fédéral dans lequel un gouvernement composé aux trois quarts d’élus non québécois nous impose ses lois, perçoit nos impôts et signe en notre nom les traités qui nous lient aux autres nations du monde. Cet état de fait contredit notre liberté de choisir selon nos intérêts. Le Québec devra se contenter d’être autre chose que lui-même tant que sa souveraineté ne sera pas totale sur son territoire.

En conséquence, dans un premier mandat, un gouvernement d’Option nationale : 1.1 Fera en sorte que toutes les taxes, toutes les contributions et tous les impôts payés sur le territoire québécois soient dorénavant perçus par le gouvernement du Québec. La redistribution éventuelle à d’autres instances sera assurée par le gouvernement du Québec, selon les responsabilités respectives reconnues par le gouvernement du Québec ; 1.2 Fera en sorte que toutes les lois qui régissent les citoyens du Québec soient votées par l’Assemblée nationale du Québec. Cette dernière se réservera le droit d’amender toute loi existante qui concerne le Québec afin qu’elle corresponde mieux à la société québécoise, réaffirmant par le fait même la légitimité démocratique de notre seul parlement national. Une table de travail sera mise sur pied avec les nations autochtones du Québec afin de remplacer la Loi sur les Indiens fédérale par un cadre légal et coopératif qui correspondra mieux à leurs aspirations ; 1.3 Fera en sorte que tous les traités qui lieront les Québécois aux autres nations du monde soient signés par le gouvernement du Québec. Le Québec respectera le principe de présomption de succession pour les traités existants et négociera directement tout nouveau traité qui l’engagera auprès d’autres pays ; 1.4 Fera en sorte qu’une Constitution du Québec soit écrite avec la plus grande participation possible de la population du Québec, accompagnée d’experts en la matière, et qu’elle soit ultimement entérinée par le biais d’un référendum. Cette Constitution contiendra notamment une déclaration de souveraineté du Québec, de même que la reconnaissance de valeurs fondamentales telles que l’égalité homme-femme, la justice sociale, le bien-être des aînés, la protection de la langue française, la laïcité des institutions et le respect rigoureux des principes de développement durable. »

Telle est, à mon sens, une stratégie gagnante qui a toutes les chances de réussir auprès des Québécois de toute allégeance parce qu’elle repose sur des critères lucides, appuyés par un leader qui, pour l’avoir affirmé à maintes occasions, a épousé la cause en priorité avec détermination.

vigile.net tribune libre 7 mars 2013