Mario Beaulieu, le putschiste

9 mai 2018

Depuis le conseil général du Bloc québécois d’il y a dix jours, le président du parti, Mario Beaulieu, laissait planer le doute eu égard à son avenir au Bloc. Eh bien, c’est maintenant officiel, il demeure au Bloc pour mieux précipiter le départ de la chef Martine Ouellet qu’il qualifie de responsable de la crise que vit actuellement le Bloc.

Et, pour faire taire toutes les rumeurs concernant ses raisons d’une telle décision, M. Beaulieu allègue qu’il est « 100 % en faveur d’une approche proactive à l’indépendance.  C’est pour ça [il] a appuyé Martine Ouellet ». Ce qu’il lui reproche aujourd’hui, « c’est la façon dont elle agit en tant que chef ».

Au moins, les cartes ont l’avantage d’être claires, Mario Beaulieu s’affirme donc comme un putschiste avoué et c’est à ce titre qu’il ne ménagera aucun effort pour arriver à ses fins d’ici au vote de confiance auquel se soumettra Mme Ouellet au début juin.

La décision de Mario Beaulieu ajoute, à n’en pas douter, un lourd poids sur les épaules de Martine Ouellet qui perd un appui majeur dans sa « croisade » pour conserver son titre de chef du Bloc québécois. L’avenir nous dira si M. Beaulieu aura un effet mobilisateur significatif auprès des membres du parti.

En attendant, les jeux de coulisses risquent d’être déterminants quant aux suites à donner à la décision du président du parti, un « guerrier » expérimenté qui bénéficie d’un certain prestige auprès des troupes bloquistes!

vigile.net tribune libre 9 mai 2018
Le Devoir 10 mai 2018

 

Retourner à la base de l’école

9 mai 2018

On ne compte plus les « réformes » en éducation depuis les quelque quarante dernières décennies, si bien que l’école est devenue un laboratoire dirigé par des penseurs cantonnés dans leur bureau, complètement déconnectés de la vie scolaire, et j’ajouterais, de sa mission première.

Car, faut-il le rappeler, l’école, par définition, est d’abord et avant tout un lieu d’apprentissage où des jeunes sont censés recevoir un enseignement de qualité de la part d’un professeur dont le rôle essentiel et primordial est de communiquer des connaissances à ses élèves.

Et pourtant, l’Institut du Québec vient de dévoiler qu’au Québec, le taux de diplomation au secondaire public après cinq ans d’études se situe à 64 %, un constat d’échec après presque 15 ans de pouvoir libéral qui a vu parader une ribambelle de ministres de l’Éducation, chacun d’eux prétendant détenir la recette « miracle »!

Or, force est de constater que le miracle ne s’est pas produit et, nonobstant les coupures drastiques du gouvernement Couillard, particulièrement dans les infrastructures dédiées aux élèves en difficultés d’apprentissage, la panoplie de réformes, touchant autant le contenu que l’acte pédagogiques, a fait dévier l’école de son rôle prioritaire auquel il faut absolument retourner sans délai…pour le plus grand bien de l’éducation de notre jeunesse québécoise.

Comme le disait Alain Finkielkraut, philosophe, écrivain et essayiste français, dans son livre intitulé L’ingratitude; conversation sur notre temps, publié en 1999 chez Québec Amérique, « Instruire, c’est introduire l’élève à ce qui le dépasse. On raisonne aujourd’hui « comme si le moi avait assisté à la création du monde ». Rien ne dépasse, chacun est sujet, c’est-à-dire roi. Et l’actuelle exigence de mettre l’enfant au centre du système éducatif, comme si autrefois on y mettait des lampadaires ou des pots de fleurs, vise, en réalité, à remplacer l’obligation faite à l’élève d’écouter le professeur par l’ordre d’écouter les jeunes intimé aux animateurs du primaire et du second degré. »

vigile.net tribune libre 9 mai 2018  

 

« Pu capable »

6 mai 2018

Tel est le slogan choisi par le personnel scolaire pour lancer une campagne de sensibilisation auprès du grand public à la suite d’un sondage réalisé auprès de 500 personnes qui travaillent dans les écoles des commissions scolaires Marie-Victorin, des Patriotes et Vallée-des-Tisserands qui révèle qu’un enseignant sur deux a été victime ou témoin de violence physique au quotidien dans la dernière année, une proportion qui grimpe à trois sur quatre quand on se penche sur la violence verbale.

Un constat dramatique qui révèle à quel point le phénomène de la violence s’est infiltré dans les écoles québécoises devant des directions d’écoles ou de commissions scolaires qui, par manque de « leadership », banalisent ou nient carrément ces incidents. Or, certains incidents sont si graves ou si répétitifs que des enseignants peuvent vivre un choc post-traumatique et en viennent à craindre d’entrer dans leur classe alors que certains d’entre eux vont tomber en maladie, au moment où les écoles sont déjà en pénurie de personnel.

À titre d’exemples de témoignages, « une élève m’a fait des menaces de mort : “Je vais te poignarder.” Elle s’est avancée vers moi avec des ciseaux à la main et elle a tenté de m’atteindre. Elle a couru après moi dans le corridor pour me blesser. » Et celui-ci : « Lors de la récréation, j’interviens auprès d’un enfant qui agresse d’autres enfants [...] Il me donne de multiples coups à la tête. J’ai été transportée en ambulance, je suis en arrêt de travail : commotion cérébrale et choc psychologique. »

Mais que faire eu égard à ces situations pour le moins alarmantes, représentatives, il faut bien l’admettre d’une société gangrenée par la violence révélée au grand jour par le hashtag #moi aussi? Sans vouloir déresponsabiliser les jeunes d’aujourd’hui, force est de constater que le modèle de société qu’on leur offre souvent ne peut que les inciter à suivre cette escalade de la violence.

Conséquemment, des interventions en amont de la part des parents et du personnel scolaire doivent être entreprises dans les meilleurs délais auprès des jeunes d’aujourd’hui. Enfin, les directions d’écoles doivent à tout prix intervenir auprès des élèves récalcitrants en démontrant une tolérance zéro envers leurs comportements violents…

vigile.net tribune libre 5 mai 2018

L’intérêt national comme bouclier

6 mai 2018

Rien ne va plus dans le merveilleux monde de Justin Trudeau eu égard au fédéralisme coopératif tant clamé au cours de sa campagne électorale. J’en ai pour preuve les conflits avec la Colombie Britannique sur le projet Trans Mountain, la Saskatchewan sur l’imposition d’une taxe carbone, et le Québec sur la culture de plants de marijuana à domicile.

Dans tous ces cas, pas question d’entamer de dialogue avec les provinces concernées, le sempiternel intérêt national braqué comme bouclier… point à la ligne! Plutôt cassant comme attitude unilatérale pour un ardent défenseur du fédéralisme de coopération.

Un comportement qui n’est pas sans nous rappeler le « Just watch me » de son illustre père au moment de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre lors de la crise d’octobre 1970 au Québec!

quebechebdo 6 mai 2018
 

La souveraineté du Québec à la dérive

5 mai 2018

La farce monumentale à laquelle les sept démissionnaires du Bloc québécois invitent les militants de la souveraineté du Québec à se joindre, à savoir la formation d’un deuxième parti indépendantiste à Ottawa, démontre à quel point la souveraineté du Québec vit une dérive pour le moins dramatique. D’ailleurs, le simple fait de créer un deuxième parti souverainiste sur la scène fédérale relève du pur burlesque politique.

Par ailleurs, sur la scène provinciale, le chef du vaisseau amiral de l’indépendance du Québec, Jean-François Lisée, se fait le promoteur d’un débat des chefs bilingue lors de la prochaine campagne électorale, bafouant du revers de la main le français comme seule langue officielle au Québec. Un impair qui frise la désinvolture et l’incohérence de la part du chef du parti instigateur de la loi 101, de quoi faire se retourner Camille Laurin dans sa tombe.

Et, pendant ce temps, selon le dernier sondage Ipsos, la souveraineté du Québec ne reçoit qu’un maigre 31 % de faveur populaire tandis que le Parti québécois atteint à peine 20 % des intentions de vote des Québécois, loin derrière la Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec.

En somme, un tableau plutôt noir qui met en exergue une guéguerre intestine entre les séparatistes à Ottawa d’une part, et un chef de parti souverainiste qui fait la promotion de l’anglais à Québec d’autre part…de quoi se demander si la cause de René Lévesque n’est pas en train de se saborder!

vigile.net tribune libre 4 mai 2018

 

Amir Khadir, le dérangeur

5 mai 2018

Nonobstant le fait que je n’ai jamais été un militant de Québec solidaire (QS), il me faut reconnaître que le départ d’Amir Khadir de la vie politique laissera un grand vide à l’Assemblée nationale du Québec, notamment pour ses ripostes directes qui avaient souvent l’heur d’alimenter de façon constructive les débats parlementaires.

Devant un petit groupe de partisans de QS, le politicien de 56 ans n’a rien perdu de sa verve habituelle en réitérant la volonté de Québec solidaire de faire en sorte «que l'économie soit au service de tout le monde et pas seulement des gros bonnets de la finance et de l'industrie», et en dénonçant vertement les mécanismes du capitalisme, «les lobbys d'affaires, l'argent trop proche du pouvoir, la politique inféodée au pouvoir de l'argent». Dans ces conditions, l'objectif demeure de «changer ce système corrompu qui détruit la nature et fabrique des inégalités», lance Amir Khadir.

Toutefois, au-delà de toute connotation partisane, je retiendrai d’Amir Khadir sa constance inébranlable dans ses convictions sociales-démocrates pour lesquelles il a toujours porté bien haut le flambeau au risque de déranger à de multiples occasions les tenants du néo-libéralisme.

quebechebdo 5 mai 2018
Le Devoir 12 mai 2018
vigile.net tribune libre 14 mai 2018 (version modifiée)
 

Le salut dans la fuite

2 mai 2018

Les sept députés démissionnaires qui ont claqué la porte du Bloc québécois le 28 février, alléguant être incapables de travailler avec la chef du parti, Martine Ouellet, lui reprochant son intransigeance, franchissent un autre pas en coupant définitivement les ponts avec le Bloc dans le but éventuel de fonder un nouveau parti politique.

Or, dans toute cette saga qui oppose Martine Ouellet au Groupe parlementaire québécois à la Chambre des communes, je demeure inconfortable sur le fait qu’une des raisons principales qui opposent les deux parties réside dans le fait que, d’une part, la chef du Bloc veut profiter de toutes les tribunes pour parler des avantages de l’indépendance du Québec, et que d’autre part, les députés démissionnaires désirent protéger les intérêts des Québécois. En quoi ces deux stratégies sont-elles contradictoires? À mes yeux, elles sont davantage complémentaires et apparaissent toutes les deux en priorité dans les statuts du Bloc québécois.

En conséquence, pourquoi les « opposants » ne s’assoient-ils pas à la table avec la chef désignée pour convenir d’une stratégie commune permettant aux deux parties de tirer avantage de leur union, plutôt que d’agir comme des enfants gâtés qui tentent d’obtenir leur salut dans la fuite? D’ailleurs, les Québécois ont-ils vraiment besoin d’un deuxième parti indépendantiste à Ottawa?

En bref, messieurs les démissionnaires, agissez en adultes responsables et cessez de vous cantonner dans un groupuscule parallèle qui ne réussira qu'à semer la zizanie au sein des forces souverainistes sur la colline parlementaire fédérale…pour la plus grande joie des partis fédéralistes!

vigile.net tribune libre 2 mai 2018
 

Le putsch avorté

30 avril 2018

Le putsch appréhendé contre la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, lors du conseil général du parti, n’aura finalement pas eu lieu. Le référendum souhaité par la chef reste intact de même que la date du vote de confiance à son endroit reste inchangée, à savoir les 1er et 2 juin prochains.

C’est sans retenue et avec fermeté que Martine Ouellet a blâmé sévèrement les sept démissionnaires de février dernier : « Il y a sept personnes en rupture avec la démocratie interne qui ont décidé qu’on se retrouve aujourd’hui à discuter de ce qu’on appelle la « crise » au Bloc québécois. […] Ces sept démissionnaires-là, ils nous ont fait tomber [dans les sondages]. Ils nous ont fait mettre du temps sur de la régie interne plutôt que de mettre du temps à faire avancer et à faire rayonner le Bloc québécois. […] Voyons au-delà de nos différends. Soyons au-dessus des luttes de pouvoir. Car l’objectif qui nous réunit est beaucoup plus important que nos égos personnels ».

À mes yeux, le « gros bon sens » a fait pencher la balance du côté de Martine Ouellet, la chef élue démocratiquement lors du dernier congrès à la chefferie du Bloc. On aura beau lui reprocher son caractère bouillant, force est pourtant de constater qu’il est tout à fait utopique de lui reprocher de porter bien haut en étendard l’accession du Québec à son statut de pays, une mission inscrite en priorité dans les statuts du parti.

J’espère que maintenant les partisans anti Ouellet mettront de côté leur « égo personnel » et contribueront à « faire rayonner le Bloc québécois » en demeurant « au-dessus des luttes de pouvoir »… tout au moins jusqu’au début juin!

vigile.net tribune libre 30 avril 2018
 

Comprendre plutôt qu’apprendre

29 avril 2018

J’étais en quatrième année de mes études primaires. J’avais à peine dix ans! Cette journée-là, notre professeur, un très grand monsieur, surmonté d’une toute petite tête, nous avait initiés à la proposition subordonnée. Aussitôt arrivé à la maison, emballé par mes nouvelles connaissances, je fis part à ma mère que nous avions appris, dans la journée, la notion de proposition subordonnée. Spontanément, elle me demanda alors en quoi consistait cette nouvelle notion. Bouche bée, je ne sus quoi répondre.

Avec les années, je continuai d’apprendre une foule de notions nouvelles, telles les «sinus» et les «cosinus», les «syllogismes», les «axiomes» et, la plupart du temps, je n’aurais su les définir. Je compris, avec le temps, que l’école m’avait «appris» une multitude de concepts mais que l’élève que j’étais n’avait pas «compris» grand chose de ces concepts. Mes enseignants et enseignantes avaient appris ainsi et c’est comme ça qu’on leur avait appris à enseigner à leurs élèves.

Beaucoup plus tard, lorsqu’à mon tour, je devins enseignant, je fus placé devant le même dilemme. Puis, l’expérience aidant, je me suis mis à réfléchir sur ces concepts et à les enseigner à mes élèves dans un esprit de «compréhension». C’est ainsi que la «subordonnée» devint une phrase dépendante, au même titre que mes élèves l’étaient, soit dépendants de leurs parents, tout au moins financièrement. Dès lors, je vis peu à peu des yeux s’agrandir et je sentis des oreilles plus attentives parce que les élèves se mirent à «comprendre» les concepts dont je leur parlais.

quebechebdo 29 avril 2018

Le temps des amours

28 avril 2018

Je ne saurais dire si c’est l’effet vivifiant du printemps qui a envahi les dirigeants de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, et les présidents des États-Unis et de la France, mais nous avons assisté récemment à des élucubrations dignes du temps des amours.

De voir Kim Jong-un et Moon Jae-in se faire l’accolade, et Donald J. Trump et Emmanuel Macron se faire la bise, j’avais la nette impression d’assister au retour de l’enfant prodigue, tellement des « retrouvailles » émanait une joie quasi contagieuse.

Or, maintenant que le monde a assisté à ces scènes débordantes d’effluves sentimentales, il faudra porter un œil attentif à la suite des événements lorsque les « couples » se retrouveront chacun dans leurs officines voilées du pouvoir.

Sans vouloir jeter de discrédit sur le spectacle presque « émouvant » de ces rencontres au sommet, le temps n’est pas si loin où la dure réalité de la joute politique reprendra ses hostilités laissées derrière pour donner tout l’espace public au temps des sérénades le temps d’un moment.

Je serais surpris que le mégalomane Kim Jong-un et l’imprévisible Donald Trump ne nous réservent pas des surprises désagréables lorsqu’ils réintégreront leur quartier respectif. Enfin, on peut toujours rêver à l’inaccessible étoile…qui sait?

quebechebdo 28 avril 2018
Le Journal de Québec 30 avril 2018