Le G-7 a-t-il encore un sens?

10 juin 2018

Groupe de discussion fondé en 1975 à l’initiative de Valéry Giscard d’Estaing, le G-7 traite principalement des questions économiques. Or, il s’avère que les quatre pays européens (France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie) et le Canada reprochent aux Etats-Unis des mesures économiques, à savoir les nouveaux tarifs douaniers sur l’aluminium et l’acier qui les visent, une décision qui a été perçue comme une déclaration de guerre commerciale.

Si vous ajoutez à cet irritant le retrait américain de l’accord de Paris ainsi que de celui sur le nucléaire iranien, le transfert de l’ambassade américaine en Israël de Tel-Aviv à Jérusalem et les intentions de Donald Trump de se dissocier de l’ALENA, une question essentielle doit être posée : le G-7 a-t-il encore un sens d’autant plus qu’un retrait des États-Unis du G-7 serait catastrophique puisqu’à eux seuls, ils pèsent autant que le PIB des six autres États membres.

Le gouvernement de Justin Trudeau a dépensé, pour organiser le Sommet du G-7 au Manoir Richelieu de La Malbaie, la coquette somme de 600 millions $, à laquelle s’ajoutent plusieurs autres dizaines de millions de dollars de la part des villes impliquées dans les activités entourant le Sommet, lesquelles sommes sont remboursées par le Fédéral. C’est sans compter les dépenses allouées à la sécurité, soit 400 millions, dont, entre autres, 259 millions par la Gendarmerie royale du Canada, 99 millions par la Sécurité publique, 35 millions par l’entremise de la Défense nationale. C’est le prix à payer pour recevoir chez soi les sept chefs d’État du G-7 et leurs délégations de 3200 personnes, 3000 journalistes, les 16 pays africains invités et leurs délégations de 12 000 personnes.

Des chiffres pour le moins faramineux dans la perspective où les États-Unis de Donald Trump sont engagés dans une voie à sens unique qui les isole hermétiquement des six autres États membres d’un G-7 disloqué et extrêmement affaibli.

viigile.net tribune libre 8 juin 2018
Le Devoir 13 juin 2018 (version abrégée)
 

Martine Ouellet, la victime

8 juin 2018

Très nombreux ont été les commentaires venus de toutes parts condamnant les attaques personnelles de Martine Ouellet contre ceux qui l’ont dénigré dans la saga qu’elle a livrée contre ses détracteurs lors de la conférence de presse qui annonçait son retrait de la chefferie du Bloc québécois. Et, ces mêmes commentaires étaient généralement accompagnés d’allégations de victimisation dont faisait preuve Martine Ouellet en ne faisant mention d’aucun tort de sa part dans toute cette histoire.

Parlons d’abord des attaques personnelles de Mme Ouellet, notamment contre Gilles Duceppe et Mario Beaulieu. En ce qui concerne l’ex-chef du Bloc québécois, devenu la belle-mère officielle du parti, s’est-t-il caché derrière les rideaux pour pourfendre à bras raccourcis la chef du Bloc sur toutes les tribunes qui lui ont été offertes? Bien sûr que non…Et pourtant, je n’ai entendu aucune critique de la part des médias à ce sujet.

Quant à Mario Beaulieu, le putschiste qui a fomenté le désaveu de la chef du Bloc, celle-là même qu’il a appuyée comme futur chef au congrès d’investiture à la chefferie du parti, s’est-il caché derrière les rideaux pour clamer haut et fort son choix clairement avoué de voter contre le leadership de Martine Ouellet? Bien sûr que non!

Conséquemment, quelqu’un peut-il me dire pourquoi Martine Ouellet se serait vider le cœur en catimini contre ces deux personnages? Pourquoi ce qui est toléré pour certains ne le serait pas pour Mme Ouellet? 

Enfin, concernant le fait qu’elle ne s’attribue aucun tort dans l’épopée qui a conduit à son désaveu, je dois admettre qu’un brin d’humilité aurait pu ressortir des propos de Martine Ouellet… quoique, à cet effet, avez-vous déjà entendu Gilles Duceppe, perçu comme un politicien rigoureux et strict, avouer un tantinet de tort durant toute sa carrière politique?

vigile.net tribune libre 7 juin 2018
 

Le Bloc dans la tourmente

7 juin 2018

Au lendemain de la démission de Martine Ouellet à titre de chef du Bloc québécois, que reste-t-il de la mosaïque bloquiste? Sept députés démissionnaires, un président, celui-là même qui avait moussé la candidature de Martine Ouellet lors du congrès à la chefferie,   qui a agi comme putschiste contre la chef dans la saga que vient de vivre le Bloc, une commission Jeunesse qui a désavoué son chef.

En fait, une mosaïque réduite en morceaux épars qu’il faut maintenant reconstituer pour lui redonner une raison de vivre, voire lui redonner vie. À mon sens, l’épisode « Martine Ouellet » a laissé des cicatrices profondes au sein des militants bloquistes qui se retrouvent aujourd’hui, non seulement orphelins, mais aussi dans la tourmente et sans point de repère.

À mon sens, le débat qui a enflammé toute cette saga est un faux débat. J’en ai pour preuve l’article I du parti : Que « le Bloc québécois utilise chaque tribune et chaque occasion, locale ou internationale, pour démontrer la nécessité de l’indépendance du Québec et ainsi contribuer à renforcer le mouvement indépendantiste québécois » et que « cette promotion de l’indépendance se réalise aussi à travers la défense des intérêts du Québec à Ottawa tant que le Québec sera une province canadienne ».

Devant le contenu de cet article, pour quelles raisons les hauts placés du Bloc n’ont-ils pas pu en venir à une entente? Je n’ai pas de réponse à cette question mais je sais une chose : la déconstruction du parti repose en grande partie sur une lutte de personnalités qui opposait Martine Ouellet à ses détracteurs, une guéguerre infantile qui a conduit inéluctablement à la dérive du Bloc québécois.

vigile.net tribune libre 6 juin 2018
 

Le Bloc a parlé…

6 juin 2018

Martine Ouellet a finalement perdu son pari en ne récoltant que 32 % des votes de confiance des bloquistes qui se sont exprimés dans une proportion de 59 %. Mince consolation, la question portant sur le mandat du Bloc de prioriser la promotion de l’indépendance du Québec sur toutes les tribunes a récolté 65 % d’appui de la part des membres qui se sont prévalus de leur droit de vote.

Je laisse aux médias le soin de dresser le bilan de cette saga qui a opposé Martine Ouellet à une frange importante des militants bloquistes depuis plusieurs semaines. Là n’est pas mon propos. J’aimerais plutôt attirer votre attention sur Martine Ouellet, la souverainiste.

Permettez-moi d’abord cette petite incursion dans le passé, à savoir le leitmotiv de Claude Morin, l’étapisme, lequel nous a conduits aux conditions gagnantes de Lucien Bouchard, des méandres sans fin qui aboutissent aujourd’hui, près de 50 ans plus tard, au report du référendum sur l’indépendance du Québec en 2022 proposé par François Lisée.

Dans une autre ligne de pensée se situe Martine Ouellet pour qui l’indépendance du Québec constitue son fer de lance à la Chambre des communes à Ottawa. Une démarche incessante, sans fioriture, qu’elle martèle sans relâche aux oreilles des députés fédéralistes.

Or, nonobstant son caractère « fougueux » qui, en passant devient nécessaire pour livrer bataille à Ottawa, Martine Ouellet vient de se voir rejetée par une majorité imposante de bloquistes. Le Bloc a parlé…L’avenir nous dira si son choix fut le bon!

vigile.net tribune libre 4 mai 2018
 

GND de l’autre côté de la clôture

5 juin 2018

L’ex-porte-parole de la Coalition large pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE), Gabriel Nadeau-Dubois (GND), celui-là même qui avait été critiqué pour son refus de condamner la violence qui avait lieu à l’occasion de certaines manifestations lors de la grève étudiante de 2012, a l’intention de condamner toute éventuelle violence qui aurait lieu lors des manifestations organisées en marge du sommet du G7.

Pour sa défense, GND argue qu’à l’époque, il avait des « contraintes » puisque l’assemblée générale de son association étudiante refusait de condamner la violence. Soit! Or, six ans plus tard, maintenant qu’il se retrouve de « l’autre côté de la clôture », ligne de parti oblige, le co-porte-parole de Québec solidaire et député de Gouin se fait tout à coup le défenseur de la loi et l’ordre.

Grand bien lui fasse! Il est tout de même pour le moins curieux que le loup agressif de 2012 se soit transformé en mouton docile en l’espace de six ans? À ce sujet, permettez-moi d’avoir quelques doutes sur ses velléités voilées eu égard à sa participation auprès des manifestants au G7!

Dans mon livre à moi, GND est avant tout un batailleur pour qui les victoires se mesurent à l’agressivité des gestes posés pour atteindre ses objectifs et, en ce sens, il devra se soumettre aux tensions que son tempérament devra surmonter pour montrer « patte blanche » aux yeux de ses nouveaux commettants, à savoir les électeurs de Gouin…Une histoire à suivre!

vigile.net tribune libre 3 juin 2018
Le Journal de Québec 5 juin 2018 (version abrégée)
 

Trans Mountain, le « monstre sacré »

31 mai 2018

Alors que Kinder Morgan se libère du projet de l’oléoduc Trans Mountain jugeant qu’il ne vaut plus la peine de le développer, qu’il ne lui sera pas bénéfique et qu’il est devenu toxique et risqué, le gouvernement Trudeau, faisant fi du contexte explosif suscité par Trans Mountain et alléguant qu’il est dans l’« intérêt national » de développer ce projet, va de l’avant en en devenant acquéreur pour 4,5 milliards de dollars puisés dans les poches des contribuables canadiens, en d’autres termes, en procédant à sa nationalisation.

Mais comment faut-il interpréter une telle attitude pour le moins cavalière de Justin Trudeau? Dans quelle intention le premier ministre prend-il la décision d’aller de l’avant contre vents et marées? Pourquoi le gouvernement Trudeau s’acharne-t-il à ramasser les pots cassés tout en espérant recoller les morceaux et rentabiliser cet investissement?

Toutes des questions sur lesquelles très peu de journalistes, jusqu’à maintenant, se sont penchés et qui méritent, à mon point de vue qu’on s’y arrête sérieusement. Mettons d’abord les choses au clair : Justin Trudeau, dans les traces de son père, incarne, sans l’ombre d’un doute, l’image d’un fédéralisme centralisateur fort. Et, à ce titre, il aurait été fort surprenant qu’il abandonne le « morceau », simplement parce qu’une « province » s’y objecte.

L’intérêt national oblige, argue le premier ministre…même si le fédéralisme coopératif tant clamé par Justin Trudeau lors de la dernière campagne électorale fédérale doit subir les contrecoups du projet Trans Mountain, un « monstre sacré » qu’il a décidé de placer sous ses ailes, et rien ni personne ne l’empêcheront de poursuivre dans cette voie!

vigile.net tribune libre 30 mai 2018

Le PQ peut-il renverser la vapeur?

27 mai 2018

À quatre mois du scrutin général au Québec, les derniers sondages continuent de favoriser la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault au grand dam du Parti québécois (PQ) qui persiste à faire du surplace en troisième position avec un pourcentage d’intentions de vote gravitant autour de 20%.

À ce sujet, le discours enflammé de la vice-chef du PQ, Véronique Hivon, à l’ouverture du Conseil national du parti, a certes constitué une bougie d’allumage au sein des quelque 500 délégués réunis à Drummondville, notamment eu égard aux transfuges du Parti libéral du Québec (PLQ) vers la CAQ qu’elle a qualifiée de « Coalition affaiblissement Québec ».

Toutefois, force est de constater que le thème du « changement » est et risque de demeurer un thème majeur au cours de la campagne électorale. À cet effet, la CAQ, il faut bien l’admettre, semble incarner ce vent de changement auprès de la majorité de l’électorat québécois.

Or, le PQ peut-il encore renverser la vapeur? Une question cruciale à laquelle, jusqu’à maintenant, la réponse est pour le moins douteuse. Jean-François Lisée aura beau évoquer la remontée spectaculaire du NPD en Ontario dans les sondages aux dépens des Conservateurs, il n’en demeure pas moins que les efforts du PQ pour remonter dans l’intérêt des Québécois n’arrivent pas à atteindre l’électorat.

En quatre mois, le PQ doit déconstruire la crédibilité de la CAQ et de son chef, et bâtir sa propre crédibilité auprès des Québécois…Un défi herculéen auquel Jean-François Lisée et ses troupes doivent s’atteler illico avec l’énergie des combattants!

quebechebdo 27 mai 2018 
Le Journal de Québec 28 mai 2018 

Lady Michaëlle

26 mai 2018

C’est un secret de polichinelle que les dépenses controversées de la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, font jaser les médias dans la foulée de son passage à titre de gouverneure générale du Canada.

À titre d’exemple, Lady Michaëlle a dépensé un demi-million de dollars de fonds publics pour aménager la résidence officielle située dans le prestigieux 7e arrondissement de la Ville Lumière, près de la tour Eiffel alors que, pourtant, le locataire des trois années précédant la venue de Mme Jean, l’ex-ambassadeur canadien à l’UNESCO, Jean-Pierre Blackburn, jugeait que l’état des lieux était relativement bon malgré quelques problèmes d’eau chaude et de climatisation.

De son côté, le numéro deux de l’OIF, l’administrateur Adama Ouane, estimait que l'appartement de fonction ne correspondait pas aux normes attendues, alléguant que l’organisation avait l’obligation « de loger les secrétaires généraux dans des conditions dues à leur statut ».

En ce qui a trait à Philippe Couillard, après avoir démontré quelque timide hésitation, il s’est finalement rangé derrière l’ex-gouverneure générale du Canada, alléguant qu’« on a une Canadienne et une Québécoise qui dirige l’OIF. Bien sûr, on en est heureux, on va la soutenir », tout en ajoutant du même souffle que Mme Jean saura répondre aux préoccupations exprimées par le gouvernement québécois quant à sa gestion et à la transparence de l’OIF…Foutaise!

Mme Jean a été élue secrétaire générale de l’OIF en 2014. Le renouvellement de son mandat sera décidé lors d’un sommet prévu en octobre. Reste à espérer que son mandat ne sera pas renouvelé et que le « prestige de la fonction » dont elle se targue à qui veut l’entendre fera place à une candidature plus respectueuse de l’utilisation des fonds publics.

vigile.net tribune libre le 25 mai 2018

 

Protection des sources journalistiques

26 mai 2018

D’entrée de jeu, permettez-moi de vous situer dans une scène de la vie courante à laquelle vous avez participé sans aucun doute à quelques reprises au cours de votre vie. Je veux parler d’une personne qui, un jour, vous a confié une confidence tout en vous demandant de garder le silence sur ce secret.
Ainsi en est-il des sources journalistiques qui, la plupart du temps, sont révélées sous le couvert de la confidentialité, sans laquelle l’information privilégiée demeurerait dans le secret des dieux…et les forces policières perdraient une belle occasion d’amorcer ou de poursuivre une enquête.

À cet effet, la journaliste Marie-Maude Denis, forcée de témoigner par la Cour supérieure du Québec, demande à la Cour suprême d’intervenir pour être libérée de l’obligation de révéler ses sources confidentielles afin d’éviter un «dangereux précédent» au Canada. Rappelons que cette saga oppose la journaliste aux causes liées à Marc-Yvan Côté et Nathalie Normandeau.

Nonobstant tous les méandres judiciaires auxquels je ne suis nullement familier, il m’apparaît « juste et équitable » que les sources journalistiques conservent leur caractère confidentiel, à défaut de quoi la justice devra se passer de ces sources confidentielles compte tenu qu’aucun individu n’osera les révéler aux journalistes.

quebechebdo 26 mai 2018
​Le Journal de Québec 30 mai 2018
 

Immigration et pénurie de main d’oeuvre

25 mai 2018

Par les temps qui courent, le Québec, selon les experts en la matière, vit une pénurie de main d’œuvre inquiétante, et, comme solution, l’immigration est envisagée. Si on s’en tient exclusivement à l’aspect économique du problème, on ne peut qu’être en accord avec une telle alternative.
Toutefois, il m’apparaît que d’autres facteurs que l’économie doivent être envisagés si on ne veut pas que la solution pose des problèmes par ailleurs, notamment sur le plan de l’intégration des immigrants à la société d’accueil qu’est le Québec.

À ce sujet, les divers partis politiques du Québec y vont de leurs propositions qui, à quelques exceptions près, semblent favoriser une augmentation des immigrants, ce qui, à mes yeux, représente une arme à deux tranchants en ce sens que le marché de l’emploi risque d’être saturé et soit soumis à une vague de chômeurs immigrants.

En conséquence, il m’apparaît prudent de contingenter le nombre d’immigrants à son niveau actuel, soit environ 50 000 par année, et de former des futurs travailleurs qui adhèrent aux us et coutumes du Québec, notamment le français comme langue officielle, de façon à répondre adéquatement à la pénurie de main d’œuvre.

En termes clairs, la pénurie de main d’œuvre ne doit pas devenir l’occasion d’ouvrir ad nauseam les clapets de l’immigration, une démarche qui risque d’aboutir à un effet boomerang, à savoir que le marché de l’emploi se retrouve avec des immigrants sur l’assistance sociale…Bref, dans ce secteur comme dans tout autre, le « gros bon sens » doit primer sur les « effluves irrationnelles ».   

vigile.net tribune libre 24 mai 2018