« Pu capable »

6 mai 2018

Tel est le slogan choisi par le personnel scolaire pour lancer une campagne de sensibilisation auprès du grand public à la suite d’un sondage réalisé auprès de 500 personnes qui travaillent dans les écoles des commissions scolaires Marie-Victorin, des Patriotes et Vallée-des-Tisserands qui révèle qu’un enseignant sur deux a été victime ou témoin de violence physique au quotidien dans la dernière année, une proportion qui grimpe à trois sur quatre quand on se penche sur la violence verbale.

Un constat dramatique qui révèle à quel point le phénomène de la violence s’est infiltré dans les écoles québécoises devant des directions d’écoles ou de commissions scolaires qui, par manque de « leadership », banalisent ou nient carrément ces incidents. Or, certains incidents sont si graves ou si répétitifs que des enseignants peuvent vivre un choc post-traumatique et en viennent à craindre d’entrer dans leur classe alors que certains d’entre eux vont tomber en maladie, au moment où les écoles sont déjà en pénurie de personnel.

À titre d’exemples de témoignages, « une élève m’a fait des menaces de mort : “Je vais te poignarder.” Elle s’est avancée vers moi avec des ciseaux à la main et elle a tenté de m’atteindre. Elle a couru après moi dans le corridor pour me blesser. » Et celui-ci : « Lors de la récréation, j’interviens auprès d’un enfant qui agresse d’autres enfants [...] Il me donne de multiples coups à la tête. J’ai été transportée en ambulance, je suis en arrêt de travail : commotion cérébrale et choc psychologique. »

Mais que faire eu égard à ces situations pour le moins alarmantes, représentatives, il faut bien l’admettre d’une société gangrenée par la violence révélée au grand jour par le hashtag #moi aussi? Sans vouloir déresponsabiliser les jeunes d’aujourd’hui, force est de constater que le modèle de société qu’on leur offre souvent ne peut que les inciter à suivre cette escalade de la violence.

Conséquemment, des interventions en amont de la part des parents et du personnel scolaire doivent être entreprises dans les meilleurs délais auprès des jeunes d’aujourd’hui. Enfin, les directions d’écoles doivent à tout prix intervenir auprès des élèves récalcitrants en démontrant une tolérance zéro envers leurs comportements violents…

vigile.net tribune libre 5 mai 2018

L’intérêt national comme bouclier

6 mai 2018

Rien ne va plus dans le merveilleux monde de Justin Trudeau eu égard au fédéralisme coopératif tant clamé au cours de sa campagne électorale. J’en ai pour preuve les conflits avec la Colombie Britannique sur le projet Trans Mountain, la Saskatchewan sur l’imposition d’une taxe carbone, et le Québec sur la culture de plants de marijuana à domicile.

Dans tous ces cas, pas question d’entamer de dialogue avec les provinces concernées, le sempiternel intérêt national braqué comme bouclier… point à la ligne! Plutôt cassant comme attitude unilatérale pour un ardent défenseur du fédéralisme de coopération.

Un comportement qui n’est pas sans nous rappeler le « Just watch me » de son illustre père au moment de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre lors de la crise d’octobre 1970 au Québec!

quebechebdo 6 mai 2018
 

La souveraineté du Québec à la dérive

5 mai 2018

La farce monumentale à laquelle les sept démissionnaires du Bloc québécois invitent les militants de la souveraineté du Québec à se joindre, à savoir la formation d’un deuxième parti indépendantiste à Ottawa, démontre à quel point la souveraineté du Québec vit une dérive pour le moins dramatique. D’ailleurs, le simple fait de créer un deuxième parti souverainiste sur la scène fédérale relève du pur burlesque politique.

Par ailleurs, sur la scène provinciale, le chef du vaisseau amiral de l’indépendance du Québec, Jean-François Lisée, se fait le promoteur d’un débat des chefs bilingue lors de la prochaine campagne électorale, bafouant du revers de la main le français comme seule langue officielle au Québec. Un impair qui frise la désinvolture et l’incohérence de la part du chef du parti instigateur de la loi 101, de quoi faire se retourner Camille Laurin dans sa tombe.

Et, pendant ce temps, selon le dernier sondage Ipsos, la souveraineté du Québec ne reçoit qu’un maigre 31 % de faveur populaire tandis que le Parti québécois atteint à peine 20 % des intentions de vote des Québécois, loin derrière la Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec.

En somme, un tableau plutôt noir qui met en exergue une guéguerre intestine entre les séparatistes à Ottawa d’une part, et un chef de parti souverainiste qui fait la promotion de l’anglais à Québec d’autre part…de quoi se demander si la cause de René Lévesque n’est pas en train de se saborder!

vigile.net tribune libre 4 mai 2018

 

Amir Khadir, le dérangeur

5 mai 2018

Nonobstant le fait que je n’ai jamais été un militant de Québec solidaire (QS), il me faut reconnaître que le départ d’Amir Khadir de la vie politique laissera un grand vide à l’Assemblée nationale du Québec, notamment pour ses ripostes directes qui avaient souvent l’heur d’alimenter de façon constructive les débats parlementaires.

Devant un petit groupe de partisans de QS, le politicien de 56 ans n’a rien perdu de sa verve habituelle en réitérant la volonté de Québec solidaire de faire en sorte «que l'économie soit au service de tout le monde et pas seulement des gros bonnets de la finance et de l'industrie», et en dénonçant vertement les mécanismes du capitalisme, «les lobbys d'affaires, l'argent trop proche du pouvoir, la politique inféodée au pouvoir de l'argent». Dans ces conditions, l'objectif demeure de «changer ce système corrompu qui détruit la nature et fabrique des inégalités», lance Amir Khadir.

Toutefois, au-delà de toute connotation partisane, je retiendrai d’Amir Khadir sa constance inébranlable dans ses convictions sociales-démocrates pour lesquelles il a toujours porté bien haut le flambeau au risque de déranger à de multiples occasions les tenants du néo-libéralisme.

quebechebdo 5 mai 2018
Le Devoir 12 mai 2018
vigile.net tribune libre 14 mai 2018 (version modifiée)
 

Le salut dans la fuite

2 mai 2018

Les sept députés démissionnaires qui ont claqué la porte du Bloc québécois le 28 février, alléguant être incapables de travailler avec la chef du parti, Martine Ouellet, lui reprochant son intransigeance, franchissent un autre pas en coupant définitivement les ponts avec le Bloc dans le but éventuel de fonder un nouveau parti politique.

Or, dans toute cette saga qui oppose Martine Ouellet au Groupe parlementaire québécois à la Chambre des communes, je demeure inconfortable sur le fait qu’une des raisons principales qui opposent les deux parties réside dans le fait que, d’une part, la chef du Bloc veut profiter de toutes les tribunes pour parler des avantages de l’indépendance du Québec, et que d’autre part, les députés démissionnaires désirent protéger les intérêts des Québécois. En quoi ces deux stratégies sont-elles contradictoires? À mes yeux, elles sont davantage complémentaires et apparaissent toutes les deux en priorité dans les statuts du Bloc québécois.

En conséquence, pourquoi les « opposants » ne s’assoient-ils pas à la table avec la chef désignée pour convenir d’une stratégie commune permettant aux deux parties de tirer avantage de leur union, plutôt que d’agir comme des enfants gâtés qui tentent d’obtenir leur salut dans la fuite? D’ailleurs, les Québécois ont-ils vraiment besoin d’un deuxième parti indépendantiste à Ottawa?

En bref, messieurs les démissionnaires, agissez en adultes responsables et cessez de vous cantonner dans un groupuscule parallèle qui ne réussira qu'à semer la zizanie au sein des forces souverainistes sur la colline parlementaire fédérale…pour la plus grande joie des partis fédéralistes!

vigile.net tribune libre 2 mai 2018
 

Le putsch avorté

30 avril 2018

Le putsch appréhendé contre la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, lors du conseil général du parti, n’aura finalement pas eu lieu. Le référendum souhaité par la chef reste intact de même que la date du vote de confiance à son endroit reste inchangée, à savoir les 1er et 2 juin prochains.

C’est sans retenue et avec fermeté que Martine Ouellet a blâmé sévèrement les sept démissionnaires de février dernier : « Il y a sept personnes en rupture avec la démocratie interne qui ont décidé qu’on se retrouve aujourd’hui à discuter de ce qu’on appelle la « crise » au Bloc québécois. […] Ces sept démissionnaires-là, ils nous ont fait tomber [dans les sondages]. Ils nous ont fait mettre du temps sur de la régie interne plutôt que de mettre du temps à faire avancer et à faire rayonner le Bloc québécois. […] Voyons au-delà de nos différends. Soyons au-dessus des luttes de pouvoir. Car l’objectif qui nous réunit est beaucoup plus important que nos égos personnels ».

À mes yeux, le « gros bon sens » a fait pencher la balance du côté de Martine Ouellet, la chef élue démocratiquement lors du dernier congrès à la chefferie du Bloc. On aura beau lui reprocher son caractère bouillant, force est pourtant de constater qu’il est tout à fait utopique de lui reprocher de porter bien haut en étendard l’accession du Québec à son statut de pays, une mission inscrite en priorité dans les statuts du parti.

J’espère que maintenant les partisans anti Ouellet mettront de côté leur « égo personnel » et contribueront à « faire rayonner le Bloc québécois » en demeurant « au-dessus des luttes de pouvoir »… tout au moins jusqu’au début juin!

vigile.net tribune libre 30 avril 2018
 

Comprendre plutôt qu’apprendre

29 avril 2018

J’étais en quatrième année de mes études primaires. J’avais à peine dix ans! Cette journée-là, notre professeur, un très grand monsieur, surmonté d’une toute petite tête, nous avait initiés à la proposition subordonnée. Aussitôt arrivé à la maison, emballé par mes nouvelles connaissances, je fis part à ma mère que nous avions appris, dans la journée, la notion de proposition subordonnée. Spontanément, elle me demanda alors en quoi consistait cette nouvelle notion. Bouche bée, je ne sus quoi répondre.

Avec les années, je continuai d’apprendre une foule de notions nouvelles, telles les «sinus» et les «cosinus», les «syllogismes», les «axiomes» et, la plupart du temps, je n’aurais su les définir. Je compris, avec le temps, que l’école m’avait «appris» une multitude de concepts mais que l’élève que j’étais n’avait pas «compris» grand chose de ces concepts. Mes enseignants et enseignantes avaient appris ainsi et c’est comme ça qu’on leur avait appris à enseigner à leurs élèves.

Beaucoup plus tard, lorsqu’à mon tour, je devins enseignant, je fus placé devant le même dilemme. Puis, l’expérience aidant, je me suis mis à réfléchir sur ces concepts et à les enseigner à mes élèves dans un esprit de «compréhension». C’est ainsi que la «subordonnée» devint une phrase dépendante, au même titre que mes élèves l’étaient, soit dépendants de leurs parents, tout au moins financièrement. Dès lors, je vis peu à peu des yeux s’agrandir et je sentis des oreilles plus attentives parce que les élèves se mirent à «comprendre» les concepts dont je leur parlais.

quebechebdo 29 avril 2018

Le temps des amours

28 avril 2018

Je ne saurais dire si c’est l’effet vivifiant du printemps qui a envahi les dirigeants de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, et les présidents des États-Unis et de la France, mais nous avons assisté récemment à des élucubrations dignes du temps des amours.

De voir Kim Jong-un et Moon Jae-in se faire l’accolade, et Donald J. Trump et Emmanuel Macron se faire la bise, j’avais la nette impression d’assister au retour de l’enfant prodigue, tellement des « retrouvailles » émanait une joie quasi contagieuse.

Or, maintenant que le monde a assisté à ces scènes débordantes d’effluves sentimentales, il faudra porter un œil attentif à la suite des événements lorsque les « couples » se retrouveront chacun dans leurs officines voilées du pouvoir.

Sans vouloir jeter de discrédit sur le spectacle presque « émouvant » de ces rencontres au sommet, le temps n’est pas si loin où la dure réalité de la joute politique reprendra ses hostilités laissées derrière pour donner tout l’espace public au temps des sérénades le temps d’un moment.

Je serais surpris que le mégalomane Kim Jong-un et l’imprévisible Donald Trump ne nous réservent pas des surprises désagréables lorsqu’ils réintégreront leur quartier respectif. Enfin, on peut toujours rêver à l’inaccessible étoile…qui sait?

quebechebdo 28 avril 2018
Le Journal de Québec 30 avril 2018
 

Françoise David, l’indépendantiste?

25 avril 2018

Dans un billet datant du 22 avril publié dans La Presse sous le titre Pourquoi écrire?, Françoise David nous informe que, jusqu’à l’automne prochain, elle contribuera à la section Débats du quotidien. Elle nous annonce ainsi « ses couleurs » : « Je suis et demeurerai une femme de gauche, écologiste, féministe et indépendantiste. Oui, tout ça ! »

Et, de poursuivre Mme David : « J’ai donc envie que nous réfléchissions ensemble aux meilleurs moyens de faire avancer le Québec ou, bien mieux, d’avancer toutes et tous ensemble. Vers quoi ? Vers un Québec fondé sur le bien commun, la solidarité sociale, une économie verte, un vivre-ensemble qui s’appuie sur des valeurs partagées et sur une langue officielle, le français, tout en accueillant les différences qui nous enrichissent mutuellement. Et, bien sûr, vers une société où les femmes occupent réellement et partout la moitié de la glace ! »

Or, dans ses moyens de « faire avancer le Québec », Françoise David qui se décrit, entre autres, comme une « indépendantiste », ne fait nullement allusion à la souveraineté du Québec… Curieux, non?

À mes yeux, l’ex-porte-parole de Québec solidaire demeure et demeurera toujours une sociale-démocrate eu égard à ses convictions profondes, une position qui peut très bien s’accommoder du fédéralisme canadien tout en atteignant ses objectifs.

« Je suis ferme sur les principes et souple dans leur application », clame Mme David. Eh bien, j’apprécierais fortement qu’elle appuie davantage sur les « principes » qui sous-tendent ses « convictions » sur les bienfaits de l’indépendance du Québec pour gagner un peu de crédibilité à ce sujet…Pour l’instant, c’est le vide complet!

vigile.net tribune libre 23 avril 2018
 

Couillard protège ses arrières

25 avril 2018

Lors d’un discours d’une trentaine de minutes devant environ 300 membres de la communauté anglophone réunis au collège Dawson, le premier ministre Philippe Couillard y est allé d’une charge à fond de train contre le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, attaquant diverses orientations de la CAQ, notamment sa position sur les signes religieux et l’abolition des commissions scolaires, deux débats chers aux anglophones.

À mon sens, les derniers sondages qui placent la CAQ en avance dans les intentions de vote des Québécois ont contribué à ressortir l’artillerie lourde chez les libéraux qui ont senti l’urgence de protéger leurs arrières eu égard aux anglophones, notamment de l’île de Montréal, une clientèle traditionnellement libérale dont une partie commencerait à zieuter du côté de la CAQ…

Pour l’occasion, plusieurs membres de son conseil des ministres étaient présents, dont le ministre des Finances, Carlos Leitão, et la ministre responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglophone, Kathleen Weil, le PM profitant de la situation pour louer sa décision de créer le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise.

À partir du moment où un premier ministre libéral sent le besoin de réchauffer l’ardeur de ses troupes anglophones, une clientèle habituellement « vendue » d’avance au PLQ, force est de constater que Philippe Couillard commence à sentir la soupe chaude même dans son fief anglophone.

Le Devoir 25 avril 2018 "Couillard se protège"
vigile.net tribune libre 26 avril 2018