Opération charme d’Andrew Scheer

15 mai 2018

Il y a belle lurette, soit en 1988, que le Parti conservateur du Canada (PCC) avec Brian Mulroney à sa tête a raflé de nombreux comtés au Québec. Qu’à cela ne tienne, le chef actuel du PCC, Andrew Scheer, est littéralement parti à la conquête de l’électorat québécois.

À sa défense, le terrain semble propice à une telle « croisade » compte tenu de plusieurs facteurs, notamment de la bisbille au sein du Bloc québécois, de la baisse de popularité de Justin Trudeau et du fait que le chef du Nouveau parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, est à des années-lumière de la popularité de Jack Layton. Bref, les portes sont grandes ouvertes pour le PCC de M. Scheer.

Toutefois, le chef conservateur devra outrepasser sa bouille sympathique et son sourire bon enfant et démontrer davantage de vigueur dans ses propos qui souffrent, à mes yeux, du « punch » nécessaire pour capter l’intérêt des électeurs…Est-ce trop demander au tempérament plutôt « zen » d’Andrew Scheer? Peut-être…

Quoiqu’il en soit, le chef du PCC a du pain sur la planche, mais la table est mise. À lui maintenant de faire en sorte que son menu politique soit attrayant pour les Québécois…C’est une histoire à suivre de près!

Le Journal de Québec 15 mai 2018 "Opération charme"
 

Un gouvernement caquiste majoritaire?

14 mai 2018

Si la tendance révélée par le dernier sondage Léger-Le Journal/Le Devoir se maintient, à savoir 35 % des intentions de vote pour les troupes de François Legault, nous assisterons possiblement à l’élection d’un gouvernement caquiste majoritaire. À mon sens, une vague caquiste pourrait déferler sur le Québec au lendemain du scrutin général du 1er octobre.

La vague de désertion de cinq ministres libéraux d’une part, le manque de charisme de Jean-François Lisée d’autre part, et le désir de changement de l’électorat québécois constituent à mon avis les facteurs déterminants qui influencent de tels résultats.

Après quelque quinze ans d’un gouvernement libéral marqué par les scandales politiques et les coupes drastiques, notamment en éducation et en santé, le gouvernement de Philippe Couillard a perdu toute crédibilité aux yeux des Québécois, et perd même des plumes auprès des non-francophones, un électorat pourtant historiquement fidèle au PLQ.

En ce qui a trait au PQ, la stratégie de leur chef de reporter le référendum sur l’indépendance du Québec en 2022 ne réussit manifestement pas à rallier les souverainistes « mous » qui optent plutôt pour le parti de François Legault.

En somme, les astres semblent s’aligner pour un gouvernement caquiste majoritaire. Toutefois, à cinq mois des élections, l’électorat est encore volatil puisqu’un Québécois sur deux seulement estime son choix définitif…

vigile.net tribune libre 13 mai 2018
 

Alexandre Taillefer, le « queer politique » (1)

12 mai 2018

L’homme d’affaires et ex-dragon Alexandre Taillefer a annoncé récemment sur ses réseaux sociaux qu’il agirait en tant que président de la campagne électorale pour le Parti Libéral du Québec (PLQ). En théorie, une telle décision peut paraître plus ou moins « bizarre » compte tenu qu’on lui reconnaît surtout une propension pour la gauche. Toutefois, en pratique, il n’est pas surprenant que celui qui se qualifie de « queer politique » puisse se sentir à l’aise dans quelque parti que ce soit.

À cet effet, il est révélateur de constater comment Alexandre Taillefer termine son billet en reprenant les mots de Juan Manuel Santos, président de la Colombie et récipiendaire du prix Nobel de la paix: « [Jean Manuel Santos] s’est défini comme quelqu’un de l’extrême centre. Difficile de mieux décrire ma position. Parce qu’il y a du bon dans chacun des partis et que la vérité est rarement noire ou blanche ».

Va pour la théorie…Toutefois, en acceptant la responsabilité de président de la campagne du PLQ, l’homme d’affaires n’aura pas le choix de confronter des politiciens convaincus de leur allégeance politique, et de prendre position pour le parti qu’il représente, un choc des idées qui risque tout au moins de le placer dans des positions pour le moins inconfortables.

Il faudra observer alors comment le « queer politique » pourra se sortir de ces prises de bec animées sur le terrain miné de la politique qui peut devenir très explosif pour les « caméléons »! Une histoire à suivre…

(1) "queer" est un mot anglais qui signifie "étrange", "peu commun", "bizarre" (Wikipédia)

vigile.net tribune libre 11 mai 2018

 

Québec Debout, un parti mort-né

11 mai 2018

Québec Debout, tel est le nom du nouveau parti politique choisi par les sept ex-bloquistes qui rejettent toutefois toute étiquette indépendantiste et désirent revenir à la mission originelle du Bloc québécois lors de sa création en 1991, soit celle de défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Du même souffle, les « debouts » rangent dans le placard la question de l’indépendance du Québec qu’ils préfèrent laisser aux partis souverainistes qui siègent à l'Assemblée nationale.

Or, cette dernière orientation entre littéralement en conflit avec les statuts du Bloc québécois qui placent l’indépendance en priorité, spécifiant clairement que les députés bloquistes doivent profiter de toutes les tribunes qui leur sont offertes pour mousser l’avènement du Québec à son statut de pays.

Québec Debout devient donc une sorte d’ange gardien du Québec, ni fédéraliste ni indépendantiste, imbu de la mission de protéger les intérêts du Québec à Ottawa, un parti ni chair ni poisson, dépouillé de toute substance indépendantiste voguant au gré des dossiers inhérents au Québec qui, occasionnellement, aboutiront à la Chambre des communes.

À mes yeux, le nouveau parti des démissionnaires du Bloc incarne une coquille vide sans allégeance politique, un parti mort-né dépourvu de toute véritable identité…

vigile.net tribune libre 10 mai 2018

Mario Beaulieu, le putschiste

9 mai 2018

Depuis le conseil général du Bloc québécois d’il y a dix jours, le président du parti, Mario Beaulieu, laissait planer le doute eu égard à son avenir au Bloc. Eh bien, c’est maintenant officiel, il demeure au Bloc pour mieux précipiter le départ de la chef Martine Ouellet qu’il qualifie de responsable de la crise que vit actuellement le Bloc.

Et, pour faire taire toutes les rumeurs concernant ses raisons d’une telle décision, M. Beaulieu allègue qu’il est « 100 % en faveur d’une approche proactive à l’indépendance.  C’est pour ça [il] a appuyé Martine Ouellet ». Ce qu’il lui reproche aujourd’hui, « c’est la façon dont elle agit en tant que chef ».

Au moins, les cartes ont l’avantage d’être claires, Mario Beaulieu s’affirme donc comme un putschiste avoué et c’est à ce titre qu’il ne ménagera aucun effort pour arriver à ses fins d’ici au vote de confiance auquel se soumettra Mme Ouellet au début juin.

La décision de Mario Beaulieu ajoute, à n’en pas douter, un lourd poids sur les épaules de Martine Ouellet qui perd un appui majeur dans sa « croisade » pour conserver son titre de chef du Bloc québécois. L’avenir nous dira si M. Beaulieu aura un effet mobilisateur significatif auprès des membres du parti.

En attendant, les jeux de coulisses risquent d’être déterminants quant aux suites à donner à la décision du président du parti, un « guerrier » expérimenté qui bénéficie d’un certain prestige auprès des troupes bloquistes!

vigile.net tribune libre 9 mai 2018
Le Devoir 10 mai 2018

 

Retourner à la base de l’école

9 mai 2018

On ne compte plus les « réformes » en éducation depuis les quelque quarante dernières décennies, si bien que l’école est devenue un laboratoire dirigé par des penseurs cantonnés dans leur bureau, complètement déconnectés de la vie scolaire, et j’ajouterais, de sa mission première.

Car, faut-il le rappeler, l’école, par définition, est d’abord et avant tout un lieu d’apprentissage où des jeunes sont censés recevoir un enseignement de qualité de la part d’un professeur dont le rôle essentiel et primordial est de communiquer des connaissances à ses élèves.

Et pourtant, l’Institut du Québec vient de dévoiler qu’au Québec, le taux de diplomation au secondaire public après cinq ans d’études se situe à 64 %, un constat d’échec après presque 15 ans de pouvoir libéral qui a vu parader une ribambelle de ministres de l’Éducation, chacun d’eux prétendant détenir la recette « miracle »!

Or, force est de constater que le miracle ne s’est pas produit et, nonobstant les coupures drastiques du gouvernement Couillard, particulièrement dans les infrastructures dédiées aux élèves en difficultés d’apprentissage, la panoplie de réformes, touchant autant le contenu que l’acte pédagogiques, a fait dévier l’école de son rôle prioritaire auquel il faut absolument retourner sans délai…pour le plus grand bien de l’éducation de notre jeunesse québécoise.

Comme le disait Alain Finkielkraut, philosophe, écrivain et essayiste français, dans son livre intitulé L’ingratitude; conversation sur notre temps, publié en 1999 chez Québec Amérique, « Instruire, c’est introduire l’élève à ce qui le dépasse. On raisonne aujourd’hui « comme si le moi avait assisté à la création du monde ». Rien ne dépasse, chacun est sujet, c’est-à-dire roi. Et l’actuelle exigence de mettre l’enfant au centre du système éducatif, comme si autrefois on y mettait des lampadaires ou des pots de fleurs, vise, en réalité, à remplacer l’obligation faite à l’élève d’écouter le professeur par l’ordre d’écouter les jeunes intimé aux animateurs du primaire et du second degré. »

vigile.net tribune libre 9 mai 2018  

 

« Pu capable »

6 mai 2018

Tel est le slogan choisi par le personnel scolaire pour lancer une campagne de sensibilisation auprès du grand public à la suite d’un sondage réalisé auprès de 500 personnes qui travaillent dans les écoles des commissions scolaires Marie-Victorin, des Patriotes et Vallée-des-Tisserands qui révèle qu’un enseignant sur deux a été victime ou témoin de violence physique au quotidien dans la dernière année, une proportion qui grimpe à trois sur quatre quand on se penche sur la violence verbale.

Un constat dramatique qui révèle à quel point le phénomène de la violence s’est infiltré dans les écoles québécoises devant des directions d’écoles ou de commissions scolaires qui, par manque de « leadership », banalisent ou nient carrément ces incidents. Or, certains incidents sont si graves ou si répétitifs que des enseignants peuvent vivre un choc post-traumatique et en viennent à craindre d’entrer dans leur classe alors que certains d’entre eux vont tomber en maladie, au moment où les écoles sont déjà en pénurie de personnel.

À titre d’exemples de témoignages, « une élève m’a fait des menaces de mort : “Je vais te poignarder.” Elle s’est avancée vers moi avec des ciseaux à la main et elle a tenté de m’atteindre. Elle a couru après moi dans le corridor pour me blesser. » Et celui-ci : « Lors de la récréation, j’interviens auprès d’un enfant qui agresse d’autres enfants [...] Il me donne de multiples coups à la tête. J’ai été transportée en ambulance, je suis en arrêt de travail : commotion cérébrale et choc psychologique. »

Mais que faire eu égard à ces situations pour le moins alarmantes, représentatives, il faut bien l’admettre d’une société gangrenée par la violence révélée au grand jour par le hashtag #moi aussi? Sans vouloir déresponsabiliser les jeunes d’aujourd’hui, force est de constater que le modèle de société qu’on leur offre souvent ne peut que les inciter à suivre cette escalade de la violence.

Conséquemment, des interventions en amont de la part des parents et du personnel scolaire doivent être entreprises dans les meilleurs délais auprès des jeunes d’aujourd’hui. Enfin, les directions d’écoles doivent à tout prix intervenir auprès des élèves récalcitrants en démontrant une tolérance zéro envers leurs comportements violents…

vigile.net tribune libre 5 mai 2018

L’intérêt national comme bouclier

6 mai 2018

Rien ne va plus dans le merveilleux monde de Justin Trudeau eu égard au fédéralisme coopératif tant clamé au cours de sa campagne électorale. J’en ai pour preuve les conflits avec la Colombie Britannique sur le projet Trans Mountain, la Saskatchewan sur l’imposition d’une taxe carbone, et le Québec sur la culture de plants de marijuana à domicile.

Dans tous ces cas, pas question d’entamer de dialogue avec les provinces concernées, le sempiternel intérêt national braqué comme bouclier… point à la ligne! Plutôt cassant comme attitude unilatérale pour un ardent défenseur du fédéralisme de coopération.

Un comportement qui n’est pas sans nous rappeler le « Just watch me » de son illustre père au moment de la promulgation de la Loi sur les mesures de guerre lors de la crise d’octobre 1970 au Québec!

quebechebdo 6 mai 2018
 

La souveraineté du Québec à la dérive

5 mai 2018

La farce monumentale à laquelle les sept démissionnaires du Bloc québécois invitent les militants de la souveraineté du Québec à se joindre, à savoir la formation d’un deuxième parti indépendantiste à Ottawa, démontre à quel point la souveraineté du Québec vit une dérive pour le moins dramatique. D’ailleurs, le simple fait de créer un deuxième parti souverainiste sur la scène fédérale relève du pur burlesque politique.

Par ailleurs, sur la scène provinciale, le chef du vaisseau amiral de l’indépendance du Québec, Jean-François Lisée, se fait le promoteur d’un débat des chefs bilingue lors de la prochaine campagne électorale, bafouant du revers de la main le français comme seule langue officielle au Québec. Un impair qui frise la désinvolture et l’incohérence de la part du chef du parti instigateur de la loi 101, de quoi faire se retourner Camille Laurin dans sa tombe.

Et, pendant ce temps, selon le dernier sondage Ipsos, la souveraineté du Québec ne reçoit qu’un maigre 31 % de faveur populaire tandis que le Parti québécois atteint à peine 20 % des intentions de vote des Québécois, loin derrière la Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec.

En somme, un tableau plutôt noir qui met en exergue une guéguerre intestine entre les séparatistes à Ottawa d’une part, et un chef de parti souverainiste qui fait la promotion de l’anglais à Québec d’autre part…de quoi se demander si la cause de René Lévesque n’est pas en train de se saborder!

vigile.net tribune libre 4 mai 2018

 

Amir Khadir, le dérangeur

5 mai 2018

Nonobstant le fait que je n’ai jamais été un militant de Québec solidaire (QS), il me faut reconnaître que le départ d’Amir Khadir de la vie politique laissera un grand vide à l’Assemblée nationale du Québec, notamment pour ses ripostes directes qui avaient souvent l’heur d’alimenter de façon constructive les débats parlementaires.

Devant un petit groupe de partisans de QS, le politicien de 56 ans n’a rien perdu de sa verve habituelle en réitérant la volonté de Québec solidaire de faire en sorte «que l'économie soit au service de tout le monde et pas seulement des gros bonnets de la finance et de l'industrie», et en dénonçant vertement les mécanismes du capitalisme, «les lobbys d'affaires, l'argent trop proche du pouvoir, la politique inféodée au pouvoir de l'argent». Dans ces conditions, l'objectif demeure de «changer ce système corrompu qui détruit la nature et fabrique des inégalités», lance Amir Khadir.

Toutefois, au-delà de toute connotation partisane, je retiendrai d’Amir Khadir sa constance inébranlable dans ses convictions sociales-démocrates pour lesquelles il a toujours porté bien haut le flambeau au risque de déranger à de multiples occasions les tenants du néo-libéralisme.

quebechebdo 5 mai 2018
Le Devoir 12 mai 2018
vigile.net tribune libre 14 mai 2018 (version modifiée)