Doit-on tourner la page sur l’affaire SNC-Lavalin?

3 avril 2019

Après plusieurs semaines d’une saga fertile en rebondissements, l’affaire SNC-Lavalin semble avoir l’heur d’exaspérer certains libéraux qui prônent ouvertement que les ex-ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philott soient expulsés du caucus après la publication d'une conversation téléphonique enregistrée secrètement par l'ancienne ministre de la Justice alors qu'elle s'entretenait avec Michael Wernick, l'ancien greffier du Conseil privé.

À titre d’argument, les tenants de l’expulsion arguent le manque d’éthique professionnel de Jody Wilson-Raybould qui a pris l’initiative de téléphoner à Michael Wernick en enregistrant leur conversation à son insu…. Va pour le manque d’éthique!

Néanmoins, le contenu de l’enregistrement de la conversation vient réaffirmer que les pressions dont est victime Mme Wilson-Raybould sont « entièrement inappropriées » et qu’elles représentent de « l’ingérence politique ». Quant à M. Wernick, il lui répond en disant que le premier ministre ne lui demande pas de faire quoi que ce soit d'inapproprié, et qu'il est «très décidé» sur ce sujet.

À mon avis, le manque d’éthique de l’ex-ministre de la Justice doit être condamné. Toutefois, les preuves manifestes de pressions inappropriées et d’ingérence de la part de l’ex-greffier, de la garde rapprochée du premier ministre et de Justin Trudeau lui-même ne doivent pas être évincées pour autant.

Par conséquent, je suis d’avis que les deux personnes concernées doivent être convoquées à nouveau par le comité de justice des Communes d’autant plus que, interrogé sur cette conversation, Michael Wernick a répondu laconiquement qu’il  ne portait pas d'enregistreur, qu’il n'enregistrait pas la conversation et qu’il ne prenait pas de notes improvisées… Comme défense, c’est plutôt dérisoire!

vigile.net tribune libre le 1er avril 2019
 

Allo… Y a quelqu’un?

2 avril 2019

Le conseil municipal du 1er avril a donné lieu à un fait plutôt cocasse (et ce n’est pas un poisson d’avril) lorsque le chef de Québec 21, Jean-François Gosselin, est parti en guerre contre la lenteur du maire Labeaume dans le projet du tramway en tonnant que « c’est quand même assez spécial de voir le premier magistrat de la Ville ne pas être présent sur toutes les tribunes pour vendre son projet. »

Après s’être fait traiter de « cheap » par le conseiller du district de Val-Bélair, Sylvain Légaré, qui lui suggéra de cesser de remettre en cause l’engagement du maire de Québec alors qu’il combat le cancer, le chef de Québec 21 s’est finalement rétracté en avouant bien candidement que personne ne lui avait expliqué la raison des absences récentes du maire, et que « jamais » il n’a voulu attaquer Régis Labeaume sur son état de santé. Allo… Y a quelqu’un au bout de la ligne?

quebechebdo 2 avril 2019
 

Un appel au calme

1 avril 2019

À mes yeux, dans sa brève allocution vidéo de quelque deux minutes sur les médias sociaux, le premier ministre du Québec François Legault a lancé un appel au calme dans le but d’atténuer les effets des attaques qu’a subies le projet de loi 21 sur la laïcité depuis son dépôt à l’Assemblée nationale le 28 mars.

À cet effet, le premier ministre a insisté sur le fait que l’approche de son gouvernement respecte « l’histoire, les valeurs et la volonté d’une grande majorité de Québécois », tout en ajoutant du même souffle que le projet de loi de son gouvernement est « modéré, comme le sont les Québécois ».

Enfin, sur la clause dérogatoire inscrite dans le projet de loi, François Legault a rappelé aux Québécoises et aux Québécois que l’utilisation de la clause dérogatoire, qui doit servir à éviter des contestations judiciaires du nouveau projet de loi, a déjà été utilisée dans le passé par les premiers ministres René Lévesque et Robert Bourassa.

Somme toute, une allocution digne d’un premier ministre qui s’est fait élire avec une forte majorité sur un programme qui comportait des engagements, notamment la présentation d’un projet de loi sur la laïcité de l’État québécois… Place maintenant aux organismes et individus qui désirent se faire entendre en commission parlementaire!

quebechebdo 1er avril 2019
 

Dans la p’tite poche de Trudeau

31 mars 2019

Si Québec solidaire (QS) avait l’intention de se particulariser dans l’épineux dossier sur la laïcité, on peut affirmer hors de tout doute que ses membres ont atteint leur objectif, à l'occasion de leur Conseil national, en votant, à la quasi-unanimité, pour qu’aucune règle particulière ne régisse le port des signes religieux, un recul sur la position du rapport Bouchard-Taylor qu’il défend depuis six ans, laquelle prônait l’interdiction de signes religieux pour les employés de l’État en autorité, à savoir les juges, les procureurs, les policiers et les gardiens de prison.

«Considérant que le devoir de réserve s’applique aux actions et aux décisions des personnes et non à leur apparence ; Aucune règle particulière sur les signes religieux ne devrait s’appliquer à certaines professions plutôt qu’à d’autres, incluant celles qui exercent un pouvoir de coercition», stipule notamment l’option adoptée à la majorité par les quelque 300 militants présents.

Plus question donc pour les députés de QS de défendre l’interdiction des signes religieux chez les juges, policiers et gardiens de prison, comme le faisait pourtant un projet de loi déposé en 2013 par l’ancienne coporte-parole solidaire Françoise David. Et, qui plus est, les solidaires ouvrent également la porte à la prestation et la réception de services publics à visage couvert

Conséquemment, les membres présents se sont nettement prononcés en faveur du respect des libertés individuelles en matière de religion tel que prescrit dans la Charte des droits et libertés fédérale, une position qui place QS en complète opposition avec le projet de loi 21 de la Coalition avenir Québec déposée par le ministre Simon Jolin-Barrette.

De cette façon, QS aboutit dans la p’tite poche du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, qui se retrouve avec un défenseur du multiculturalisme à l’Assemblée nationale du Québec, un accroc flagrant à une laïcité dont la mission première est de séparer l’Église de l’État qui doit d’abord être laïc pour pouvoir être ouvert à tous, ce que, à n’en pas douter, les membres de QS n’ont pas du tout compris.

Enfin, je vous laisse sur cette « profonde » réflexion de la députée solidaire Catherine Dorion : «On est en train à QS de redessiner un indépendantisme qui assume profondément son antiracisme. Il va falloir le dire partout que ce qui menace notre culture et notre territoire, ce n’est pas l’islam, et lâchez-nous avec l’islam ! Ce n’est pas les musulmans qui sont partout dans les couloirs à mettre du gros cash pour influencer le gouvernement, c’est le capitalisme qui couche dans le lit de nos gouvernements. Lâchez nous avec l’islam et les chartes des valeurs !»

vigile.net tribune libre 29 mars 2019
 

Le PQ est-il réformable?

31 mars 2019

Fondé en 1968 par René Lévesque, le Parti Québécois (PQ) franchit cette année le cap de la cinquantaine. Le même René Lévesque qui a dit un jour que «…Tout parti naissant devrait à mon avis inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération ? Guère davantage… » Autrement dit, comme le dit si bien un vieil adage : « On ne fait pas du neuf avec du vieux ».

Et pourtant, malgré les nombreux heurts suscités par les conflits générationnels lors du dernier congrès national du PQ, les participants ont voté unanimement pour la tenue d’un vaste chantier sur la refondation du parti. Un projet réaliste ou utopiste ? le PQ est-il réformable ? Ce véhicule politique a-t-il fait son temps? Le PQ est-il voué à être un perdant, comme l’affirme Catherine Fournier? Toutes des questions qui me laissent pour le moins perplexe sur l’avenir du PQ.

Or, un sondage réalisé en 2016 révélait que 52 % des Québécois de langue maternelle française voteraient en faveur de l'indépendance du Québec alors que du même groupe seulement 36 % appuieraient le Parti québécois. Une statistique qui révèle hors de tout doute que la cause est plus populaire que le parti. D’où le défi colossal auquel sont confrontés les partisans de la refondation du PQ.

À cet effet, le dernier congrès national a fait ressortir deux visions qui s’affrontent et qui pourraient n’être pas réconciliables. Il y a ceux pour qui la solution se trouve à l’intérieur du cadre politique qu’est le Parti québécois et il y a ceux qui sont prêts à explorer à l’extérieur du cadre. Aux yeux de ces derniers, il faut refonder le parti sans s’attacher nécessairement au nom. Tout mettre dans la balance et voir ce qui en ressortira. Ne plus s’attacher nécessairement à cette étiquette et faire cheminer cette idée qu’il existe une place dans l’échiquier politique québécois pour la refondation d’un parti résolument indépendantiste. Et l’idée, semble-t-il, est loin de déplaire à bien des militants…

Les militants du PQ disent aujourd'hui vouloir faire de l'indépendance leur «priorité», ce qui est tout sauf nouveau. Depuis des années, ils soutiennent que cet objectif est leur priorité et que, comme il ne faut pas «parler de date» et que «les Québécois ne sont pas prêts», cette «priorité» se dissipe dans un horizon indéfiniment nébuleux. Au-delà des questions d'image, la vraie refondation de l'indépendantisme commencera le jour où cet argumentaire aura été définitivement rayé de la carte.

En conclusion, s’il désire accoler l’étiquette de la crédibilité à son projet de refondation, le Parti québécois doit mettre fin à toutes les ambiguïtés qui le minent présentement. À tenter de courtiser tout un chacun, le PQ s’est dénaturé complètement et a ouvert les portes à sa propre désaffection politique. En termes clairs, il doit mettre résolument le cap sur l’indépendance du Québec. 

vigile.net tribune libre 29 mars 2019

Projet de loi 17 sur le taxi: le monde à l’envers

31 mars 2019

Le moins qu’on puisse dire, c’est que le dépôt du projet de loi 17 par le ministre des Transports, François Bonnardel, a eu l’heur de susciter une onde de choc chez les propriétaires de taxis.

En réalité, là où le bât blesse avec le plus d’incongruité, c’est que le ministre est parti du modèle « délinquant » de la multinationale américaine Uber pour asseoir son projet de loi sur la dérèglementation du taxi et y assujettir les propriétaires de taxis « légalement qualifiés » qui ont dû payer des prix faramineux pour obtenir leur permis qui, du jour au lendemain, se retrouvent soudainement dans une précarité alarmante. En fait, c’est le monde à l’envers…

Depuis qu’Uber est arrivé, c’est 1,3 milliard qu’il manque dans les poches des propriétaires de taxis. Au lieu de forcer Uber à se conformer aux règles déjà en place, le ministre Bonnardel déroule le tapis rouge pour une multinationale qui crache sur ses obligations.

M. Bonnardel, vous ne pouvez pas tout foutre en l’air et recommencer à neuf sans laisser derrière vous des séquelles profondément traumatisantes. Il est temps de vous asseoir à la table de négociation et d’écouter la détresse des propriétaires de taxis d’une oreille attentive, à défaut de quoi vous risquez d’être confronté à une autre tentative de suicide.

quebechebdo 31 mars 2019
 

Vivement une enquête publique!

30 mars 2019

L’archevêque de Montréal, Christian Lépine, lance un « audit » des diocèses de Saint-Jérôme, Montréal, Saint-Jean–Longueuil, Joliette et Valleyfield dont le mandat est de dénombrer les prêtres visés par des allégations de pédophilie, une recherche qui sera pilotée par l’ex-juge Anne-Marie Trahan, réputée catholique pratiquante. En bref, l’archevêché de Montréal enquêtera sur ses propres commettants.

Or, c’est maintenant devenu de notoriété publique, la pédophilie dans le clergé est, depuis longtemps, érigé en système clos derrière un omerta institutionnalisé jusqu’au plus haut sommet de la hiérarchie de l’Église qui a agi comme complice d’un système destiné à protéger ses ouailles pédophiles.

Face à un tel constat, il m’apparaît essentiel qu’une commission d’enquête publique soit créée dans le but d’apporter un regard objectif sur les centaines de dénonciations d’agressions sexuelles de la part des victimes de ces actes immondes.

L’omerta a assez duré, vivement une enquête publique indépendante pour révéler au grand jour toute la vérité sur cette face de l’Église catholique cachée depuis trop longtemps.

quebechebdo 30 mars 2019
Le Devoir 1er avril 2019
 

Le crucifix comme monnaie d’échange

28 mars 2019

Le gouvernement Legault est prêt à déposer une motion en faveur du retrait du crucifix du Salon bleu de l'Assemblée nationale, mais après l'adoption de son projet de Loi 21 sur la laïcité de l’État, un virement de cap complet sur sa position antérieure à l’effet que ce « symbole patrimonial » devait demeurer en place.

Le libellé de la motion se lit comme suit : « Que l’Assemblée nationale mandate le Bureau de l’Assemblée nationale, suivant l’adoption du projet de loi n°21 "Loi sur la laïcité de l’État", afin que ce dernier déplace le crucifix du Salon bleu pour le mettre en valeur dans l’enceinte du Parlement. » Seuls resteront donc en place les symboles anglicans de la monarchie britannique.

Autrement dit, le ministre Jolin-Barrette accepte de retirer le crucifix de l’Assemblée nationale à la condition que son projet de loi 21 soit adopté. Le crucifix devient, par le fait même, une monnaie d’échange…Un bien triste sort!

vigile.net tribune libre 26 mars 2019
quebechebdo 29 mars 2019
 

Des voix s’élèvent!

28 mars 2019

Depuis un certain temps, des voix s’élèvent en Alberta pour réclamer son indépendance du reste du Canada, un mouvement qui s’était résorbé depuis les années ’80 quand le gouvernement de Pierre Elliott Trudeau avait mis en place le programme énergétique national, mais qui refait surface devant une crise du pétrole liée à un manque de pipelines pour transporter puis exporter son bitume. Se sentant incompris par le reste du pays, particulièrement les provinces de l'Est et Ottawa, de plus en plus d'Albertains semblent souscrire à l'idée d'une Alberta indépendante.

Aux yeux de Frédéric Boily, politologue du campus St-Jean, de l’Université de l'Alberta, « On a toujours un peu parlé en Alberta de séparatisme. On pouvait trouver des petites formations politiques très marginales et des groupes, même dans les années 2000. Mais là, ce qui est nouveau, c'est que ça semble être une idée qui est soulevée par plusieurs acteurs politiques. Pas les principaux, mais on entend parler davantage et ça s’accompagne de manifestations pro-pipelines. C'est ça qui a de nouveau aussi, ce n’est plus simplement un mouvement confiné aux marges ».

Deux irritants font régulièrement surface dans les revendications des séparatistes albertains, soit, d’une part, le pipeline Trans Mountain qui fait du surplace depuis que le gouvernement Trudeau en est devenu l’acquéreur, et d’autre part et surtout, le système de péréquation fédéral qui concède davantage d’argent dans l’Est, notamment au Québec, ce qui fait dire au comptable retraité du secteur pétrolier René Beaumier , « Oui, on est très fâché. Ça fait des années que l'Alberta envoie des paiements dans l'Est et maintenant nous autres on a besoin d'aide et l'aide ne vient pas, alors on est très frustré… Ils ne nous écoutent pas dans l'Est [...] On a beaucoup plus en commun avec les États-Unis dans le sud… Le sud-nord, plutôt que l'est-ouest ».

Selon Frédéric Boily,  « [Il] ne pense pas que ça durera. La situation peut s’améliorer du côté des pipelines, des finances du gouvernement si la différence de prix [du pétrole] s’estompe et il y a aussi le fait qu’on s'en va en élections… À l'aube des élections du printemps, aucun parti n'a avantage à voir grossir le mouvement indépendantiste ».

Et pourtant, sans nouveau pipeline à l'horizon, les quelques indépendantistes de l'Alberta continueront probablement de rêver d’un pays… fait d'or noir qu’ils pourraient gérer seuls sans attendre d’argent d’Ottawa!

vigile.net tribune libre 27 mars 2019
 

Itinérance, investir en amont

28 mars 2019

Je suis toujours abasourdi par le nombre effarant d’itinérants qui passent leurs nuits à l’extérieur au Québec en 2019 alors que le gouvernement réussit à puiser des millions dans ses surplus pour instaurer le programme des maternelles 4 ans, arguant qu’il est urgent de pallier en amont le problème des jeunes en difficulté d’apprentissage au primaire et au secondaire.

Or, sans connaître le chemin qu’ont dû emprunter les itinérants pour aboutir à une telle situation d’errance, je soupçonne un trajet jonché d’embûches, notamment eu égard à une enfance malheureuse. En avril 2018, 5789 itinérants « visibles » ont été dénombrés dans 11 régions du Québec.

Devant une situation aussi alarmante, ne serait-il pas pertinent, voire urgent, que le gouvernement se penche sérieusement en amont sur l’itinérance, à savoir sur la misère et la désolation qui règnent à grande échelle dans les milieux défavorisés?

quebechebdo 28 mars 2019