La caricature de Michael de Adder

3 juillet 2019

 

Même si les dirigeants des trois grands quotidiens, qui appartiennent tous à Brunswick News, contrôlée par la famille Irving, allèguent que le congédiement du caricaturiste Michael de Adder n’est pas relié à la caricature de Donald Trump à côté de sa voiturette de golf, fixant deux migrants morts, en demandant s’il peut jouer à côté d’eux, il m’apparaît pour le moins peu probable que son congédiement ne soit pas relié à cette caricature.

« Dans les deux dernières semaines, j’ai dessiné trois caricatures de Trump. Deux sont devenues virales et la troisième a créé un impact majeur. Une journée plus tard, j’ai été remercié après 17 ans de service », a écrit Michael de Adder sur Twitter… « Tirez-en vos propres conclusions », a-t-il ajouté.

De son côté, le président de l’Association des caricaturistes du Canada, Wes Tyrell, a appuyé son collègue. « Il semble que les Irving ne veulent prendre aucun risque. Donc ils ont rompu les liens. Une compagnie pétrolière ne devrait pas posséder des journaux », a-t-il écrit sur Twitter.

À mes yeux, cette saga remet en question de façon à peine voilée la liberté d’expression des caricaturistes régulièrement mise à mal par la censure et, par ricochet, le message véhiculé subtilement par la satire et l’humour.

quebechebdo 3 juillet 2019
vigile.net tribune libre 3 juillet 2019

Où s’en va Bonnardel?

2 juillet 2019

 

À entendre le mot « prématuré » de la bouche du ministre des Transports, François Bonnardel, à plusieurs occasions lors du point de presse annonçant la construction d’un tunnel entre Québec et Lévis, on aurait pu en déduire qu’il était tout aussi « prématuré » d’en faire l’annonce officielle.

À titre d’exemples, les questions sur le coût, la durée des travaux, le mode de construction, les risques environnementaux, la pression exercée sur les axes routiers déjà existants ou les défis techniques possibles lors de sa réalisation, toutes des questions qui sont demeurées sans réponse… Et, comme si ce n’était pas suffisant, la CAQ s'engage également à étudier un autre tracé, toujours à l'est et plus proche des centres-villes.

De son côté, la ministre de la capitale nationale, Geneviève Guilbault, a fait la liste de toutes les annonces concernant le troisième lien depuis l'arrivée au pouvoir de son gouvernement, confirmant ainsi que la CAQ est transparente dans le processus avec les citoyens. Toutefois, encore faut-il que la transparence ne soit pas seulement dans les étapes, mais aussi dans la manière d'arriver à ses fins.

Comme le dit à juste titre un vieil adage, « l’enfer est pavé de bonnes intentions » qui peuvent conduire aux pires résultats… Pour l’instant, le ministre des Transports nous a présenté un brouillon incomplet. Il doit maintenant retourner à sa planche à dessins et nous revenir avec des réponses aux questions laissées en suspens!  

quebechebdo 2 juillet 2019
vigile.net tribune libre 3 juillet 2019
Le Devoir 4 juillet 2019 "3ième lien: mais où va François Bonnardel?"

De quoi je me mêle?

27 juin 2019

Ainsi la loi québécoise sur la laïcité est dangereuse et elle va à l’encontre des valeurs canadiennes, affirme le premier ministre manitobain Brian Pallister. Il demande à ses homologues de l’Ouest de la condamner formellement à l’occasion de leur réunion du 27 juin. « Je suis offusqué de voir une loi qui est à mes yeux contraire à l’esprit du Canada. Je ne crois pas que nous devons rester silencieux face à quelque chose qui menace les libertés individuelles dans notre pays. »

En lisant cette déclaration « pancanadienne » du premier ministre manitobain Brian Pallister, on croirait entendre le premier ministre du Canada se porter à la défense du multiculturalisme canadien. En effet, depuis quand un premier ministre provincial plaide-t-il la défense des « libertés individuelles dans notre pays »? En vertu de quel pouvoir M. Pallister se sent-il légitimé de « pousser [ses] collègues à le faire dans le communiqué final » de la conférence des premiers ministres de l’Ouest? En quoi la loi québécoise sur la laïcité risque-t-elle d’enfreindre la « diversité culturelle » au Manitoba?

À mon sens, Brian Pallister outrepasse ses fonctions de premier ministre provincial en s’engageant dans un processus de coalition avec ses homologues de l’Ouest dans le but de condamner vertement une loi légitime votée par l’Assemblée nationale du Québec… De quoi je me mêle, M. Pallister?

quebechebdo 27 juin 2019
vigile.net tribune libre 27 juin 2019

Démolition de l’église Saint-Coeur-de-Marie

26 juin 2019

Par voie de communiqué, la Ville de Québec souligne qu’elle s’est engagée à conserver huit églises à valeur patrimoniale exceptionnelle. Or, l’église Saint-Cœur-de-Marie, construite entre 1919 et 1921, n’est pas dans la liste.

Devant l’imminence des travaux de démolition, la Fédération Histoire Québec a notamment envoyé une lettre à la ministre de la Culture et des Communications du Québec, Nathalie Roy, concernant une demande de classement de l’église Saint-Cœur-de-Marie. L’organisme estime que l’église a une valeur patrimoniale « nationale ».

Peine perdue, l’église Saint-Cœur-de-Marie sera mise à terre sans vergogne par les grues des démolisseurs telle une vulgaire résidence abandonnée. « En santé, on parle d’euthanasie ou encore de soins de fin de vie. En culture, on utilise les mêmes pratiques, mais on n’en parle pas beaucoup… » a confié Serge Routhier, un citoyen passionné d’histoire et d’architecture.

À mes yeux, ce bijou architectural possède une valeur patrimoniale incontestable qui méritait les coûts de rénovation inhérents à sa survie. Malheureusement, considérant que les neuf versions du projet que le promoteur souhaitait réaliser ont été refusées, le futur emplacement de l’église risque de se transformer en espaces gazonnés et clôturés…Un bien triste dénouement!

quebechebdo 26 juin 2019 
vigile.net tribune libre 14 juillet 2019

La CSDM, au-dessus de la loi

24 juin 2019

Sans surprise, la loi sur la laïcité de l’État québécois fait face à des contestations auprès de divers groupes de la société québécoise. Toutefois, la position pour le moins draconienne de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) a de quoi susciter de sérieuses interrogations eu égard aux motifs qu’elle invoque pour prétendre retarder d’un an l’application de la loi 21.

Pourtant, malgré le fait que le ministre Jolin-Barrette ait déjà inclus un amendement dans la loi pour mieux encadrer la définition d’un signe religieux, la présidente de la CSDM, Catherine Harel-Bourdon, allègue que, dans l'état actuel des choses, les directions d'écoles ne savent pas sur quel pied danser, ignorant dans quelles situations ils devront appliquer la nouvelle loi.

À mes yeux, je ne vois aucun motif raisonnable qui pourrait justifier une telle position « délinquante » de la part de la CSDM alors qu’aucune autre commission scolaire n’a manifesté une telle intention, hormis la Commission scolaire English Montreal et la Commission scolaire Lester-B.-Pearson, qui ont fait savoir au cours des dernières semaines qu'elles n'appliqueraient pas les dispositions de la loi 21.

Conséquemment, je suis d’avis que la CSDM n’a pas à bénéficier d’un statut particulier et doit se plier aux exigences d’une loi « légitime » votée à la majorité des voix à l’Assemblée nationale du Québec. Comme le précise le fondement de l’État de droit, « nul n'est au-dessus de la loi ».

quebechebdo 24 juin 2019
vigile.net tribune libre 25 juin 2019

La question de l’urne

20 juin 2019

Aux dires de plusieurs observateurs de la scène politique fédérale, la question de l’urne, soit le facteur le plus important dans la tête des électeurs au moment d’inscrire leur vote, sera l’environnement. À cet effet, l’amalgame présenté par Justin Trudeau entre son accord pour le projet Trans Mountain et l’injection des profits provenant de l’exploitation de l’oléoduc dans la transition à l’énergie propre en dit long sur les intentions du premier ministre de mettre le focus sur l’environnement.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, semble pencher dans la même direction, une position délicate qui le placera sur le terrain de prédilection du Parti vert d’Élizabeth May qui a gagné des points précieux dans les derniers sondages. Quant au Nouveau parti démocratique, il prévoit, notamment, la création de 300 000 emplois en lien avec la transition énergétique, la fin des subventions aux énergies fossiles et des économies de 900 $ par famille sur les coûts énergétiques. Enfin, les conservateurs devraient présenter un plan environnemental qui comprendra un équilibre entre de grands projets de pipeline et la lutte à la pollution exigée par une partie grandissante de l'électorat.

En bref, les deux partis susceptibles de prendre le pouvoir en octobre, soit le PLC ou le PPC, jouent sur les deux tableaux, à savoir l’économie et l’environnement, une position qui risque de dégénérer en conflits empêtrés dans les contradictions!

vigile.net tribune libre 20 juin 2019

Le fondateur d’Équiterre joint le PLC

20 juin 2019

Au lendemain de l’annonce par le premier ministre Trudeau de donner le feu vert à la construction de l’oléoduc Trans Mountain, on apprend que l’écologiste et fondateur d’Équiterre, Steven Guilbeault, tente sa chance à l'investiture du Parti libéral du Canada (PLC) dans la circonscription montréalaise de Laurier-Sainte-Marie, en vue des élections fédérales d'octobre prochain.

On se souviendra qu’en octobre 2018, Steven Guilbeault avait pris la décision de quitter Équiterre. Comme « par hasard », quelques semaines plus tard, il était nommé, par Ottawa, coprésident du comité consultatif pour la lutte contre les changements climatiques, un organisme chargé de conseiller le gouvernement Trudeau en matière d’environnement.

Conséquemment, est-ce à dire que Steven Guilbeault a participé à la décision de Justin Trudeau de mettre de l’avant le projet Trans Mountain, endossant par le fait même la stratégie selon laquelle tous les profits générés par l’oléoduc seront versés aux énergies vertes?

Si tel est le cas, comment peut-il justifier le fait qu’une entreprise polluante, dont l’impact environnemental équivaut à l’ajout de 3 à 4 millions de voitures sur nos routes, puisse servir de « moteur » pour lutter contre la pollution? Une question qui suscite, à mes yeux, plusieurs interrogations, notamment sur le virage pour le moins inattendu du fondateur d’Équiterre…

quebechebdo 20 juin 2019
vigile.net tribune libre 20 juin 2019

La bâillon, l’ultime solution

17 juin 2019

Comme il fallait s’y attendre, les projets de loi 7 sur l’immigration et 21 sur la laïcité ont finalement été adoptés sous le bâillon, l’ultime solution prévoyant l’adoption de projets de loi par les députés de l’Assemblée nationale. Bien sûr, les partis d’opposition ont tour à tour dénoncé cette forme d’adoption évoquant, notamment, la crainte d’un gouvernement autoritaire qui rabroue ses opposants.

Toutefois, à la défense du gouvernement, force est de constater que les paramètres de ces deux projets de loi ont fait l’objet de promesses électorales de la part de François Legault au cours de la dernière campagne électorale qui a vu la CAQ former un gouvernement majoritaire.

Dans ces circonstances, il est tout à fait pertinent d’extrapoler et de déduire que le gouvernement était légitimé de proposer ces projets de loi et de prendre les moyens mis à sa disposition pour les faire adopter. Or, malheureusement, après de nombreuses heures de débat, aucune entente n’est intervenue entre les divers partis.

Conséquemment, compte tenu de l’acceptabilité sociale dont il bénéficie eu égard à ces deux projets de loi, je suis d’avis que le gouvernement Legault n’avait d’autre choix que d’imposer le bâillon…

quebechebdo 17 juin 2019
Le Devoir 18 juin 2019

Économie et environnement: un mariage chaotique

15 juin 2019

La montée en flèche des changements climatiques s’impose de plus en plus comme une priorité pour les chefs de gouvernements à travers la planète, le Canada et le Québec n’y échappant pas. Or, un autre facteur essentiel au développement d’un pays réside dans la vitalité de son économie.

Il n’est donc pas surprenant d’assister à un mariage chaotique entre économie et environnement, l’un et l’autre évoluant souvent dans des champs diamétralement opposés. À cet effet, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, et celui de l’Alberta, Jason Kenney, incarnent deux exemples patents de cette discordance qui leur demande souvent d’user de tergiversations qui frôlent parfois la contradiction.

De son côté, le premier ministre du Québec se retrouve dans une catégorie à part, ayant réussi, grâce à l’hydroélectricité, à concilier habilement économie et environnement. Toutefois, du côté de l’Alberta, Jason Kenney se retrouve carrément pris en otage dans la quadrature du cercle, sa politique environnementale n’arrivant pas à compenser les effets nocifs de l’exploitation de son pétrole.

À mon avis, nous allons assister de plus en plus à ce genre de défi qui attend les chefs de gouvernements, un défi herculéen qui risque de causer des divorces douloureux entre l’économie et l’environnement!

quebechebdo 15 juin 2019
vigile.net tribune libre 20 jui 2019

Le PQ est-il appelé à se saborder?

12 juin 2019

Au moment où le PQ amorce une profonde réflexion sur son avenir, il m’apparaît pertinent, voire souhaitable, de considérer cette déclaration de René Lévesque :  

"Pour moi, tout parti politique n’est au fond qu’un mal nécessaire, un de ces instruments dont une société démocratique a besoin lorsque vient le moment de déléguer à des élus la responsabilité de ses intérêts collectifs. Mais les partis appelés à durer vieillissent généralement assez mal. Ils ont tendance à se transformer en églises laïques, hors desquelles point de salut, et peuvent se montrer franchement insupportables. À la longue, les idées se sclérosent, et c’est l’opportunisme politicien qui les remplace. Tout parti naissant devrait à mon avis inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération ? Guère davantage, ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer."

Fondé en 1968, le Parti québécois s’est érigé pendant des décennies comme l’alternative au Parti libéral du Québec. Aujourd’hui, avec l’arrivée de deux autres partis sur la scène politique québécoise, soit la Coalition avenir Québec et Québec solidaire, et un désintéressement progressif du mouvement indépendantiste, notamment chez les jeunes, le PQ peine à se frayer une place auprès de l’électorat québécois.

Une vaste consultation populaire est prévue auprès de québécois de toutes allégeances politiques afin de connaître les intérêts de l’électorat eu égard à l’avenir du Québec sur la scène politique. Par ailleurs, le PQ a décidé de tout mettre sur la table sauf l’indépendance du Québec, une condition sine qua non reliée à la raison d’être de son existence.

D’autre part, le PQ ne peut faire abstraction de son passé jonché de grandes réalisations d’une part, mais aussi d’interminables tergiversations autour du processus d’accession du Québec à son statut de pays. Aujourd’hui, le PQ se retrouve avec un maigre 9 députés à l’Assemblée nationale suite à sa cuisante défaite lors du dernier scrutin provincial.

À cet effet, la réflexion de René Lévesque prend toute sa pertinence, et on est endroit de se demander si « peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, « ce [n’est plus] qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer."

Comme le dit un vieil adage : « On ne fait pas du neuf avec du vieux ». Peut-être est-il venu le temps où le PQ doit se saborder et renaître sous une nouvelle image actualisée et une base renouvelée où les enjeux politiques des jeunes occupent une place de choix, notamment la protection de l’environnement…

Néanmoins, le grand défi sera de redonner à la souveraineté ses lettres de noblesse d’antan, d’autant plus que le nationalisme de la CAQ de François Legault exerce un attrait auprès des Québécois, et c’est à ce niveau que le nouveau parti indépendantiste, le cas échéant, devra user d’arguments convaincants pour amener les Québécois à faire un pas de plus et à s’affranchir complètement du joug fédéral.

vigile.net tribune libre 12 juin 2019