Qui ne dit mot consent

29 août 2025

La comparution de la vice-première ministre et ministre des Transports, Geneviève Guilbault, devant la commission Gallant a résulté en un véritable aveu de non-intervention de la part de la ministre en lien avec les dépassements des coûts estimés dans le dossier SAAQclic. D’ordinaire plutôt calme et en maîtrise de ses dossiers devant les médias, c’est une Geneviève Guilbault nerveuse et déstabilisée qui s’est présentée devant le commissaire et le procureur Vincent Ranger.

D’entrée de jeu, la ministre a dû admettre devant la commission Gallant qu’elle avait été avisée bien plus tôt qu’elle le prétendait que des dépassements de coûts de 200 millions $ avaient été ajoutés à la facture du projet SAAQclic. En effet, des documents démontrent qu’elle a été informée en 2023 de ces dépassements par le PDG de la SAAQ à l’époque, Éric Ducharme, mais qu’elle n’avait pas jugé opportun d’en aviser les médias.

« Si on se place dans le contexte où on est encore dans un mode rétablissement post-chaos après le lancement raté de la plateforme SAAQclic, on ne nous a pas alertés outre mesure », a-t-elle soulevé pour sa défense. « On est à 120 millions de plus à donner au contractant. Dans le monde d’où je viens, c’est beaucoup, beaucoup, beaucoup d’argent », lui a répliqué le commissaire Gallant. « Ça va tu coûter plus cher que ça devait coûter ? La réponse, c’est oui, c’est évident », a finalement reconnu Geneviève Guilbault. « On nous disait : sinon, on ne sera pas capable de faire la livraison, il y aura des bris de services… Il n’y avait aucune intention de dissimuler ou de retenir cette information-là. Si on nous avait posé la question, on y aurait répondu », a finalement argué la ministre pour expliquer son silence. Enfin un document résumant la « stratégie contractuelle » du virage numérique de la SAAQ envoyé au cabinet de la ministre en  2023 mentionne l’ajout de plus de trois avenants, pour un total de 120 millions, ainsi que deux autres contrats de « gré à gré » d’une valeur totale de 80 millions.

Dans toute cette saga, un fait demeure : la ministre Geneviève Guilbault a fait preuve d’une stratégie non-interventionniste pour le moins contestable, voire inacceptable dans un contexte politique où la transparence devait être priorisée compte tenu des sommes faramineuses engagées dans le projet SAAQclic et défrayées à même les poches des contribuables

vigile.quebec tribune libre 27 août 2025.

 

Conflit Russie-Ukraine, un enjeu de paix ou de pouvoir?

21 août 2025

Face à un conflit qui dure depuis plus de trois ans ayant laissé sur son passage des centaines de milliers de morts, le monde entier souhaite ardemment un cessez-le-feu permanent en Ukraine. Or les négociations actuelles menées par Vladimir Poutine et Donald Trump sont-elles fondamentalement sous-tendues par une réelle intention de paix ou par la soif du pouvoir?

Avant la guerre, les régions de DonetskLouhansk, Zaporijjia et Kherson représentaient à elles seules près de 20 % du PIB ukrainien. Le Donbass constituait, pour sa part, le cœur industriel du pays avec ses mines de charbon et ses aciéries emblématiques comme Azovstal. Au coeur des négociations, Poutine dit vouloir les « échanger » contre les terres agricoles du sud parmi les plus fertiles au monde, véritables greniers à blé et à tournesol. Sans oublier la centrale nucléaire de Zaporijjia, la plus grande d’Europe, qui fournissait avant la guerre 20 % de l’électricité ukrainienne.

De son côté, Donald Trump, agissant comme intermédiaire entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, devient de facto une courroie de transmission indispensable dans le processus de paix, une position qui lui confère un pouvoir extraordinaire duquel il peut abondamment s’enorgueillir, et qui le place dans une position privilégiée pour obtenir le prix Nobel de la paix qu’il convoite à mots peu couverts.

Dans un tel contexte où prime l’attrait du pouvoir, force est de constater la fragilité des bases sur lesquelles sont assises les négociations de paix entre la Russie et l’Ukraine. Le facteur territorial est jusqu’à maintenant absent des pourparlers mais aux yeux de Zelensky, il n’est pas question de concéder des territoires actuels de l’Ukraine.

En conséquence, est-il encore possible qu’un accord de paix soit signé entre la Russie et l’Ukraine compte tenu du cul-de-sac dans lequel se dirigent les deux dirigeants? Et enfin, Donald Trump assistera-t-il impuissant à la désintégration de son beau rêve de détenteur du prix Nobel? Les réponses à ces questions appartiennent à un avenir pas si lointain!

Le Soleil (version numérique) 21 août 2025
Le Devoir 22 août 2025

François Legault en mode écoute

19 août 2025

La guigne s’acharne implacablement sur la Coalition avenir Québec (CAQ). Après les deux défaites crève-coeur dans Jean-Talon et Terrebonne, le gouvernement Legault se classe quatrième à l’élection partielle dans Arthabaska, ne récoltant qu’un maigre 7% des suffrages exprimés. La CAQ se retrouve au pied du mur, le parti de François Legault a perdu contact avec sa base. C’est le chaos à quelque quatorze mois de l’élection générale prévue pour octobre 2026. Aux grands maux les grands moyens, le premier ministre entame un processus de reconnexion avec les Québécois. Il se met en mode écoute par le biais des 86 députés de son caucus.

Le chef a écouté ses représentants des comtés caquistes. Que ressortira-t-il de cette rencontre avec les députés? Je me risque à lancer quelques hypothèses visant une possible sortie de crise. Tout d’abord, dans un contexte où le PQ est en pleine remontée, je crois que François Legault va ressortir sa carte nationaliste contre celle du souverainisme de Paul St-Pierre Plamondon.

Ensuite, il va tenter de repositionner l’éducation comme la priorité de ses priorités comme il s’y était engagé lors de son premier mandat en 2018, et je ne serais pas étonné qu’il procède à un changement de ministre en Éducation dans le but d’y apporter un nouvel élan. Pour ce qui est de la Santé, j’ai l’impression qu’il va laisser Christian Dubé terminer sa réforme tout en profitant de la popularité du ministre actuel malgré un conflit de travail qui s’éternise avec le Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

La saga du troisième lien Québec-Lévis se dresse encore comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête du premier ministre malgré l’ébauche d’un plan d’action proposé dernièrement par la ministre des Transports, Geneviève Guilbeault, dans ce dossier, la crédibilité du gouvernement étant fortement remise en cause.

François Legault doit maintenant passer rapidement en mode action s’il aspire regagner la confiance de sa base. Un défi titanesque se dresse devant lui. De surcroît, il est tenaillé par l’implacable usure du pouvoir. Parviendra-t-il à remonter la pente? Personnellement, j’émets certaines réserves sur ses chances de refaire surface. La performance de la CAQ durant les prochains mois s’avérera déterminante. À suivre…

Le Devoir 19 août 2025 "François Legault à l'écoute"

 

Christian Dubé est-il l’homme de la situation

18 août 2025

Le torchon brûle depuis des mois entre le ministre de la Santé, Christian Dubé, et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ). Héritier d’une longue tradition où les médecins ont toujours eu gain cause dans leurs revendications au détriment des derniers ministres de la Santé, Christian Dubé semble bien déterminé à aller de l’avant avec son projet de loi 106 qui porte notamment sur un changement majeur du mode de rémunération des médecins de famille. À cet effet, Québec souhaite lier 25% de leur rémunération à l’atteinte de cibles déterminées par le ministère, comme le fait d’offrir 18 millions de rendez-vous annuellement. Or dans une lettre ouverte parue dans Le Journal, le président de la FMOQ, le Dr Marc-André Amyot, réclame le retrait du projet de loi 106, qui imposera des pénalités liées à la performance des omnipraticiens et des médecins spécialistes.

Un remaniement ministériel majeur est actuellement en préparation, et des élections générales sont prévues pour octobre 2026. Dans ce contexte pour le moins délicat, François Legault doit-il maintenir Christian Dubé à titre de ministre de la Santé ou le remplacer et si oui, par qui? Des questions auxquelles devra répondre le premier ministre avant de prendre sa décision finale.

En toile de fond, François Legault est face aux résultats plus ou moins mitigés de la réforme majeure entreprise par Christian Dubé et qui, faut-il l’admettre, n’a pas réussi à désengorger les listes d’attente des patients nécessitant des soins d’urgence. La création de Santé Québec, qui devait rapprocher les patients du système de santé, tarde à produire les résultats annoncés lors de sa création.

En revanche, il ne reste que quelque quatorze mois avant le prochain scrutin général. Conséquemment, je suis d’avis que Christian Dubé doit aller au bout de sa réforme pour autant qu’il rétablisse de toute urgence le dialogue avec les omnipraticiens sans lequel tout espoir de quelque entente que ce soit est illusoire. En somme, François Legault doit laisser la chance au coureur. En termes clairs, la confrontation doit faire place à la collaboration… C’est une simple question de saine négociation.

vigile.quebec tribune libre 17 août 2025

Le PQ maintient son élan

17 août 2025

Dans la foulée de ses deux victoires aux élections partielles dans Jean-Talon et Terrebonne, le Parti québécois (PQ) a ravi à la Coalition avenir Québec (CAQ) la circonscription d’Arthabaska avec 46% des voix soit une majorité de plus de 4000 votes devant le chef du Parti conservateur du Québec (PCQ), Éric Duhaime, qui a récolté 35% des suffrages.

«J’assume l’entière responsabilité de la défaite d’aujourd’hui….Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. Je pense que les gens d’Arthabaska ont été les porte-parole de l’ensemble des Québécois et ils nous ont envoyé un message très clair et très direct: ils sont déçus», a concédé le chef caquiste.

De son côté, Éric Duhaime a déploré que son parti ne soit toujours pas représenté à l’Assemblée nationale. «Aujourd'hui, ce n’est pas juste le Parti conservateur du Québec qui a perdu, c'est la démocratie québécoise», a-t-il déclaré devant ses partisans. «Je sais que vous êtes déçus, je le suis aussi énormément», a-t-il ajouté.

Enfin, le nouveau député péquiste Alex Boissonneault, s’est dit convaincu que l’équipe du PQ, qui compte maintenant six députés l’Assemblée nationale, parviendra à chasser la CAQ du pouvoir en 2026. «Les gens souhaitent qu’on tourne la page sur ce mauvais gouvernement de la CAQ», a déclaré son chef, Paul St-Pierre Plamondon.

La défaite est extrêmement amère pour Éric Duhaime qui jouait son va-tout dans cette élection partielle. C’est une défaite cuisante qui risque de laisser des traces profondes sur le parcours déjà fort accidenté du PCQ qui s’était vu refuser son entrée à l’Assemblée nationale en 2022 malgré les 530 000 votes obtenus lors de ce scrutin. Pour la CAQ, il s’agit d’une sévère raclée avec à peine 7% des votes en quatrième position, deux points derrière le Parti libéral du Québec (PLQ) à 9%.

Le taux de participation à cette élection complémentaire dépasse la barre des 60%.Les citoyens d’Arthabaska ont voté en masse malgré la canicule suffocante qui frôlait les 40 degrés Celsius. Conséquemment, je suis d’avis que la victoire impressionnante du PQ dressera la table pour des débats houleux à l’ouverture de la session parlementaire et cela à quelque quatorze mois de la prochaine élection générale.

vigile.quebec tribune libre 14 août 2025

Trump, Poutine et Nétanyahou, le triumvirat expansionniste

15 août 2025

Bien que profane en politique internationale, il me serait difficile de ne pas percevoir dans les stratégies de Trump, Poutine et Nétanyahou leur soif insatiable d’expansionnisme. À preuve, Poutine revendique l’ensemble de l’Ukraine, Nétanyahou, la bande Gaza et Trump, le Panama et le Groenland sans parler de sa lubie pour l’annexion du Canada à titre de 51e État des États-Unis. Dans ces conditions, il m’apparaît illusoire d’imaginer Donald Trump proposer à la Russie et à Israël d’entamer des pourparlers de paix entre les pays en conflit, le triumvirat étant nettement orienté vers l’annexion de l’Ukraine et de la Palestine tout en faisant honteusement fi de toute convention privilégiant le respect du droit international. En somme, à moins d’un changement de cap de la part de Donald Trump, ce qui semble peu probable, les espoirs de paix dans ces conflits sans fin risquent de perdurer encore bien des lunes.

vigile.quebec tribune olibre 14 août 2025
Le Devoir 15 août 2025  "Le triumvirat expansionniste"
 

La langue française, de la bouillabaisse

12 août 2025

Chapitre premier

J’étais en quatrième année de mes études primaires. J’avais à peine dix ans! Cette journée-là, notre professeur, un très grand monsieur, surmonté d’une toute petite tête, nous avait initiés à la proposition subordonnée. Aussitôt arrivé à la maison, emballé par mes nouvelles connaissances, je fis part à ma mère que nous avions appris, dans la journée, la notion de proposition subordonnée. Spontanément, elle demanda alors en quoi consistait cette nouvelle notion. Bouche bée, je ne sus quoi répondre.

Avec les années, je continuai d’apprendre une foule de notions nouvelles, telles les «sinus» et les «cosinus», les «syllogismes», les «axiomes» et, la plupart du temps, je n’aurais su les définir. Je compris, avec le temps, que l’école m’avait «appris» une multitude de concepts mais que l’élève que j’étais n’avait pas «compris» grand chose de ces concepts. Mes enseignants et enseignantes avaient appris ainsi et c’est comme ça qu’on leur avait appris à enseigner à leurs élèves.

Beaucoup plus tard, lorsqu’à mon tour, je devins enseignant, je fus placé devant le même dilemme. Puis, l’expérience aidant, je me suis mis à réfléchir sur ces concepts et à les enseigner à mes élèves dans un esprit de «compréhension». C’est ainsi que la «subordonnée» devint une phrase dépendante, au même titre que mes élèves l’étaient, soit dépendants de leurs parents, tout au moins financièrement. Dès lors, je vis peu à peu des yeux s’agrandir et je sentis des oreilles plus attentives parce que les élèves se mirent à «comprendre» les concepts dont je leur parlais. Ainsi, lorsque est arrivé le temps de leur enseigner les règles d’accord des adjectifs de couleur, j’aurais pu leur «apprendre» que les adjectifs de couleur composés sont invariables. Pourtant, en y réfléchissant, «des tissus jaune clair» sont des tissus «qui sont d’un jaune clair». En parlant ainsi à mes élèves, ils se mirent à «comprendre» pourquoi ces adjectifs ne variaient pas.

Et que dire de la notion de «voix» du verbe, concept qui a perdu toute sa signification depuis que certaines «fonctions grammaticales», pour des raisons que j’ignore, ont changé d’appellations. Ainsi je m’ennuie beaucoup du complément «d’objet» direct muté en complément direct et du complément «d’agent» devenu le complément du verbe passif, sans parler du défunt complément «circonstanciel» appelé maintenant complément de phrase comme si chacun des mots de la phrase n’avait pas pour rôle de «compléter», à sa façon, une partie de la phrase. Toutefois, quand on parle de subordonnée, celle-ci a continué d’être étiquetée de «circonstancielle». Cherchez l’erreur!

Mais revenons à notre «voix» verbale. Le verbe, vous le savez tous, est le cœur, le moteur de la phrase qui, même non-verbale, contient l’idée d’un verbe, appelé «jadis» sous-entendu. Ainsi si vous répondez «Allo!» en décrochant le récepteur téléphonique, il y a, derrière ce «Allo!»…«Oui, je t’écoute!…» Le verbe nous «parle» et généralement, il exprime «l’action de…» Et cette action est «faite» ou «subite» par quelqu’un. C’est ce que l’on appelle sa «voix».

Avant que ne s’évapore la notion d’objet dans la fonction de complément d’objet direct, l’enseignant pouvait facilement expliquer le processus de transformation d’une phrase active à la voix passive par un simple chassé croisé entre l’agent et l’objet lesquels ne changent pas sauf leur place dans la phrase, donc leur fonction. Grâce à ces deux concepts, l’enseignant peut partir de sa phrase de base et, par un jeu de questions, amener facilement les élèves à la transformer ainsi : «Des avions endommagés (objet) ont été réparés par mon père (agent)», le complément d’objet direct de « l’époque » étant devenu le sujet de la phrase passive et le sujet jouant maintenant le rôle de complément d’agent de « la même époque ». Mais rassurez-vous! Il vous est encore permis de faire preuve d’hérésie et d’utiliser ces «vieux» concepts.

Chapitre deuxième

D’où vient cette manie de doubler une foule de consonnes en français? Caprice? Pourquoi la rivière Chaudière subit-elle, à chaque printemps, «d’innombrables inondations?» Tout est une question de préfixes et de racines facilement explicable par une rapide incursion en étymologie. En agissant ainsi, peut-être arriverons-nous à conduire, un tant soit peu, «l’illettré vers l’illumination» en l’éclairant, par exemple, sur les variantes du préfixe latin «in». Mais pourquoi ce préfixe se métamorphose-t-il? C’est simple! Le «n» du «in» épouse la première lettre de la racine du mot. Ainsi «son irréalisme immuable le plaça devant un immobilisme irraisonné et irréfléchi!» Donc, on double! Pourtant «son impossible impatience le conduira vers une impasse impitoyable!»; dans ce cas, le «in» suit la mutation normale en «im» devant le «p». Toutefois «son inattention inattendue l’a conduit jusqu’à l’inacceptable inaction!», tous des mots contenant des préfixes «in» suivis de racines commençant par des voyelles. Donc, on ne double pas!

Combien de fois ai-je entendu le genre de question «Pourquoi c’est si compliqué? Ce serait tellement simple si «sept doigts» s’écrivaient «set dois»!» Peut-être, mais ce serait aussi renier les racines de ces mots, soit «septem» et «digitu»! Par ailleurs, une fois cette petite incursion latine faite, on peut placer le chiffre «sept» à côté de «septuagénaire» et le mot «doigt» avec «digital» et ainsi faire voir à nos élèves que les lettres «p» et «g», issues des racines latines, sont demeurées dans la prononciation de d’autres mots de la même «famille». Il en est ainsi du «poids» de «pondus» qui récupère son «d» oral dans le mot «pondération» et du «pied» de «pedis» qui, lui, justifie son «d» lorsqu’on l’associe à «pédestre».

Un autre mystère de notre langue réside dans les mots commençant par un «h» qui, soit dit en passant, devrait être plutôt qualifié d’«expiré» au lieu d’«aspiré»! Pourquoi doit-on dire «l’habit» mais «la hache»? Pourquoi l’élision de l’article dans un cas et la non-élision dans l’autre? La réponse est reliée à l’origine, à la racine de ces mots, le premier provenant du latin qui supporte l’élision compte tenu de son «h» muet, l’autre du francique dont le «h» initial doit être prononcé parce que «expiré».

Autre problème…Pourquoi le mot «mythe» a-t-il un orthographe si bizarre? À ce moment-ci, peut-être serait-il bon de faire voir à nos élèves que l’alphabet français renferme deux «i», soit le «i« latin et le «y» («i» grec) et que le mot «mythe» vient de «muthos» en grec dans lequel le upsilon s’est transformé en «y» en français et, dans le même élan, que le «th» de «thermomètre» vient du thèta grec, et que le «ch» de «chronologie» vient du «khi» grec de «khronos». Bref évitez de tomber dans la voie facile du caprice mais utilisez plutôt celle de l’explicable par l’étymologie.

Chapitre troisième

Les jeunes sont beaucoup plus intéressés par ce qu’ils comprennent que par ce qu’ils apprennent! Ainsi, autant ils démontreront de l’intérêt à ce qu’ils comprennent, autant et même plus, ils seront attentifs à un contenu notionnel dont ils perçoivent la pertinence, «l’utilité», et autant ils comprendront pourquoi ils ont deux oreilles et une seule bouche, soit pour écouter deux fois plus qu’ils ne parlent! Pourquoi ne pas leur faire voir la sempiternelle analyse, qu’elle soit logique ou grammaticale, comme un moyen privilégié de développer leur capacité de résolutions des problèmes auxquels ils sont confrontés quotidiennement, quitte à faire le test à partir d’une situation toute simple qui les préoccupe actuellement?

La langue, comme les concepts qui la définissent, n’est pas toujours sous-tendue par la logique. Cependant, si nous nous efforçons de faire comprendre à nos élèves les phénomènes explicables, que ce soit sur les plans linguistique ou simplement terminologique, nous aurons, à mon avis, facilité d’autant la compréhension de nos élèves vis-à-vis cet outil de communication privilégié qu’est leur langue maternelle.

L’être humain est ainsi fait, il doit «revoir» les choses pour en découvrir toutes le facettes! Il n’en demeure pas moins que si l’enfant a la chance d’avoir à ses côtés, un père ou une mère qui lui fait remarquer toute la beauté du vol ou du chant de l’oiseau, il aura tôt fait de s’en émerveiller! De même, si l’élève a la chance d’avoir à ses côtés un professeur qui lui fait comprendre toutes les subtilités de sa langue, entre autres les rapports que les mots exercent entre eux, il aura tôt fait d’en découvrir toute la dynamique qui anime sa langue maternelle mais surtout, toute l’importance de nuancer son message, et ainsi de le rendre plus clair aux oreilles de son interlocuteur

Enseigné dans cette perspective, le français déborde largement le cadre d’une discipline scolaire puisqu’il s’incarne dans la vie quotidienne du jeune. «Oui mais, on n’écrit presque plus aujourd’hui, monsieur!» Bizarre de réflexion! Pourtant, que ce soit par «email» ou par «fax» ou par toute autre technologie. le clavier est présent, chaque touche représentant un signe et c’est encore le doigt de l’utilisateur, commandé par son cerveau, qui se pose sur telle touche pour coder son message. Alors, où est la véritable différence avec le traditionnel crayon?

vigile.quebec tribune libre 23 juillet 2025

Entente commerciale entre les États-Unis et le Canada, à quoi s’attendre?

12 août 2025

Ce n’est pas de gaieté de coeur que les dirigeants des pays de l’Union européenne ont signé une entente commerciale avec les États-Unis incluant des tarifs douaniers de 15% sur toutes les exportations européennes en direction des États-Unis. Dans cette perspective, le dernier point de presse de Mark Carney laisse entendre qu’un sort identique attend le Canada dans ses négociations avec Donald Trump, abstraction faite des clauses contenues dans l’Accord de libre échange entre le Canada, les États-unis et le Mexique (ACEUM), pour autant que le président américain respecte cet Accord, ce qui n’est pas nécessairement acquis.

Pour l’instant, les négociations canado-américaines piétinent, et l’échéance du 1er août est à nos portes. Un report est-il à prévoir? Peut-être. Si tel est le cas, serait-il à l’avantage du Canada? C’est peu probable. Le Canada n’a pas le choix de se plier aux velléités de Trump, arguent de plus en plus les analystes en politique internationale. « Faute de pain, on mage la galette », nous rappelle à juste titre l’expression québécoise.

Comme le disait Jean Charest en entrevue sur RDI le 28 juillet, la politique est une arène dans laquelle se déroule un combat d’où ressortiront un vainqueur et un vaincu. Dans le cas présent, le Canada est confronté à la première puissance mondiale ce qui le place dans une position vulnérable. De ce fait, Mark Carney doit construire de nouveaux ponts économiques avec d’autres pays pour se libérer de sa dépendance envers les USA. C’est la seule voie qui s’offre au Canada pour se dresser en tant que « pays fort » au sein de l’économie mondiale. En attendant, la facture de 15% sur toutes les exportations européennes aux États-Unis sera refilée en taxe directe aux Américains. Make America great again!

vigile.quebec tribune libre 11 août 2025

Les gérants d’estrades

12 août 2025

Le 24 juillet 1908, Pierre de Coubertin prononce son discours sur les valeurs de l'idéal olympique en lançant cette fameuse phrase : « L'important, c'est de participer. » Par la suite, la vision du Comité international olympique (CIO) de bâtir un monde meilleur grâce au sport deviendra le leitmotiv du mouvement olympique.

En revanche, ce n’est pas d’hier que certains comportements toxiques de plusieurs parents d’athlètes viennent perturber le climat au sein des compétitions sportives entre jeunes. Dans cette foulée, la 59e finale des Jeux du Québec à Trois-Rivières ne fait pas exception. « Ça porte atteinte à la sécurité de nos jeunes. Il y a des cas où je vous dirais que c’est même de la négligence. On met beaucoup de pression sur nos jeunes, on s’aperçoit que les jeunes décrochent parce qu’il y a une perte de plaisir », argue le directeur général de Sport’Aide, Sylvain Croteau. De tels débordements, notamment des propos racistes et homophobes, peuvent venir aggraver l’anxiété des jeunes athlètes. « Le jeune, son anxiété va s’accroître, son estime de soi va chuter beaucoup », ajoute le psychologue Paul Langevin.

Malheureusement, les parents oublient souvent le message de Coubertin et troquent malencontreusement la participation pour la compétition à l’âge où l’enfant ne cherche qu’à se divertir. Ils transposent dans leurs enfants leur rêve d’antan de devenir une vedette au détriment de la belle naïveté de l’enfant, ce qui a pour effet d’attaquer sournoisement son estime de soi. C’est alors qu’entre en jeu le prototype parfait du « gérant d’estrades » qui clame à grands cris sa frustration envers les joueurs de l’équipe adverse ou pire encore envers son propre enfant. Vivement le retour du gros bon sens à l’égard du comportement pour le moins contre-productif de plusieurs parents pour le plus grand épanouissement des jeunes qui aspirent à « bâtir un monde meilleur grâce au sport ».

vigile.quebec tribue libre 11 août 2025

Le parcours du combattant de François Legault

12 août 2025

À l’aube d’une année électorale, le premier ministre François Legault amorce un véritable parcours du combattant. En tête de liste, se pointe la filière batterie pilotée par Northvolt, le projet-phare de François Legault qui fait l'objet d'une enquête du Vérificateur général. Si les conclusions du VG s’avèrent incriminantes, le premier ministre ne pourra jeter le blâme que sur lui-même, lui qui s’est engagé a propulser le Québec dans une nouvelle ère grâce à ce projet.

Autre écueil, la commission Gallant créée dans le sillon du chaos lié à SAAQclic où des ministres seront appelés à témoigne à la reprise des travaux de la commission, notamment l’ex-ministre des Transports François Bonardel et la ministre actuelle Geneviève Guilbault. Le rapport est prévu pour la mi-décembre, un dépôt qui risque de remettre en question l’imputabilité du gouvernement Legault à l’endroit des dépassements de coûts faramineux.

Ajoutez à ces dossiers pour le moins encombrants le spectre du prochain budget qui, de toute évidence, se traduira par un déficit inégalé jusqu’à aujourd’hui. Le ministre Girard devra jouer du violon pour tenter de répondre aux questions des oppositions, notamment les raisons qui font que la situation financière du Québec se soit détériorée à tel point depuis l’arrivée d’un gouvernement caquiste en 2018.

Autre dossier épineux, le troisième lien fluvial entre Québec et Lévis qui, depuis des années, est passé par toute la gamme des hypothèses allant même jusqu’à la suspension du projet jusqu’à la dernière mouture qui pourrait atteindre la somme astronomique de 9,3 milliards $.

En somme, rien ne va plus au royaume de François Legault, encarcané dans une spirale sans fin. De surcroît, le remaniement ministériel prévu avant le début de la session parlementaire ne peut que déboucher sur un brassage de cartes inutile. À mon sens, le fondateur de la CAQ doit quitter le bateau avant qu’il ne fasse naufrage et qu’il en soit réduit à incarner ce qu’il a toujours juré de combattre, à savoir une carrière politique qui n’en finit plus de finir jusqu’à l’impitoyable humiliation.

vigile.quebec tribune libre 11 août 2025