Le franco-québécois, « une langue belle »

9 décembre 2020

Par les temps qui courent, le français d’ici, le franco-québécois, fait l’objet d’un mouvement de solidarité de la part de nombreux groupes de défense, notamment en raison de l’anglicisation galopante de la Métropole.

Toutefois, mon intention ici n’est pas de vous entretenir des tenants et aboutissant de ces débats qui sont par ailleurs fort utiles, voire nécessaires, mais plutôt de mettre l’accent sur la beauté et la richesse du français parlé ici au Québec, partant du principe qu’on ne protège bien que ce que l’on connaît bien.

Je vous propose de partir de ce quatrain de la magnifique chanson d’Yves Duteil « La langue de chez nous » : « C'est une langue belle à qui sait la défendre/ Elle offre les trésors de richesses infinies/ Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre/ Et la force qu'il faut pour vivre en harmonie ».

Revenons si vous le voulez bien sur le premier vers : « C'est une langue belle à qui sait la défendre ». Partant de là, nous entrons dans le vif du sujet, à savoir la manière de défendre notre « langue belle » ici au Québec. Encore faut-il se rappeler qu’ « Elle a [d’abord] jeté des ponts par-dessus l'Atlantique… et  « quitté son nid pour un autre terroir » pour parvenir en Nouvelle-France, et qu’elle a dû subir en 1759 un choc linguistique percutant de la part des conquérants anglais.

Imaginez toute l’énergie et le courage des Canadiens-français conquis de l’époque qu’ils ont dû déployer pour défendre leur langue. Il faudra attendre la naissance du Haut et du Bas-Canada Canada, soit l’Ontario et le Québec d’aujourd’hui, pour que le français reprenne, non sans heurt, ses lettres de noblesse en terre d’Amérique. Depuis lors, avec l’arrivée des autres provinces anglophones au sein du Canada, le Québec français est devenu de plus en plus isolé. Et encore aujourd’hui, les Québécois francophones, qui détiennent une majorité qui s’effrite peu à peu, doivent régulièrement monter aux barricades pour protéger leur langue.

Le français du Québec, à l’exemple de leurs parlants, est une langue fière qui a traversé les mers pour s’établir ici dans ce vaste pays de froids et de longs hivers. Le français du Québec est une langue riche dans laquelle vivent en harmonie des amérindianismes et des québécismes qui nous caractérisent en tant que peuple parlant le franco-québécois.

En ces temps de grande turbulence où le français au Québec semble parfois bien fragile, grand bien lui ferait qu’il soit appuyé fermement par les Québécois de souche par respect pour leurs ancêtres qui ont su, à grands coups de gestes courageux, lui conserver la vigueur qu’il manifeste encore aujourd’hui.

Enfin, je vous laisse sur cette réflexion de Saint-Exupéry « Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer ».

vigile.quebec tribune libre 7 décebre 2020

Les réseaux sociaux, des bombes à retardement

7 décembre 2020

Selon Statistique Canada, pour l’année 2019, la ville de Québec affiche le quatrième taux le plus élevé au pays par 100 000 habitants eu égard aux crimes haineux, un phénomène qui découle, selon le maire de la Capitale nationale, Régis Labeaume, de la mouvance conspirationniste et complotiste. Soit!

Toutefois si nous poussons plus à fond la réflexion sur l’accroissement des crimes haineux, je suis d’avis que l’ambiance de « bars ouverts » qui règne sur les réseaux sociaux contribue fortement à attiser les tensions entre certains « autodidactes proclamés », des tensions qui peuvent dégénérer en violence verbale et ultimement, à commettre l’irréparable.

À titre d’exemple de dérapage récent lié aux médias sociaux, on peut citer cet événement où quelques « maîtres à penser autodésignés » se sont littéralement insurgés sur les médias sociaux contre le fait que le premier ministre Legault avait placé sur sa liste de livres un ouvrage du « méchant » Mathieu Bock-Côté qui ose afficher sa position sur le racisme systémique. Une attaque en règle contre la liberté d’expression, une pierre angulaire de l’essence même de la littérature.

Toutefois, le cas le plus dramatique qui s’est produit ici au Québec depuis mars 2020 réside dans un mouvement de complotistes et de conspirationnistes qui colportent sur les médias sociaux toutes sortes d’idées toutes plus saugrenues et farfelues les unes que les autres pour justifier leur délinquance par la non-application des mesures sanitaires fixées par la Santé publique pour lutter contre la COVID-19.

Par ailleurs, le 23 septembre dernier, une enseignante d’histoire à l’Université d’Ottawa, Verushka Lieutenant-Duval, a employé dans le cadre d’un cours en ligne le « mot en N », son intention étant d’expliquer à ses élèves que certaines communautés s’étaient réapproprié des termes, comme le mot commençant par la lettre « N ». L’enseignante a été suspendue quelques jours, à la suite d'une plainte d'une étudiante à ce sujet via les médias sociaux. Cette suspension a créé un vif débat quant à l’utilisation du mot tabou entre les murs universitaires. Une lettre signée par 34 professeurs de l’Université d’Ottawa, exprimant leur désaccord au traitement de Mme Lieutenant-Duval et publiée dans divers médias, a précisé que l’université demeurait « un lieu de débats, un lieu, aussi, d’exploration des réalités de l’histoire ». L’enseignante a finalement été réintégrée dans ses fonctions.

Enfin, de l’autre côté de l’Atlantique, plus précisément en France, le lundi 5 octobre, un professeur d'histoire-géographie donne un cours sur la liberté d'expression à ses élèves. Pour illustrer son propos, il décide de montrer des caricatures de Mahomet. Il aurait demandé à ceux qui le souhaitaient de sortir si cela les dérangeait. Le jeudi 8 octobre, le père d'une élève du collège, qui ne fréquentait même pas la classe de l’enseignant en question, décide de porter plainte contre le professeur. Il poste également une vidéo sur les réseaux sociaux pour interpeller sur l'attitude du professeur. Le vendredi 16 octobre, un jeune homme de 18 ans attaque le professeur avec un couteau et le décapite sur-le-champ.

Je ne prétends pas connaître la solution à ce phénomène malsain, voire pernicieux, qui émane souvent des médias sociaux. Néanmoins, ce que je sais, c’est que, aussi longtemps que les violences verbales et les attaques personnelles envahiront les réseaux sociaux, ils demeureront de facto des bombes à retardement!

vigile.quebec tribune libre 4 décembre 2020

Noël en confinement

4 décembre 2020

Le contrat moral de François Legault avec la population est officiellement résilié. Les Québécois résidant en zone rouge devront donc se résigner à passer Noël en confinement. Une occasion pour retrouver peut-être le vrai sens de Noël, fête de la Nativité, de la lumière, de l’espoir.

À cet effet, une petite recherche sur internet m’a conduit à une réflexion fort révélatrice et pleine de sens. On a tous déjà remarqué qu’à la période de Noël, les jours sont courts, très courts même. C’est normal puisque nous sommes dans le solstice d’hiver, le moment de l’année où la nuit est la plus longue … mais aussi, est-il important de se le rappeler, où les jours recommencent à allonger. En réalité, nous assistons à la victoire de la lumière qui commence lentement à reprendre de la vigueur et qui finira par vaincre les ténèbres, jusqu’à son apogée, le solstice d’été.

Une note d’espoir qui nous invite à regarder la lumière au bout du tunnel en ces temps de résilience, et à envisager avec confiance l’arrivée prochaine des chauds rayons du soleil… Un joyeux Noël avec, en cadeau, des milliers de petites lumières tout au fond de votre cœur!

quebechebdo tribune libre 4 décembre 2020

Les transferts en santé écartés de la mise à jour économique

2 décembre 2020

Il y a quelques semaines, si on se souvient bien, Justin Trudeau a effleuré la possibilité d’imposer des normes nationales aux provinces pour les résidences pour personnes âgées.  À mots à peine voilés, compte tenu de l’hécatombe chez les personnes âgées en relation avec la pandémie, le Parti libéral du Canada, par la voix de son chef, pourrait pallier l’ « incapacité » des provinces à gérer les soins aux personnes âgées atteints de la COVID-19, et cela, sans aucun scrupule pour son ingérence dans une compétence provinciale.

Conséquemment, il n’est pas étonnant que la mise à jour économique de la ministre des Finances, Chrystia Freeland, ne fasse aucune mention des transferts en santé du fédéral aux provinces, hormis un maigre 3 % annuellement.

J’ai l’impression que la rencontre entre Justin Trudeau et les premiers ministres des provinces qui doit se tenir au cours des prochains jours sur les transferts en santé risque de se retrouver devant un cul de sac compte tenu des positions bien arrêtées des provinces et du fédéral qui sont à des « années-lumière » les unes des autres, à savoir 35 % réclamée par les provinces contre 22 % consentie par Ottawa… Tout un débat en perspective!

quebechebdo tribune libre 2 décembre 2020
vigile.quebec tribune liibre 9 décembre 2020

Le parcours houleux de la loi 21

1 décembre 2020

Sous la loupe de Justin Trudeau
Octobre 2019

La Loi 21 sur la laïcité de l'État a été adoptée en juin 2019 par l’Assemblée nationale du Québec. Depuis lors, elle a été confrontée d’abord aux déclarations pour le moins ambigües du premier ministre du Canada, Justin Trudeau, en octobre 2019, s’engageant à ne pas prendre part « pour l’instant » à la contestation de la loi 21, sans pour autant clairement écarté l’idée de le faire s’il était élu pour un second mandat.

Une position pour le moins ambivalente qui a fait dire au chef du Bloc québécois que Justin Trudeau « a sans équivoque laissé comprendre qu’au besoin, l’argent des Québécois va être utilisé pour lutter et rendre inopérante une loi adoptée en toute légitimité et largement consensuelle au Québec. »

Il m’apparaît tout à fait clair ici que le culte que voue Justin Trudeau, hérité de son père, au multiculturalisme bien ancré dans la Charte fédérale des droits et libertés est durement mis à l’épreuve. Toutefois, il m’apparaît tout aussi clair que la loi sur la laïcité de l’État a été validement adoptée par l’Assemblée nationale du Québec comme faisant intrinsèquement partie de l’identité québécoise.

Des débats émotifs en commission parlementaire
Décembre 2019

Force est de constater que les réactions, parfois vives et émotives, autour de la Loi sur la laïcité de l’État, autant de l’Assemblée nationale que de la population en général, auront monopolisé l’ensemble des tribunes médiatiques, y compris et surtout les médias sociaux, pendant une bonne partie de cette session parlementaire.

Comme il fallait s’y attendre, cette loi, qualifiée de « modérée » par le premier ministre François Legault, n’a pas eu l’heur d’avoir le même effet chez les personnes de communauté musulmane qui y ont perçu un obstacle flagrant contre l’exercice de leurs droits individuels, et cela même si l’interdiction de signes religieux sur les lieux de travail ne touchent que certains travailleurs en ligne d’autorité.

L’un après l’autre, les groupes s’opposant à la loi 21 sont venus exprimer leurs doléances en commission parlementaire sans que cela ne fasse broncher d’un iota le gouvernement Legault qui a finalement adopté le projet de loi sous bâillon, le premier ministre évoquant, entre autres, que la grande majorité des Québécois appuyaient cette loi.

Une saga qui est loin d’être terminée, la loi 21 étant déjà contestée devant les tribunaux par la Commission scolaire English-Montréal (CSEM) et risquant de se retrouver éventuellement devant la cour Suprême du Canada, là où le débat tournera, à mon sens, autour des juridictions provinciales ou fédérales visées par la loi 21, notamment la dichotomie entre les droits collectifs et les droits individuels… Un dossier chaud à suivre en 2020!

Première victoire devant les tribunaux
Avril 2020

La Cour suprême du Canada a tranché; dans la foulée de la Cour supérieure du Québec et de la Cour d’appel, la Loi québécoise sur la laïcité de l’État (Loi 21) ne sera pas suspendue temporairement tel que le réclamait, entre autres, le Conseil national des musulmans canadiens.

Toutefois, il ne faudrait pas croire que les opposants à cette loi ont rendu les armes, leur but ultime étant de faire invalider la loi 21, arguant qu’elle est discriminatoire et cause des torts irréparables et immédiats aux minorités religieuses, notamment en raison de l’interdiction de porter des signes religieux dans l’exercice de leur fonction.

De son côté, la ministre de la Justice du Québec, Sonia LeBel, a salué la décision rendue par la Cour suprême du Canada à l'égard de l'application de la Loi sur la laïcité de l'État. « Nous continuerons à défendre le bien-fondé et la constitutionnalité de la Loi, comme nous l'avons toujours fait », a-t-elle fait savoir par communiqué. 

À mes yeux, le débat est passé par toutes les étapes, des consultations publiques à l’Assemblée nationale en passant par les commissions parlementaires. Les derniers sondages sur cette loi révélaient que les Québécois étaient très majoritairement en sa faveur…

Retour devant les tribunaux
Novembre 2020

La loi 21 sur la laïcité de l’État, présentement devant la Cour supérieure, a reçu un appui de taille récemment en la personne de l’éminent juriste, constitutionnaliste et ancien ministre libéral Benoît Pelletier. Les tribunaux canadiens ont reconnu, a-t-il fait valoir, qu’un contexte particulier à la nation québécoise l’a conduite à fonder un État voulu  « neutre en matière religieuse ». Le Québec est une « société distincte », insiste M. Pelletier, et la loi 21 reflète cette dimension et la rend même plus officielle.

Et, qui plus est, reconnaître ce fait serait profondément « fédéraliste », au sens fort du terme, a expliqué Pelletier au tribunal. Car une fédération a pour idéal « l’unité dans la diversité » et est fondée sur la tolérance pour des conceptions diverses, la laïcité à la québécoise différant de la conception qui a généralement cours dans le reste du Canada.

Enfin, Benoît Pelletier allègue que les dispositions de dérogation sont courantes dans les « fédérations multinationales ». Celle qui se trouve dans la Charte canadienne permet ni plus ni moins « aux provinces de préserver leur identité dans des matières qui leur sont d’une importance fondamentale ».

En bref…

Quel que soit le verdict du juge Marc-André Blanchard, il m’apparaît écrit dans le ciel que sa décision effritera les convictions d’une partie de l’opinion publique au Québec et que ce différend se retrouvera à n’en pas douter devant la Cour suprême du Canada.

vigile.quebec tribune libre 30 novembre 2020

Les réseaux sociaux, des bombes à retardement

1 décembre 2020

Selon Statistique Canada, pour l’année 2019, la ville de Québec affiche le quatrième taux le plus élevé au pays par 100 000 habitants eu égard aux crimes haineux, un phénomène qui découle, selon le maire de la Capitale nationale, Régis Labeaume, de la mouvance conspirationniste et complotiste. Soit!

Toutefois si nous poussons plus à fond la réflexion sur l’accroissement des crimes haineux, je suis d’avis que l’ambiance de « bars ouverts » qui règne sur les réseaux sociaux contribue fortement à attiser les tensions entre certains « autodidactes proclamés », des tensions qui peuvent dégénérer en violence verbale et ultimement, à commettre l’irréparable.

Et que dire du récent événement où quelques « maîtres à penser autodésignés » se sont littéralement insurgés sur les médias sociaux contre le fait que le premier ministre Legault avait placé sur sa liste de livres un ouvrage du « méchant » Mathieu Bock-Cöté qui ose afficher sa position sur le racisme systémique?  Une attaque en règle contre la liberté d’expression, une pierre angulaire de l’essence même de la littérature.

Je ne prétends pas connaître la solution à ce phénomène malsain, voire pervers, qui émane des médias sociaux. Néanmoins, ce que je sais, c’est que, aussi longtemps que les violences verbales et les attaques personnelles envahiront les réseaux sociaux, ils demeureront des bombes à retardement!

quebechebdo tribune libre 1er décembre 2020
 

Le français, talon d’Achille de Justin Trudeau

30 novembre 2020

Le spectacle de charme envers la défense du français au Québec organisé par les partis fédéraux la semaine dernière avait toutes les caractéristiques d’une mise scène de campagne pré-électorale. Ne manquait plus que le feu vert pour partir en campagne…

Au même titre que la loi québécoise sur la laïcité de l’État québécois a monopolisé une bonne partie de la dernière campagne, j’ai l’impression que la Charte de la langue française québécoise risque de jouer un rôle capital dans la prochaine campagne électorale qui, selon les experts, pourrait être déclenchée au printemps 2021.

Dans cette effervescence de louanges envers le français, les libéraux de Justin Trudeau ont réitéré qu’ils moderniseront bientôt la Loi sur les langues officielles. Toutefois, les réformes linguistiques promises par le gouvernement Trudeau tardent à se matérialiser. Or les libéraux peuvent difficilement entamer les prochaines élections sans avoir mis cartes sur table, surtout après avoir haussé les attentes.

Les libéraux ont attaqué la dernière campagne électorale étant convaincus de faire des gains au Québec alors que c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Le thème de la laïcité, remis sur le tapis par le premier ministre François Legault, leur a mis des bâtons dans les roues. En effet, en plus de perdre des sièges, les libéraux ont peiné à conserver une poignée de comtés à l’extérieur de leurs châteaux forts montréalais. Enfin bref, la position du PLC est fragile dans le Québec francophone, et Justin Trudeau est bien conscient que l’épée de Damoclès est suspendue au-dessus de sa tête!

quebechebdo tribune libre 30 novembre 2020
Le Devoir 2 décembre 2020
vigile.quebec tribune libre 2 décembre 2020

Le fossé s’agrandit entre Jolin-Barrette et Legault

29 novembre 2020

Si on compare l’aura dont disposait Simon Jolin-Barrette au début du mandat du gouvernement caquiste avec l’attitude transcendante, voire méprisante, que lui manifeste le premier ministre Legault aujourd’hui, notamment dans le dossier des modifications qui seront apportées à la loi 101, force est de constater que la relation entre les deux hommes s’est pour le moins détériorée. 

Dans la foulée de la révision de la loi 101, le ministre responsable de la Langue française a à peine effleuré la possibilité d’allonger l’obligation d’étudier en français jusqu’au cégep pour les immigrants et les francophones tout en spécifiant qu’il n’a pas encore le mandat de l’annoncer officiellement. Or quelques heures plus tard, le ministre se faisait rabrouer par le premier ministre qui refuse catégoriquement, lui, d’interdire l’accès des cégeps anglophones aux étudiants francophones. Comme gifle, on ne peut faire mieux!

D’une part, jusqu’où le ministre Jolin-Barrette pourra-t-il calmer ses ardeurs? Et d’autre part, comment François Legault peut-il concilier son « nationalisme » avec son ouverture à livrer en pâture toute une génération de jeunes francophones au réseau d’éducation anglophone?

Je suis d’avis que le couvercle de la marmite de Simon Jolin-Barrette s’apprête à sauter sous peu et qu’il lui sera fort difficile de demeurer docilement dans le rang… à moins que François Legault soit saisi d’un élan soudain de nationalisme!

quebechebdo tribune libre 29 novembre 2020
vigile.quebec tribune libre 2 décembre 2020

Paroles, des paroles, des paroles…

28 novembre 2020

Les yeux sont tournés, par les temps qui courent, vers la Chambre des communes et l’Assemblée nationale, où des débats sur le recul du français au Québec, particulièrement à Montréal, débordent parfois de bonnes intentions qui malheureusement demeurent souvent de vaines paroles. Or, les chiffres sont sans équivoque, toutes les études et les avis confirment le recul du français au Québec.

https://www.ledevoir.com/opinion/editoriaux/589992/recul-du-francais-reagir

https://www.ledevoir.com/opinion/idees/590444/point-de-vue-le-francais-a-besoin-d-un-redressement-radical


Du côté fédéral

Récemment, soit le 25 novembre, les élus fédéraux de toutes allégeances politiques confondues y sont allés, aux Communes, de déclarations d’amour pour le français se voulant toutes plus émotives les unes que les autres pour prouver qu’ils sont les plus sincères dans leur volonté de freiner le recul du français au Québec. Un «débat exploratoire» qui survient à la suite de la controverse déclenchée par la députée libérale de Saint-Laurent Emmanuella Lambropoulos, qui a remis en doute le fait que le français recule à Montréal et au Québec.

Dans cette effervescence de louanges envers le français, les libéraux ont réitéré qu’ils moderniseront bientôt la Loi sur les langues officielles et ont vanté leur réforme sur la radiodiffusion comme une façon de faire rayonner la culture francophone dans l’univers numérique.

Ils n’ont toutefois offert aucun détail sur le moment où ils déposeront leur nouvelle mouture de la Loi sur les langues officielles promise depuis 2015 ni envoyé de signal qu'ils acquiesceront à la volonté de Québec que les entreprises à charte fédérale, comme les banques, soient assujetties à la Loi 101 en sol québécois.

À la fin de cette démonstration partisane, les bloquistes, par la voix de leur chef, Yves-François Blanchet, ont déploré que ces belles paroles ne s’accompagnent pas de gestes concrets en soulignant que les libéraux excellaient dans l’art de faire les louanges de la loi 101 mais s’obstinaient à lui mettre des bâtons dans les roues.  

 Du côté provincial

Alors qu’on pourrait s’attendre à ce que le discours soit beaucoup plus étoffé du côté du gouvernement du Québec, le ministre responsable de la Langue française, Simon Jolin-Barrette a annoncé lors d’une conférence de presse le 24 novembre qu’une annonce devrait venir lors de la prochaine session parlementaire, à la faveur du dépôt d’un projet de loi visant à présenter une nouvelle version de la Charte de la langue française (loi 101). Promise et annoncée à plusieurs reprises depuis deux ans, la refonte globale de la loi 101 est reportée une fois de plus.

Lorsque le ministre déposera finalement son projet de loi, le gouvernement sera dans la troisième année de son mandat, Pourtant, depuis son élection, le gouvernement promet d’adopter une politique «costaude» en matière de défense du français dans plusieurs domaines, surtout pour la langue de travail, avec une refonte globale de la loi 101, adoptée en 1977. Or l’échéance est constamment reportée. À titre d’exemple, en août dernier, le ministre affirmait que c’était une question de «quelques semaines» avant qu’elle soit rendue publique.

En ce qui a trait au recul important de l’utilisation du français dans les commerces de Montréal, le premier ministre François Legault juge «totalement inacceptable» que des consommateurs aient parfois de la difficulté à être servis en français dans des commerces au Québec alors que la loi 101 stipule clairement que le français est la langue du commerce au Québec.

C’est une enquête du Journal de Montréal, publiée la semaine dernière, qui avait laissé voir que dans un commerce sur deux du centre-ville de Montréal, la journaliste qui s’était fait passer pour une cliente avait été accueillie en anglais. Elle avait visité une soixantaine d’établissements. Parfois, même après avoir demandé à être servie en français, la cliente-journaliste n’avait pu l’être, parce que l’employée qui la servait ne parlait carrément pas le français.

Conclusion

Une prise de conscience unanime sur le déclin du français au Québec est en train de se manifester chez les gouvernants. Le glas de la lucidité vient de sonner. Reste cependant à entendre celui de l’action. Pour l’instant, les grandes manifestations d’amour pour le français ne sont que belles paroles, des paroles, des paroles…

vigile.quebec tribune libre 27 novembre 2020

La loi 99 devant les tribunaux

28 novembre 2020

À titre de rappel, la loi 99, Loi sur l’exercice des droits fondamentaux et des prérogatives du peuple québécois et de l’État du Québec, a été adoptée en décembre 2000 sous le gouvernement péquiste de Lucien Bouchard en réaction à l'adoption par Ottawa de la Loi sur la clarté référendaire en juin de la même année.

Rappelons aussi que la Loi sur la clarté référendaire des libéraux de Jean Chrétien stipule que le gouvernement canadien doit s’assurer de la clarté de la question posée lors d’un référendum sur la souveraineté de même que de l’expression d’une « majorité claire » un concept flou qui n’a encore jamais été quantifié.

Quant à la loi 99, elle accorde aux Québécois le droit de décider seuls s'ils veulent se séparer du Canada pour autant qu’une majorité simple, soit 50 % des voix + 1 vote, en faveur de l’indépendance du Québec soit obtenue lors d’un référendum sur la question.

Aujourd’hui, l'ancien chef du Parti égalité Keith Henderson conteste la légitimité de la loi 99 devant la Cour d’appel, alléguant que cette loi met la table à une éventuelle déclaration unilatérale d’indépendance, en violation de la procédure de modification constitutionnelle.

À mon avis, la loi 99 est là pour rester. L’accession d’un État à son statut d’indépendance est un droit inaliénable contre lequel aucune tierce partie ne peut s’objecter devant les tribunaux.

vigile.quebec tribune libre 25 novembre 2020