Yves Michaud – La main de fer dans un gant de velours

Je viens de terminer la lecture de la biographie d’Yves Michaud signée par Jacques Lanctôt , Yves Michaud – Un diable d’homme, parue chez VLB éditeur en 2013. Un parcours captivant où s’entremêlent échecs et réussites vécus par un homme dont la détermination n’a d’égale que sa ferveur à défendre et promouvoir les intérêts du Québec.

Les passages qui témoignent du dynamisme d’Yves Michaud sont nombreux. Aussi ai-je dû faire un choix, et c’est son passage de cinq ans à titre de délégué du Québec à Paris entre 1979 et 1984 dont j’ai cru opportun de vous entretenir, glanant au passage deux événements marquants de l’opiniâtreté bénéfique du délégué.

D’entrée de jeu, situons-nous dans le contexte de l’arrivée en poste d’Yves Michaud : « La délégation du Québec est, à cette époque, la cinquième ambassade en importance à Paris, après celles de l’Union soviétique, des États-Unis, de l’Angleterre et du Canada. Valéry Giscard d’Estaing est encore au pouvoir et le Québec bénéficie toujours du traitement de « non-ingérence, non-indifférence ». Yves Michaud arrive donc dans un climat particulièrement chaleureux. Le Québec est sur toutes les lèvres. »

Centenaire de la création de la première délégation du Québec en France

Le premier événement nous transporte en 1982 où Yves Michaud mijote l’idée de célébrer les 100 ans de la création de la première délégation du Québec en France au moment où Hector Fabre, en 1882, devient le premier représentant du Québec à Paris.

Comme peu de gens se souviennent d’Hector Fabre, Michaud propose de retrouver la maison où il a vécu et qui lui servait aussi de bureau, et qu’on y appose une plaque commémorative pour souligner le centenaire. La tâche paraît impossible d’autant plus que Michaud dispose d’à peine deux mois pour arriver à ses fins.

Pour y parvenir, il mandate son nouveau directeur des communications, Claude Bédard, pour retrouver la dite résidence qu’il finit par découvrir rue Chabanais, dans le 2ième arrondissement, près du musée du Louvre. Impossible de connaître le nom du propriétaire, une société d’assurances occupant l’appartement, et, de l’avis d’un avocat, il n’est pas possible d’obtenir ces renseignements « top secret ».

Mis au fait de ces informations, le délégué téléphone à Jacques Chirac pour lui faire part de son projet, lequel lui donne accès au registraire des propriétaires de qui il apprend que la propriétaire de l’immeuble est une vieille comtesse qui vit sur la côte d’Azur. Qu’à cela ne tienne, il part illico rencontrer la comtesse, achetant au passage un immense bouquet de fleurs avant de se lancer à la conquête de la comtesse. Après une mise en scène digne des grands dramaturges, Michaud réussit à charmer la comtesse qui lui signe un accord à son projet.

Mais, notre brave délégué n’est pas au bout de ses peines puisqu’il doit maintenant faire entériner le texte qui apparaîtra sur la plaque par la Commission des biens historiques de la ville de Paris, laquelle ne se réunit que deux fois l’an, sa dernière rencontre ayant eu lieu en août alors que nous sommes en septembre.

Encore une fois, Michaud rejoint le maire de Paris au téléphone et il réussit à obtenir une conférence téléphonique avec les membres de la Commission qui finissent par donner leur accord sur l’inscription officielle. Reste encore à convaincre le propriétaire de la seule société qui peut fondre le bronze de la plaque à Paris, lequel réplique que le processus est trop complexe pour livrer le produit à temps…mais, on ne sait pas trop quels arguments a utilisés Michaud, toujours est-il que la plaque est livrée à temps pour son inauguration officielle en présence du ministre des Affaires internationales du Québec, Jacques-Yvan Morin.

Sommet de la francophonie

C’est en mai 1981 que François Mitterand devient président de la République française. Dès son premier mandat, le président reprend à son compte le projet initiée par son prédécesseur Giscard d’Estaing d’organiser un Sommet de la francophonie qui regrouperait tous les chefs d’État des pays francophones.

Il mandate son conseiller culturel Régis Debray, une sommité parisienne, pour l’organisation de l’événement, lequel manifeste une propension pour la conception du nationalisme québécois de Pierre Trudeau, estimant que les Québécois sont de grands sentimentaux irrationnels qui ne s’entendent même pas entre eux.

Et, pour ajouter à ce dilemme, Debray est allergique au style flamboyant de Michaud, ce qui complique davantage les chances pour le Québec de lui donner préséance sur le Canada lors de ce sommet, Trudeau ayant pris soin d’informer Debray qu’il n’était pas question que le Québec occupe le haut du pavé lors de ce Sommet.

De quoi fouetter notre ardent défenseur du Québec qui s’empresse de sortir l’artillerie lourde, alertant toute la classe politique de ce qui se trame contre le Québec à Ottawa à l’occasion du Sommet.

« Le nationalisme québécois, clame Michaud, en est un d’ouverture et non de repli, un mouvement moderne et démocratique qui véhicule des valeurs progressistes. » Et le message passe. Du côté du fin renard politique qu’est Miterrand, il n’a pas le goût de rouvrir le panier de crabes des relations France-Québec-Ottawa. En conséquence, le Sommet n’aura pas lieu.

Toutefois, en 1986, le Québec participe au premier Sommet de la francophonie, à Versailles, à titre de gouvernement participant, une grande victoire pour la diplomatie québécoise à laquelle Yves Michaud a sans contredit contribué grandement.

En conclusion, je laisse la parole à Bernard Dorin, diplomate de carrière qui fut de tous les combats du Québec : « Yves Michaud fut le meilleur des délégués du Québec à Paris. Ses qualités étaient essentiellement une foi inébranlable dans la marche du Québec vers l’indépendance, une parfaite connaissance des dossiers à traiter, une grande chaleur humaine qui emportait la sympathie et une droiture exemplaire »

quebechebdo 30 janvier 2014
vigile.net tribune libre 30 janvier 2014 "La main de fer dans un gant de velours"

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