Un exemple d’intégration

Dans la foulée des débats suscités par le projet de Charte des valeurs québécoises du ministre Drainville, j’ai lu avec beaucoup d’intérêt la chronique de Mylène Moisan parue dans Le Soleil du 18 octobre 2013 sous le titre Quand on immigre, il faut laisser aller…

http://www.lapresse.ca/le-soleil/opinions/chroniqueurs/201310/17/01-4700751-quand-on-immigre-il-faut-laisser-aller.php

C’est l’histoire de Vesta Wagener Jobidon dont voici quelques extraits :

« 
La dame naît en 1934 à Berlin, Hitler vient de prendre le pouvoir. Elle vit la guerre aux premières loges, se souvient des bombardements, des corps en flammes, des éléphants qui s'enfuient du zoo. C'est son quotidien de petite fille, elle prend le tramway pour aller quelque part, ce quelque part n'existe plus…

Elle est arrivée au Canada en 1952, pour suivre son père, comptable, SS, qui s'était engagé comme bûcheron pour trois ans. Elle a abouti dans le nord de l'Ontario, à Hearst, à 18 ans. Elle est vite partie pour Toronto, a été embauchée chez Bell Canada, a rencontré le charmant Laurent. Ils se sont mariés à Québec en 1958, «un 18 octobre à son plus mauvais : de la grosse pluie et de très fortes bourrasques»…

Nous sommes en 1983, son mariage prend l'eau et sa fille sombre dans la schizophrénie. Vesta a l'habitude des bombardements. Au lieu de se mettre aux abris, elle monte au front. Elle se rend vite compte que le Québec accuse un énorme retard en santé mentale, les ressources qui existent font bande à part. Elle fonde Le Pavois en février 1989, une coopérative où chaque personne a son intervenant…

Au-delà de tout ça, l'histoire de Vesta est un admirable exemple d'intégration. Partie à reculons d'Allemagne, catapultée dans le rôle de la bonne mère de famille québécoise, Vesta a adopté le Québec au point de vouloir le rendre meilleur. Elle souhaite même qu'il devienne un pays. «On est une belle petite nation. Avec toutes les horreurs qui se font autour de nous, c'est sûr qu'on ne fera pas pire. Il y a plein de petites nations comme nous qui se débrouillent très bien toutes seules.»

Elle a dit «nous».

Pour que les «eux» parlent au «nous», Vesta a sa théorie. «Les immigrants qui arrivent, s'ils veulent s'intégrer, ils doivent laisser aller. La patente de l'interculturalisme, c'est bien beau, mais il faut que ça soit donnant-donnant. Il faut que l'autre donne, pas juste les Québécois…»

Elle me raconte une amitié avec «une Marocaine, une scientifique. Elle ne portait pas le voile par respect pour les Québécois, mais elle avait quand même intériorisé l'infériorité de la femme. C'était en elle… »

Une histoire vraie, un exemple d'intégration qui s'est faite sans heurt, dans le respect des coutumes des gens de sa terre d'accueil…un fait vécu dont les partisans anti-charte devraient prendre connaissance pour le plus grand bien des débats actuels!

quebechebdo 21 octobre 2013

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