Le sophisme à son meilleur
Selon Wikipédia, un sophisme, ou argument à logique fallacieuse, est un raisonnement qui cherche à apparaître comme rigoureux mais qui en réalité n’est pas valide au sens de la logique. À l’inverse du paralogisme qui est une erreur involontaire dans un raisonnement, le sophisme est fallacieux en ce sens qu’il est prononcé avec l’intention de tromper l’auditoire afin, par exemple, de prendre l’avantage dans une discussion.
Je me souviens que, lorsque je suis entré en fonction à titre de professeur de français au début des années ’70, un professeur d’expérience possédait cette « qualité » d’intervenir après une de mes opinions, alléguant d’entrée de jeu que mon intervention était à propos mais qu’elle souffrait de quelques précisions qu’il fallait nommer…au bout de son argumentaire « sans faille apparente », je me rendais compte qu’il avait complètement détruit le contenu de mon opinion et que je me retrouvais penaud et contraint d’admettre malgré moi que j’étais tombé dans le panneau de ce « maître du sophisme ».
Dans le sillon de ce professeur, l’ancien ministre de la santé dans le gouvernement Charest et troisième candidat à se lancer dans la course à la chefferie du PLQ, Philippe Couillard, tente de soutenir, dans une histoire plutôt ennuyeuse qui risque de lui coller à la peau tout au cours de la campagne, qu’il n’a rien fait d’incorrect en se magasinant un emploi dans un fonds privé d’investissement en santé alors qu’il était toujours ministre, alléguant le plus sérieusement du monde que le simple fait qu’il ait pu se lancer dans la course prouve son intégrité…une façon fort habile d’embrouiller les circonstances entourant les évènements plutôt que de les éclaircir.
Un autre exemple de l’habilité de Philippe Couillard à faire bien paraître une décision controversée réside dans le fait qu’il soutient, qu’en réglementant la pratique de la médecine privée dans une cinquantaine de champs d’activité, en avoir limité son accès alors que, dans les faits, il n’en a pas moins posé les conditions de son expansion en lui assurant un cadre plus sécuritaire.
En bref, un peu comme mon professeur « émérite », Philippe Couillard avoue bien humblement d’entrée de jeu que les critiques qui ont entouré les circonstances de son départ sont en partie fondées, question de mettre en confiance son interlocuteur sur ses bonnes intentions, mais, au fur et à mesure que la conversation progresse, notre fin sophiste parviendra à sortir blanc comme neige d’une situation qui semblait à prime abord « embêtante » mais qui, dans les faits, ne lui cause aucun préjudice quant à son intégrité.
Imaginez maintenant un instant dans quel labyrinthe argumentaire fallacieux les Québécois se retrouveraient cantonnés s’il fallait qu’un manipulateur aussi habile parvienne à se faire élire premier ministre du Québec !…
vigile.net tribune libre 4 octobre 2012
quebechebdo 8 octobre 2012
Henri Marineau

