La lobbyiste conseillère de Harper pour le Québec
Nommée conseillère de Stephen Harper le 1er août, Catherine Loubier avait, la veille encore, un mandat consigné au registre des lobbyistes du Québec. Jusqu’alors vice-présidente de la firme de communications et d’affaires publiques Hill Knowlton, Mme Loubier représentait la compagnie K2 Geospatial, qui développe des logiciels, notamment pour les municipalités, auprès de la Ville de Gatineau.
L’inscription au registre a été modifiée le 31 juillet pour indiquer que le mandat de représentation s’était terminé le 28 juillet. Entre février 2012 et juillet 2013, Mme Loubier a aussi eu des mandats pour Management Octane auprès du ministère du Tourisme du Québec, Hôtel Brossard auprès de l’agglomération de Longueuil et Pascan Aviation auprès de la Ville de Montréal.
De plus, en tant qu’ancienne employée des ministres Denis Lebel dont elle a été la chef de cabinet adjointe et de Lawrence Cannon comme attachée de presse, Catherine Loubier ne pouvait pas faire du lobbyisme sur la scène fédérale, selon les dispositions de la Loi sur la responsabilité, qui impose un délai de cinq ans.
Par ailleurs, en 2010, on se souvient que la nomination de Nigel Wright [un nom qui a fait la manchette récemment dans le tristement célèbre dossier du sénateur Duffy !…] comme chef de cabinet du premier ministre avait soulevé des questions semblables. M. Wright était jusqu’alors directeur général d’Onex Corporation, une entreprise présente dans de nombreux domaines d’activité où le fédéral joue un rôle important. À son arrivée en poste, il s’était engagé à mettre en place un « mur de l’éthique » pour éviter tout conflit d’intérêts… « mur » qu’il a franchi avec une désinvolture outrancière !
Quant à Catherine Loubier, sa feuille de route « impressionnante », tant dans les coulisses des affaires en tant que lobbyiste que dans celles du pouvoir auprès de deux ministres conservateurs au Québec il y a quelques années, la place, à mon sens, vis-à-vis un « devoir de mémoire » qui lui sera difficile de contourner.
En effet, même si l’ex-lobbyiste a respecté la prescription de la Loi sur la responsabilité à compter du 31 juillet et qu’elle doit maintenant transférer ses anciens dossiers, Stephen Harper devra s’assurer que Mme Loubier ne se place pas en conflit d’intérêts et qu’elle ne traitera pas de dossiers qui touchent ses anciennes activités…une « surveillance » plus que douteuse si on se fie au scandale soulevé par son ancien bras droit Nigel Wright.
Enfin, compte tenu que Catherine Loubier a rôdé dans les corridors des affaires au Québec, le gouvernement en place se devra de garder un œil vigilant sur les futurs bénéficiaires de contrats publics au cas où la nouvelle conseillère du PM fédéral ne soit tenté de privilégier ses anciens clients !
vigile.net tribune libre 6 août 2013
Henri Marineau

