Il y a loin de la coupe aux lèvres
Multiplication des grands projets d’intérêt national, diversification des exportations, augmentation des dépenses en matière de défense de 81,8 milliards de dollars sur cinq ans, élimination des barrières tarifaires entre les provinces, le premier ministre du Canada, Mark Carney, s’est donné comme objectif ultime de faire du pays un « Canada fort ». Son discours à Davos portant notamment sur l’unification des pays de moyenne importance internationale a frappé l’imaginaire collectif et lui a permis de se positionner sur la carte géo-politique comme un leader incontournable sur la scène politique internationale.
Depuis son élection à titre de premier ministre du Canada, l’ex-gouverneur des banques du Royaume-Uni et du Canada n’a cessé de multiplier les voyages à l’étranger dans le but d’étaler et de faire valoir les nombreuses ressources naturelles canadiennes exportables. Sa popularité auprès d’une grande majorité de Canadiens se maintient à des niveaux impressionnants si bien que l’opposition à la Chambre des communes se retrouve complètement annihilée par son aura dominant.
Dans cette foulée, Mark Carney tente de développer un style collaboratif entre le fédéral et les provinces, notamment par la mise sur pied d’un grand projet de développement hydroélectrique au Québec, et la signature d’un accord avec l’Alberta sur la construction d’un pipeline rejoignant la côte ouest canadienne, un projet contesté par les mouvements écologiques et qui relaie dans le placard toute la politique environnementale mise de l’avant par son prédécesseur, Justin Trudeau.
Une pléiade de méga-projets dans lesquels le fédéral s’engage à investir des sommes astronomiques et dont les retombées économiques s’avèrent pour l’heure incertaines. Issu du monde des affaires, Mark Carney affectionne particulièrement les projets d’envergure nationale, voire internationale qui évoluent à vitesse grand V. Pour l’heure, une de ses promesses phares de la campagne électorale, à savoir les négociations avec Donald Trump sur le libre échange entre les États-Unis et le Canada sont toujours au point mort, et les grands projets n’ont pas encore atteint la réalisation. En somme, comme le dit si justement le proverbe bien connu, « il y a loin de la coupe aux lèvres ».
Le Devoir le 20 mai 2023
Henri Marineau

