Charte des valeurs: au sujet des propos de Jacques Parizeau
C’est un Jacques Parizeau plus pondéré dans ses propos et surtout moins émotif que lors de sa déclaration fracassante au soir du référendum de 1995 qui a rencontré Paul Arcand lors d’une entrevue réalisée le 3 octobre au sujet du projet de Charte des valeurs québécoises présenté par Bernard Drainville.
Essentiellement, M. Parizeau adresse une mise en garde au Parti québécois, « le feu commence à prendre dans notre société…Les immigrants de fraîche date, qui parlent d’ailleurs un excellent français, commencent à avoir peur. Ici, ils avaient la paix. Et nous, on entre là-dedans avec nos gros sabots. Et on ne vise pas les musulmans, mais les musulmanes…Passer une législation de ce genre-là, essentiellement destinée à un certain nombre de femmes musulmanes, c’est gênant! ».
Conséquemment, Jacques Parizeau plaide pour un assouplissement de la Charte, qu’il estime trop contraignante. Selon lui, il n’est pas nécessaire d’interdire le port de signes religieux à tous les employés de l’État, une interdiction qu’il limiterait aux policiers, aux juges et aux gardiens de prison. Par ailleurs, Jacques Parizeau se prononce en faveur du retrait du crucifix de l’Assemblée nationale.
M. Parizeau se dit aussi en faveur de la modification de la Charte des droits et libertés et de l’instauration de balises claires pour gérer les demandes d’accommodements religieux, tout en insistant sur l’obligation de donner ou recevoir des services publics à visage découvert partout au Québec.
Par ailleurs, dans une chronique publiée le 3 octobre dans Le Journal de Montréal, M. Parizeau écrit qu’il serait « préférable de se limiter, dans la Charte, à l’affirmation des principes de la séparation de l’Église et de l’État, et de la neutralité de l’État à l’égard des religions ».
De son côté, le ministre responsable de la Charte, Bernard Drainville, s’est montré diplomate en recevant les commentaires de Jacques Parizeau comme un apport constructif au débat sur la Charte des valeurs et une contribution qui sera prise en considération par le gouvernement.
En résumé, quoique les réactions officielles du gouvernement soient plutôt « politically correct » envers les déclarations de Jacques Parizeau, on doit convenir qu’elles risquent d’apporter de l’eau au moulin des détracteurs du projet de Charte des valeurs.
Enfin, en ce qui me concerne, je vois dans la position de Jacques Parizeau, sans qu’il l’ait mentionné nominalement, un penchant vers une Charte de la laïcité qui fait abstraction des valeurs québécoises qu’il semble juger sévèrement quant aux tensions « gênantes » et contraignantes qu’elles soulèvent dans le débat de société actuel.
quebechebdo 4 octobre 2013
Henri Marineau

