Attentisme ou aplaventrisme?

Depuis le début des négociations sur l’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), Donald Trump n’a cessé de menacer le gouvernement de Mark Carney de détruire l’entente évoquant que le Canada ne peut, de toute façon, s’auto-suffire sans l’appui indspensable du gouvernement américain. Or réunis à Charlottetown dans le cadre du Conseil de la fédération, le premier ministre et ses homologues ont décidé, pour une énième occasion, d’attendre avant de répliquer à la menace de nouveaux tarifs douaniers américains à hauteur de 50 %, Mark Carney préférant donner une chance aux négociations avec la Maison-Blanche, sans écarter des représailles en cas d’échec. Au final, l’ex-banquier aura donc penché pour la prudence, prônée notamment par Christine Fréchette, plutôt que pour la méthode forte réclamée par le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford.

Or dans les faits, le climat entre les USA et le Canada ne cesse de s’envenimer entraînant avec lui une kyrielle de tarifs si bien qu’on est en droit de s’interroger sur la pertinence de la stratégie attentiste du Canada. En réalité, ne serait-il pas plus à propos de qualifier l’approche de Mark Carney d’aplaventriste ou, en termes clairs, de soumission aux caprices farfelus de notre voisin par crainte de représailles?

Depuis des mois, les négociations entre Ottawa et Washington en lien avec la révision de l’ACEUM sont au point mort. Le premier ministre canadien aura beau invoquer des approches auprès de nouveaux pays en lien avec la perspective de nouvelles ententes économiques avec ces pays, aucune entente n’a été signée hormis la signature d’un accord sur les véhicules électriques avec la Chine.

En somme, connaissant l’appétit vorace de Donald Trump pour étendre sa suprématie sur le monde, la stratégie attentiste de Mark Carney a atteint, à mon avis, un aplaventrisme pour le moins gênant qui laisse très peu d’ouverture pour une saine négociation, le président américain se contentant de dénigrer à outrance les tentatives désespérées de Mark Carney pour tenter de prendre ses distances de son voisin. Dans ces circonstances, il est plus que temps que l’ex-banquier se retrousse les manches et apporte de l’eau au moulin à ces nombreux voyages de séduction auprès des dirigeants des pays qu’il a visités depuis des mois. C’est une simple question de fierté et de dignité d’un pays fort comme le clame Mark Carney en parlant du Canada.

Le Soleil 29 juillet 2026

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