Une leçon de science politique

4 avril 2012

Le mouvement de grève, enclenché sur un refus vis-à-vis la hausse des droits de scolarité, revêt de plus en plus les allures d’une revendication qui déborde largement la simple question financière.

Et, phénomène plutôt contradictoire, il m’apparaît que le braquage systématique du gouvernement Charest devant les demandes de dialogue des étudiants a contribué aux effets politisants de l’action initiale des manifestants. Au bout du compte, quand un gouvernement n'a que la police à offrir à sa jeunesse en colère, il y a lieu de s'interroger sérieusement sur la qualité des rapports qu’il entretient avec les citoyens.

Il n’est donc pas surprenant que, depuis le début de cette vague de mobilisation étudiante, on ait pu assister à un déplacement des enjeux. Ainsi, on parle maintenant de plus en plus ouvertement de gratuité scolaire et on dénonce les dépenses scandaleuses des directions universitaires, plus préoccupées de béton et de compétitivité que de formation intellectuelle.

Si plusieurs manifestants avaient des espoirs en déclenchant ce mouvement de contestation, personne ne pouvait prédire le cours qu'il prendrait et la formidable leçon de science politique qu'en tireront autant ses participants que ses sympathisants.

La plus grande leçon que la société québécoise devrait tirer de cette mobilisation est que l'éducation n'est pas une marchandise que l'on débite à la pièce selon la capacité de payer du «client» et que l'on choisit en fonction de sa rentabilité supposée.

quebechebdo 4 avril 2012 

Appel au boycott des cours

3 avril 2012

La contestation d’un étudiant devant les tribunaux concernant la légalité de la grève étudiante suscite un débat juridique qui semble mettre en doute la légalité de la démarche étudiante vers la nécessaire accessibilité de tous les Québécois à des études supérieures.

En effet, selon l’interprétation de certains juges, le recours à la grève revient « exclusivement aux membres d’un syndicat de travailleurs », un groupe formé « en vertu de la Loi sur les syndicats professionnels ». En ce sens, selon leur interprétation, les « membres d’une association étudiante » ne peuvent y recourir, notamment parce que les associations sont constituées « en vertu des lois sur les compagnies » et qu’elles ne sont pas couvertes par le Code du travail.

À mon sens, il existe une voie d’évitement qui peut contrecarrer cette technicalité légale. En effet, les associations étudiantes pourraient se mettre à l’abri des recours juridiques en invoquant le boycott, un mécanisme légal qui se met en place sous la protection des quatre verrous que sont, la juste cause, la prise de conscience de l’opinion, la prise en compte des efforts de privation et de renoncement avec l’existence d’alternatives et la mobilisation de la plus grande part de la société en s’appuyant sur une médiatisation efficace. Contrairement au droit de grève garanti par la constitution et qui s’exerce donc dans le cadre des lois, le boycott ne dispose pas de statut juridique.

Il serait extrêmement déplorable que l’appareil judiciaire, normalement constitué pour rendre justice dans une société, devienne un obstacle à l’application d’une justice élémentaire défendant la cause de milliers d’étudiants qui se battent pour obtenir leurs droits à poursuivre leurs études supérieures.

C’est pourquoi, j’invite les associations étudiantes à rester debout et à continuer leurs manifestations contre la hausse des droits de scolarité. En ce qui a trait à cette guéguerre légale, je les invite, par la même occasion, à cesser « leur grève » et à commencer à « boycotter leurs cours ».

En agissant ainsi, les étudiants se mettront à l’abri des poursuites judiciaires en utilisant un mécanisme légal grâce auquel ils pourront défendre leur « juste cause » tout en « s’appuyant sur une médiatisation efficace »

vigile.net tribune libre 3 avril 2012



Une série de tueries alarmante

3 avril 2012

La dernière fusillade qui s’est produite le 2 avril dans une université chrétienne de la Californie fait grimper à 17 le nombre de tueries dans les écoles américaines depuis 1997 et ce, dans 14 États différents.

Le bilan de ces tragédies…98 jeunes sont décédés sans compter les centaines de blessés dont on ne connaît pas les séquelles. De plus, quatre des responsables de ces fusillades se sont enlevé la vie après leur geste insensé.

Une série de tueries alarmante qui dénote d’un malaise profond dans notre société occidentale qui devra, un jour ou l’autre, se pencher sérieusement sur le cancer de l’âme qui gruge pernicieusement sa jeunesse!

quebechebdo 3 avril 2012
Le Soleil 11 avril 2012 

Si la tendance se maintient…

3 avril 2012

Dans le contexte des incidents révoltants auxquels la loi 101 a eu à faire face au cours des derniers mois, le sondage du Mouvement Montréal français faisant appel au public pour décerner les prix Harfang et Autruche revêt cette année un caractère exceptionnel.

Rappelons que, depuis quelques années, le MMF remet ces prix en vertu des critères suivants :

- Le prix Harfang est décerné pour reconnaître la vigilance éclairée d’un candidat qui fait la défense et la promotion de la langue française. 
- Le prix Autruche est attribué pour dénoncer l’attentisme et l’aveuglement volontaire d’un candidat vis à vis la langue française.

Le Mouvement Montréal français invite le public à faire ses suggestions pour le prix Harfang et le prix Autruche et proposer une personne, un organisme ou une institution, pour chacun de ces prix, selon leur respect de la loi 101 ou, dans le cas contraire, leur irrespect.

Les derniers résultats obtenus sur le site du MMF sont les suivants :

Pour le prix Harfang :

Pierre Curzi (63%) Charles Castonguay (16%) Gilles Proulx (16%) Sophie Durocher (4%) Richard Martineau (2%)

En ce qui a trait au prix Autruche :

Christine Saint-Pierre (51%) Stéphane Gendron, maire de Huntingdon (33%) Kathleen Grant, directrice des communications aux H.E.C., pour son commentaire sur le pâté chinois (11%) André Pratte (5%)

Une tendance qui nous ramène inéluctablement au proverbe latin « Vox populi, vox dei »…En effet, le peuple québécois demeure encore le meilleur juge pour distinguer les autruches des harfangs, à savoir « l’attentisme et l’aveuglement volontaire, de la vigilance éclairée vis-à-vis la langue française » !

En terminant, je vous laisse sur cet extrait d’un article paru dans le Devoir du 2 avril sous le titre « Langue de travail- Québec contribue à angliciser les immigrants francophones »

« Il est reconnu que l’emploi est la clé pour réussir l’intégration d’un immigrant. Bien que la loi 101, adoptée en 1977, fût censée faire du français « la langue normale et habituelle » du travail au Québec, il semble que la clé de l’intégration demeure, 35 ans plus tard, une clé anglaise. »

vigile.net tribune libre 2 avril 2012
quebechebdo 3 avril 2012 (version abrégée)



Trudeau l’emporte…à l’usure

2 avril 2012

Le député libéral fédéral de Papineau Justin Trudeau a remporté son combat de boxe face au sénateur conservateur Patrick Brazeau le 31 mars, l’arbitre mettant fin au duel avant la fin du troisième et dernier round.

Malgré un début en lion, Patrick Brazeau s’est rapidement retrouvé à bout de souffle, ce qui a permis à son adversaire de dominer le reste du combat.

Pour employer une analogie, on pourrait conclure de ce combat que le fils possède l’étoffe de son père lorsque Pierre Elliot Trudeau, lors de son discours mémorable du 14 mai 1980, soit moins d’une semaine avant le référendum, avait porté le dernier «coup» à ses adversaires du «oui» en affirmant «qu’un non, ça veut dire du changement!»…

Dans un cas comme dans l’autre, les Trudeau l’auront emporté…à l’usure!

quebechebdo 2 avril 2012

Jusqu’où se propagera l’hémorragie?

1 avril 2012

Même si le dépôt de son projet de loi 593 a subi une rebuffade cavalière de la part du gouvernement Charest, Pierre Curzi continue de marteler qu’une nouvelle Charte de la langue française est devenue un impératif incontournable, alléguant, entre autres arguments, « les problèmes linguistiques qui s’accumulent ».

Et, à ce sujet, personne, le moindrement lucide, ne peut lui répliquer qu’il a tort…En effet, le français, depuis des mois, ne cessent de faire les manchettes dans des circonstances pitoyables où notre langue nationale est galvaudée lamentablement sur tous les plans, que ce soit aux divers paliers de gouvernements, dans le monde du sport que dans nos institutions de la santé et de l’éducation. À titre d’exemples récents, on peut mentionner dans cette litanie…

- Le détournement de fonds à d’autres fins qu’Ottawa verse à Québec pour la francisation des immigrants de la part du gouvernement Charest,

- La triste nécessité, pour une famille, de payer à ses frais les services d’une traductrice pour que sa mère puisse obtenir des soins en français à l’Hôpital Royal Victoria à Montréal,

- La nomination d’un entraîneur unilingue anglophone à la barre du club de hockey Les Canadiens, en la personne de Randy Cunneyworth,

- La désignation d’un unilingue anglophone, Michael Ferguson, à titre de vérificateur général du Canada,

- La nomination de Michael Moldaver, un autre unilingue anglophone au poste de juge à la Cour suprême,

- Les désignations de commissaires unilingues anglophones au Tribunal de l’immigration de Montréal,

- L’instauration d’un programme de maîtrise uniquement en anglais par l’École des hautes études commerciales (HEC),

- La nomination de Michael Smith comme vice-président aux ressources humaines d’une filiale de la Caisse de dépôt et placement du Québec,

- La publication d’un bulletin en anglais de la part du maire de Huntingdon, Stéphane Gendron, passant par le fait même outre les dispositions de la Charte de la langue française, compte tenu que sa municipalité n’a pas le statut de « bilingue »…

Et la liste d’épicerie ne cesse de s’allonger sans que nos élus, nos « dignes représentants de nos intérêts collectifs » n’aient le courage de poser les gestes qui s’imposent pour contrer cette hémorragie causée par l’effusion d’une anglicisation pernicieuse !

Jusqu’où se propagera l’hémorragie avant que quelqu’un quelque part y mette définitivement fin, pour le plus grand respect de notre identité québécoise et la survie de notre langue nationale ?

vigile.net tribune libre 1 avril 2012
quebechebdo 2 avril 2012

Je suis une langue fière

31 mars 2012

En ces temps troubles où notre langue est menacée de toutes parts jusque dans ses racines les plus profondes, j’ai senti le besoin de lui donner la parole et de lui permettre de se raconter à travers ce petit poème qui est sorti spontanément de mes tripes…

Certains me disent belle
Mais je ne suis pas de celles
Qui se nourrissent de miel
Ou d’une pincée de sel

J’ai traversé les mers
Pour m’établir ici
Dans ce vaste pays
De froids et longs hivers

J’y ai vite pris racine
Je me suis senti chez moi
J’ai lacé mes bottines
Et suis parti au bois

M’attendait au retour
Une langue étrangère
Empiétant sans détour
Sur les droits de mes terres

Je ne suis pas guerrière
Mais je ne suis pas de celles
Qui se nourrissent de miel
Je suis une langue fière

J’ai traversé les mers
Pour m’établir ici
Au pourtour des rivières
Où m’accueille ce pays

Je suis ici chez moi
Je suis revenu du bois
Je remets mes bottines
Et reprends mes racines

quebechebdo 31 mars 2012
vigile.net tribune libre 22 juin 2012

Montréal ou Québec?

31 mars 2012

Avec le congédiement de Pierre Gauthier comme directeur général du Canadien, les rumeurs ont repris de plus belle concernant l’avenir de Patrick Roy dans l’organisation du Tricolore.

Dans ses réactions aux journalistes concernant ces « rumeurs », Roy s’est dit flatté que son nom circule parmi les candidats potentiels au poste de Gauthier tout en ajoutant du même souffle qu’il « aime par dessus tout être avec les joueurs dans le milieu de l’action ».

Pour récupérer la chèvre et le chou, la haute direction du Canadien offrirait-t-elle à Patrick Roy la double fonction de directeur général et d’entraîneur tout en l'entourant d'un assistant directeur général?

Et, si le principal intéressé avait plutôt des intentions de demeurer à Québec et attendait les prochains développements concernant un éventuel départ des Coyotes de Phoenix ! Et, s’il se voyait offert un poste qui répond à ses aspirations au sein de l’organisation de la nouvelle équipe de Québec!

Quel serait alors le choix de Patrick Roy…Montréal ou Québec?

quebechebdo 31 mars 2012

Une augmentation…à la baisse

31 mars 2012

Comme il fallait s’y attendre, la ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, n’allait pas demeurer « insensible » aux attaques de laxisme envers l’application des dispositions de la loi 101, particulièrement en ce qui a trait à la langue d’affichage dans la grande région de la métropole.

Dans son « train de mesures » de redressement de la situation qu’elle juge « inacceptable », la ministre exigera que, dorénavant, l’Office québécois de la langue française (OQLF) prenne l’initiative d’enquêter au lieu d’attendre les plaintes des citoyens, une mesure déjà permise par la loi mais « très, très peu » utilisée, avoue son porte-parole, Martin Bergeron.

D’un autre côté, on apprend que l’OQLF a récemment retardé la publication d’études sur la langue de commerce à Montréal, lesquelles doivent être dévoilées ce printemps. Par la suite, un mandat sur la langue de commerce pourrait être donné aux inspecteurs…Une échéance comme par hasard devancée par la ministre qui tout à coup « montre des dents » !

Dans ces études, l’Office demande plus de moyens à la ministre de la Culture pour agir efficacement auprès des contrevenants. Encore une fois, comme par hasard, aux lendemains du dépôt du projet de loi 593 présenté par Pierre Curzi concernant une nouvelle Charte de la langue française, Christine St-Pierre annonce, en grandes pompes, la « création » de 43 postes, qui s’ajoutent aux 26 qui ont été créés l’automne dernier. Mais la réalité est toute autre puisque, dans les faits, il s’agit d’une perte nette, une augmentation…à la baisse !

En effet, l’Office a perdu plusieurs employés à cause de la politique d’attrition imposée par le Conseil du Trésor, qui ne remplace qu’un employé sur deux lors des retraites en plus d’un gel d’embauche décrété depuis l’été dernier. Résultat : à la suite des annonces de la ministre, l’Office comptera 246 employés alors qu’il en avait 251 en 2010-2011.

En 2010-2011, l’OQLF a reçu 3661 plaintes, soit 1000 de plus que l’année précédente. Le quart de ces plaintes concernaient la langue d’affichage des commerces. En entrevue avec La Presse, la présidente de l’Office, Louise Marchand, a récemment prédit que le nombre de plaintes serait « dépassé largement » cette année, une prédiction qui s’est effectivement confirmée depuis la récente campagne publicitaire de l’OQLF…pourtant, seulement 2% des plaintes portées à l’Office débouchent sur une poursuite.

Derrière ce scénario qui tient du burlesque, on pourrait facilement imaginer un certain personnage loufoque tenu par Jean Charest répliquer à sa servante obéissante : « Christine, becquer bobo ! »

vigile.net tribune libre 31 mars 2012

Retrouver son coeur d’enfant

30 mars 2012

«Le sourire d’un enfant qui fait ses premiers pas nous enseigne qu’il faut aller de l’avant avec confiance » (pensée personnelle)

Il y a quelques années, lors d’une rencontre entre amis, j’ai fait la connaissance d’Anne Sigier. Pendant notre conversation, j’ai souvent fait allusion aux révélations que nous transmettent les regards. Quelques semaines plus tard, j’ai reçu par la poste un magnifique livre intitulé «Ces regards d’enfants», édité aux Éditions Anne Sigier en 1990. Il m’était offert par Anne Sigier.

Chacune des pages de ce livre contient une photo d’enfant au regard tantôt inquiet, tantôt radieux mais toujours authentique, accompagnée d’une réflexion. J’ai rouvert dernièrement ce magnifique recueil et relu les pensées qu’il contient. Et, comme il m’arrive souvent d’associer la vie humaine à celle d’un peuple, je me suis à ressortir les réflexions suivantes qui, je l’espère, vous amèneront à retrouver votre cœur d’enfant, là où est tracée une voie privilégiée pour retrouver notre fierté nationale:

«J’ai entendu le cri d’un cœur rongé de vide et j’ai cherché en vain d’où venait cet appel. Les gens autour de moi mimaient de grands sourires : les masques et les fards cachaient bien la détresse…à toi qui as crié, je t’offre ma beauté. Puisse ma présence combler ta soif de vérité»

«Où est l’éducateur, le chef de file? Celui qui délaisse tous les sentiers faciles pour m’enseigner la joie, pour bâtir ma vie d’homme…Je cherche ce maître qui bâtit sur le roc»

«Accepte ta réalité, ne cherche pas à imiter : la fleur la plus belle peut se trouver hors du jardin…j’ai décidé d’être moi-même et je préfère la blessure à l’atteinte de ma liberté»

«Vous êtes préoccupés, vous n’avez pas le temps, pour quoi vos heures sont-elle si précieuses? J’aurais tant aimé vous raconter mon rêve…mais pour m’écouter, je n’ai trouvé que l’absence»

«J’ai le cœur en éveil et j’écoute en silence, loin du bruit, loin des mots, j’attends la confidence…la nature, chaque jour, m’enseigne la sagesse, elle me dit la patience du grain qui va germer»

«Il est encore temps, venez vite. Un nouveau monde est à bâtir, l’heure aujourd’hui est à l’embauche. Petits ou grands, riches ou pauvres, que chacun vienne poser sa pierre…une seule chose est nécessaire: il faut retrouver son cœur d’enfant»

quebechebdo 30 mars 2012