Sur quelle planète vivez-vous, M. Caire?

23 août 2024

À chaque occasion où le ministre de la Cybersécurité et du Numérique et député de La Peltrie, Éric Caire, tient un point de presse, j’ai toujours la bizarre impression qu’il sort tout droit d’une boîte à surprises.

Ainsi en est-il de sa dernière rencontre avec la presse au cours de laquelle un journaliste lui a demandé où il imaginait le projet de troisième lien entre Québec et Lévis. «Ah, mon Dieu! Ben, le tracé a été fait, là, le corridor de centre-ville à centre-ville. On parle de… rue Lallemand, je pense. Non, c’est pas Lallemand. Sur la Rive-Sud, là, je ne me souviens plus. En tout cas, la recommandation est faite et je pense que l’idée, c’est d’aller de l’avant avec ça.»

Or on se rappellera qu’au moment où le gouvernement Legault, pour la première fois, avait annoncé la construction d’un tunnel sous-fluvial, Éric Caire avait mis son siège en jeu dans l’éventualité d’un rejet du projet, allant jusqu’à ajouter qu’il se battrait jusqu’à la dernière goutte de sang pour sa réalisation.

Dans cette foulée, force est de constater que les engagements formels de M. Caire envers le troisième lien manque pour le moins de «ferveur» compte tenu de son ignorance eu égard à l’endroit et au type de construction prévus en ce qui a trait au troisième lien. En conséquence, M. Caire, sur quelle planète vivez-vous?

Le Soleil (verson numérique) 23 août 2024
Le Devoir 24 août 2024
vigile.quebec tribune libre 25 août 2024

La carrière d’enseignant en mal d’amour

19 août 2024

Pour une deuxième année consécutive, des milliers d’élèves du Québec seront privés de professeurs qualifiés en début d’année scolaire, une situation catastrophique annoncée récemment par le ministre de l’Éducation, Bernard Drainville.

On aura beau considérer toutes les hypothèses expliquant une telle pénurie dans le monde de l’enseignement, force est de constater que la carrière d’enseignant est en mal d’amour, en d’autres mots, qu’elle a perdu ses lettres de noblesse. Fini le temps où les étudiants en sciences de l’éducation se bousculaient pour avoir une place à l’université. Fini le temps où les candidats à un poste d’enseignant étaient confrontés à d’autres aspirants pour obtenir le poste tant convoité.

Mais que s’est-il donc passé pour qu’un tel engouement ne s’estompe aussi brutalement? À mon sens, la réponse à cette question est étroitement liée à la lourdeur de la tâche à laquelle sont soumis les enseignants d’aujourd’hui, notamment à la présence des étudiants à besoins particuliers au sein des groupes dits «réguliers». Tant et aussi longtemps que les enseignants ne recevront pas l’aide du personnel spécialisé pour les appuyer dans leur tâche, la gestion de classe occupera la majorité du temps des enseignants au détriment de la qualité de l’acte pédagogique.

Aujourd’hui, nos écoles québécoises accueillent des jeunes de milieux souvent fort différents. Certains d’entre eux arrivent au primaire avec des problèmes particuliers, notamment un déficit d’attention relié très souvent à la dépendance envers les médias sociaux. À ce chapitre, si les dirigeants du monde l’éducation souhaitent remettre l’attractivité de la carrière d’enseignant à l’avant-plan, ils devront offrir aux étudiants aspirant à une carrière dans l’enseignement un climat propice à leur aspiration, à savoir communiquer des connaissances aux élèves.

vigile.quebec tribune libre 19 août 2024
Le Devoir 22 août 2024 
 

La p’tite saucette de Legault

19 août 2024

Il aura fallu six jours après le passage des restes de la tempête Debby dans plusieurs régions du Québec pour que François Legault se rende à Louiseville, l’un des sites dévastés, pour y constater les dégâts.

Or sa visite de quelques heures s’est limitée à rencontrer les maires des diverses municipalités environnantes et à tenir un point de presse pour justifier le délai entre l’inondation et sa visite par le fait qu’il suivait «d’heure en heure» les développements des dégâts.

Mais là où le bât blesse avec le plus d’acuité réside dans le fait que le premier ministre a complètement ignoré les sinistrés, arguant qu’il faisait confiance aux maires et qu’ils étaient en mesure de lui faire un «bon résumé de la situation» dans leur municipalité respective. Une attitude cavalière exempte de toute forme d’empathie envers les sinistrés indigne d’un premier ministre responsable.

vigile.quebec tribune libre 19 août 2024

Le bilinguisme institutionnel, une utopie?

16 août 2024

En 1969, la première Loi sur les langues officielles fédérale est adoptée et les langues française et anglaise y sont déclarées comme étant les deux langues officielles du Canada. De ce fait, le Canada est donc considéré légalement comme un pays bilingue.

Or nonobstant l’adoption de la Loi sur la langue officielle et commune du Québec, le français, adoptée le 1er juin 2022, de nos jours, les francophones constituent environ 23% de la population canadienne. Conséquemment, le bilinguisme canadien constitue-t-il une utopie? En termes clairs, est-il pertinent de croire que le français au Québec, noyé dans une mer anglophone, réussira à maintenir son statut de langue officielle dans un Canada bilingue?

Dans ce contexte, qu’en est-il du Québec? Pour bien illustrer l’assimilation du français au profit de l’anglais, selon Statistique Canada, le français comme langue maternelle à Montréal est passé de 66.5% en 2001, à 63.3% en 2011 puis à 59.9% en 2021, soit un recul de 6.6% en 20 ans. Aujourd’hui, même à Québec, il est difficile d’être accueilli en français, voire même de se faire servir en français dans un restaurant. Sur un autre plan, malgré les efforts timides du gouvernement pour accorder une visibilité accrue du français sur les enseignes des commerces, le phénomène persiste sans coup férir.

Or l’histoire nous prouve qu’un pays bilingue arrive inévitablement à adopter la langue dominante et à reléguer la langue seconde à une infime portion de population qui assiste contre vents et marées à l’assimilation de sa langue. De surcroît, les Québécois sont réputés pour être de «bonnes gens» qui cherchent continuellement à éviter les tensions et à jeter les gants devant leurs opposants.

En terminant, je cède la parole à Stephen Harper, un ex-premier ministre canadien bilingue, qui déclarait un jour… en anglais que “The Canada is not a bilingual country. In fact it is less bilingual today than it has ever been”. Plutôt révélateur, non?

vigile.quebec tribune libre 15 août 2024

 

 

Nécessaire collaboration entre les parents et l’école

14 août 2024

Lors de mon passage à titre de directeur d’école, je me souviens d’une rencontre avec la mère d’un élève qui avait été suspendu de l’école pour possession de drogue, un fait qui conduisait à l’expulsion de l’école selon les règlements. Or j’avais décidé de passer outre à ce règlement moyennant la collaboration de la mère, ce que je lui exprimai au début de notre conversation. Toutefois, contre toute attente, la mère me répondit qu’elle préférait tirer un joint avec son fils le samedi soir plutôt que le laisser boire de l’alcool avec ses amis et devenir alcoolique comme son père. Devant ce refus de collaborer de la part de la mère, je n’ai eu d’autre choix que d’expulser l’élève.

En revanche, à l’occasion d’une autre rencontre avec la mère d’un élève, celle-ci me confia que les ponts étaient coupés entre elle son fils et qu’elle était dépourvue devant cette situation délicate. Nonobstant les sentiments de vulnérabilité de la mère, je lui conseillai de garder contact avec son fils. Or quelques années plus tard, lors d’une rencontre fortuite dans le corridor avec la mère, elle m’interpela pour me confier que mon conseil avait porté fruit et que la relation avec son fils s’était nettement améliorée.

Aujourd’hui, dans notre monde où les médias sociaux ont envahi l’univers des jeunes, la communication entre les parents et leur (s) enfant (s) est souvent court-circuitée, entraînant un vacuum néfaste, voire pernicieux entre eux. Cette dépendance aux médias sociaux se répercutent souvent en classe par un comportement distrait. Dans un tel cas, une communication assidue entre les parents et l’enseignant devrait être engagée et contribuer à créer la communication entre les parents et leur enfant. En termes clairs, les parents constituent une courroie essentielle avec les intervenants de l’école pour le plus grand bien du jeune.

vigile.quebec tribune libre 13 août 2024
 

Les médias sociaux, gangrène du français

14 août 2024

Dans le cadre de la série «Les idées qui ont fait le Québec», on ne peut passer sous silence la déroute du français eu égard aux communications débridées des locuteurs au sein des médias sociaux.

Nonobstant les complications inhérentes reliées à l’écriture du français, leur utilisation pernicieuse dans le but de les simplifier conduit inévitablement à des abréviations dénuées de toute signification. À titre d’exemple, le mot «beaucoup» voit son orthographe se transformer en «bcp», une paresse intellectuelle dégradante, voire irrespectueuse de la langue.

Dans cette foulée, le français tire largement son origine du latin et, de ce fait, son étymologie traduit cette réalité dans l’orthographe du chiffre «sept» qui conserve son «p» latin de «septem» dans son orthographe français. Il en est ainsi aussi du mot «doigt» qui conserve le «g» de «digitus» latin. En ce sens, il est tout à fait inapproprié d’attribuer au français le qualificatif de «capricieux». Malheureusement, les utilisateurs des médias sociaux ont adopté les abréviations comme modes de références, causant de la sorte une dénaturalisation de la langue française et, par ricochet, un jargon victime de la démesure.

Pour se perpétuer, notre langue se doit de rester fidèle à ses origines latines, à défaut de quoi elle sombrera dans le barbarisme à outrance, et perdra tout le prestige qu’elle a gagné depuis des siècles au Québec jusqu’à sa déchéance la plus complète.

vigile.quebec tribune libre 13 août 2024
Le Devoir 14 août 2024

 

Le pourboire…obligatoire

8 août 2024

Quoique plus rare au Québec, le pourboire obligatoire existe déjà. Il devient alors taxable. Les restaurateurs calculent 15% du total avant taxes, ils ajoutent le pourboire à l'addition, puis ils calculent les taxes. Au bout du compte, le pourboire s'élève à près de 17%. Or, selon mes recherches sur Google, le pourboire représente une «somme d'argent remise, à titre de gratification, de récompense, par le client à un travailleur salarié».

Par ailleurs, une tendance antinomique à l’effet d’imposer un pourboire obligatoire semble gagner du terrain au Canada, confrontant le client à un état de fait devant lequel le pourboire fait figure d’une obligation non consentie.

À mon sens, l’octroi d’un pourboire à un employé est étroitement lié au bon vouloir du client et, en ce sens, il revêt un caractère frauduleux, voire illégal s’il est imposé arbitrairement. En réalité, le pourboire obligatoire brime de facto la liberté du client dans ses droits au libre choix.

vigile.quebec tribune libre 7 août 2024

La persévérance comme gage de succès

8 août 2024

Comme bien des enseignants au cours de leur carrière, il m’a été fréquemment donné l’occasion de rencontrer un jeune envisageant la possibilité d’abandonner l’école. Ainsi en est-il d’un élève de troisième secondaire qui, trente ans après notre rencontre, m’a fait parvenir ce courriel: «Un jour, vous aviez mis la main sur quelques jeunes qui me menaient la vie dure et vous les aviez convoqués à votre bureau. J'avais alors décidé de tout laisser tomber, je ne voulais plus aller à l'école. Par la suite, je fus convoqué à mon tour à votre bureau. Vous avez fermé la porte et dit en me regardant droit dans les yeux: "Alors on veut tout laisser tomber. Eh bien, je vois qu'on préfère les solutions faciles!" Ces paroles m'ont glacé le sang. Calmement, vous m'avez fait comprendre qu'il y avait de belles choses dans la vie mais qu'il fallait me faire confiance et foncer. Il y a des gens qui nous marquent dans la vie et vous faites certainement partie des miens. Trente ans plus tard, j'ai toujours en mémoire ce moment que vous aviez pris la peine de me consacrer…et il restera en moi pour encore bien des années!»

Ce type de rencontre est toujours d’actualité aujourd’hui dans les écoles secondaires où de jeunes adolescents sont harcelés et agressés psychologiquement jusqu’au jour où ils décident de quitter l’école. Le décrochage chez les ados constituent un phénomène croissant de nos jours. Et pourtant, il suffit souvent de quelques mots mettant de l’avant les bénéfices de la persévérance pour leur ouvrir toutes grandes les portes de l’émancipation personnelle malheureusement trop souvent refermées par des situations malsaines qui auraient pu être contrecarrées par une simple «petite tape dans le dos».

Les ados, sous leur façade de fanfarons, ont besoin d’être encouragés à ne jamais abandonner devant les écueils de la vie et, à ce chapitre, la persévérance doit leur être inculquée comme gage de succès.

vigile.quebec tribune libre 7 août 2024

Les olympiens, athlètes à plein temps

6 août 2024

J’ai suivi assidûment les reportages sur les Jeux olympiques sur le petit écran et j’ai été enthousiasmé par la détermination exemplaire à laquelle ils avaient dû être confrontés pour parvenir à représenter leur pays à Paris 2024. À titre d’exemple, la nageuse Summer McIntosh, détentrice de trois médailles d’or à 17 ans, affirmait lors d’une entrevue qu’elle devait passer quarante heures à la piscine chaque semaine pour perfectionner son art.

À mon point de vue, les athlètes olympiques incarnent des modèles de persévérance inspirants à tel point que le nom de Summer est sur toutes les lèvres dans le monde, notamment chez les jeunes qui ont décidé d’accentuer leur entraînement en natation.

Notre monde qui baigne dans une société où l’éphémère fait loi souffre d’un manque de modèles de persévérance. À ce chapitre, les médias sociaux abondent en expressions linguistiques alambiquées dans le but de réduire les messages au grand détriment de la langue. Dans cette foulée, les jeunes carriéristes empruntent le chemin le plus court pour parvenir à leur fin, excluant de la sorte tout effort axé sur la nécessaire persistance.

Dans cette optique, les athlètes olympiques nous donnent une véritable leçon de vie en plaçant la détermination au sommet de leurs priorités, et incitent notre jeunesse à persister dans cette voie où les défis font partie intrinsèque de la vie.

vigile.quebec tribune libre 5 août 2024
Le Soleil (version numérique) 6 août 2024
Le Devoir 8 août 2024 "La persévérance admirable des athlètes à plein temps"
 

Une main de fer dans un gant de velours

4 août 2024

Durant mes quelque trente ans dans le monde de l’éducation, il m’a été donné, à de nombreuses occasions, de constater à quel point la relation maître-élève jouait un rôle capital, notamment au sein du climat propice à l’apprentissage chez les élèves. L’enseignement est une profession qui exige beaucoup de tact qui se traduit par un heureux mariage de fermeté et de souplesse.

Pendant toutes ces années, j’ai pu voir se défiler une pléiade de nouveaux enseignants appelés à faire leurs armes auprès des élèves et parmi eux, un bon nombre avait choisi l’approche d’égal à égal avec leurs élèves, espérant ainsi privilégier leur relation. Or, force est de constater que cette approche nuisait considérablement au climat d’apprentissage, les élèves en étant arrivés à considérer leur professeur comme un bon ami, et son autorité étant durement mise à mal.

Dans cette foulée, les parents ont un rôle primordial à jouer, à savoir qu’ils doivent se situer dans le prolongement de l’école eu égard à la mise sur pied d’une ambiance familiale axée sur la fermeté et la souplesse. En ce sens, les parents, lors d’une sanction appliquée à leur enfant, se doivent d’appuyer l’enseignant à défaut de quoi ils contribueront à créer un climat néfaste à l’équilibre d’une saine maturité de leur enfant.

En résumé, le mythe de l’enfant-roi est inconciliable avec la vie en société jonchée d’écueils à surmonter pour parvenir à un sain mode de vie. Les élèves, sous leur apparence négative vis-à-vis l’autorité, ont fondamentalement besoin d’un adulte dont l’autorité est manifeste, une autorité basée sur le principe de la main de fer dans le gant de velours Et, en ce sens, l’établissement d’un cadre fonctionnel autant à l’école qu’à la maison est d’une importance capitale pour former les jeunes au plein épanouissement de leur personnalité.

Le Soleil (version numérique) 2 août 2024 
vigile.quebec tribune libre 6 août 2024
Le Devoir 12 août 224