Réforme du mode de scrutin

23 mai 2019

Tel que promis en campagne électorale, François Legault s’engage toujours à livrer une réforme du mode de scrutin qui prendrait la forme d’un scrutin proportionnel mixte pour les prochaines élections générales de 2022. La Coalition avenir Québec, avec le Parti québécois et Québec solidaire ont d'ailleurs promis d'adopter ce changement pour les prochaines élections.

Avec cette réforme, il y aurait 75 circonscriptions pour couvrir l'ensemble du territoire. Cependant, les 50 sièges restants serviraient à ajuster le résultat final. Par exemple, un parti qui aurait 10 % des votes, mais moins de 10 % des élus, se verrait attribuer des députés supplémentaires. Ainsi, la composition de l'Assemblée nationale serait davantage représentative de l'ensemble des votes des citoyens.

Si on appliquait un tel mode de scrutin aux élections d’octobre 2018, la Coalition avenir Québec aurait perdu le tiers de ses sièges et deviendrait minoritaire, soit 49 sièges au lieu de 74. Cela ne changerait quasiment rien pour le Parti libéral, soit 33 sièges au lieu de 32. Toutefois, la différence serait énorme pour Québec solidaire qui aurait plus que doublé ses troupes élues, 21 sièges au lieu de 10. Même chose pour le Parti québécois, 22 sièges au lieu de 9.

Par contre, en octobre 2018, la CAQ a su tirer attirer avantage du mode de scrutin actuel avec 59 % des sièges remportés, bien que le parti n'ait récolté que 37 % des votes… Autrement dit, une réforme qui risque de brouiller les cartes passablement sur l’échiquier politique québécois.

vigile.net tribune libre 20 mai 2019
Le Devoir 27 mai 2019
 

Dans le sillon de la Loi 101

23 mai 2019

À la suite des consultations menées dans le cadre de la commission parlementaire sur le projet de loi sur la laïcité de l’État québécois, il m’apparaît évident que des divisions profondes subsistent eu égard à certains éléments du projet de loi 21, notamment à l’interdiction du port de signes religieux pour certains employés de l’État en position d’autorité, dont les enseignants et les directeurs d’école, et à la liberté d’affectation et de recrutement du personnel des commissions scolaires anglophones.

Comme je n’ai pas l’expertise légale pour réagir adéquatement sur ces deux « irritants », je me permettrai d’utiliser les arguments évoqués par le constitutionnaliste Patrick Taillon, lequel soutient le projet de loi. À ses yeux, le seul fait que les opposants ne s’entendent pas sur une seule façon de le contester prouve à quel point il sera difficile à attaquer. « Le fait qu’il n’y ait pas une forte convergence des opposants vers le même motif de contestation, c’est déjà en soi un indice qu’on avance un peu à tâtons et qu’on essaie des choses », fait-il remarquer.

Enfin, le constitutionnaliste anticipe un scénario où, une fois la loi en vigueur, un équilibre s’installera « par la pratique » dans la société québécoise comme ce fut le cas pour la Charte de la langue française à une autre époque À cet effet, rappelons-nous qu’en 2005, la Cour suprême du Canada donnait raison au gouvernent du Québec dans un jugement portant sur la contestation de certains articles de la Charte de la langue française par des parents allophones et anglophones qui voulaient inscrire leurs enfants dans des écoles anglaises du Québec. Les parents invoquaient les Chartes québécoise et canadienne des droits et libertés pour contester la loi 101.

À cette époque, l’avocat Brent D. Tyler, ex-président de Quebec Alliance, plaidait pour rendre invalides les dispositions de la Charte qui obligent les enfants de parents allophones et francophones à envoyer leurs enfants à l’école française. Il était bien connu que M. Tyler et Quebec Alliance, organisme subventionné par le gouvernement du Canada, cherchaient depuis longtemps à invalider le plus d’articles possibles de la Loi 101 afin de la rendre inopérante pour protéger la langue française au Québec. Ils aspiraient à retourner au libre-choix tel qu’il existait avant l’adoption de la Loi 101, soit à l’époque où dominaient outrageusement l’assimilation et l’anglicisation au Québec des francophones.

vigile.net tribune libre 20 mai 2019
quebechebdo 23 mai 2019 (version abrégée)
 

#youknowme

21 mai 2019

C’est le mot-clic qu’a lancé l'animatrice américaine Busy Philipps sur les médias sociaux après avoir témoigné de l'avortement qu'elle a vécu à l'âge de 15 ans. Depuis lors, des langues se délient en réaction à l'adoption de lois anti-avortement dans plusieurs États américains. Des femmes du monde entier ont choisi de briser le silence en racontant leurs histoires d'avortement. Elles veulent libérer la parole, faire tomber les tabous, mais surtout en finir avec la honte.

Au Canada, il n’existe pas de loi sur l’avortement qui est décriminalisé, ce qui fait en sorte qu’on ne pourrait pas morceler le droit à l'avortement. Par contre, les liens entre les groupes pro-vie américains et canadiens sont indéniables. Par ailleurs, même si plusieurs politiciens canadiens, ouvertement contre l'avortement, comme Jason Kenney et Andrew Scheer, affirment n'avoir aucune intention de rouvrir ce débat au pays, leur position pourrait tout de même galvaniser les troupes pro-vie. Un glissement que redoutent certaines femmes qui ne peuvent que constater que les droits des femmes ne sont jamais complètement acquis.

À mon sens, les groupes pro-vie viennent contrecarrer des dizaines d’années de dures batailles pour le droit à l’avortement menées, notamment, par le Dr Henry Morgentaler grâce à qui l’avortement a été décriminalisé au Canada le 28 janvier 1988, suite au verdict de la Cour suprême du Canada qui a déclaré inconstitutionnelle l’ancienne section du Code criminel qui traitait d’avortement… Reculer maintenant balaierait sans vergogne le droit inaliénable des femmes à un avortement légal dans un pays qui a officialisé sa décriminalisation depuis plus de trente ans.

quebechebdo 21 mai 2019
 

Une question d’équilibre

21 mai 2019

Dans le cadre des consultations sur la réforme du droit de la famille, deux éléments font ressortir la détresse des pères, qui s’estiment défavorisés par le système de justice : la garde de l’enfant et la pension alimentaire.

Aux yeux de la ministre de la Justice, Sonia LeBel, «il y a une perception à l’effet que le système est biaisé, que la garde [de l’enfant] est peut-être, d’entrée de jeu, donnée aux femmes beaucoup plus souvent et, selon les témoignages, sans raison apparente», alléguant, entre autre argument, qu’il est peut-être nécessaire de ramener un équilibre en ce domaine en le considérant « du point de vue de l’enfant ».

En ce qui a trait à la question des pensions alimentaires, deux témoignages ont principalement retenu l’attention de la ministre. Premièrement, la nouvelle conjointe d’un père de trois enfants est venue raconter comment la mère a obtenu la garde complète – alors qu’elle était jusque-là partagée – après que la relation entre les parents se soit détériorée. Le tribunal a alors exigé du père qu’il paie une généreuse pension. «Si je n’étais pas avec lui présentement, il serait peut-être à la rue», estime la dame.

En second lieu, un père est venu dénoncer l’importante pension qu’il doit payer à son ex-conjointe, même si les enfants sont avec lui plus de la moitié de l’année. «Il y a encore, au Québec, des juges qui donnent beaucoup plus aux mères parce que ce sont des mères», a-t-il déclaré. Et il ajoute: «Depuis que je suis petit gars, on me dit d’être là pour mes enfants quand j’allais en avoir. C’est ce que j’ai fait, et aujourd’hui, ça joue contre moi ».

quebechebdo 21 mai 2019
 

Le Bloc québécois: perspective pour octobre 2019

20 mai 2019

Il est clair que pour un nationaliste voulant que le Québec rejoigne un jour le concert des nations, avec la défaite historique du Parti québécois aux dernières élections d'octobre 2018, il n'y a pas de quoi se réjouir. Le mouvement souverainiste, qui se divise entre péquistes et solidaires, et l'arrivée au pouvoir à Québec d'un parti politique se disant nationaliste, ne laissent également pas non plus beaucoup de place à l'optimisme de ceux et celles qui désirent que le Québec s'affranchisse du carcan canadien.

Par ailleurs, brillant analyste politique s'étant démarqué dans le paysage médiatique et homme de conviction ayant à cœur le Québec, le nouveau chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, est, à mon sens, l'homme de la situation pour que le Bloc puisse minimalement doubler son nombre de députés au Québec au scrutin d’octobre 2019. Je suis d’avis qu'avec le leadership d'Yves-François Blanchet, le Bloc peut estimer aller chercher au moins une vingtaine de comtés.

L'équation est simple : le PLC de Trudeau devrait connaitre une baisse dans le nombre de ses candidats élus puisqu'au cours des quatre dernières années, l'actualité nous a démontré que les députés et ministres venant du Québec avaient plus ou moins d’influence sur les décisions du gouvernement canadien. Rappelons aussi que Trudeau a aboli le poste de lieutenant du Québec au sein de sa formation.

En ce qui a trait aux conservateurs d'Andrew Sheer, même si ce parti politique a fait une percée dans Chicoutimi-Le Fjord avec l'élection de Richard Martel en jouant la carte du nationalisme québécois, il ne faut pas se fier à cette formation pour défendre les intérêts des Québécois, notamment en raison de sa volonté d'imposer l'oléoduc d’Énergie-Est au Québec, malgré qu'une majorité de Québécois n'en veuille pas.

Avec le Bloc à Ottawa, on peut ainsi s'assurer que les intérêts des Québécois seront toujours défendus et que le Québec ne sera jamais sacrifié au nom d'intérêts pancanadiens comme le PLC et le PCC nous y ont habitués par le passé.

Certes, le Bloc ne prendra jamais le pouvoir à Ottawa, mais on pourra toujours compter sur lui pour défendre la volonté de l'Assemblée nationale et du peuple québécois à la Chambre des communes. Tant que nous ne serons pas souverains, les Québécois seront toujours minoritaires au Canada, ce qui implique qu'ils passeront pratiquement toujours derrière le profit du ROC…

vigile.net tribune libre 19 mai 2019
 

Catherine Dorion, la vidéo de trop

19 mai 2019

C’est maintenant connu, la députée de Taschereau, Catherine Dorion, se plaît à susciter des réactions souvent « explosives ». Toutefois, dans la dernière vidéo qu’elle a diffusée eu égard au projet de tramway qui est source de tension entre Ottawa et Québec, elle s’attaque bassement à François Legault, l’accusant de chercher à nuire à Justin Trudeau pour favoriser l’élection de « ses petits amis conservateurs »…

Cependant, là où le bât blesse avec le plus d’acuité, ce sont les paroles de « basse-cour » et le ton familier déplacé qu’elle utilise pour s’adresser au premier ministre : « François Legault, c’est quoi la vraie raison pour laquelle tu bloques ça ? Arrête de dire que c’est de la faute d’Ottawa. C’est toi qui as la possibilité de prendre l’argent… Eille, c’est quoi l’esti de crisse de niaisage de marde ? »… Éloquent, n’est-ce pas?

Catherine Dorion, de toute évidence, ne semble pas avoir encore réalisé qu’elle est, en tant que députée, la représentante des citoyens de son comté. À cet effet, je suis porté à penser que ces propos pour le moins vulgaires ne doivent pas contribuer à susciter quelque sentiment positif de la part de ses commettants… Un peu de décorum et de respect, Mme Dorion, seraient fort appréciés de votre part! 

quebechebdo 19 mai 2019
vigile.net tribune libre 19 mai 2019

Legault pris à ses propres paroles

18 mai 2019

En campagne électorale, François Legault est revenu fréquemment sur l’idée qu’il souhaitait davantage d’emplois bien rémunérés au Québec. Eh bien, il faut croire que ses propos ne sont pas tombés dans l’oreille des sourds puisque la CSN, à la veille des négociations des conventions collectives dont l’échéance est prévue pour le 31 mars 2020, s’apprêterait à réclamer des augmentations de plus de 10 % la première année pour les fonctionnaires situés au bas de l'échelle salariale.

Même son de cloche du côté de la FTQ dont le président, Daniel Boyer, rappelle que, d’un côté, le gouvernement bénéficie d’importants surplus budgétaires, alors que les ressources manquent sur le terrain. « Oui, on a le premier ministre qui dit que des bonnes jobs à 30 $ de l’heure, c’est ça qu’il veut créer. Ben, il y en a plusieurs dans le public qui ne gagnent pas 30 $ de l’heure, donc on espère que les bottines vont suivre les babines dans la prochaine négociation. »

Les déclarations du premier ministre Legault sur les emplois payants ou sur le retard salarial de la fonction publique québécoise lors de la campagne électorale, combiné aux surplus budgétaires, placent les syndicats dans une position idéale… Reste à voir comment le premier ministre réagira à un tel argumentaire de la part des syndicats!

quebechebdo 18 mai 2019
vigile.net tribune libre 19 mai 2019

Projet de loi 21: Place aux débats!

17 mai 2019

Selon le dernier sondage rendu public le 8 mai 2019 par l’Institut Angus Reid, la majorité des Québécois (64%) continuaient d’appuyer le projet de loi 21 sur la laïcité du gouvernement Legault. Par ailleurs, les travaux de la Commission parlementaire sur le projet de loi sur la laïcité du Québec ont pris fin.

Si on se fie aux nombreuses interventions du ministre Simon Jolin-Barrette eu égard à l’interdiction des signes religieux ostentatoires par les employés de l’État exerçant un pouvoir d’autorité, y compris les enseignants le les directions d’écoles, il m’apparaît évident que le gouvernement caquiste n’a pas l’intention de faire de compromis substantiel à cet effet.

Parmi les témoignages entendus lors de la Commission, nul doute que ceux de Gérard Bouchard et de Guy Rocher serviront d’argumentaires aux députés pour appuyer leur position en faveur ou non du projet de loi 21.

Toutefois, en terme d’acceptabilité sociale, François Legault dispose, il faut bien l’avouer, d’une pierre d’assise confortable sur laquelle il peut appuyer ses intentions de faire adopter son projet de loi. La balle est maintenant entre les mains de élus de l’Assemblée nationale… Place aux débats!

quebechebdo 17 mai 2019
 

L’islam, victime de sa visibilité

16 mai 2019

Dans le cadre de l’émission 24/60 télédiffusée sur RDI le 14 mai, Anne-Marie Dussault rencontrait le sociologue Guy Rocher à la suite de son témoignage à la Commission parlementaire sur le projet de loi sur la laïcité de l’État québécois.

Nonobstant l’argumentaire fort étoffé du sociologue de 95 ans, je vous soumets deux éléments majeurs qui me paraissent apporter quelque lumière complémentaire eu égard à la défense du projet de loi 21. Tout d’abord, l’insistance de M. Rocher sur un terme qui avait été oublié depuis quelques semaines dans les propos des divers intervenants, à savoir l’interdiction des signes religieux « ostentatoires », le mot « ostentatoire » faisant bien sûr allusion à la visibilité, un concept qui s’applique « visiblement » aux femmes musulmanes.

En second lieu et dans la foulée de cette précision pertinente, Guy Rocher a abordé aussi le « principe de précaution » en lien avec le prosélytisme possible d’une enseignante portant, par exemple, le hidjab, et qui pourrait endoctriner certains élèves. À cet effet, le sociologue répond qu’il est « scientifiquement » impossible d’apporter des preuves d’endoctrinement ou non de certains élèves par l’enseignante en question, un argumentaire qui conduit M. Rocher à conclure que, «… dans l'état d'incertitude, il faut protéger contre les risques possibles… L'islam est une religion visible, c'est son choix, mais la société n'est pas obligée d'accepter cela. »

vigile.net tribune libre 15 mai 2019
quebecherbdo 16 mai 2019
 

Pour la survie du Marché du Vieux-Port

15 mai 2019

Cédé à la Ville de Québec par le gouvernement fédéral en 1987 pour un montant symbolique de 1 $ « aux seules fins de l’aménagement d’un marché public, d’un parc de détente et d’un jardin floral », le Marché du Vieux-Port s’apprêterait à vivre ses derniers moments puisque les travaux de démolition sont prévus pour la mi-juin.

Qu’à cela ne tienne, l’avocat François Marchand s’est adressé à la Cour supérieure pour contester la fermeture imminente et « illégale » du Marché du Vieux-Port. C’est ce que le spécialiste en droit municipal a fait savoir lundi matin lors d’un point de presse.  L’avocat pense également que la Municipalité contrevient à ses propres règlements selon lesquels la démolition d’un tel immeuble, situé dans l’arrondissement historique du Vieux-Québec, doit être d’abord avalisée par la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec.

Pour ma part, je ne peux qu’appuyer l’initiative de François Marchand principalement parce que l’emplacement du Marché dans le Vieux-Québec revêt un cachet sans pareil, à caractère convivial et qui réunit bon an mal an des milliers d’amateurs de produits du Québec, à quelques pieds d’une marina surplombée par un espace public où des visiteurs de partout déambulent sans autre but que de savourer quelques moments privilégiés de détente.

quebechebdo 15 mai 2019