Loi sur les mesures de guerre: des excuses, monsieur Trudeau!

31 octobre 2020

Le chef bloquiste Yves-François Blanchet a invité la Chambre des communes à sommer le gouvernement canadien de s’excuser d’avoir décrété cinquante ans plus tôt l’entrée en vigueur de la Loi sur les mesures de guerre, ce qui a permis à l’armée canadienne d’aider les autorités policières à arrêter 500 citoyens québécois, pour la plupart arbitrairement.

En réalité, la Loi sur les mesures de guerre lors de la crise d’octobre 1970 au Québec a été promulguée par le premier ministre du Canada Pierre Elliot Trudeau, Robert Bourassa et Jean Drapeau ayant demandé au fédéral l’aide de l’armée pour mater ce qu’ils appelaient une « insurrection appréhendée ». Conséquemment, il est erroné de dire, tel qu’exprimé par le conservateur québécois Gérard Deltell, que cette loi a été promulguée à la demande du gouvernement du Québec et qu’il revenait au Québec de présenter ces excuses.

En bref, je suis d’avis que le Just watch me lancé par Pierre Elliot Trudeau à un journaliste qui lui demandait comment il entrevoyait résoudre cette crise, dénote que le premier ministre canadien avait déjà en tête de ressortir des boules à mites cette vieille loi datant du 18 août 1914 dans l’intention de démanteler le mouvement souverainiste au Québec qui exécrait littéralement l’humeur de M. Trudeau. L’occasion était trop belle pour la laisser passer…

Dans ces circonstances, M. Trudeau fils, des milliers de Québécoises et de Québécois, notamment les proches des victimes, attendent des excuses, il en est de l’imputabilité du gouvernement fédéral dans toute cette saga aux allures d’un polar!

vigile.quebec tribune libre 30 ictobre 2020
quebechebdo 31 octobre 2020

Le 30 octobre 1995: Le choix

30 octobre 2020



Le soir du 31 octobre 1995, je suis rivé au petit écran comme 94 % des Québécoises et des Québécois qui se sont déplacés pour aller faire leur choix. Chez les souverainistes, les sondages sont bons. Jacques Parizeau et Lucien Bouchard sont optimistes. Ils ont tous deux pris connaissance des sondages de la veille, qui accordent possiblement 53% au camp du Oui. Tous les espoirs sont permis.

Oui, le 30 octobre 1995, le camp du Oui s’attend à gagner. Se pourrait-il qu’enfin, après une si interminable attente, le Québec devienne enfin lui-même, en rejoignant le club des nations souveraines? Une espèce de « maintenant ou jamais » flotte dans l’air du Québec. Les souverainistes le sentent et veulent frapper le grand coup. Le poids démographique et politique des francophones serait trop petit après coup pour faire la souveraineté compte tenu de l’accroissement des immigrants qui sont venus s’établir au Canada.

Les chiffres commencent à rentrer. Ceux des Iles de la Madeleine sont bons. À la télévision, on voit le camp du Oui exprimer un premier moment d’enthousiasme. Et la vague semble bien partie. Partout, les francophones votent comme on espérait qu’ils votent. Sauf à Québec. On commence à s’inquiéter du côté du camp du Oui. Finalement, la vague du Oui s’effondre à Montréal. Les anglophones et les allophones votent en bloc pour le Non et, si le résultat oscille pendant un bon moment entre le Oui et le Non, les souverainistes commencent à comprendre que l’exercice est peut-être raté.

Après de longues heures d’attente, le score final est annoncé: 49,4 % pour le Oui. 50,6% pour le Non soit à peu près 50 000 votes séparant les deux camps. Les chefs défilent à la tribune, Jacques Parizeau étant le dernier à s’exprimer. À ses yeux, la victoire du Non est une défaite amère dont les causes sont évidentes. Faisant fi de la rectitude politique, Jacques Parizeau dit les choses comme il les voit : « Le Oui a été battu par l’argent et des votes ethniques. »

Ce soir-là, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, Je n’arrivais pas à croire que le Oui l’ait échappé par une si faible différence… et, dans ma tête, raisonnait sans cesse les paroles de Monsieur!

quebechebdo 30 octobre 2020
vigile.quebec tribune libre 30 octobre 2020 "Le choix déchirant"

COVID-19: Les oppositions sont-elles muselées?

29 octobre 2020

Même si le bras de fer qui opposait une coalition formée de plus de 250 gymnases, centres de yoga, de danse, d’arts martiaux et de CrossFit au gouvernement s’est finalement terminé par un recul de la part de la coalition, des échos se sont rendus jusqu’à l’Assemblée nationale où l’opposition a bombardé le premier ministre de questions sur sa gestion de crise de la pandémie, notamment sur son manque de transparence et de cohérence.

D’un côté, la cheffe de l’opposition officielle Dominique Anglade allègue que la tentative avortée de « désobéissance civile » de la part des propriétaires de gyms découle d’un manque de transparence du gouvernement, de l’autre, la cheffe parlementaire de Québec solidaire Manon Massé invoque le manque de cohérence eu égard à l’éclosion dans l’usine d’Olymel de Vallée-Jonction qui ébranle la santé mentale des travailleurs qui ne peuvent récupérer devant des salles de spectacles fermées.

Face à ces critiques, et François Legault et la ministre de la Sécurité publique Geneviève Guilbault se sont montrés fermes dans leur position en refusant toute possibilité de remise en question sur quelque mesure que ce soit, ce qui a fait dire à Dominique Anglade et au chef parlementaire du PQ Pascal Bérubé qu’ils avaient l’impression d’être muselés par le gouvernement.

À mon avis, le simple fait de dire que le nombre de cas quotidiens de contaminations au coronavirus au Québec est encore trop élevé pour atténuer les règles régissant les mesures sanitaires n’est pas suffisant pour convaincre les oppositions parlementaires de même que les propriétaires des entreprise concernées par des fermetures.

Enfin, je suis d’avis qu’une position d’ouverture du gouvernement aux questions de transparence et de cohérence de la part des oppositions contribuerait à faire avancer le débat et surtout à permettre à la démocratie de jouer son rôle de respect envers chacun des parlementaires en leur permettant le droit légitime de poser des questions.

quebechebdo 29 octobre 2020
vigile.quebec tribune libre 29 octobre 2020

Décès de Jacques Godin

28 octobre 2020

Celui qui a incarné magistralement Nellie, personnage au cœur d’enfant dans un corps de titan, colosse innocent aux mains maladroites, dans le téléfilm Des souris et des hommes adapté de l’œuvre de John Steinbeck, le comédien Jacques Godin, est parti à l’âge de 90 ans, laissant derrière lui une performance exceptionnelle qui aura marqué l’imaginaire collectif des cinéphiles.

Jacques Godin était un comédien qui, comme Nellie, possédait une forte charpente habitée par une douce tendresse, un amalgame qui lui permettait de transporter les spectateurs dans les méandres de toute la gamme des émotions, allant du rire aux larmes, de l’amour à la haine.

Que ce soit au théâtre, au cinéma ou au petit écran, Jacques Godin était doué d’un talent rarissime grâce auquel le spectateur faisait corps avec son personnage et vibrait intensément aux situations qu’il vivait, là où la fiction devient la réalité.  

Adieu Nellie, espérons que là-haut tu pourras réaliser ton rêve de t'occuper des lapins et de la future maison que tu auras avec George, ton fidèle ami…

quebechebdo 28 octobre 2020
vigile.quebec tribune libre 29 octobre 2020
Le Soleil 31 octobre 2020 "Lennie est parti"

Le gouvernement doit justifier ses mesures sanitaires

27 octobre 2020

Le bras-de-fer qui oppose actuellement une coalition formée de plus de 250 gymnases, centres de yoga, de danse, d’arts martiaux et de CrossFit au gouvernement incarne, selon moi, le résultat de mesures sanitaires coercitives pour lesquelles les propriétaires ne voient pas la nécessité eu égard à l’entreprise qu’ils gèrent.

À cet effet, plus la période d’arrêt des activités de ces centres se prolongera, plus il deviendra essentiel que le gouvernement justifie auprès des propriétaires et des utilisateurs les motifs inhérents à la prolongation de l’application des mesures sanitaires mises en place.

À mon avis, le simple fait de dire que le nombre de cas quotidiens de contaminations au coronavirus au Québec est encore trop élevé pour atténuer les règles régissant les mesures sanitaires n’est pas suffisant pour convaincre ces propriétaires qui, de leur côté, sont convaincus que leurs centres répondent aux normes de sécurité sanitaires exigées par le gouvernement.

De surcroît, je crois que le gouvernement se doit de se montrer sensible à un des arguments de ces propriétaires, à savoir le bien-être physique et psychologique que procurent à leur clientèle ces séances d’entrainement, et par ricochet, les effets négatifs d’en être privée.

Enfin, je suis d’avis que le dialogue entre les parties est encore le meilleur moyen d’en venir à une entente… pour autant que les deux parties se plient à cet exercice de bonne foi et s’entendent sur un modus vivendi acceptable pour tous.

quebechebdo 27 octobre 2020
vigile.quebec tribune libre 1 novembre 2020

Anglicisation de Montréal

26 octobre 2020

Plus de 40 ans après l’adoption de la Charte de la langue française, selon certaines projections fiables, sur l’île de Montréal, dans quelques années, le nombre de places dans les cégeps anglophones devrait dépasser le nombre de places dans les cégeps francophones et pire encore, dans vingt ans, le postsecondaire, universités incluses, toujours à Montréal, sera majoritairement anglophone.

C’est notamment en finançant à haut prix les institutions d’enseignement supérieur anglophones, particulièrement à Montréal où le déclin du français périclite dramatiquement, que les gouvernements antérieurs, libéraux comme péquistes, ont facilité l’effacement graduel du français.

À titre d’exemples récents, on a appris que le gouvernement caquiste de François Legault soutiendra l’agrandissement du collège Dawson comme projet prioritaire pour un montant de 50 millions $, dans le cadre du projet de loi 66. Et comme si ce n’était pas suffisant, le Premier ministre autorise le don du site de l’ancien hôpital du Royal Victoria à l’Université McGill, qui souhaite depuis longtemps y construire un nouveau complexe scientifique, un cadeau qui dépasse le demi-milliard $. Disons que, pour ce qui est du nationalisme dont se targue François Legault depuis le début de son mandat, on repassera!

Conséquemment, on est en droit de souhaiter ardemment que la réforme de la Loi 101 annoncée en grandes pompes par le ministre responsable de la langue française Simon Jolin-Barrette aura pour effet de stopper cette anglicisation dramatique de Montréal qui risque de se propager davantage si rien n’est fait pour la freiner de toute urgence.

vigile.quebec tribune libre le 21 octobre 2020

Et si Jagmeet Singh avait raison…

26 octobre 2020

Pour une deuxième fois en quelques semaines, le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, empêche la tenue d’élections générales anticipées au Canada en prenant la décision de voter contre la motion conservatrice réclamant la création d’un comité parlementaire spécial sur l’affaire UNIS, alléguant que son parti refusait de servir aux libéraux le prétexte qui leur permettrait de déclencher des élections.

De son côté, le premier ministre Justin Trudeau nie catégoriquement que son parti avait quelque intention de déclencher des élections en pleine deuxième vague de la COVID-19, tout en accusant les Conservateurs de présenter « une motion « assez toxique qui démontre qu’ils n’ont aucune confiance dans ce gouvernement. »

Or, de l’avis de Jagmeet Singh, les libéraux de Justin Trudeau, forts de l’appui de la population sur leur gestion de crise liée au coronavirus, voudraient bien profiter de cette conjoncture qui leur est favorable pour se défaire, grâce à un éventuel gouvernement majoritaire, de ce carcan qui les oblige continuellement à bénéficier de l'appui d'un nombre suffisant de députés de l’opposition pour se maintenir au pouvoir.

À mes yeux, l’interprétation pour le moins improbable que tire Justin Trudeau de convertir la motion des Conservateurs en un vote de méfiaance envers son gouvernement laisse sous-entendre que le premier ministre planifiait la tenue d’élections anticipées compte tenu de l’alignement des astres favorable à son endroit.

vigile.quebec tribune libre 21 octobre 2020

Lettre ouverte aux enseignants

26 octobre 2020

Pénurie, décrochage, tâches démesurément lourdes, manque de ressources auxiliaires … La profession d’enseignant, par les temps qui courent, est bien malmenée. Aussi ai-je cru opportun d’apporter ma modeste contribution à la revalorisation de la profession d’enseignant en tant qu’ex-enseignant qui n’oubliera jamais la joie de vivre de ses anciens élèves.  

Tout au cours de ma carrière de 32 ans dans le monde de l’éducation, dont 23 dans l’enseignement, j’ai toujours répondu que j’exerçais le plus beau métier du monde quand les gens me demandaient ce que je faisais dans la vie. « Pourquoi? », me demandaient certains. « Tout simplement parce que je suis continuellement en contact avec des jeunes ». En vérité, elle est là tout d’abord la richesse de la profession d’enseignant, la relation constante avec celles et ceux qui incarnent l’avenir de notre société. N’est-ce pas là un privilège extraordinaire?

Par surcroît, j’enseignais le français au secondaire, une discipline qui me permettait de m’éloigner du strict contenu du programme pour entamer des conversations avec les élèves sur différents sujets qu’ils me proposaient, un exercice de communication orale enrichissant autant pour les élèves que pour moi qui m’amenait à mieux connaître les jeunes ados que j’avais devant moi.

Bien sûr, je devais établir avec eux des règles de conduite en début d’année tout en leur expliquant le pourquoi de ces règles, notamment le respect de l’autre. J’ai aussi appris, avec les années d’expérience, qu’il fallait permettre à l’élève le droit à la première faute sans appliquer de facto la conséquence prévue pour tel manquement. En bref, j’avais une main de fer dans un gant de velours, la meilleure attitude à prendre, selon moi, avec des adolescents.

Lorsque j’entrais en classe, je me sentais bien comme un poisson dans l’eau. J’aimais l’atmosphère rafraichissante qui régnait dans le local. Mais par-dessus tout, j’aimais mes élèves et ils me le rendaient bien. À cet effet, j’aimerais vous rapporter un court extrait d’une conversation que j’ai eue avec un jeune handicapé gravement atteint du cancer lors de mon passage comme bénévole auprès des enfants malades :
Louis me regarde …
-Ça ne va pas?
Il me fixe profondément…
-Tu as mal?
Il devient triste.
-Je puis faire quelque chose?
Il me fait signe d’approcher.
-Dans trois mois, je ne serai plus!…En attendant, aime-moi!

Aujourd’hui, ma fille aînée, Catherine, est enseignante au primaire depuis une vingtaine d’années. Inutile de vous dire que nos conversations tournent souvent autour de sa relation avec ses élèves de cinquième année. Toutefois, j’ai découvert d’abord et avant avec les années, à quel point la réussite de ses élèves lui tient à cœur et toute l’énergie qu’elle déploie pour inventer de nouvelles approches pédagogiques pour leur faciliter la tâche. J’ai découvert aussi tout le professionnalisme qu’elle consacre à la préparation de ses cours et aux nombreuses rencontres avec les enseignants du même degré pour ajuster leur programme.

Par ailleurs, c’est certain, les temps ont changé. Les jeunes, notamment ceux du primaire, sont davantage ouverts au monde grâce aux nouvelles technologies de l’information. La démarche pédagogique de l’enseignant doit s’adapter aux temps modernes. Cependant, il y a quelque chose qui n’a pas changé et ma fille est en complet accord avec moi : enseignant, c’est encore le plus beau métier du monde!

vigile.quebec tribune libre 21 octobre 2020
quebechebdo 26 octobre 2020

Réflexions d’un aîné en contexte de pandémie

25 octobre 2020

J’ai 73 ans, relativement en bonne santé, retraité de l’enseignement, marié et père de deux grandes filles et grand-père d’une petite-fille. Considérant mon âge « vénérable », je fais donc partie des personnes dites « vulnérables » de la société au coronavirus.

Depuis le début de la pandémie, soit depuis la mi-mars, nous, les personnes âgées de plus de 70 ans, avons immédiatement été placées « sous haute surveillance », Des mesures strictes nous ont été imposées comme si l’État avait pris sur lui de nous « protéger » contre le virus. « Évitez les sorties qui ne sont pas nécessaires… Restez à la maison… Ne vous approchez pas de vos enfants et petits-enfants à moins de deux mètres… »

Puis, petit à petit, la vague de décès s’est mise à déferler sur le Québec, particulièrement dans les résidences pour personnes âgées. Plus le temps passait, plus le premier ministre Legault montrait des signes d’inquiétude eu égard au nombre de décès impliquant des personnes âgées. Les premières données statistiques révélaient que les personnes âgées de plus de 70 ans représentaient la majorité des cas de décès des suites de la COVID-19.

Ces chiffres, abondamment diffusés dans les médias, ont contribué, selon moi, à une forme de stigmatisation des aînés, qui déjà, selon les recherches, sont généralement associés à la fin de la vie, au déclin, à la fragilité et à la vulnérabilité. À mon sens, l’insistance sur un discours orienté sur l’âge est devenue une source d’inquiétude au fur et à mesure que la crise prenait de l’ampleur, notamment sur la valeur que l’on accorde à la vie des aînés et sur la solidarité intergénérationnelle qui, en passant, semble beaucoup moins présente lorsque nous sommes sur la ligne de front. À preuve le fait que la couverture médiatique de la pandémie a beaucoup porté sur les quelques rares victimes du virus relativement jeunes, racontant leur histoire, leur vie, alors que les aînés victimes de la COVID-19, sont présentées de façon impersonnelle et anonyme, avouons-le, comme de simples statistiques.

Tirer des leçons de la pandémie
À mon avis, une couverture plus personnalisée des victimes âgées atteintes par le virus, et surtout de celles qui y survivent, enverrait un formidable message d’espoir et de valorisation de la place et du rôle des aînés dans notre société québécoise. En réalité, la pandémie pourrait nous permettre de développer des politiques publiques qui favorisent davantage notre inclusion sociale et combattent une forme d’âgisme humiliant.

Enfin, je suis d’avis qu’il faut nous procurer un espace pour nous manifester, pour nous faire entendre avant, pendant et après une situation de crise… Or ironiquement, si nous sommes les victimes les plus nombreuses de la COVID-19, nous sommes aussi, malheureusement, les plus absents de la sphère médiatique.

quebechebdo 25 octobre 2020
vigile.quebec tribune libre 26 octobre 2020

Racisme envers les Autochtones: s’excuser ne suffit plus

24 octobre 2020

Il est un fait indéniable, le premier ministre François Legault éprouve des réactions quasi épidermiques à associer le mot « systémique » au terme « racisme ». Toutefois, là où le bât blesse avec le plus d’acuité, c’est que cette opinion du premier ministre émerge inopportunément sur la scène politique et dans les divers médias en accaparant l’avant-scène du débat sur le racisme envers les Autochtones.     

Et, pendant cette guéguerre de mots complètement oiseuse, une mère Atikamekw de 7 enfants, Joyce Echaquan, est morte dans un hôpital de Joliette dans des circonstances troubles, au vu et au su de millions de personnes qui ont pu assister à la scène injurieuse de la part d’infirmières envers Mme Echaquan via la caméra personnelle de la victime.

Et pendant ce temps, un rapport de l’observatrice indépendante nommée par Québec, Me Fannie Lafontaine, fait état de quelque 200 dossiers d’enquêtes criminelles qui ont été ouverts en cinq ans au Québec à la suite d’allégations d’Autochtones à l’endroit de policiers ayant utilisé la violence sans coup férir contre eux.

Et pendant ce temps, un autre rapport, celui de la Commission Viens, qui contient quelque 141 mesures concrètes à mettre en œuvre pour transformer les services de santé et les services sociaux, mais aussi protéger la jeunesse, réformer les services de police et de justice autant que les services correctionnels en plus de proposer des mécanismes de suivi rigoureux pour que les droits des Autochtones soient enfin respectés, dort sur les tablettes d’un placard depuis un an en attendant que le caucus du gouvernement en prenne tout au moins connaissance.

Mais quel est le cœur du problème? À mon avis, il est ancré profondément dans les comportements et les attitudes racistes inacceptables qui perdurent telle une gangrène incurable qui ne fait que proliférer au sein des corps de police et qui sèment des ravages psychologiques et physiques odieux auprès des communautés autochtones, particulièrement chez les femmes. 

Devant ce triste constat, s’excuser ne suffit plus face aux plaies qui demeurent vives malgré les excuses. Il est plus que temps de tirer le rideau sur le mot qui commence par la lettre « s » et de faire toute la place à des actes concrets dans les meilleurs délais afin qu’enfin les Autochtones soient considérés comme des êtres humains à part entière dans ce Québec que l’on qualifie de l’adjectif « inclusif »… à moins que ce ne soit qu’un « mot » qui voile depuis des lunes une discrimination retorse envers les peuples autochtones de la part des services publics, notamment des forces policières! 

quebechebdo 24 octobre 2020
vigile.quebec tribune libre 25 octobre 2020