Amir Khadir, le dérangeur

5 mai 2018

Nonobstant le fait que je n’ai jamais été un militant de Québec solidaire (QS), il me faut reconnaître que le départ d’Amir Khadir de la vie politique laissera un grand vide à l’Assemblée nationale du Québec, notamment pour ses ripostes directes qui avaient souvent l’heur d’alimenter de façon constructive les débats parlementaires.

Devant un petit groupe de partisans de QS, le politicien de 56 ans n’a rien perdu de sa verve habituelle en réitérant la volonté de Québec solidaire de faire en sorte «que l'économie soit au service de tout le monde et pas seulement des gros bonnets de la finance et de l'industrie», et en dénonçant vertement les mécanismes du capitalisme, «les lobbys d'affaires, l'argent trop proche du pouvoir, la politique inféodée au pouvoir de l'argent». Dans ces conditions, l'objectif demeure de «changer ce système corrompu qui détruit la nature et fabrique des inégalités», lance Amir Khadir.

Toutefois, au-delà de toute connotation partisane, je retiendrai d’Amir Khadir sa constance inébranlable dans ses convictions sociales-démocrates pour lesquelles il a toujours porté bien haut le flambeau au risque de déranger à de multiples occasions les tenants du néo-libéralisme.

quebechebdo 5 mai 2018
Le Devoir 12 mai 2018
vigile.net tribune libre 14 mai 2018 (version modifiée)
 

Le salut dans la fuite

2 mai 2018

Les sept députés démissionnaires qui ont claqué la porte du Bloc québécois le 28 février, alléguant être incapables de travailler avec la chef du parti, Martine Ouellet, lui reprochant son intransigeance, franchissent un autre pas en coupant définitivement les ponts avec le Bloc dans le but éventuel de fonder un nouveau parti politique.

Or, dans toute cette saga qui oppose Martine Ouellet au Groupe parlementaire québécois à la Chambre des communes, je demeure inconfortable sur le fait qu’une des raisons principales qui opposent les deux parties réside dans le fait que, d’une part, la chef du Bloc veut profiter de toutes les tribunes pour parler des avantages de l’indépendance du Québec, et que d’autre part, les députés démissionnaires désirent protéger les intérêts des Québécois. En quoi ces deux stratégies sont-elles contradictoires? À mes yeux, elles sont davantage complémentaires et apparaissent toutes les deux en priorité dans les statuts du Bloc québécois.

En conséquence, pourquoi les « opposants » ne s’assoient-ils pas à la table avec la chef désignée pour convenir d’une stratégie commune permettant aux deux parties de tirer avantage de leur union, plutôt que d’agir comme des enfants gâtés qui tentent d’obtenir leur salut dans la fuite? D’ailleurs, les Québécois ont-ils vraiment besoin d’un deuxième parti indépendantiste à Ottawa?

En bref, messieurs les démissionnaires, agissez en adultes responsables et cessez de vous cantonner dans un groupuscule parallèle qui ne réussira qu'à semer la zizanie au sein des forces souverainistes sur la colline parlementaire fédérale…pour la plus grande joie des partis fédéralistes!

vigile.net tribune libre 2 mai 2018
 

Le putsch avorté

30 avril 2018

Le putsch appréhendé contre la chef du Bloc québécois, Martine Ouellet, lors du conseil général du parti, n’aura finalement pas eu lieu. Le référendum souhaité par la chef reste intact de même que la date du vote de confiance à son endroit reste inchangée, à savoir les 1er et 2 juin prochains.

C’est sans retenue et avec fermeté que Martine Ouellet a blâmé sévèrement les sept démissionnaires de février dernier : « Il y a sept personnes en rupture avec la démocratie interne qui ont décidé qu’on se retrouve aujourd’hui à discuter de ce qu’on appelle la « crise » au Bloc québécois. […] Ces sept démissionnaires-là, ils nous ont fait tomber [dans les sondages]. Ils nous ont fait mettre du temps sur de la régie interne plutôt que de mettre du temps à faire avancer et à faire rayonner le Bloc québécois. […] Voyons au-delà de nos différends. Soyons au-dessus des luttes de pouvoir. Car l’objectif qui nous réunit est beaucoup plus important que nos égos personnels ».

À mes yeux, le « gros bon sens » a fait pencher la balance du côté de Martine Ouellet, la chef élue démocratiquement lors du dernier congrès à la chefferie du Bloc. On aura beau lui reprocher son caractère bouillant, force est pourtant de constater qu’il est tout à fait utopique de lui reprocher de porter bien haut en étendard l’accession du Québec à son statut de pays, une mission inscrite en priorité dans les statuts du parti.

J’espère que maintenant les partisans anti Ouellet mettront de côté leur « égo personnel » et contribueront à « faire rayonner le Bloc québécois » en demeurant « au-dessus des luttes de pouvoir »… tout au moins jusqu’au début juin!

vigile.net tribune libre 30 avril 2018
 

Comprendre plutôt qu’apprendre

29 avril 2018

J’étais en quatrième année de mes études primaires. J’avais à peine dix ans! Cette journée-là, notre professeur, un très grand monsieur, surmonté d’une toute petite tête, nous avait initiés à la proposition subordonnée. Aussitôt arrivé à la maison, emballé par mes nouvelles connaissances, je fis part à ma mère que nous avions appris, dans la journée, la notion de proposition subordonnée. Spontanément, elle me demanda alors en quoi consistait cette nouvelle notion. Bouche bée, je ne sus quoi répondre.

Avec les années, je continuai d’apprendre une foule de notions nouvelles, telles les «sinus» et les «cosinus», les «syllogismes», les «axiomes» et, la plupart du temps, je n’aurais su les définir. Je compris, avec le temps, que l’école m’avait «appris» une multitude de concepts mais que l’élève que j’étais n’avait pas «compris» grand chose de ces concepts. Mes enseignants et enseignantes avaient appris ainsi et c’est comme ça qu’on leur avait appris à enseigner à leurs élèves.

Beaucoup plus tard, lorsqu’à mon tour, je devins enseignant, je fus placé devant le même dilemme. Puis, l’expérience aidant, je me suis mis à réfléchir sur ces concepts et à les enseigner à mes élèves dans un esprit de «compréhension». C’est ainsi que la «subordonnée» devint une phrase dépendante, au même titre que mes élèves l’étaient, soit dépendants de leurs parents, tout au moins financièrement. Dès lors, je vis peu à peu des yeux s’agrandir et je sentis des oreilles plus attentives parce que les élèves se mirent à «comprendre» les concepts dont je leur parlais.

quebechebdo 29 avril 2018

Le temps des amours

28 avril 2018

Je ne saurais dire si c’est l’effet vivifiant du printemps qui a envahi les dirigeants de la Corée du Nord et de la Corée du Sud, et les présidents des États-Unis et de la France, mais nous avons assisté récemment à des élucubrations dignes du temps des amours.

De voir Kim Jong-un et Moon Jae-in se faire l’accolade, et Donald J. Trump et Emmanuel Macron se faire la bise, j’avais la nette impression d’assister au retour de l’enfant prodigue, tellement des « retrouvailles » émanait une joie quasi contagieuse.

Or, maintenant que le monde a assisté à ces scènes débordantes d’effluves sentimentales, il faudra porter un œil attentif à la suite des événements lorsque les « couples » se retrouveront chacun dans leurs officines voilées du pouvoir.

Sans vouloir jeter de discrédit sur le spectacle presque « émouvant » de ces rencontres au sommet, le temps n’est pas si loin où la dure réalité de la joute politique reprendra ses hostilités laissées derrière pour donner tout l’espace public au temps des sérénades le temps d’un moment.

Je serais surpris que le mégalomane Kim Jong-un et l’imprévisible Donald Trump ne nous réservent pas des surprises désagréables lorsqu’ils réintégreront leur quartier respectif. Enfin, on peut toujours rêver à l’inaccessible étoile…qui sait?

quebechebdo 28 avril 2018
Le Journal de Québec 30 avril 2018
 

Françoise David, l’indépendantiste?

25 avril 2018

Dans un billet datant du 22 avril publié dans La Presse sous le titre Pourquoi écrire?, Françoise David nous informe que, jusqu’à l’automne prochain, elle contribuera à la section Débats du quotidien. Elle nous annonce ainsi « ses couleurs » : « Je suis et demeurerai une femme de gauche, écologiste, féministe et indépendantiste. Oui, tout ça ! »

Et, de poursuivre Mme David : « J’ai donc envie que nous réfléchissions ensemble aux meilleurs moyens de faire avancer le Québec ou, bien mieux, d’avancer toutes et tous ensemble. Vers quoi ? Vers un Québec fondé sur le bien commun, la solidarité sociale, une économie verte, un vivre-ensemble qui s’appuie sur des valeurs partagées et sur une langue officielle, le français, tout en accueillant les différences qui nous enrichissent mutuellement. Et, bien sûr, vers une société où les femmes occupent réellement et partout la moitié de la glace ! »

Or, dans ses moyens de « faire avancer le Québec », Françoise David qui se décrit, entre autres, comme une « indépendantiste », ne fait nullement allusion à la souveraineté du Québec… Curieux, non?

À mes yeux, l’ex-porte-parole de Québec solidaire demeure et demeurera toujours une sociale-démocrate eu égard à ses convictions profondes, une position qui peut très bien s’accommoder du fédéralisme canadien tout en atteignant ses objectifs.

« Je suis ferme sur les principes et souple dans leur application », clame Mme David. Eh bien, j’apprécierais fortement qu’elle appuie davantage sur les « principes » qui sous-tendent ses « convictions » sur les bienfaits de l’indépendance du Québec pour gagner un peu de crédibilité à ce sujet…Pour l’instant, c’est le vide complet!

vigile.net tribune libre 23 avril 2018
 

Couillard protège ses arrières

25 avril 2018

Lors d’un discours d’une trentaine de minutes devant environ 300 membres de la communauté anglophone réunis au collège Dawson, le premier ministre Philippe Couillard y est allé d’une charge à fond de train contre le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault, attaquant diverses orientations de la CAQ, notamment sa position sur les signes religieux et l’abolition des commissions scolaires, deux débats chers aux anglophones.

À mon sens, les derniers sondages qui placent la CAQ en avance dans les intentions de vote des Québécois ont contribué à ressortir l’artillerie lourde chez les libéraux qui ont senti l’urgence de protéger leurs arrières eu égard aux anglophones, notamment de l’île de Montréal, une clientèle traditionnellement libérale dont une partie commencerait à zieuter du côté de la CAQ…

Pour l’occasion, plusieurs membres de son conseil des ministres étaient présents, dont le ministre des Finances, Carlos Leitão, et la ministre responsable des Relations avec les Québécois d’expression anglophone, Kathleen Weil, le PM profitant de la situation pour louer sa décision de créer le Secrétariat aux relations avec les Québécois d’expression anglaise.

À partir du moment où un premier ministre libéral sent le besoin de réchauffer l’ardeur de ses troupes anglophones, une clientèle habituellement « vendue » d’avance au PLQ, force est de constater que Philippe Couillard commence à sentir la soupe chaude même dans son fief anglophone.

Le Devoir 25 avril 2018 "Couillard se protège"
vigile.net tribune libre 26 avril 2018
 

« J’aurais don dû! »

24 avril 2018

Les circonstances atroces qui ont entouré le meurtre de la petite Rosalie Gagnon¸ âgée de 2 ans, sonnent l’éveil, à mes yeux, de la responsabilité sociale qui incombe aux témoins de violence conjugale impliquant des enfants impuissants devant le drame qui se joue devant eux et qui peut se retourner contre eux.

Nonobstant le fait que nous ne pouvons changer ce qui s’est passé avant le décès de Rosalie, et sans imputer de sentiment de culpabilisation à ceux qui ont témoigné avoir entendu des cris hostiles envers la petite fille avant son assassinat, force est de constater qu’un simple appel au 911 aurait pu peut-être changer le destin de Rosalie…

Quoi qu’il en soit, je crois que les regrets portent les fruits d’un éveil de la société sur ces drames qui nous ramènent inéluctablement à la responsabilisation qui nous incombe en tant que membres d’une société solidaire, particulièrement dans des circonstances aussi tragiques que la mort horrible de la petite Rosalie. En agissant de la sorte, peut-être entendrons-nous moins souvent la phrase lapidaire « J’aurais don dû »…pour le plus grand bien de d’autres petites Rosalie!

Le Journal de Québec 24 avril 2018

Le bien commun

23 avril 2018

L’arrivée de Youri Chassin, un fédéraliste notoire de droite se proclamant « progressiste », comme candidat de la Coalition avenir Québec (CAQ) aux prochaines élections provinciales, suscite des réactions pour le moins acerbes dans divers médias, notamment sur le fait que « l’idée qu’il puisse exister un “bien commun” sonne l’alarme » selon ses propres termes.

Selon Wikipédia, « dans le langage courant, le vocable « bien commun » est employé dans le sens de celui d'intérêt général, tel que défini par Rousseau, c'est-à-dire l'intérêt partagé par la communauté, en tant que ses membres dépendent les uns des autres (et non pas la somme des intérêts particuliers) : c'est le bien de tous de façon indivisible, qui peut impliquer de passer outre l'intérêt particulier d'un individu et d'un groupe pour servir le plus grand nombre ».

Bien que la notion de « bien commun » puisse varier sensiblement dans son contenu, rares sont ceux qui nient son existence. En fait, les candidats à l’investiture d’un parti ne se présentent-t-ils pas en politique entre autres pour servir le bien commun, à savoir les intérêts de leurs commettants, soit les citoyens de leur comté?

Par ailleurs, une autre déclaration pour le moins contradictoire de M. Chassin réside dans le fait qu’il se déclare « progressiste ». Or depuis quand un homme de droite peut-il revêtir le chapeau de progressiste?
En réalité, Youri Chassin donne l’impression qu’il peut se permettre certaines contorsions sémantiques à cause de la notoriété dont il dispose, espérant ainsi s’attirer une clientèle diversifiée qu’il aura réussi à attirer dans son giron en utilisant le masque du caméléon.

En bref, l’arrivée de Youri Chassin dans les rangs de la CAQ ne fait qu’ajouter davantage de confusion dans les orientations du parti de François Legault, un parti amalgamé de toutes sortes de personnalités dont les positions sur les dossiers « chauds » empruntent sans cesse des méandres alambiqués. 

vigile.net tribune libre 22 avril 2018

Macron à la rescousse de Trudeau

17 avril 2018

Après le désastre qu’a connu en Inde le premier ministre Justin Trudeau, les difficultés au sommet de l’ASEAN avec les négociations entourant le Partenariat Transpacifique, et en Chine, notre Pee-Wee national s’apprête à entamer une visite à Paris dans l’intention, selon Lawrence Cannon, ex-ambassadeur du Canada en France, de rétablir une crédibilité pour le moins ébranlée, ce dernier précisant qu’ « on ne verra pas le premier ministre avec un béret et une baguette sous le bras ».

La preuve que ce voyage dans l’Hexagone revêt un caractère sérieux, c’est la première fois qu’un chef de gouvernement canadien prendra la parole devant l’Assemblée nationale, un geste que s’est toujours refusé de faire son père du temps où il était PM du Canada.

Or, c’est un secret de polichinelle que Macron et Trudeau ont des atomes crochus, notamment aux chapitres de la lutte contre les changements climatiques, le commerce dit   progressiste et les droits de la personne. De plus, rares sont les dirigeants européens qui, tels Macron et Trudeau, véhiculent comme valeurs une immigration ouverte au multiculturalisme débridé.

Pour toutes ces raisons, il n’est pas surprenant d’assister à l’émergence de rencontres France-Canada, un nouveau paradigme eu égard aux nombreuses rencontres France-Québec qui se sont tenues au cours des dernières décennies. Autres temps, autres mœurs!

À mon sens, la face identitaire de la France perd progressivement ses lettres de noblesse depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron, un phénomène qui rejoint la propension viscérale néo-libéraliste et multiculturaliste de Pee-Wee Trudeau. Forts de ce rapprochement idéologique marquant, gageons que les deux lurons profiteront quand même de quelques périodes d’oisiveté pour déguster un bon vin français dans les coulisses du pouvoir!

vigile.net tribune libre 16 avril 2018
Le Journal de Québec 20 avril 2018 "Macron à la rescousse"