Haro sur le SSP

19 novembre 2019

Le décès tragique du petit Thomas Audet, 22 mois, en 2016, illustre à quel point notre société automatisée est en train d’oublier que c’est le cerveau humain qui l’a conçue. J’en ai pour preuve le logiciel SSP (système de soutien à la pratique) qui serait en partie responsable de l’imbroglio qui a conduit à la mort du bambin.

En 2017, la Commission des droits de la personne s’est penchée sur le traitement du signalement concernant Thomas. Son rapport blâme entre autres les incohérences du logiciel pour des décisions discutables qui auraient retardé l’évaluation de son dossier, entre autres, qu’il serait parvenu à des conclusions contradictoires.

En effet, la vulnérabilité de l’enfant y est d’abord qualifiée d'« extrême » pour être ultimement qualifiée de très faible » même si, dans les faits, il avait subi une fracture du fémur, une lacération sévère de l’oreille ainsi que d’autres blessures dans les mois précédant le signalement. Et pourtant, le logiciel a écarté l’abus physique comme motif de rétention du signalement, le SSP ayant déterminé qu’il s’agissait plutôt de négligence sur le plan éducatif, ce qui équivaut à conclure que l’enfant était « mal surveillé ».

Par ailleurs, la décision du personnel de se fier au logiciel et d’écarter l’abus physique aurait eu de graves conséquences. Selon la Commission, le cas de Thomas aurait dû recevoir un code de priorisation 1, qui aurait commandé une intervention immédiate. Son dossier aurait alors été traité en priorité. Or les conclusions du logiciel ont orienté les intervenants vers un code 3, c’est-à-dire sans danger immédiat. … Un seul constat ressort de cette triste histoire : bannir le SSP des moyens d’intervention dans toutes les DPJ!

quebechebdo 19 novembre 2019
 

 

La note de l’élève, un passage obligé

18 novembre 2019

À mon point de vue, le projet de loi 40 du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge sur la réforme de la gouvernance scolaire suscite un brassage de structures et des guerres de pouvoir oiseuses bien loin de la réussite scolaire qui servait de cheval de bataille au ministre lorsqu’il était dans l’opposition à titre de porte-parole de la Coalition Avenir Québec en matière d’Éducation.

L’un des éléments fondamentaux ayant trait à la réussite de l’élève se retrouve dans la note qu’il reçoit sur un travail scolaire. À ce sujet, Alfie Kohn, un éminent conférencier et auteur américain qui intervient dans les champs de l’éducation, de la psychologie et de la parentalité, invite à retarder le plus longtemps possible le moment où une note doit être mise sur les performances de l’élève. 

À ce sujet, en pédagogie, il existe deux types d’évaluations, soit l’évaluation formative et l’évaluation sommative, la première évaluant l’élève pendant son processus d’apprentissage, la seconde en évaluant le résultat, soit la note finale.

Durant ma carrière d’enseignant, je me suis toujours attardé davantage à l’évaluation formative, conscient que l’élève devait cheminer un certain temps avant de maîtriser une notion quelconque et qu’il était utopique, voire anti-pédagogique, de lui attribuer une note sans une indispensable évaluation formative préalable. Vue dans cette perspective, l’évaluation sommative, soit la note finale, devenait un passage obligé, quoique indispensable pour connaître le degré d’atteinte de compréhension de l’élève.

quebechebdo 18 novembre 2019

Le PEQ et la volte-face du gouvernement

16 novembre 2019

En rétablissant les anciennes règles du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) mis sur pied en 2010 par le gouvernement Charest, François Legault trace un trait sur une promesse phare de sa campagne électorale, à savoir de prioriser les emplois qui répondent aux besoins du marché québécois. 

Donc désormais, les étudiants internationaux et les travailleurs temporaires étrangers voulant participer au PEQ n’auront pas à faire partie de la liste des professions ou domaines en demande. En plus d’un diplôme québécois pour les étudiants étrangers ou d’un emploi temporaire au Québec pour les travailleurs, les candidats au PEQ devront comme avant démontrer une connaissance du français oral de niveau intermédiaire avancé.

Autrement dit, tout immigrant muni d’un diplôme, peu importe son domaine, devient éligible au PEQ. En conséquence, il est plus que probable que certains parmi ceux-ci n’arriveront pas à se trouver un emploi dans leur domaine d’études, et se retrouveront donc sans emploi, une situation qui entraine toutes sortes de problèmes économiques, sociaux, personnels et autres…

À mon sens, le gouvernement devrait publier annuellement une liste « informative » d’emplois disponibles sur le marché ainsi que les études nécessaires pour y accéder en collaboration avec les milieux universitaires et collégiaux, et le milieu des affaires. De cette façon, les immigrants qui désirent obtenir un emploi au Québec serait informé à l’avance des conditions à respecter pour se porter candidat à un emploi disponible hic et nunc.

vigile.net tribune libre 15 novembre 2019
quebechebdo 16 novembre 2019

Que retiendrons-nous de Greta Thunberg?

15 novembre 2019

Après quelque 2 ½ mois passés en Amérique où elle a participé à des dizaines de manifestations pour la lutte aux changements climatiques, la jeune militante suédoise de 16 ans, Greta Thunberg, a quitté les États-Unis le 13 novembre à bord de La Vagabonde, un catamaran qui appartient à un jeune couple australien.

Avec le recul, que retiendrons-nous du passage de Greta Thunberg en Amérique, particulièrement au Québec où elle a su attirer autour d’elle une foule monstre de quelque 500 000 manifestants dans les rues de Montréal?

À mes yeux, l’apport le plus remarquable de la jeune Suédoise à la lutte aux changements climatiques s’est fait sentir surtout dans l’extraordinaire mobilisation qu’elle a su créer autour d’elle auprès de la population civile de tout âge confondu, notamment grâce à la vigueur de ses convictions.

Toutefois, une ombre au tableau… En ce qui a trait aux dirigeants d’ici, le chemin de la « conversion à la lutte aux changements climatiques » se heurte à des écueils importants liés notamment au pipeline Trans Mountain à Ottawa, et à une politique sur l’environnement pour le moins timide à Québec!

quebechebdo 15 novembre 2019


 

Les excuses de Jolin-Barrette

13 novembre 2019

Perçu comme une personne plutôt froide et généralement insensible, c’est avec une émotion qu’on ne lui connaissait pas que Simon Jolin-Barrette a présenté ses excuses aux Québécois eu égard au fiasco de sa réforme du Programme de l’expérience québécoise (PEQ). « J’aurais dû davantage consulter les différents partenaires du milieu économique, du milieu éducatif également », a déclaré le ministre.

De son côté, le premier ministre Legault a réitéré sa confiance au ministre de l’Immigration, faisant de la sorte fi des demandes du chef intérimaire du PLQ, Pierre Arcand, et de la co-porte-parole de Québec solidaire, Manon Massé, qui avaient réclamé auparavant la rétrogradation de Jolin-Barrette pour incompétence.

Partant du constat que le ministre de 32 ans cumule, en plus de sa fonction de ministre de l’Immigration, celles de ministre de l’Inclusion du Québec et de leader parlementaire du gouvernement depuis le 18 octobre 2018, une tâche pour le moins lourde qui l’a conduit à porter sur ses épaules au cours des derniers mois l’épineux dossier de la Loi 21 sur la laïcité du Québec en plus de celui, tout aussi délicat, de la réforme du système d’immigration, l’avenir nous dira si sa subite « conversion à la consultation » fera désormais partie de la stratégie de Jolin-Barrette ou si elle n’aura répondu qu’à une situation circonstancielle à laquelle il a dû se plier malgré lui.

quebechebdo 13 novembre 2019
Le Soleil 14 novembre 2019

Congédiement de Don Cherry

12 novembre 2019

Par le fruit du hasard, c’est le jour du Souvenir, si cher à Don Cherry, que le « coloré » [aux sens propre et figuré] commentateur de la rubrique Coach’s Corner à Hockey night in Canada aura été congédié par Sportsnet.

« Vous aimez notre mode de vie, vous aimez notre lait et notre miel; au moins pouvez-vous payer quelques dollars pour un coquelicot ou quelque chose comme ça. Ces gars ont payé pour votre mode de vie que vous aimez au Canada; ils ont payé le prix fort », a lancé le principal intéressé en s’adressant aux immigrants.

Don Cherry n’en était pas à sa première controverse. À titre d’exemples, on n’a qu’à penser à sa sortie virulente contre la présence des femmes dans les vestiaires des équipes de la LNH, ou à l’épisode du port de la visière que les joueurs francophones et européens portaient, selon lui, « pour se cacher derrière elle ».

C’est un secret de polichinelle que l’animateur du Coach’s Corner n’avait pas la langue de bois. Toutefois, ses propos dépassaient parfois, voire souvent, les limites du politically correct [et j’emploie ici un euphémisme]… Sa dernière sortie pour le moins incongrue n’aura contribué qu’à faire déborder le vase!  

quebechebdo 12 novembre 2019
Le Devoir 15 novembre "Feu 'Coach's Corner' "

Martine Ouellet avait donc raison!

11 novembre 2019

À combien d’occasions, au cours de notre vie d’adulte, ne nous sommes pas souvenus de certaines idées véhiculées par notre père ou notre mère au temps de notre jeunesse, et nous dire intérieurement qu’ils avaient donc raison!

Eh bien, aujourd’hui, à l’occasion du congrès de refondation du Parti Québécois, et le chef intérimaire du PQ Pascal Bérubé, et le chef du Bloc Québécois Yves-François Blanchet ont remis sur les rails la stratégie de l’ex-députée Martine Ouellet, celle-là même qui prônait la mise en évidence de l’indépendance du Québec en avant-plan, et qui fut rabrouée à deux reprises lors de courses à la chefferie du PQ.

Et pourtant, les militants du PQ réunis en congrès de refondation du parti n’ont pas découvert la « trouvaille du siècle » puisque l’indépendance du Québec est inscrite noir sur blanc dans le Règlement numéro un du parti … Comme quoi Martine Ouellet avait donc raison tout au moins sur le fond de sa pensée!

vigile.net 10 novembre 2019

TDAH et surdiagnostic

10 novembre 2019

Au Québec, la consommation de psychostimulants comme le Ritalin est trois fois plus élevée que dans le reste du Canada. Toujours au Québec, 17,5% des élèves du début du primaire ont un diagnostic du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et 90% d’entre eux consomment des médicaments qui y sont associés. Le taux de prévalence au TDAH est maintenant cinq fois plus élevé qu’il ne l’était en 2000-2001, étant passé d’environ 2 % à 11,3 % en quinze ans. Des chiffres qui ont fait réagir les élus de l’Assemblée nationale qui ont accepté de mettre sur pied une commission parlementaire sur la consommation de médicaments pour traiter le TDAH.    

Parmi la documentation volumineuse sur le phénomène du TDAH, je retiens que la pression exercée par l’école à ce chapitre conduit à un surdiagnostic entourant le TDAH. Les élèves turbulents et/ou en difficulté de l’époque pas si lointaine où j’enseignais ((1971-2003) sont devenus aujourd’hui des élèves souffrant du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité nécessitant des médicaments. Autrement dit, le TDAH est devenu la réponse toute faite lorsque l’enseignant est confronté à un élève distrait et/ou super-actif, et la médication, la solution.

Pour enrayer ce phénomène de surdiagnostic, je me rallie à la plupart des experts qui  s’entendent pour limiter le rôle des enseignants impliqués dans le processus, et développer une stratégie concertée entre l’école, la famille et le réseau de la santé afin de réduire la consommation de psychostimulants chez les enfants québécois.

quebechebdo 10 novembre 2019

Où est la consultation?

9 novembre 2019

Dans la saga suscitée par le dépôt du projet de refonte de la Loi sur l’immigration par le ministre Simon Jolin-Barrette, je suis demeuré pantois sur les réactions du président de la Chambre de commerce de Montréal, de divers recteurs d’universités et de directions de cégeps à l’effet qu’ils n’avaient pas été consultés sur le dit projet du ministre.

De là la réaction du premier ministre Legault qui a déclaré au lendemain du dépôt qu’il n’avait pas envisagé un tel tollé eu égard aux étudiants étrangers actuellement en période de formation mais dont le domaine d’études n’est pas inscrit sur la liste contenue dans la refonte de la loi. Pourtant, il est évident que Simon Jolin-Barrette aurait été avisé de cette lacune s’il y avait eu consultation préalable des recteurs des universités et des directions des établissements collégiaux.

Autrement dit, au lieu de consulter d’abord et de proposer ensuite son projet comme la règle de toute saine gestion l’exige, le gouvernement a proposé son projet de réforme pour ensuite réagir aux contestations en ajoutant une clause de droit acquis dans le cas des étudiants en cours d’études même si leur champ d’application n’apparaît pas sur la liste du gouvernement.

À mon avis, le ministre de l’Immigration a tendance à laisser voir qu’il est le « possesseur tranquille de la vérité » jusqu’à ce qu’il constate que son projet ne passe pas la «rampe». Alors, et alors seulement, il annonce un recul… Une très mauvaise approche qu’il devra corriger s’il ne veut pas que son «aura» ne disparaisse rapidement en «fumée»!

quebechebdo 8 novembre 2019

Immigration: répondre aux besoins du marché

9 novembre 2019

 

Je ne crois pas me tromper en arguant que la grande majorité des intervenants liés à l’immigration se rangent sur le fait qu’une politique sur l’immigration doive répondre aux besoins du marché.

Toutefois, là où le bât blesse, c’est sur le moyen à privilégier pour atteindre cet objectif. Dans sa première mouture de refonte de la Loi sur l’immigration, le gouvernement a proposé une liste de domaines qui, manifestement, comportait des failles et souffrait d’être incomplète. Pour pallier ces incohérences, certains proposent carrément la disparition de toute forme de liste, d’autres, une liste actualisée et davantage ventilée.

Pour bien illustrer les limites d’une liste, je vous propose cette anecdote que j’ai entendue à la télé. Une dame, s’adressant à François Legault, lui fit remarquer qu’elle détenait un doctorat en philosophie et qu’elle travaillait dans une entreprise spécialisée en intelligence artificielle. Devant la stupéfaction de M. Legault, la dame précisa que les administrateurs de l’entreprise l’avaient engagée pour voir à l’application des règles d’éthique eu égard aux projets reliés à l’intelligence artificielle.

Autrement dit, oui aux besoins du marché mais prudence et clairvoyance dans les moyens pour y répondre…De là l’importance d’une « véritable » consultation de tous les intervenants!   

quebechebdo 9 novembre 2019
vigile.net tribune libre 15 novembre 2019