Aux enseignantes et enseignants du Québec

5 février 2025

Du 2 au 8 février se déroule la Semaine des enseignantes et des enseignants. En tant qu’ex-enseignant, je ne peux que souligner avec fierté toute l’admiration que j’éprouve envers eux, notamment en cette période de pénurie de personnel spécialisé, une situation qui ajoute considérablement à la lourdeur excessive de leur tâche.

J’ai toujours clamé haut et fort que l’enseignement était «le plus beau métier du monde» et, encore aujourd’hui, malgré des changements en profondeur de la société, je demeure persuadé qu’il l’est encore plus que jamais, la présence grandissante des élèves à besoins particuliers en faisant foi.

J’ai souvenir encore des joies profondes que je ressentais lorsque des élèves me faisaient part de leur gratitude envers moi à l’égard de ma patience à leur endroit. L’enseignement demande beaucoup de temps et d’ouverture pour jouer pleinement son rôle de communiquer des connaissances à des apprenants tout en créant un climat propice à l’apprentissage.

En ces temps perturbés où les jeunes sont envoûtés par l’attrait omniprésent des médias sociaux, et que leur concentration en est de facto affectée, les enseignantes et enseignants doivent redoubler d’ardeur pour maintenir leur attention. De surcroît, l’attractivité envers les médias sociaux entraîne souvent avec elle des comportements de violence physique et psychologique avec lesquels les enseignants doivent composer au meilleur de leurs connaissances.

C’est dans ce climat explosif que les enseignants d’aujourd’hui sont appelés à contribuer à la formation de la société de demain. Un défi gigantesque mais combien valorisant, voire emballant. À l’occasion de la Semaine des enseignantes et des enseignants, soyons reconnaissants envers eux. Enfin, chers enseignantes et enseignants, je vous réserve le mot de la fin. Merci du fond du coeur pour votre zèle exemplaire envers notre jeunesse de plus en plus en déficit d’attention et d’amour.

vigile.quebec tribune libre 4 février 2025

Le prétexte

4 février 2025

Le rideau est maintenant tombé sur le premier épisode ayant trait à l’imposition de 25 % de tarifs douaniers sur tous les produits canadiens et mexicains exportés vers les États-Unis à l’exception du pétrole canadien qui est imposé à 10%. Le motif invoqué par le président Trump pour justifier ces tarifs vise à rétablir la sécurité frontalière entre les États-unis et le Canada et le Mexique à l’égard de l’entrée du fentanyl aux frontières nord et sud des USA.

Or l’entrée illégale du fentanyl aux USA provenant du Canada, en 2024, représente 0,2% de la quantité totale entrée à la frontière américaine, soit 19 kg, alors que 9592 kg, soit 97%, provenaient du Mexique. Inutile d’être un génie en mathématiques pour constater toute l’étendue de l’écart entre le Canada et le Mexique qui, curieusement, écopent tous les deux des mêmes sanctions.

Par ailleurs, là où le bât blesse Donald Trump avec avec le plus d’acrimonie réside dans le déficit commercial des USA envers le Canada estimé par l’administration Trump à 200 milliards de dollars annuellement. Donald Trump a en horreur la dépendance envers quelque pays que ce soit, et, de facto, il est prêt à tout pour se présenter comme le numéro un mondial en politique internationale…même à utiliser tous les prétextes inimaginables pour combler ses pulsions inassouvies.

vigile.quebec tribune libre 2 février 2025

Mission impossible

2 février 2025

En réaction à la chronique de Michel David parue dans Le Devoir du 30 janvier sous le titre Le pays flou, j’endosse entièrement la pertinence de ses propos notamment le cul-de-sac implacable auquel est confronté le Québec face à ses velléités identitaires, et cela malgré l’adoption de lois telles la Loi 96 sur le français, langue officielle et commune du Québec et la Loi 21 sur la laïcité de l’État.

Dans cette foulée, Michel David aborde l’épineux dossier de l’immigration en ces termes: «Depuis la création du ministère de l’Immigration du Québec, en 1968, on ne peut pas reprocher aux gouvernements successifs de ne pas avoir essayé d’expliquer aux immigrants que la société qui les accueille se veut résolument française et qu’elle est attachée à des valeurs qu’ils doivent respecter, à défaut d’y adhérer pleinement». En parlant du rapport «flou» de l’immigrant avec le reste du Canada, «comment le blâmer de ne pas y voir clair? À l’instar d’Elvis Gratton, de nombreux Québécois dits «de souche» ne semblent pas savoir eux-mêmes qui ils sont», lance le chroniqueur. Une question choc qui fait émerger toute la complexité identitaire des Québécois.

Depuis l’arrivée de la Coalition avenir Québec (CAQ) au pouvoir en 2018, François Legault clame sur tous les toits les avantages liés au «nationalisme» québécois soutenu par un gouvernement fortement majoritaire. Et pourtant, force est de constater les nombreux échecs que le premier ministre a dû encaisser à l’égard de ses demandes auprès d’Ottawa. Or «ce que l’ancien souverainiste qu’est M.Roberge ne veut pas dire est que le maintien du Québec dans la fédération le condamne à subir ce multiculturalisme «vicieux» —une «caractéristique fondamentale» du Canada, reconnue par sa Constitution», argue Michel David.

Les Québécois ont été consultés par deux fois sur leur indépendance et par deux fois, ils y ont apposé leur veto. En conséquence, «il est douteux que la loi-cadre élaborée par M.Roberge puisse renforcer la capacité d’intégration du Québec suffisamment pour y faire face sans un changement de paradigme qui lui permettrait d’échapper aux contraintes que lui impose son appartenance à la fédération canadienne», allègue Michel David. Dans le cas contraire, le Québec sera condamné inexorablement à une mission impossible.

vigile.quebec tribune libre 31 janvier 2025

Une «rumeur» persistante

2 février 2025

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le dossier ayant trait au tramway de la Capitale nationale fait du surplace depuis des lunes. À ce sujet, une rumeur circule depuis un certain temps dans les officines des partis d’opposition à l’effet que la ministre des Transports et de la Mobilité durable, Geneviève Guilbault, aspirerait se présenter sous la bannière conservatrice de Pierre Poilièvre, celui-là même qui s’est prononcé à maintes occasions contre le projet de tramway à Québec. De son côté, la principale intéressée nie catégoriquement ce qu’elle qualifie de «vieille rumeur».

En attendant, on assiste à une véritable partie de ping-pong interminable entre la vice-première ministre et le ministre des Services publics et de l'Approvisionnement et lieutenant du Québec, Jean-Yves Duclos, la première exigeant que le fédéral confirme par écrit son engagement de 1,5 milliard $ pour le tramway, et le second incitant Mme Guilbault à assister à une rencontre pour finaliser l’entente pendant que le maire de Québec, Bruno Marchand, attend désespérément que le projet se mette enfin sur ses rails.

vigile.quebec tribue libre 30 janvier 2025

L’éléphant dans la pièce

2 février 2025

Comme il fallait s’y attendre, la rentrée parlementaire à Québec a été perturbée par le spectre des velléités de Donald Trump d’imposer des tarifs douaniers de 25% sur les exportations canadiennes et, par ricochet, par la priorisation de mettre de l’avant un plan stratégique du gouvernement pour faire face à ces menaces.

Parmi ses priorités, François Legault propose de devancer la renégociation de l’accord de libre-échange Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM) prévue pour 2026, alléguant que les menaces de Trump ralentissent déjà les projets d’investissements au Québec. «J’aimerais voir la renégociation de l’accord le plus tôt possible», a-t-il affirmé lors d’un point de presse, car jusqu’à ce que nous ayons cette renégociation, il y aura une certaine incertitude. Et j’ai constaté lorsque j’étais en affaires que l’incertitude est aussi pire qu’une mauvaise nouvelle».

Sur un autre plan, Québec prépare déjà un plan d’aide destiné aux entreprises et aux citoyens, François Legault réitérant sa demande pour que le Canada adopte un «Buy Canada Act» visant à répliquer au Buy America Act. «On peut très bien mettre en place des pénalités pour les entreprises américaines qui voudraient soumissionner dans certains contrats», argue le premier ministre.

Or dans cette foulée, je demeure sceptique sur la pertinence de répliquer du tac au tac au géant américain. En effet, en forçant les Américains à payer 25% plus cher pour nos produits, Trump pénalise ses industries et sa population. De ce fait, une réplique identique de la part des dirigeants canadiens, et forcément québécois, risque de nuire à notre propre compétitivité et de diminuer notre pouvoir d'achat, la mission première de nos gouvernements n’étant pas de sévir contre Trump pour ses élucubrations, mais plutôt de protéger et de promouvoir les intérêts économiques des Canadiens et de leurs entreprises.

Donald Trump incarne sans l’ombre d’un doute un personnage imprévisible. À cet effet, des rumeurs circulent dans les officines du président à l’effet que l’échéance du 1er février pour le début des tarifs douaniers soit reportée au 1er avril. En attendant, il faut condamner vivement toute approche vindicative envers l’éléphant dans la pièce qui, jusqu’à nouvel ordre, en est encore à ses premiers barrissements.

vigile.quebec tribune libre 30 janvier 2025

Haro sur le cellulaire à l’école, plaident des ados

2 février 2025

À l’issue d’une tournée réalisée dans près d’une vingtaine d’écoles cet automne qui lui a permis de rencontrer environ 500 élèves, la commission spéciale sur les impacts des écrans chez les jeunes en arrive à la conclusion qu’une majorité d’élèves sont en faveur de l’interdiction complète du cellulaire à l’école, y compris pendant les pauses et la période du dîner.

Un résultat qui peut paraître étonnant si l’on tient compte des commentaires des analystes sur la dépendance des ados aux diverses applications des médias sociaux. «Les jeunes, ce qu’ils nous disent, c’est qu’ils désirent être encadrés puisqu’ils sont bien au fait des risques associés à l’utilisation des écrans», affirme la députée caquiste Amélie Dionne, qui préside les travaux de cette commission. Et, de surcroît, les élèves se réjouissent de pouvoir faire plusieurs autres activités à l’extérieur des heures de cours.«C’est une mesure qui leur permet de faire autre chose qu’être sur les écrans», argue la présidente de la commission.

Dans la mesure où l’école incarne notamment un milieu propice à la socialisation, il est réconfortant de constater ce détachement des jeunes à l’égard du cellulaire qui, de toute évidence, les enveloppe inexorablement dans un carcan anti-productif. Le cellulaire est officiellement interdit en classe depuis le 1er janvier 2024, à la suite d’une directive ministérielle. Dans l’hypothèse où l’interdiction du cellulaire à l’école serait sanctionnée par le ministre de l’Éducation, les écoles secondaires du Québec franchiraient un pas de géant dans la qualité de vie autant des intervenants que celle des adolescents.

Dans un contexte où les médias sociaux se sont infiltrés pernicieusement dans toutes les sphères de la société en général, il faut se réjouir de l’ouverture des ados à qui on reproche, souvent à tort, leur réticence quasi systémique à toute forme de restrictions s’ingérant dans leur mode de vie. Peut-être pouvons-nous espérer que ce retour aux sources de la communication rétablisse un tant soit peu les bienfaits de la vie en société.

vigile.quebec tribune libre 28 janvier 2025

L’évaluation des élèves, un processus permanent

27 janvier 2025

À mon époque, qui n’est pas tellement lointaine, il existait dans les écoles québécoises du primaire et du secondaire deux types d’évaluations, soit une formative et une sommative. L’année scolaire comportait quatre étapes dont deux se terminaient par une communication aux parents portant sur l’évaluation formative, et deux sur l’évaluation sommative. Pour des besoins de clarté envers les lecteurs, on appelait les évaluations formatives l’ensemble des travaux réalisés par les élèves pendant les première et troisième étapes, et les évaluations sommatives les examens auxquels étaient soumis les élèves à la fin des deuxième et quatrième étapes. À toutes fins pratiques, cette formule comportait un double avantage, le premier, assurer une évaluation permanente étalée sur toute l’année, et le deuxième, réduire les corrections d’examens sur deux étapes exclusivement.

Or aujourd’hui, selon une forte majorité des membres de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), le temps consacré à l’évaluation nuirait à l’apprentissage des élèves et, de ce fait, ils privilégieraient la réduction de trois à deux bulletins scolaires par année comme à l’époque de la COVID-19.

Selon moi, il m’apparaîtrait pertinent de revenir à une définition de l’évaluation qui englobe toutes les facettes des travaux et exercices réalisés en classe par les élèves, lesquels seraient communiqués aux parents par une cote se situant de A à E évaluée par l’enseignant à la fin de deux étapes, et les résultats à des examens des deux autres étapes, une formule qui diminuerait de moitié le temps d’évaluations traditionnelles et, par ricochet, la période fastidieuse de corrections d’examens sommatifs.

De mon point de vue, il est inconcevable d’affirmer que l’évaluation «nuirait à l’apprentissage des élèves». En réalité, l’évaluation des élèves représente un processus permanent et nécessaire qui permet un retour factuel sur l’acquisition des connaissances des élèves, et qui ne doit pas se voir entravée par une définition réductrice qui la confine dans le carcan des sessions d’examens traditionnelles.

vigile.quebec tribune libre 27 janvier 2025

Option souverainiste du Québec à l’ère Trump

26 janvier 2025

Depuis l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche, certains analystes politiques passent au peigne fin les effets que la politique impérialiste du président américain pourraient susciter sur l’option souverainiste du Québec et, par ricochet, sur la pertinence ou non de tenir un référendum dès le premier mandat du Parti québécois (PQ) advenant son élection en 2026.

D’entrée de jeu, en 2026 se tiennent aux États-Unis les élections de mi-mandat ce qui, à toutes fins pratiques, marque le début de la fin pour le gouvernement trumpiste, et un début de mandat pour un éventuel gouvernement péquiste. D’ici là, le Québec doit se montrer solidaire du ROC face à une éventuelle imposition de tarifs sur les exportations provenant du Canada.

Par ailleurs, peu importe les fantasmes les plus saugrenus de Donald Trump à l’égard de l’annexion du Canada comme 51ième État des USA, le Québec incarne et incarnera toujours une société distincte par sa langue et sa culture à l’intérieur du Canada. Et de ce fait, les Québécois seront toujours légitimés de se prononcer sur sa destinée en tant que nation indépendante. À cet effet, lors d’une récente rencontre avec son caucus, le chef péquiste affirmait que sa formation peut s’occuper d’enjeux «très pratico-pratiques» telles des solutions pour la sécurité à la frontière et tabler sur son projet d’indépendance simultanément. Pour employer une image sans équivoque, il est toujours possible de mâcher de la gomme tout en marchant.

En résumé, Paul St-Pierre Plamondon (PSPP) s’est engagé à tenir un référendum sur la souveraineté du Québec dans un premier mandat ce qui placerait l’échéance en 2030 soit au moment où Donald Trump ne sera plus en fonction. Entre temps, face aux commentaires électoralistes provenant de François Legault et de Marc Tanguay sur la pertinence de l’«ingérence» de la démarche du PQ vers l’indépendance du Québec dans un contexte où l’avenir économique du Canada est menacé, PSPP a tout avantage à s’en tenir éloigné tout en se montrant déterminé à respecter ses engagements envers les Québécois à l’égard de son échéancier menant à un référendum sur l’indépendance du Québec.

vigile.quebec tribune libre 26 janvier 2025

Freeland dans l’ombre de Trudeau

26 janvier 2025

À toutes fins pratiques, deux candidats se démarquent nettement dans la course à la succession de Justin Trudeau à titre de chef du Parti libéral du Canada (PLC) et de premier ministre du pays, soit Chrystia Freeland et Mark Carney. De son côté, Chrystia Freeland, ex-ministre des Finances, incarne bien malgré elle l’explosion catastrophique du déficit budgétaire, la continuité du règne Trudeau et, de facto, un frein au désir de changement des militants. De l’autre, l’ex-gouverneur de la Banque du Canada, frais émoulu en politique et armé d’une expérience indiscutable dans le monde des finances. De surcroît, trois ténors du PLC se sont rangés aux côtés de Mark Carney dans la course à la direction du parti, soit Mélanie Joly, Steven Guilbeault et François-Philippe Champagne.

Depuis son départ fracassant du cabinet de Justin Trudeau, plusieurs ministres et députés libéraux reprochent à Chrystia Freeland sa désinvolture envers sa solidarité à l’égard du PLC, et, par ricochet, le chaos démobilisant qu’elle a suscité au sein du parti en se retirant cavalièrement du caucus. De fait, on a l’impression qu’elle joue dans un mauvais film dans lequel elle cherche à se distancier de l’ombre de Justin Trudeau qui plane sans relàche.

Dans ces circonstances, Chrystia Freeland réussira-t-elle à se défaire du spectre de Justin Trudeau qui lui fait malencontreusement ombrage? Sa course à la chefferie du PLC parviendra-t-elle à remettre en lumière ses talents de négociatrice manifeste qu’elle a démontrés dans l’épineux dossier de l’ALENA? Enfin, arrivera-t-elle à faire la preuve qu’elle se distingue comme étant la meilleure représentante du Canada face à un Donald Trump omnipuissant? La pente est abrupte et le défi, colossal mais surmontable dans un monde où l’ imprévisibilité se manifeste à maintes occasions…

vigile.quebec tribune libre 25 janvier 2025

La carotte et le bâton

26 janvier 2025

En plein boum de la pénurie de main d’oeuvre liée à la pandémie en septembre 2021, François Legault clame haut et fort «une petite révolution dans la gestion du réseau de la santé» notamment par le versement d’un bonus de 12 000 $ pour les infirmières du privé ou à la retraite qui reviendraient à temps plein au public. Or quelque trois ans plus tard, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, annonce le licenciement de quelque 1000 employés, les premiers touchés faisant nécessairement partie des derniers entrés en vertu du principe de l’ancienneté régi par les conventions collectives, et tout ce brassage de cartes sans porter ombrage à la qualité des soins envers les patients, affirme Christian Dubé.

De toute évidence, le spectre du déficit prévu de 1,5 milliard $ dans le réseau de la santé plane au-dessus des «top guns» de Santé Québec cantonnés dans les hautes sphères de la pyramide et, face à ce monstre financier, ils ont finalement opté pour la solution la plus «facile», soit de troquer la carotte pour le bâton.

vigile.quebec tribune libre 25 janvier 2025