De la parole aux actes?
Le dernier sondage CBC-Ekos révèle que la moitié des non-francophones «ont pensé sérieusement» quitter le Québec au cours de la dernière année, une donnée qui inquiète la commissaire aux langues officielles, Graham Fraser, qui attribue ce résultat aux projets de charte de la laïcité et de réforme de la loi 101 du gouvernement Marois.
«Ce n’est qu’un sondage, plaide M. Fraser. Mais il reflète ce que j’entends dans mes conversations avec la communauté : celle-ci ne voit pas beaucoup de gestes de la majorité francophone ou du gouvernement montrant que la communauté anglophone est valorisée. Elle est tolérée, acceptée, mais pas valorisée.»
Et, de poursuivre le commissaire aux langues officielles : «Est-ce que Québec pense que les communautés anglophones jouent un rôle positif ? Ou bien c’est perçu comme un mal nécessaire qu’il faut tolérer ? Il y a un sentiment généralisé, peut-être excessif, de la part de gens qui ont passé leur vie au Québec et qui me disent : “Pour la première fois, je suis tanné”.»
Toutefois, du côté de Sylvia Martin-Laforge, directrice générale du Quebec Community Groups Network, «il y a un long voyage entre répondre à un sondage et faire ses valises», tout en alléguant que ce sont les questions économiques qui peuvent expliquer une réelle volonté de partir. «Ceux qui avaient à partir pour des raisons politiques l’ont fait dans les années 70 et 80». Même son de cloche du côté de Graham Fraser qui juge lui aussi que la crainte d’un départ massif est exagérée puisque les deux derniers recensements démontrent un exode anglophone pratiquement neutre.
En réalité, les menaces de départ des anglophones me font penser à cet adolescent qui brandit vertement la manipulation verbale devant sa frustration auprès de ses parents qui exigent que certaines règles «contraignantes» de respect envers eux doivent être respectées au sein du foyer familial…et qui, compte tenu des avantages qu’il retire à demeurer chez lui, ne met jamais sa menace à exécution.
Dans les faits, les anglophones savent pertinemment que le Québec représente une terre d’accueil privilégiée quant aux conditions de vie qu’il leur offre et, en ce sens, ils pourront s’accommoder fort bien des quelques modifications somme toute mineures que visent la réforme de la loi 101 du gouvernement Marois.
Enfin, en ce qui a trait à la charte de la laïcité, même si le commissaire Fraser reconnaît qu’elle ne vise pas la communauté anglophone mais que, par ailleurs, elle n’aide pas à donner l’impression que les minorités non francophones sont accueillies à bras ouverts au Québec, je doute fort que l’altruisme des anglophones ne les pousse à passer de la parole aux actes concernant leurs menaces de départ.
quebechebdo 27 février 2014
Le Journal de Québec 28 février 2014 (version abrégée)
Henri Marineau

