Disparaître – Le sort inévitable de la nation française d’Amérique?
Il y a 25 ans, le 12 février 1989, le documentaire « Disparaître. Le sort inévitable de la nation française d'Amérique? », narré par Lise Payette avec des textes écrits par elle-même et le réalisateur Jean-François Mercier, est diffusé sur les ondes de Radio Canada.
Vingt ans plus tard, sous le titre « De Disparaître aux consultations Bouchard-Taylor: zoom sur nos insécurités », François Fournier signe un article sous la rubrique « Le Québec en débats » dont voici des extraits concernant l’immigration que j’ai crus pertinents de faire ressortir :
« Les auteurs de « Disparaître » se donnaient pour mission de tirer les Québécois canadiens-français de leur sommeil : «Nous ne faisons plus d’enfants, en tout cas pas assez pour renouveler la population. Le Québec vieillit. Il y a même des gens pour dire que nous allons disparaître. Est-il déjà trop tard pour éviter le déclin…Pouvons-nous recommencer à faire des enfants? Pour éviter le déclin, est-ce une bonne solution d’accepter plus d’immigrants?».
Quelque temps auparavant, le gouvernement du Québec avait annoncé son intention d’augmenter considérablement le seuil d’immigration pour les prochaines années de manière à faire face au défi démographique.
Excluant la possibilité d’une hausse rapide de la fécondité, une grande partie du documentaire se consacrait aux dangers de recourir à une immigration trop importante et trop peu sélective. Cette mise en garde reposait sur l’analyse d’expériences difficiles d’intégration des immigrants en Occident (Allemagne, Angleterre, France, États-Unis) et par la lecture de certaines tendances semblant se dessiner ici même au Québec.
Le documentaire tendait généreusement le micro au père Julien Harvey, une personnalité qui avait tenu des propos controversés deux ans plus tôt sur l’immigration. Devant la Commission à l’immigration, il avait notamment déclaré que «la proportion de minorités dites visibles (jaunes, noirs) doit être abordée franchement…c’est une erreur d’accepter des gens non intégrables», et suggéré d’en limiter le nombre afin de ne pas attiser le racisme des Québécois (il reviendra plus tard sur ces déclarations).
De quelles craintes le documentaire était-il, et se voulait-il, le révélateur?
Au premier chef, la « peur de disparaître » à moyen terme. Une disparition par noyade. Par leur nombre, par leur différence culturelle, par leur préférence linguistique pour l’anglais, et par leur affirmation de plus en plus importante dans la société, les immigrants étaient susceptibles de conduire à la minorisation de la minorité francophone d’Amérique à l’intérieur même de ses frontières québécoises. Les immigrants prenant toute la place, exit la «nation canadienne-française». C’est que le Québec est «fragile». Ce thème de la fragilité ontologique du Québec était central dans le propos.
À plus court terme, si les politiques d’immigration et d’intégration ne changeaient pas de cap, on assisterait au « développement de l’intolérance et du racisme » chez les Québécois d’origine. Avec, en conséquence, une « montée des tensions ».
Comment faire pour éviter une telle débâcle appréhendée? Le documentaire ne suggérait, somme toute, que des solutions négatives :
-Limiter l’immigration trop différente (lire : de culture et de couleur, y compris de religion). Lise Payette met en garde :
«Puisque les cultures qui vont arriver au Québec seront de plus en plus différentes de la nôtre si notre politique d’immigration ne change pas, il faudrait éviter l’erreur fondamentale de laisser entrer massivement au Québec de forts contingents d’une même culture».
«Intégrer les immigrants, ne pas créer de ghettos? Quand on se promène à Montréal, on a l’impression que certains quartiers appartiennent déjà aux immigrants, que les Québécois ont abandonné ces quartiers. Serions-nous sur le point de créer des ghettos?»
-Ne pas dépasser notre seuil de tolérance comme cela se serait produit ailleurs avec des conséquences malheureuses.
-Et expliquer aux immigrants, propose le père Harvey, que les Québécois veulent construire un pays en français, et qu’il ne faut pas chercher à prendre leur place…
Le Québec compte [en 2009] 11,5% d’immigrants. Pourquoi serions-nous voués à la disparition si nous continuons à protéger la langue française, comme le font les gouvernements du Québec? Comment nos valeurs communes seraient-elles menacées alors qu’une écrasante majorité d’immigrants vient s’installer chez nous précisément en raison de nos institutions et de nos valeurs démocratiques, et du style de vie qui accompagne ces dernières?
Certes, le maintien d’un «monde commun» chargé de sens, et en bonne santé, n’est jamais automatique. La volonté, et de la bonne volonté, sont toujours nécessaires. »
Eh bien voilà, en 2014, la « bonne volonté » ne suffit plus. C’est pourquoi, par souci de préservation de nos valeurs, la charte de la laïcité revêt un caractère capital à défaut de quoi, le Québec de nos ancêtres risque de « disparaître »!
quebechebdo 17 janvier 2014
vigile.net tribune libre 17 janvier 2014
Henri Marineau

