L’aura avant les idées

En janvier 2013, un sondage Segma Recherche révélait que le maire de Saguenay, Jean Tremblay, « remontait la pente » avec un taux d’approbation quasi unanime de 87 %. Or, la pente évoquée par l’hebdomadaire référait à un « creux historique » de 73 % d’opinion positive atteint par M. Tremblay en octobre 2011 à la suite de sa bataille autour de la prière aux réunions du conseil municipal.

Un phénomène qui semble marquer la propension des Québécois à pencher pour des candidats à la mairie qui « se tiennent debout face à la fonction publique municipale et face à toutes les contraintes qu’ils rencontrent. Les gens veulent un boss, et les politiciens qui exercent ce type de leadership ont une cote de popularité élevée », affirme Raynald Harvey, président de la firme de sondages Segma.

Sans que les électeurs québécois n’attachent aucune importance aux qualités de gestionnaires des candidats, la tendance qui ressort de l’histoire récente des élections municipales québécoises démontre clairement que les aspirants leaders municipaux dotés d’une forte personnalité partent avec une longueur d’avance sur leurs rivaux qui insistent davantage sur l’idéologie de leur parti.

Une cote d’insatisfaction envers les partis municipaux qui risque de s’accentuer suite aux révélations troublantes de la commission Charbonneau au sujet des réseaux de collusion et corruption qui se sont érigés entre les autorités municipales et les intervenants de la construction.

Selon Laurence Bherer, professeure de science politique à l’Université de Montréal, la perte de valeur des partis politiques municipaux explique en bonne partie le culte de la personnalité autour des maires. Sur la scène municipale, les partis sont éphémères, peu solides, et finissent par tous se ressembler. La population se méfie des partis, perçus comme des machines électorales et non pas des machines à idées. « Sans partis qui se distinguent, les courses à la mairie peuvent se transformer en concours de personnalité. C’est la stratégie de Denis Coderre pour la mairie de Montréal », pense Mme Bherer.

Toutefois, selon Benoît Gignac, auteur, consultant en communication et ex-attaché de presse de Jean Doré, l’ex-maire de Montréal de 1986 à 1994 était tout le contraire d’un sauveur charismatique. C’était un « gars de gang » qui s’appuyait sur l’équipe de son parti et qui incarnait une espèce répandue dans la faune municipale, mais qui ne fait pas les manchettes : le maire plus discret, moins flamboyant, mais capable de gérer une ville de façon efficace.

À mon sens, les candidats à la mairie qui préconisent une gestion démocratique au sein d’un parti municipal ont du pain sur la planche avant d’éclipser l’image omniprésente de l’aura des candidats populistes et de réussir à imposer leurs idées auprès des électeurs québécois…C’est pourtant à ce niveau qu’une véritable gestion des affaires municipales retrouvera ses lettres de noblesse !

vigile.net tribune libre 8 septembre 2013
quebechebdo 8 septembre 2013

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